Drame écologique à Albion, Mylène Kalloo : « Toutes les excuses du monde ne feront pas revenir mon mari "


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Perdre son époux à 38 ans est quelque chose de difficile à accepter. Pourtant, c'est la dure réalité que Mylène Kalloo doit vivre depuis une sinistre soirée de lundi. Son époux, Pierre, 41 ans, asthmathique de naissance, est décédé d'ennuis respiratoires aigus après avoir inhalé à pleins poumons du chlore. Lucide et digne dans la douleur, Mylène Kalloo, épouse et mère courage, laisse le soin à la justice de suivre son cours. « Ce n'est pas à moi de juger ces personnes. La justice le fera. Moi, par contre, je sais que toutes les excuses du monde ne feront pas revenir mon mari… ", a-t-elle déclaré à Week-End. Cependant, Mme Kalloo estime que les autorités compétentes à éclairer les habitants d'Albion au sujet de « l'après-lundi 26 mai " devraient rencontrer toutes les familles affectées par les émanations de chlore.

Mylène Kalloo revit le film de son vécu du lundi 26 comme « un film d'horreur qui continue jusqu'à présent ". Cependant, cette frêle femme aux traits tirés, qui subit toujours les effets du chlore à Albion, estime que d'en parler la soulage quelque peu. « J'ai toujours été une personne ouverte, qui parle haut et fort. Je ne peux garder ces choses à l'intérieur et les retourner sans cesse dans ma tête. En parler me soulage. En parlant aux personnes qui étaient présentes à Albion lundi soir m'aide à mieux comprendre ce qui s'est passé et à avoir quelques réponses ", fait-elle ressortir. De prime abord, Mme Kaloo à tenu à faire ressortir qu'elle ne tient pas à juger les familles Nankoo et Cléopâtre. « Je ne suis pas là pour les accuser ou pour les juger. La police fait son travail. La justice suit son cours ", dit-elle avant d'ajouter : « cependant, toutes les excuses du monde ne feront pas revenir mon mari ".

Pour Mme Kalloo, tout a commencé peu avant 15h ce lundi après-midi-là. Femme au foyer, Mme Kaloo avait regardé la télévision après le déjeuner avant d'aller vaquer à ses occupations ménagères. Elle a senti une odeur bizarre. Elle sortit de sa maison tout de suite. À peine mit-elle les pieds dehors qu'elle vit Jean Cléopâtre courant dans l'avenue Astrolabe, en direction de la rivière. « Ki pé arriver Jean ? ", dit-elle à son voisin d'en face. « Pas kapav kozé ! ", fut la réponse de Jean Cléopâtre, qui courait toujours en direction de la rivière. Une forte odeur agaçait les narines de Mme Kalloo et sa respiration était devenue plus difficile. Dans un premier temps, Mme Kalloo pensa qu'il s'agissait peut-être d'un de ces camions qui laissent derrière leur passage une odeur pestilentielle.

« J'ai alors tourné la tête vers la gauche, en direction de la niche de mon chien Snoopy. Il était malade ! Il bavait et écumait. J'ai alors compris que le chien était malade à cause de cette odeur. Je suis alors sortie dans la rue, accompagnée de mon chien. Mo finn kit lakaz, la fenêtre tout ouvert. L'odeur-là ti pire. En cours de route, mo finn arrête juste après la maison bann Nankoo, mo finn dimann impé dilo pu boire. Ti népli kapav respiré preske. Mo ti pé pense mo tifi, ki pas ti encore rentré dépi lékol ", dit-elle.

A ce moment-là, dans la rue, les pompiers, la police et le Service d'Aide Médical (SAMU) étaient déjà sur le qui-vive. L'avenue Astrolabe était déjà interdite d'accès à tout véhicule. Quelques minutes plus tard, Jennifer, sa fille, descend de l'autobus sur la grand'route. « Ma ! ki pé arriver ? ", demande la fille à sa mère. « Mo pas konné. Enn l'odeur ine lévé ", lui répond-elle. En repensant à Jean Cléopâtre qui s'était rué se jeter dans la rivière, Mylène Kaloo réalise alors que celui-ci avait peut-être un lien avec cette odeur étrange qui s'abattait sur les rues Astrolabe et Bounty. En très peu de temps, elle expliqua à Jennifer ce dont elle avait été témoin, notamment au sujet de leur chien Snoopy. Jennifer voulait rentrer à la maison, sa mère aussi. Dans sa précipitation, elle avait laissé toutes les fenêtres ouvertes, de même que les portes de sa maison.

« Pas vini toi, laisse moi alle lakaz ! ", dit Mylène à sa fille. Il pouvait être alors vers les 18h. Mylène laissa sa fille et son chien Snoopy sur la grand'route, près du banc vert qui se trouve à l'arrêt d'autobus et emprunta un chemin parallèle à l'avenue Astrolabe, l'avenue Cuttysark pour regagner sa maison. L'avenue Cuttysark n'était pas interdite d'accès. Arrivée chez elle, Mme Kalloo en profite pour fermer ses fenêtres. Entre-temps, l'odeur se dissipe. « Mo dir mo alle rode mo tifi pu rentre lakaz. Li oussi li ti pé faim, mo oussi pareil. Nu réussi rentre lakaz. Mo dir mo tifi fer enn mine Apollo pu li. Li finn manger tou korek. "

Un peu plus tard, son époux Pierre arrive, accompagné de policiers. Sans masque, maintient notre interlocutrice. « Pourquoi ne m'as-tu pas mis au courant ? ", lui dit-il. « Je n'ai pas eu le temps ", lui répondra-t-elle simplement. La conversation débute à peine quand, soudain, l'odeur de gaz se répandit de plus belle. « Nu ti pé touffé. Pierre dire moi : "mo bizin boire impé dilo, mo soif." Jennifer avec moi nu finn sorti nu finn galoupé. Pas ti pé capav respirer ! Mo ziste gagne létemps dire Pierre : Nu pé allé. Vinn zouenn moi ". C'était la dernière fois que Mylène Kalloo voyait son époux vivant. Lorsqu'elle et sa fille s'étaient précipitées dans la rue pour fuir par l'avenue Cuttysark, elles rencontrèrent un policier. « Nu pé touffé, nu népli kapav ! ", disent-elles. Le policier leur dit alors de respirer à pleins poumons et les fit embarquer toutes les deux dans un véhicule. « Mo finn perdi connaissance ler-là. Kan mo finn ouvert mo lizié, mo ti dans l'hôpital ", ajoute alors Mylène Kaloo.

Son époux Pierre parvint à entrer dans sa voiture et démarra. Il emprunta l'avenue Cuttysark et immobilisa son véhicule sur la grand'route, près de la gare routière. C'est là qu'il s'effondra. Pierre Kaloo devait rendre l'âme peu après, en route vers l'hôpital. Mylène Kaloo devait apprendre la nouvelle de la mort de son époux le lendemain matin. Elle ne comprend pas comment la voiture de son époux est arrivée jusqu'à l'hôpital. « Il y a pas mal de choses dans cette affaire que je cherche à comprendre. En tout cas, à bien y réfléchir, je ne regrette pas de n'avoir pas pu appeler mon époux pour lui dire ce qui se passait à Albion. Pierre est asthmatique de naissance. Si je l'avais appelé pour lui dire ce qui se passait, il serait revenu à Albion en quatrième vitesse. Si j'avais pu lui dire, c'est moi qui l'aurais exposé à la mort ", nous confie-t-elle.

Pierre Kaloo, employé comme comptable à Rogers, était également un membre actif dans la préparation de l'équipe nationale de badminton en vue des prochains jeux des Iles. D'ailleurs, en fin d'après-midi de lundi, il avait assisté à une réunion y relative. Lorsqu'il regagna Albion vers 18h30, il vit que l'avenue Astrolabe était interdite d'accès par la police. En présence de Week-End, il devait s'enquérir de la situation et demander à la police, dans un premier temps, la possibilité de regagner sa maison pour voir si son épouse et sa fille étaient toujours à la maison.

« Bann habitants finn évacuer à Mon Plaisir ", devait lui faire ressortir un officier de police. Il se rendit à Mon Plaisir, où le ministre Rajesh Bhagwan, encadré de ses colistiers, Françoise Labelle et Maurice Allet s'adressaient aux habitants évacués. Pierre Kalloo arriva sur les lieux peu après le départ du ministre. « N'avez-vous pas vu ma femme et ma fille ", demande-t-il à la ronde. « Non, Pierre. On ne les a pas vus ", lui répond-on. Il se rend de nouveau à l'entrée de l'avenue Astrolabe et insiste auprès des policiers pour rentrer chez lui. Il obtiendra la permission de le faire et se rendra à son domicile accompagné de policiers. La suite devait être funeste.

Digne dans sa douleur, Mylène Kalloo est également très lucide. « Enn cyclone finn passé. Li bien dur pour moi, mo famille ek tou bann habitants ici. Mo pas finn mem gagne létemps koze avec mo mari. Nu pas souhaite enn malheur kumsa à personne. Cependant nu bizin tire bann leçons séki finn passé ", insiste-t-elle. Mme Kalloo estime que la police de l'environnement devrait passer au peigne fin les terrains vagues de l'île. Histoire de voir si d'autres cylindres de gaz mortels ne s'y trouvent pas. Elle se dit également « inquiète " pour les enfants qui vont à l'école à côté de champs arrosés de pesticides. « Mo pas lé encore tann enn l'autre Albion… " Nous non plus. Plus jamais ça.


Enquête

Importation du chlore à Maurice : aucune réglementation à ce jour

Le chlore : cette substance utilisée dans le traitement de l'eau et dans la composition de détergents fait parler d'elle depuis lundi. Ce produit chimique, qui peut provoquer des irritations des yeux et des poumons, des hypoxies et des œdèmes pulmonaires, peut être fatal à l'homme si soumis à de fortes concentrations. Selon l'enquête effectuée par Week-End, l'importation du chlore à Maurice n'est sujette à aucune réglementation, ce qui veut dire que, valeur du jour, n'importe qui peut en importer et en n'importe quelle quantité. Depuis 1995, un projet de loi pour réglementer l'importation du chlore et autres substances chimiques est en préparation. Ce projet de loi, le Dangerous Chemical Control Bill, sera prochainement présenté à l'Assemblée nationale par le ministre de la Santé, Ashok Jugnauth. En attendant, Maurice est peut-être assise sur une poudrière de chlore et d'autres substances chimiques nocives. Enquête.

Selon les recoupements effectués par Week-End, il ressort qu'il n'y a actuellement aucun contrôle sur l'importation de chlore à Maurice, et ce même sous le Consumer Protection (Price and Supplies Control) Act. Pourtant, cette substance dangereuse est couramment utilisée chez nous pour le traitement de l'eau. Nos renseignements indiquent que le chlore est une substance non inflammable, mais qu'il supporte la combustion, formant ainsi des gaz toxiques et irritants. Le chlore est une substance extrêmement reactive s'il est additionné à d'autres gaz et peut ainsi former une composition explosive.

Pour les chimistes, le chlore est une substance chimique dont le couleur oscille entre le vert et le jaune et dont les propriétés sont les suivantes : le chlore a une température de fusion (melting point) de -101 ° C et une température d'ébullition (boiling point) de - 34 ° C. À la température ambiante (room temperature), le chlore est un gaz, mais il est souvent entreposé et transporté sous sa forme liquide. À Maurice, outre son utilisation dans le traitement de l'eau, le chlore est également très utilisé dans la fabrication de détergents comme l'eau de Javel.

Selon notre enquête, environ une douzaine de compagnies importent du chlore à Maurice :

1) Desbro Trading Ltd, qui importe du chlore sous sa forme gazeuse et granulée uniquement pour le compte de la Central Water Authority (CWA);

2) Nidomac & Co Ltd, qui achète du chlore de Desbro Ltd, à raison de 30 à 50 kilos par mois, sous forme de Sodium Hypochlorite;

3) Henkel Chemicals Ltd, qui importe des granulés de Calcium Hypochlorite d'Afrique du Sud. Cette firme en achète également des compagnies Chemco et Desbro Ltd;

4) Chemco Ltd. Cette compagnie importe également du chlore sous sa forme granulée d'Afrique du Sud et ce pour le traitement de l'eau des piscines;

5) Cernol Ltd importe entre 7 à 8 tonnes de chlore granulé sous forme de Sodium et de Calcium Hypochlorite par mois;

6) Udis Ltd;

7) Compagnie mauricienne;

8) Constance Industries Ltd;

9) OTV- Omnium de traitement;

10) Alkore Chemicals (Mauritius Ltd). Cette firme importe du chlore en poudre pour la production de détergents;

11) Game Discount World.

Amende et prison

Selon les éléments obtenus par Week-End, un projet de loi visant à réglementer l'importation et le contrôle du chlore et d'autres substances chimiques dangereuses à Maurice est en gestation depuis 1995 et était sur le point d'être présenté à l'Assemblée nationale. Notre enquête indique que ce projet de loi, qui est prêt, sera vraisemblablement présenté à l'Assemblée nationale après la scéance consacrée au budget, prévu pour le lundi 9 juin prochain. Ce projet de loi, intitulé Dangerous Chemicals Control Bill, sera présenté par le ministre de la Santé, Ashok Jugnauth.

En vertu du Draft du projet de loi, le Main Object du Bill est de « provide a better legal framework for the control of dangerous chemicals in order to prevent damage to health and to the environment caused by chemical substances and to provide for the better protection of workers, members of the public and the environment ". Bien qu'elle semble arriver tardivement, après les récents problèmes d'Albion, cette loi, qui est en préparation depuis plusieurs mois, est plus que jamais une nécessité, estime-t-on dans les milieux concernés.

Selon les dispositions du projet de loi, le chlore et ses dérivés figurent parmi les 416 produits classifiés, sous la première annexe (Schedule), comme Dangerous Chemicals. Parmi les autres produits chimiques dangereux : l'éthanol, l'acétone, l'arsenic, l'oxyde de carbone, l'hydrogène, le plomb, le magnésium, l'acide sulfurique, le dioxyde de carbone et le zinc.

La deuxième annexe comprend également une liste des « extremely dangerous chemicals " et où l'on retrouve l'arsenic, tous les chlorofluorocarbones (CFC), le plomb et le magenta, entre autres.

Selon les provisions de la loi à venir, tout contrevenant qui commet un délit est passible d'une amende entre Rs 10 000 et Rs 50 000 et d'une peine d'emprisonnement ne dépassant pas deux ans. Ces provisions s'appliquent également aux importateurs qui enfreindraient la loi. Dans leur cas, la loi sera encore plus sévère. Outre l'amende et l'emprisonnement, « any importer who commits an offense, shall, on conviction (…) be liable to a fine not exceeding three times the duty paid value of the goods ".

Le projet de loi prévoit la création d'un Dangerous Chemicals Advisory Council. Le Chairperson de ce Conseil, de même que le secrétaire, seront désignés par le ministre de la Santé. Ce Conseil comprendra des responsables de différents secteurs - ministères de la Santé, Administrations régionales et du Travail ; de la police ; de la douane ; des pompiers ; de la division pharmaceutique du ministère de la Santé ; du Port Authority ; et du Forensic Science Laboratory, entre autres.

Loi nécessaire

Ce Dangerous Chemicals Advisory Council devra, entre autres, faire des recommandations au ministre au sujet de toute affaire liée aux substances chimiques dangereuses, faire des propositions au ministre sur l'application des conventions internationales en fonction des substances chimiques, entre autres. Le projet de loi prévoit également la création d'une Dangerous Chemicals Control Unit appelée à fonctionner sous la tutelle du ministère de la Santé. C'est cette instance qui s'occupera de la classification des Dangerous Chemicals et qui agira comme coordonnatrice auprès des Law Enforcement Agencies et qui considérera les applications des compagnies ou individus qui voudront importer ces substances.

Les clauses de la nouvelle loi sont limpides :

« No person shall (a) import or export ; (b) manufacture, sell, distribute or trade in ; (c) possess or store for business purposes, a dangerous chemical other than a pesticide, or an extremely dangerous drug, unless he holds a licence issued for such purposes. "

Une demande pour une licence en bonne et due forme devra être effectuée auprès de la Dangerous Chemicals Control Unit pour toute personne qui voudra, par exemple, importer du chlore ou en vendre. Cette même unité sera habilitée à renouveler ou à retirer les licences. Selon la septième annexe du projet de loi, chaque substance chimique devra obligatoirement porter une étiquette catégorisant le produit. Les classifications sont les suivantes : Very toxic, Toxic, Harmful, Corrosive, Irritant, Explosive, Extremely Flammable, Highly Flammable, Oxidising et Dangerous for the Environment.

Chaque produit chimique devra être accompagné de ces mentions, de même qu'un dessin explicatif. À l'hôtel du gouvernement, on affirme que ce projet de loi est solide et « ne doit pas être interprétée comme une panacée qui viendrait tardivement après le drame d'Albion ".

« Le projet de loi est prêt et allait être présenté d'ici peu, drame d'Albion ou pas. Nous ne voulons pas donner l'impression que nous sommes en train de présenter ce projet de loi à cause de ce qui s'est passé à Albion. Au contraire, le drame de lundi montre clairement qu'une telle loi est nécessaire et qu'elle viendra mettre un terme à une situation qui n'a que trop duré. At present, anyone can import dangerous chemicals because there is no legal framework to prevent import controls. C'est cela qu'on veut empêcher ", a-t-on laissé entendre à l'hôtel du gouvernement.

Même son de cloche au ministère de la Santé: « Il est regrettable que le projet de loi sera présenté dans un contexte très particulier, après les événements d'Albion. Mais nous sommes d'avis qu'il faut un contrôle rigoureux des produits chimiques et c'est là l'esprit du projet de loi. "

Week-End n'a pas été en mesure d'obtenir un commentaire du ministre de la Santé, Ashok Jugnauth, qui se trouve actuellement en mission à l'étranger.

 

Enquête policière sur le drame d'Albion

La CID à la recherche du propriétaire du terrain de St-Martin

 

Après les arrestations d'Harold et Mike Nankoo et de Jean Cléopâtre dans le courant de la semaine, l'enquête policière placée sous la férule de l'assistant commissaire de Police (ACP) Dass Joganah, responsable de la Western Division s'oriente vers la provenance du cylindre de chlore fatal à Pierre Kalloo. Selon les recoupements de Week-End, les éléments de la CID tentent de retracer le propriétaire du terrain de St-Martin, où le cylindre avait été emporté le vendredi 24 juin dernier. Pour les éléments de la CID, il ne fait pas de doute que le cylindre a été volé par les Nankoo et Cléopâtre. Les membres de ces deux familles ont déménagé d'Albion vendredi - à la demande de leur propriétaire - selon nos renseignements. Au niveau de la dégradation de l'environnement, le spectacle offert par la nature après le passage du cyclone Chlore fait pitié à voir. Le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, est d'avis que « tout ce qui était possible de faire a été fait ".

À hier soir, l'enquête policière menée par les éléments de la CID de la Western Division - qui comprend les CIDs de Rose-Hill, Stanley, Bambous, Albion et Rivière-Noire, travaillaient toujours d'arrache-pied. Pour cause, la police est à la recherche du propriétaire du terrain sur lequel le cylindre de gaz a été « trouvé " par Harold Nankoo, son fils Mike et Jean Cléopâtre. Pour les enquêteurs, ces trois hommes ont commis un « larceny py persons more than two in number ". Outre les accusations de « Involuntary Homicide " qui pèsent sur Harold Nankoo et Jean Cléopâtre, ils doivent également répondre d'une charge de vol. Dans le cas de Mike Nankoo, il est accusé uniquement de « larceny by persons more than two in number ". Les enquêteurs veulent savoir du propriétaire du terrain s'il savait si le cylindre de chlore s'y trouvait.

D'autre part, pour les membres des familles Nankoo et Cléopâtre, c'est un véritable cauchemar qu'ils vivent actuellement, dans la mesure où, outre l'arrestation des trois « wage earners " de leurs familles respectives, ils ont dû déménager précipitamment d'Albion vendredi et hier. Pour les membres de ces familles, le regard des autres est difficile à supporter. Pourtant, eux-mêmes ont couru un risque énorme, dans la mesure où le cylindre de chlore se trouvait… à moins de cinq mètres de leur maison lorsqu'il a été découpé. Ces familles, durement touchées depuis lundi, ne savent plus à quel saint se vouer et regrettent amèrement le décès de leur voisin, Pierre Kalloo.

« Nu présente excuses la famille Kalloo pu séki finn passé. Nu bien bien chagrins. C'est enn la mort ki finn arrivé par accident. Personne pas ti konné ki éna dans sa bonbonne-là. Si zot ti konnné ki ti éna là-dan, zamais zot tu pu mette sa cylindre-là kot nu propre lakaz ", disent les membres de ces deux familles, meurtries et amers. Harold Nankoo et Jean Cléopâtre eux-mêmes devaient tenir les mêmes propos aux enquêteurs lors de leurs aveux respectifs. « Mo bien triste avec séki finn arrivé. Nu ti pé ziste rode enn la vie. Nu finn trouve sa bonbonne-là vendredi dernier et nu ti pé rode ziste découpe sa pu vann cuivre-là ek gagne enn ti casse ", devaient-ils tous deux déclarer aux enquêteurs. Les trois hommes arrêtés dans cette affaire ont comparu en cour jeudi et vendredi, devant la magistrate Sarita Bissoonauth en cour de Bambous. Ils ont été tous trois Remanded to police cell. Harold Nankoo et Jean Cléopâtre comparaîtront de nouveau en cour ce jeudi, tandis que Mike Nankoo comparaîtra le lendemain.

Inquiets

Pendant ce temps, Albion continue de panser les blessures causées à l'environnement. Les habitants des avenues Astrolabe, Bounty et Cuttysark ont constaté avec effroi, jour après jour, durant cette semaine, la vitesse avec laquelle les arbres et plantes dépérissaient. Ces habitants souhaitent une rencontre avec les responsables des ministères de l'Environnement et de la Santé, afin de pouvoir poser des questions sur l'après lundi 26 mai. « Nous sommes inquiets pour nous-mêmes d'une part, car nous ne connaissons pas les effets que l'inhalation du gaz pourrait nous causer à l'avenir. D'autre part, nous sommes inquiets parce que toutes nos plantes meurent. Cette réunion avec les habitants de la localité est plus que souhaitable ", ont fait ressortir des habitants soucieux.

Pour sa part, le ministre Rajesh Bhagwan devait se montrer rassurant. Selon lui, les études au sujet de la toxicité de l'air n'ont rien donné et un Monitoring complet de la situation se poursuit. « Nous avons fait tout ce qui était possible de faire et nous continuons de le faire. Nous maintenons notre présence sur le terrain, à savoir Françoise Labelle, Maurice Allet et moi-même, de même que les officiers de différents ministères concernés. Les députés de la circonscription étaient présents sur le terrain, ainsi que moi-même après le drame et nous donnons l'assurance aux habitants que nous faisons le nécessaire. Nous avons fait nettoyer la rivière, les rues, même lavés des maisons à grande eau, fait couper les arbres ", devait-il déclarer à Week-End hier.

Le ministre a souligné que son ministère a demandé un Audit complet auprès de tous les importateurs de chlore et demeure en contact avec les forces vives de la localité concernant toute doléance de la part des habitants. Le ministre a également souligné que la police continue à mener son enquête dans cette affaire et que « les coupables ne resteront pas impunis ". Rajesh Bhagwan a aussi souligné qu'un Debriefing en bonne et due forme avec tous les départements concernés sur le terrain aura lieu en fin de semaine.


 

A qui appartient le fameux cylindre ?

Flou total !

 

A hier, le flou total persistait quant au propriétaire de la bonbonne de chlore d'Albion. Selon les éléments de l'enquête policière, le cylindre appartient à la Waste Water Authority (WWA). Le ministère des Utilités Publiques, Alan Ganoo, est monté au créneau en milieu de semaine pour affirmer que tel n'était pas le cas. D'autre part, à la Central Water Authority (CWA), on affirme que davantage de personnes auraient péri à Albion si le chlore avait surpris les habitants de la localité pendant leur sommeil.

Des indications recueillies par Week-End de source policière, il ressort que le cylindre de chlore, vieille d'une vingtaine d'années appartiendrait à la Waste Water Authority (WWA). À l'époque, la WWA n'existait pas en tant qu'entité propre et tombait sous la tutelle du ministère des Travaux. Le ministre des Utilités Publiques, Alan Ganoo, est monté au créneau en milieu de semaine pour affirmer que le cylindre n'appartient pas à la WWA, qui tombe sous la tutelle de son ministère. En attendant, un flou total continue de régner…

Du côté de la Central Water Authority (CWA), on se félicite du bon travail accompli sur le terrain lundi. Le directeur de cet organisme para public, Rohit Mungrah, a personnellement félicité les « mousquetaires de la CWA ", à savoir les officiers Chan Tse King, Uteem, Jawahir, Chaytan et Kistoo, qui ont travaillé d'arrache-pied de lundi après-midi à mardi matin pour colmater la fissure faite dans la bonbonne par le Grinder d'Harold Nankoo et de Jean Cléopâtre, pour déposer la cylindre dans la rivière pour la vider de son contenu et de se charger de le transporter à Pailles. Certains de ces officiers, qui ont travaillé d'arrache-pied, ont même eu les genoux brûlés et ont été soignés à l'hôpital. Des indications obtenues par Week-End du côté de la CWA, il ressort que la situation a été bien maîtrisée par la CWA elle-même et les pompiers. Selon nos interlocuteurs, si le chlore avait sévi durant la nuit, il y aurait eu davantage de morts à Albion. Explication. « Il faut comprendre que cette bonbonne est sous pression. Ce cylindre est composé de 25% de gaz, et de 75% de chlore liquide. Les habitants d'Albion ont été triplement chanceux. D'une part, parce que l'entaille se trouvait à la surface, là où se trouve le gaz. Si du chlore liquide s'était échappé par une fissure faite plus bas, les gens auraient été intoxiqués plus rapidement et auraient senti davantage cette odeur toxique. Si les émanations du chlore s'étaient fait sentir durant la nuit, il y aurait eu davantage de morts. Ces personnes auraient été surprises pendant leur sommeil et ç'aurait été la catastrophe. Si le cylindre avait été coupé en bas, où se trouve le chlore liquide, l'impact aurait été cinq à six fois pire pour l'environnement ! ".

 

Le Week End 1 juin 2003