Développement sur l'ile aux Benitiers


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Le dénouement du litige familial qui a retardé le projet hôtelier de l'île aux Bénitiers marque un tournant dans l'histoire touristique du pays. Pour la première fois, un vrai espace hôtelier s'installe sur une île.

En accordant une attention particulière dans son plan pour le tourisme au développement des îles, le gouvernement répond à deux exigences. Il continue de créer des emplois dans un secteur apprécié des Mauriciens. Il évite de surcharger le littoral d'établissements hôteliers qui grignotent sur l'espace de loisirs des Mauriciens. Pour les touristes, l'île représente l'achèvement même d'un rêve d'évasion : vivre sur une île si petite que l'on peut en faire le tour. Un site a priori idéal pour créer de la valeur ajoutée à l'économie.

A l'exception qu'une île n'est pas une plage ordinaire, mais un espace tout à fait à part. Les Mauriciens n'ayant que peu accès à des bateaux ne les ont découverts que très récemment, souvent par le biais de navettes prévues pour les touristes. Une occasion pour ces visiteurs d'un jour de s'imprégner de l'ambiance de l'île : cocotiers ou piquant loulou. L'île est toujours cette dernière frontière, cet espace préservé, ce rêve de nature. Peut-être ne la vivront-ils qu'une ou deux fois dans leur vie, mais ces moments courts laisseront au visiteur la nostalgie d'un retour à la nature. Des instants d'évasion essentiels à l'équilibre de l'homme.

Le développement pose alors un dilemme. Faire de l'argent et créer de l'emploi à partir des rêves d'un touriste d'une semaine ou accorder cet espace d'évasion aux Mauriciens ? Il y aura certes des combats plus terre à terre : écologistes scientifiques contre logique d'argent. Petits opérateurs touristiques contre grandes entreprises.

Dans ce dossier, le seul exemple existant est celui de l'Ile aux Cerfs. Une île déserte jusqu'à l'arrivée du développement qui a ouvert l'accès du site tant aux touristes qu'aux Mauriciens. C'est ainsi que sont montés en escalade les litiges sur l'utilisation de l'espace. Mais dans la foulée du développement touristique, les Mauriciens ont été appelés à en découvrir d'autres : l'île d'Ambre, l'îlot Gabriel...

Le développement des îles ne peut plus être considéré comme une situation de défrichage d'espace libre ou d'aménagement d'une plage disponible. L'appropriation d'une île à des fins commerciales, c'est la fin d'un rêve. Face à la nécessité de faire un choix, peut-on aborder le problème avec une approche rationnelle ?

Pour ne pas se laisser piéger dans l'émotion, l'homme s'appuie sur la science. C'est là qu'intervient l'écologie avec ses expertises, ses contre-expertises et ses certificats octroyés ou refusés, ses chahuteurs passionnés ou intéressés. A côté, la majorité des Mauriciens regardent impassibles le développement se dérouler sous leurs yeux. Car au fond la bataille est celle d'une société en mal de repères qui, dans ce drame cornélien, n'a jamais appris à choisir.

 

L'île aux Bénitiers aura ses villas de luxe

Les Nubheebucus, propriétaires du bail de l'île depuis 1927, supportent le projet de Food and Allied. Le désaccord qui avait surgi parmi les héritiers est résolu.

Les descendants de Soolaman Nubheebucus ont accordé leurs violons. Mariam Maudarbocus, qui gère les intérêts de Soolaman Nubheebucus and Co Ltd a remis les pendules à l'heure et la famille affirme à l'unisson qu'elle honorera son engagement avec le promoteur Food and Allied.

Le projet hôtelier d'une centaine de villas de luxe pourrait voir le jour prochainement. Le bail agricole obtenu par la famille Nubheebucus au début du siècle dernier aura vécu une histoire riche en rebondissements, même si l'arrivée des premiers projets d'hôtels remonte seulement à 1980.

L'île aux Bénitiers appartient aux Nubheebucus depuis 1927. Le Hajee Soolaman Nubheebucus, notable de Camp-Fouqueraux, en avait acheté le bail lors d'un appel d'offres public. L'île avait alors un visage différent, se souvient Mariam, petite-fille du patriarche. Elle était couverte d'une végétation hostile (piquant loulou, aloes). Les Nubheebucus l'ont transformée en une cocoteraie et y ont aussi planté des filaos .

Mariam Maudarbocus explique que l'île a été peu à peu prise d'assaut par des pique-niqueurs, bien que l'accès en soit interdit. Elle souligne que la famille Nubheebucus en a toujours autorisé l'accès à ceux qui l'ont sollicitée. Cependant, de nombreux visiteurs se passent volontiers de son accord, surtout les bateliers qui y emmènent des touristes. Aujourd'hui, ceux-ci agissent en maîtres des lieux et s'opposent ouvertement au développement de l'île. Lobby, intérêt personnel ou réelle préoccupation écologique ? La question se pose car l'île aux Bénitiers a toujours été l'objet de toutes les convoitises.

L'idée d'y construire un hôtel remonte à 1980.Encouragés par le gouvernement, les promoteurs potentiels affluent. Mais les Nubheebucus résistent et proposent leur propre projet. Le dossier semble progresser quand, au gré d'un changement de régime politique, l'expansion hôtelière est gelée. La course reprend de plus belle quelques années plus tard. Pratiquement tous les groupes hôteliers locaux ont approché les Nubheebucus. Parmi ceux-ci, le groupe Food and Allied obtient un accord de principe il y a quatre ans.

Bail reconduit en 2001

En 1992, le bail des Nubheebucus arrive à expiration et le gouvernement en retarde le renouvellement. Les choses s'arrangent avec l'arrivée du nouveau régime. Le bail est reconduit en 2001 et il conserve sa spécificité agricole. Le gouvernement invite alors les Nubheebucus à présenter un projet de développement. À défaut, l'île serait cédée à d'autres promoteurs. Les Nubheebuccus se tournent vers leur partenaire, la Food and Allied.

Une première ébauche de projet est présentée au gouvernement en juin 2001. Un parcours de golf de neuf trous est prévu puis abandonné en raison d'objections techniques soulevées par le gouvernement. Les promoteurs en sont actuellement à un projet d'une centaine de villas de grand luxe au coût de près de Rs 2 milliards. Celui-ci a été proposé au gouvernement il y a un mois. Quelques modifications ont été exigées, mais le dossier devrait bientôt être finalisé

Une confusion surgit récemment au sein de la famille lorsque le fils d'un des six directeurs de Soolaman Nubheebucus & Co Ltd affirme que son père n'était pas au courant de l'accord conclu avec Food and Allied. Selon lui, cet engagement a été négocié par Yousuf et Mariam Maudarbocus, née Nubheebucus, à l'insu des autres membres de la famille.

Mariam Maudarbocus réfute cette allégation. Elle est mandatée par Soolaman Nubheebucus & Co Ltd pour négocier le développement de l'île aux Bénitiers. Cette femme d'affaires très occupée dit se faire aider sur ce dossier par son époux Yousuf qui est à la retraite. "Je suis seule autorisée à représenter la compagnie. J'ai carte blanche pour négocier avec quiconque dans le but de développer l'île. Les directeurs de Soolaman Nubheebucus & Co Ltd ont été tenus au courant de chacune de mes initiatives. Elle souligne que le fauteur de troubles n'est ni actionnaire ni directeur de la compagnie. Cela aura donc été une tempête dans un verre d'eau.

 

L'Express

1 mars 2002