Rajesh Bhagwan: "Et le rôle du citoyen dans la préservation de son environnement?"


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Aujourd'hui est célébrée la Journée de l'Environnement. Pour le ministre de tutelle, Rajesh Bhagwan, c'est l'occasion de rappeler à chaque Mauricien son rôle à titre individuel dans cet effort collectif visant à préserver l'environnement. Son message : renverser la tendance qui veut qu'un millier de personnes nettoient contre un million qui salissent. " Ce n'est qu'à ce prix qu'une partie de la bataille contre la pollution et la dégradation de l'environnement sera gagnée. Il ne faut pas oublier que la préservation de l'environnement ne se résume pas seulement à une question de détritus débarrassés en pleine nature. D'autres problèmes et d'autres enjeux existent sur ce plan. La question pertinente qui se pose demeure le rôle du citoyen dans la préservation de son environnement ", soutient-il.

Aujourd'hui, la Journée de l'Environnement sera marquée par une série de manifestations avec pour objectif de sensibiliser la population à la nécessité de préserver l'environnement. Mais, il reste toujours 364 jours dans l'année

Les manifestations marquant la Journée de l'Environnement ont valeur de symbole. L'on n'en disconviendra pas. Mais, dans la conjoncture, le symbolisme autour de ces manifestations est d'autant plus important que pendant ces dernières années, la machine pour la préservation de l'environnement était littéralement en panne. Je ne crois pas que ceux qui affirment que jusqu'en septembre de l'année dernière, ce ministère travaillait contre les intérêts de l'environnement ont totalement tort. Après un bilan de la situation et des opérations visant à parer aux plus pressés des problèmes, je peux affirmer qu'aujourd'hui, il y a un nouvel élan et un nouveau dynamisme dans la préservation de l'environnement.

Mais à ce stade, je me pose la question suivante : est-ce que le citoyen mauricien est conscient que le gouvernement et le ministère de l'Environnement ne peuvent assumer à eux seuls la responsabilité de la dégradation quotidienne de l'environnement à Maurice ? Quel est le rôle de chaque citoyen dans la préservation de son environnement ? Il est clair que tant qu'il y aura seulement un millier de Mauriciens qui nettoient le pays régulièrement et qu'il y a un million qui le salissent quotidiennement, la détérioration de l'environnement ne sera pas résolue. Il nous faut renverser cette équation et ce n'est qu'à ce prix qu'une partie de la bataille contre la pollution et la dégradation de l'environnement sera gagnée. Il ne faut pas oublier que la préservation de l'environnement ne se résume pas seulement à un problème de détritus débarrassés en pleine nature. D'autres problèmes et d'autres enjeux existent sur ce plan. La question pertinente demeure le rôle du citoyen dans la préservation de son environnement.

Je dois dire que le travail entamé par le ministère depuis septembre dernier en termes d'amélioration de la qualité de la vie permet d'espérer un renversement de la vapeur. Je vais prendre pour exemple l'engagement des habitants des cités Attlee, Chebel, Barkly, Alphonse-Ravaton à Quartier-Militaire, ou encore à Bambous-Virieux et à Dauguet, dans des projets susceptibles d'améliorer la qualité de la vie. J'éprouve une extrême satisfaction de constater la participation active des forces vives de ces régions dans le développement mis a exécution. Nous tenterons de multiplier ces exemples à travers l'île dans le cadre d'une campagne de sensibilisation du citoyen.

Le citoyen doit faire son autocritique et se ressaisir. Les autorités l'accompagneront avec une campagne d'éducation et de sensibilisation. Mais, il n'y a pas que le citoyen. Je dois avouer que jusqu'ici ma plus grade frustration a été de constater que les structures institutionnelles mises en place, que ce soit dans les ministères ou les collectivités locales, sont rouillées. Aujourd'hui, nous voyons qu'il y a une multiplication de terrains vagues et abandonnés. Que font les collectivités locales ? Où en sont les responsables de la Santé ? Ma plus grande satisfaction demain consistera à pouvoir, au moins, éliminer les terrains vagues, terrains propices à l'insalubrité, de trouver une solution à la prolifération de chiens errants, de rats et de corbeaux.

Les Mauriciens doivent être conscients que nos voisins de La Réunion, des Seychelles, de Madagascar et du continent africain attachent beaucoup d'importance à la préservation de l'environnement. Si nous ne faisons pas attention, nous risquons de nous retrouver à la traîne dans cette partie du monde et nous aurons alors beaucoup à perdre.

Vous avez souligné qu'outre le problème de détritus, l'environnement comporte également d'autres enjeux ? Lesquels ?

Depuis septembre dernier, quand le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, m'a confié ces responsabilités, j'ai dû me pencher sur les problèmes les plus pressants et dépoussiérer les dossiers qui dormaient dans des tiroirs. Il fallait justifier la pertinence du ministère de l'Environnement et les premiers résultats obtenus parlent d'eux mêmes. Je cite le redémarrage du plan d'action sur l'environnement, qui était devenu lettre morte sous le gouvernement travailliste sortant. La National Environment Commission, qui s'est réunie cette semaine sous la présidence de sir Anerood Jugnauth, avait complètement disparu du paysage institutionnel. Pourtant, c'est une instance suprême en matière de politique de préservation de l'environnement. Le ministère tente d'établir un réseau avec la participation d'Ong, des collectivités locales et des forces vives pour que la préservation de l'environnement ne soit plus un slogan creux.

Ainsi, les projets en chantier concernent l'élaboration d'une stratégie pour la gestion des déchets solides, la question des huiles usées, qui comportent de graves risques à la pollution des nappes phréatiques, l'épineuse équation entre le développement économique et l'environnement - je parle ici du projet hôtelier Follies, le problème de l'extraction de sable et ses conséquences socio-économiques. Il y a aussi le fait que dorénavant Rodrigues est partie prenante des préoccupations du ministère de l'Environnement. Au début, je parlais du symbolisme de la Journée de l'Environnement. Cette année, en tant que ministre responsable de ce dossier, je me suis fait un devoir d'inclure Rodrigues dans le cadre des activités. Dimanche, j'ai fait le déplacement dans l'île, pour bien faire comprendre à nos frères et sœurs de Rodrigues que les choses ne seront plus comme auparavant. L'environnement dans l'île mérite une attention particulière dans la conjoncture.

L'objectif du travail mis en chantier au ministère est d'éviter au pays des problèmes comme ceux rencontrés par les habitants de Valentina, qui sont affectés par la pollution industrielle, ou encore les pêcheurs de Baie-du-Tombeau ou de Pointe-aux-Sables, qui ne peuvent plus s'adonner à leurs activités professionnelles en raison de la dégradation du lagon. Les résultats ne sont pas obtenus d'un tour de main vu que c'est un travail de longue haleine.

Si demain, vous vous retrouvez avec un important projet générateur d'emplois et de plus-value mais avec des risques énormes à l'environnement, pencheriez vous vers l'économie ou vers l'écologie ?

La décision par rapport au projet d'hôtel Follies demeure la preuve que nous ne comptons pas tergiverser par rapport à notre mandat. Néanmoins, j'ajouterai que les développements technologiques possibles aujourd'hui permettent d'atténuer les nuisances générées par des activités économiques. La Green Technology est possible aujourd'hui. Les safeguards existent. Nous déciderons en tenant compte des considérations susceptibles d'assurer au pays un développement durable. Nous ne voudrions pas recevoir de blâme des générations à venir.

Le débat, actuellement, tourne autour du seuil de tolérance dans l'industrie touristique. La question a été posée en des termes très clairs dans l'aide-mémoire de la Banque mondiale. Le gouvernement a consigné formellement son désaccord à ce sujet. Mais, il ne faut pas en rester là. A mon avis, la balle est aujourd'hui dans le camp des opérateurs dans l'industrie hôtelière. Ils doivent s'adapter à la nouvelle réalité du marché. Les touristes sont de plus en plus conscients des enjeux sur le plan environnemental. Les hôteliers ne peuvent pas risquer d'offrir un environnement repoussant à leur clientèle. Ils ne sont pas aussi stupides pour envisager de tuer la poule aux œufs d'or et le Green Globe Award dans l'industrie touristique est un autre attrait pour épargner le pays des désastres écologiques.

Avec l'industrie touristique, Maurice dispose d'une chance. Les projets de développement touristique constituent d'excellents moyens d'embellissement du pays et de régénération du lagon si les critères de préservation de l'environnement sont respectés. En tout cas, les ministères de l'Environnement et du Tourisme travaillent en étroite collaboration pour ne pas porter préjudice à l'économie et à l'écologie. Il y a une véritable synergie qui s'est développée et c'est le pays qui en sortira gagnant.

Jusqu'ici, il y a un aspect du combat pour la préservation de l'environnement qui n'a pas été évoqué, en l'occurrence l'utilisation du plastique, que ce soit au niveau des sacs ménagers ou encore les PET. De temps à autre, nous constatons de grandes déclarations, mais dans le concret, très peu de développements sont perceptibles. Pourquoi cet état de chose, alors que l'on sait que les dégâts à l'environnement sont irréversibles ?

Pour ce qui est des problèmes des bouteilles en plastique qu'on retrouve dans tous les coins et recoins de l'île, nous aurons incessamment un début de solution. Les embouteilleurs rendront public dans les jours à venir leur plan d'action. Dans un premier temps, ils feront installer une trentaine de bins spéciaux pour la collecte de ces bouteilles en plastique. En même temps démarrera une campagne de sensibilisation. Selon le calendrier établi, nous passerons à l'action à partir du 1er juillet.

Plus fondamentale demeure la question de l'utilisation du plastique à Maurice. A un certain moment, je m'étais posé la question sur la nécessité d'interdire l'utilisation du plastique à Maurice. Mais les pro-plastique ont soulevé un véritable tollé en avançant qu'il y a eu des investissements et des emplois créés dans ce domaine. Néanmoins, je maintiens que l'utilisation du plastique est une source de pollution que nous aurons à éliminer si nous voulons être honnêtes envers nous-mêmes. Cette matière constitue un véritable eye sore dans le pays. Je suis conscient de la situation, mais je dis que si nous avons eu la volonté de trouver les solutions à visage humain pour l'interdiction de l'extraction du sable dans le lagon, pourquoi pas la même chose pour éliminer l'utilisation du plastique ? La question reste posée et les alternatives existent.

En cette Journée de l'Environnement, quel message comptez-vous transmettre aux Mauriciens ?

L'environnement n'est pas une question de chasse gardée. La préservation de l'environnement doit interpeller tout un chacun et, dans chacun de nos gestes : simple citoyen, étudiant, salarié, opérateur économique ou décideur économique ou politique. Le gouvernement peut investir des millions dans des équipements sophistiqués pour préserver l'environnement ou améliorer la qualité de vie. Mais, sans la participation de la population, nous n'atteindrons pas les objectifs fixés. Les millions de poubelles ou les amendes de la police de l'environnement ne serviront à rien sans cette conscience au sein de la population que l'environnement est notre plus précieux bijou. En sus de la campagne sensibilisation, le ministère de l'Environnement mettra l'accent sur l'application de la loi. Mais, ceux qui respectent la loi ne peuvent continuer à payer les pots cassés pour ceux qui ne les respectent pas. Car, le financement de la police de l'environnement est assuré par des fonds publics générés par les impôts. Il faut que chaque partenaire assume ses responsabilités. Mais, de ce que j'ai pu constater jusqu'ici, je ne désespère pas pour autant. Même s'il y a encore des poches de résistance à convaincre.

Le Mauricien 5 juin 2001