Patrimoine national, Le Morne: une nouvelle donne qui interroge


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Le Morne a été, dans le cadre du 1er-Février, au centre d'un intérêt renouvelé. C'est en effet à la veille de la célébration du 171ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage que le gouvernement a annoncé coup sur coup que la montagne mythique était proclamée patrimoine national, et que le dossier avait été envoyé à l'UNESCO pour l'inscription au patrimoine mondial. Force est toutefois de constater qu'un flou persiste toujours autour de cette affaire, par rapport au projet IRS déjà approuvé, aux délimitations exactes des core et buffer zones et de l'examen du dossier par l'UNESCO. Dont nous apprenons cette fois qu'il aurait lieu non cette année mais en 2007.

S'il fut d'abord annoncé que c'était une partie du Morne qui avait été proclamée patrimoine national à travers une décision du conseil des ministres le 20 janvier dernier, il ressort cette fois que cette décision concerne l'ensemble de la montagne et ses alentours, couvrant l'ensemble de la péninsule du Morne et s'étendant en mer jusqu'à l'îlot Fourneau. Soit incluant à la fois ce que l'UNESCO définit comme la core zone (partie centrale qui ne doit pas être construite) et la buffer zone (zone tampon environnante qui peut être construite mais qui doit être soumise à certains règlements et protection). Fait notable toutefois: selon la nouvelle carte tracée par les autorités, l'île aux Bénitiers, elle, ne fait pas partie de la buffer zone, contrairement à la recommandation formulée dans le rapport du Pr Saliba, expert de l'UNESCO.

Autre fait étonnant: si la nouvelle carte établie par les autorités, que nous reproduisons ici, délimite une nouvelle core zone qui exclut en apparence la propriété privée où la Société du Morne Brabant compte monter son projet IRS qui a été approuvé à la fin de 2005 par le gouvernement (65 villas et un hôtel de 35 chambres), un certain flou persiste sur ces délimitations exactes. Selon Bertrand Giraud, directeur de SMB, les délimitations de cette carte empiètent largement sur ses terres privées et son projet IRS. Le ministre Gowreessoo, pour sa part, affirme que toutes les spécifications ont été publiées dans l'édition du 26 janvier de la Government Gazette. Ce que nous n'avons pu à ce stade vérifier car au Government Printing, on nous fait savoir que la dernière édition disponible est celle du 21 janvier et que la suivante, en date du 28 janvier, ne sera disponible que la semaine prochaine. En attendant, un flou persiste, d'autant plus quand on sait que le rapport final de l'autre expert de l'UNESCO, le Dr Abungu, affirme que la core zone et la buffer zone devront être délimitées avec la collaboration de toutes les parties concernées, dont la Société du Morne Brabant, qui a accepté de concéder entre 48 et 55 arpents de ses terres privées pour que puisse être proclamée la core zone requise.

Pas de management plan

Or il ressort que l'exercice d'arpentage requis à cet effet n'a jamais eu lieu jusqu'ici. Comment donc la core zone et la buffer zone qui figurent sur ce plan ont-elles été délimitées, et quelles sont les délimitations qui ont été publiées dans la Government Gazette ? Mystère. Il faut aussi savoir que des délimitations jugées erronées et illégales avaient déjà été publiées dans la Governemnt Gazette en 2004 (zone entourée par une ligne jaune sur la carte), en y incluant illégalement les terres privées de la SMB. Cette fois, la nouvelle délimitation (ligne verte) semble exclure ces terres où devrait se concrétiser le projet IRS. Mais pas totalement.

Face à tout cela, on est en droit de s'interroger sur la nature, la qualité et le poids du dossier qui a été envoyé en toute hâte à l'UNESCO le 27 janvier dernier, avant l'expiration de la date butoir du 1er février. Ce dossier comprend-il ou non le management plan exigé par cet organisme ? De la bouche même du ministre Gowreessoo, nous avons appris hier que "c'est maintenant que le management plan va être préparé". Mais comment donc sera soutenu le dossier du Morne en juin prochain ? "Ce n'est pas en juin 2006 mais en juin 2007 que le dossier du Morne sera soutenu. Cette année, nous allons soutenir devant le comité de l'UNESCO le dossier de l'Aapravasi Ghat qui a déjà été finalisé et soumis depuis l'année dernière", nous apprend le ministre des Arts et de la Culture.

À charge de savoir si ce dossier du Morne, manifestement traité pendant longtemps avec amateurisme et désinvolture, pour dire le moins, aura finalement une chance d'être travaillé comme il faut, sans que l'on ait l'impression que l'on se contente de nous jeter de la poudre aux yeux. En attendant, beaucoup de questions restent en suspens. Comme celle de savoir pourquoi le gouvernement a choisi de ne pas reconstituer le Board du Morne Heritage Trust Fund (MHTF) depuis août dernier, qui aurait alors eu six mois pour élaborer comme il se doit le management plan et le dossier du Morne pour une soutenance cette année ? Et comment se fait-il que le gouvernement ait annoncé, à la veille du 1er février, la nomination d'une directrice pour le MHTF, en la personne de Stéphanie Anquetil, alors que la procédure aurait voulu que soit d'abord nommé un Board, qui aurait alors enclenché les procédures normales d'appel de candidatures pour le poste de directeurů

Le Week End 5 fevrier 2006