Rajesh Bhagwan (ministre de l'environnement): "La date butoir du 1er septembre tient bon pour les sacs en plastique ! "


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" L'objectif du gouvernement, c'est de promouvoir un développement durable et non pas le développement sauvage " : propos du ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, en marge de la Journée internationale de l'Environnement célébrée le 5 juin. Outre la situation de l'eau à Maurice, M. Bhagwan évoque la question de pollution ; le drame d'Albion et l'interdiction des sacs plastiques. Le ministre de l'Environnement parle également de la situation des " wet lands ", de la mission des consultants de Baird, Mega Design et Reef Watch Consultancy Ltd à Rodrigues et des mesures à prendre en vue d'éviter l'érosion des zones côtières. Par ailleurs, M. Bhagwan affirme que la date butoir du 1er septembre est maintenue pour l'élimination des sacs en plastique.
Quelle évaluation faites-vous de la situation de l'eau à Maurice, thème cette année de la Journée internationale de l'Environnement ?
Il faut dire que cette année les Nations unies, plus particulièrement l'UNEP a proposé le thème : L'eau : deux milliards de personnes en meurent d'envie !, qui coïncide avec l'Année internationale de l'Eau douce, décrétée par les Nations unies, pour montrer l'importance de cette ressource pour la planète. A Maurice, avec la pluviométrie, les capacités de stockage nous évitent des problèmes au niveau de la fourniture en eau, mais si nous ne faisons pas de provisions, des projections ou si nous ne prenons pas des mesures appropriées, dont des investissements, nous risquons, dans 50 ans, d'être confrontés à d'énormes difficultés. Compte tenu des changements climatiques à l'échelle planétaire, nous sommes confrontés à des imprévus et nos ressources risquent d'être menacées par des activités agricoles, industrielles et domestiques. Il est impérieux de dégager un plan d'action au niveau national, impliquant toutes les autorités concernées en vue de protéger nos ressources en eau.
Qu'en est-il de la pollution de l'eau et de la contamination des nappes phréatiques ?
Nous avons déjà connu des cas de pollution et de contamination de nos rivières, entraînant la mort de poissons et autres espèces marines. Plus récemment, nous avons vu le " spill " causé par Mauritius Breweries Ltd. Dans certains cas, il y a eu un taux élevé de nitrate dans nos nappes souterraines. Tout cela nous pousse à agir rapidement au niveau de ce secteur.
Qu'attendez-vous concrètement de cette exposition autour de l'eau organisée au Domaine les Pailles ?
La vie sur terre dépend de l'eau. Autour de cette exposition, nous voulons faire comprendre à la population, plus particulièrement aux enfants, l'importance de cette ressource. Outre d'être une activité de sensibilisation, c'est aussi une excellente occasion pour toutes les autorités tant pour celles qui passent des lois que celles qui les appliquent ou celles qui donnent des moyens techniques pour les faire respecter de se rencontrer, de partager leurs points de vue et d'agir en synergie.
Certaines Ong critiquent le fait que l'aspect écologique de l'eau n'est pas suffisamment mis en valeur dans cette exposition autour de l'eau. Par ailleurs, elles estiment que ce sont surtout les entreprises engagées dans le business de l'eau qui sont au premier plan.
On tente visiblement de noyer le poisson. Le seul objectif de mon ministère par rapport à cette exposition, c'est de favoriser l'émergence d'une plus grande conscience nationale par rapport à cette ressource vitale.
Nous nous attendons à accueillir une dizaine de milliers d'élèves du pays qui vont découvrir pour la première fois l'univers fascinant de l'eau. Si nous avons souhaité inviter, également, des entreprises, c'est que nous voulons montrer que des solutions existent à beaucoup de problèmes. Il incombe aux pollueurs d'aller investir dans cette direction.
Par ailleurs, je dois dire que j'ai une grande considération pour les Ong, les forces vives, celles qui prennent des initiatives louables. Ainsi, par voie de presse, nous avons invité des Mauriciens qui ont des choses à partager. Une vingtaine d'anonymes ont apporté des items pour y être exposés. Je voudrais saluer ces personnes qui ont pris des initiatives sans attendre l'invitation ministérielle pour prendre des actions concrètes. Je trouve chagrinant que certaines Ong soi-disant écologistes ne prennent aucune initiative et attendent de pouvoir grimper dans le band wagon.
Comment expliquez-vous que la crise d'Albion n'ait pas pu être résolue pendant une nuit entière. Pourquoi avoir jeté la bonbonne de chlore dans la rivière, ce qui a causé une catastrophe écologique ?
Pendant plusieurs heures, il y a eu une action concertée afin de trouver une solution. Dès que l'accident est survenu, les autorités étaient sur le pied d'alerte pour sécuriser la population. Il faut dire que c'est la première fois que nous faisons face à une telle situation. Personne ne peut venir nous montrer du doigt. Nous avons fait tout ce qu'il fallait faire dans cette situation difficile. Cet accident constitue un eye-opener pour que nous puissions mieux préparer l'avenir. Jeter la bonbonne à l'eau constituait la meilleure solution, qui a été prise en concertation avec toutes les autorités présentes. Cela n'a pas causé de catastrophe écologique. Il est vrai qu'au niveau de la rivière, il y a eu des poissons qui ont été asphyxiés mais nous ne pouvions pas faire autrement pour sauver des vies humaines.
L'année dernière, vous avez parlé de l'interdiction des sacs plastiques. Où en êtes-vous avec les réglementations ?
Ce dossier reflète d'une manière parfaite l'intention du ministère de trouver une solution durable, et non de créer des problèmes socio-économiques. Le gouvernement a pris la décision de réduire l'utilisation du plastique en général et d'interdire la production et l'importation des sacs de 50 sous. Nous avons déjà travaillé les règlements et reçu des représentations des producteurs. Entre-temps, nous entamons des discussions avec les autorités concernées : douane, Commerce et Industrie. Nous avons rencontré les producteurs en vue d'écouter leurs doléances. Il faut dire que cette décision gouvernementale a provoqué une réaction salutaire. A la lumière des points de vue de tous ceux concernés, nous pourrons bouger vers une solution écologique du problème. Mais pas au détriment des producteurs et des importateurs.
L'échéance du 1 er septembre 2003 pour l'entrée en vigueur de ces règlements est-elle remise en question ?
Nullement. La date butoir du 1er septembre tient bon. On travaille activement pour respecter ce deadline. On a étudié toutes les options possibles dans l'intérêt du pays. Pour cela, on travaille en étroite collaboration avec l'Industrie. Je souhaite faire disparaître ces millions de eyesores qui traînent dans la nature et qui ne font pas honneur au pays.
Il y a un an, en marge de la présentation en deuxième lecture du Environment Protection Bill 2002 à l'Assemblée nationale, vous affirmiez dans une interview accordée au Mauricien que " l'urbanisme et la gestion foncière, constituent de gros problèmes environnementaux ". Quel est votre constat aujourd'hui ?
Rien n'a changé. Pas plus tard que la semaine dernière, mon collègue Joe Lesjongard a présenté le National Development Plan qui a bénéficié du financement du Fonds d'Investissement de l'Environnement. J'ose espérer que, cette fois, il y aura un véritable départ pour assurer une meilleure maîtrise du foncier et pour le développement d'un urbanisme éclairé. Les collectivités locales ont un rôle essentiel à jouer, mais il faut pour cela que celles-ci soient dotées de moyens techniques et des ressources humaines nécessaires.
Néanmoins, on ressent qu'il y a actuellement une volonté à tous les niveaux pour que les normes élémentaires de l'urbanisme prennent soient prises en considération par les grands projets, d'autant plus que le gouvernement a investi massivement dans des projets de drains afin d'éviter de gros problèmes, à l'exemple de ceux qu'on a connus récemment au sein des morcellements et des projets où des mesures appropriées n'ont pas été prises. Désormais, l'EPA 2002 dont les provisions de l'EIA nous donne des moyens pour assurer un meilleur contrôle sur le développement foncier et pour mieux gérer les procédures.
Quelle est la situation au niveau des " wet lands " ?
Il y a une synergie au niveau des différents ministères afin d'éviter les erreurs du passé. On ne veut plus qu'il y ait des problèmes à l'instar de ceux du Morcellement de Chazal, à Flic-en-Flac. L'objectif du gouvernement, c'est de promouvoir un développement durable et non pas un développement sauvage. Nos actions concrètes en ce sens témoignent de notre bonne foi et de notre crédibilité.
La semaine dernière, il y a eu une mission des consultants de Baird, Mega-Design et de Reef Watch Consultancy Ltd à Rodrigues en vue d'identifier des sites potentiels pour des marinas, des zones de baignade et évaluer l'ampleur de l'érosion des zones côtières…
Notre approche à Rodrigues permet d'utiliser l'expérience mauricienne pour éviter les mêmes erreurs. On veut, en quelque sorte, profiter de ce retard à Rodrigues pour que les choses passent first time right par rapport à l'environnement. C'est la raison pour laquelle il y a eu cette mission, qui intervient à un moment opportun. Rodrigues, se trouvant à l'aube du développement touristique et infrastructurel, on va travailler en étroite collaboration avec l'Assemble régionale en vue de planifier et d'assurer la mise en œuvre des projets par rapport à l'érosion et à l'aménagement de marinas. En respectant les spécificités de Rodrigues.
Selon ces consultants, les murs de soutènements, les constructions ou les arbres plantés sur les plages, contribuent à l'érosion des zones côtières. A Maurice, des promoteurs hôteliers utilisent de telles structures. Que préconisez-vous pour mettre un terme à ces types de constructions et atténuer l'ampleur de l'érosion des zones côtières ?
Il est nécessaire de souligner l'incohérence de certaines pratiques, par ailleurs incompréhensibles, au niveau de l'aménagement du littoral. Nous avons commis beaucoup de bévues et nous en subissons les conséquences. C'est pourquoi au niveau de l'EPA 2002, nous avons pris la décision d'instituer un Integrated Coastal Zone Management (ICZM) Committee pour qu'enfin les dizaines d'autorités qui sont appelées à gérer le littoral puissent travailler avec davantage de coordination. C'est ce qu'on a, à tout prix, évité à Rodrigues en planifiant soigneusement avec l'ARR le développement sur le littoral pour que comme le dit si bien Serge Clair " Rodrigues puisse demeurer une île écologique. "

Le Mauricien 5 juin 2003