Yves Pitchen: "Il faut un engagement politique pour l'environnement"


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"Il faut un engagement politique pour l'environnement", lance Yves Pitchen, écologiste. Dans une communication émise ce matin, M. Pitchen, qui a notamment combattu récemment le projet hôtelier Follies sur l'île des Deux-Cocos, dans le parc marin de Blue-Bay, jette les bases de ce qu'il appelle "le véritable enjeu écologiste".

Pour M. Pitchen, l'écologie doit désormais prendre une tournure politique, dans le sens d'un engagement à "la vie de la cité". L'écologiste et photographe professionnel participe actuellement, avec l'association Eco-Sud, au Salon de l'Environnement qui se tient depuis hier et ce jusqu'au 10 juin, au Domaine Les Pailles. Selon Yves Pitchen, la perception de l'écologie est la même à Maurice qu'ailleurs. "On croit qu'il suffit de mettre quelques amendes et de nettoyer, pour protéger l'environnement. Mais en fait, c'est là une logique ultra-libérale du laisser-faire. Et, malheureusement, la plupart des écolos mauriciens tombent dans ce piège", regrette M. Pitchen.

"Certains accusent les écologistes de traiter de sujets qui ne semblent pas liés à la pollution ou à l'observation des oiseaux dans leur milieu naturel. D'autres les accusent de "récupérateurs de causes perdues", ou encore les qualifient d'utopistes. Je crois qu'on n'a pas saisi les liens étroits entre écologisme, économie, culture, politique et pouvoir. Et une critique qui se limiterait au niveau de l'environnement passerait à côté du nud du problème", insiste Yves Pitchen, dans sa communication. Il poursuit: "L'écologisme c'est, bien sûr, dénoncer l'exploitation de la nature par l'homme mais c'est aussi dénoncer l'exploitation du tiers-monde par les pays riches, des Noirs par les Blancs, des femmes par les hommes, etc..."

Dans sa communication, M. Pitchen dénonce les jeux du pouvoir et tente de démonter le "mythe du progrès" qui, selon lui, comporte des "contradictions tellement flagrantes qu'elles en sont oubliées". Il critique la notion de profit et regrette une foi aveugle en l'avenir, un peu comme celle, indique-t-il, qui anime "l'homme qui s'endette dans l'espoir qu'il finira par gagner le gros lot". Pour lui, il faudrait donc des "changements majeurs pour arriver à un monde plus viable", à un moment où, selon lui, le monde vit "une crise majeure".

Yves Pitchen affiche quand même un certain optimisme, en ce qui concerne la lutte pour la protection de l'environnement, au niveau local. "Il y a actuellement une mobilisation intéressante du ministère de l'Environnement et le ministre de tutelle, Rajesh Bhagwan, essaie d'aller assez loin, quitte à déranger certains lobbies", intervient M. Pitchen. L'écologiste ne peut cependant s'empêcher de s'impatienter quelque peu. "Le ministère de l'Environnement semble assez limité par les moyens et, pour cette raison, semble-t-il, les résultats se font un peu attendre", regrette Yves Pitchen.

Le Mauricien 7 juin 2001