Parcours de golf: L'abattage des arbres a débuté sur l'île-aux-Cerfs


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L'abattage des arbres a débuté sur l'île-aux-Cerfs, où le groupe hôtelier Sun Resorts veut installer un parcours de golf. Le Mouvement Républicain (MR), hostile au projet, estime que la " transformation meurtrière de l'îlot en une Golf Island " a commencé.

Les travaux préliminaires pour l'aménagement d'un parcours de golf sur l'île-aux-Cerfs ont débuté. L'abattage des arbres a commencé depuis plusieurs semaines maintenant et, à ce jour, les premiers mille arbres ont été coupés sur les quelques 5 000 que compte l'îlot. L'un des deux restaurants de Sun Resorts sur l'île-aux-Cerfs est fermé depuis le 1er juillet dernier, jusqu'à fin septembre prochain, mais l'îlot reste ouvert au public. Les travaux d'aménagement du parcours de golf devraient durer un peu plus d'un an et s'achever vers la fin de 2003, selon Sun Resorts.

Rappelons que le groupe Sun Resorts, qui loue l'île-aux-Cerfs à bail, espère transformer la majeure partie des 87 hectares de l'îlot en un vaste terrain de golf. Le projet a vu le jour en 1998, mais il a tout de suite été contesté, pour des raisons essentiellement écologiques mais aussi économiques, par des associations écologistes, par de nombreux opérateurs de bateaux de plaisance, par des pêcheurs de Trou-d'Eau-Douce et par le MR. Le MR avait fait appel auprès du Tribunal de l'Environnement, en 2001, mais sans succès.

" Monitoring nécessaire "

Le projet a entretemps obtenu son Environment impact asessment (EIA). Le gouvernement a également donné son feu vert à l'aménagement d'autres parcours de golf, dans le nord, l'ouest, le sud, et l'est de Maurice.

Pour le MR, la " transformation meurtrière de l'îlot en une Golf Island a commencé " et cela va provoquer des " dégâts irréversibles à l'écosystème ". Le MR estime que le ministère de l'Environnement devrait " suivre l'évolution (" monitor ") " des travaux préliminaires, car il y aurait déjà, selon ce parti, des dégâts. Ainsi, selon le MR, des palétuviers uniques, des fougères et des veloutiers verts et blancs seraient directement menacés par les travaux préliminaires (le MR se base sur l'expertise de spécialistes mauriciens familiers des lieux). Le MR se dit également inquiet des effluents, de l'accès à la plage ou encore du sort des pêcheurs de la région. Mais, le MR insiste surtout sur le fait que le volume de produits chimiques utilisés pour obtenir un gazon aux normes internationales serait très nocif pour l'environnement. Selon le MR, le choix de la société spécialisée dans les turfs n'a pas encore été finalisé, justement pour cette raison.

Du côté de Sun Resorts, on s'en tient, pour le moment, au choix de Top Turf, une société sud-africaine de paysagistes qui effectue déjà des aménagements pour les établissements du groupe. " Les rumeurs ne sont pas fondées et il n'y a pas de problèmes avec les sociétés qui vont opérer pour le projet ", insiste-t-on chez Sun Resorts. En ce qu'il s'agit de l'environnement marin, c'est la société française Carex Environnement qui a été choisie. Des produits utilisés pour l'entretien du gazon, " la quantité prévue sera inférieure à celle utilisée dans les champs agricoles à Maurice ", souligne Sun Resorts.

Outre celles du MR, d'autres critiques se font entendre. Ainsi, le paysagiste français Gilles Clément, qui avait, en 1999, rédigé un rapport sur le jardin de Pamplemousses, a dénoncé, fin juin dernier, sur la chaîne française France-Inter, ce qu'il a appellé la " dévastation écologique " de Maurice. M. Clément n'a pas hésité à qualifier le projet de parcours de golf sur l'île-aux-Cerfs d'" idée folle, coûteuse et dangereuse ".

Par ailleurs, selon un document rédigé en octobre 1998 déjà, l'Albion Fisheries Research Center (AFRC) du ministère de la Pêche avait émis de profondes réserves par rapport à l'impact du projet sur l'île-aux-Cerfs. Les experts du centre d'Albion avaient surtout mis l'accent sur la protection du lagon, la fragilité du milieu naturel et les intérêts de la communauté de pêcheurs de Trou-d'Eau-Douce et de Grande-Rivière-Sud-Est.

Le document du AFRC mentionne l'existence d'une fishing reserve à proximité de l'île-aux-Cerfs, où l'on trouve une grande diversité d'espèces marines et qui est une pépinière pour les crabes, les langoustes, les huîtres. A cette époque, le rapport mentionnait le fait que les promoteurs n'avaient pas donné d'éclaircissements sur le type de produits qui seraient utilisés pour l'irrigation du golf et sur la quantité utilisée, qui restait " évasive ", selon le document.

L'AFRC mentionnait également l'importance des palétuviers qui existent autour de l'île-aux-Cerfs (jusquà 50 mètres à l'intérieur de l'îlot, sur le versant ouest), qui sont " menacés par la construction du golf course ". Le document souligne le fait que les effluents de la propriété sucrière de Deep-River/Beau-Champ, qui doivent normalement être traités, sont déversés, cinq mois par an, vers le sud, loin de la réserve marine.

Mais depuis, le ministère de la Pêche a visiblement changé d'avis. Il affirme en toute confiance que les conditions requises par les experts ont été prises en considération par le promoteur. En septembre 2001, il a donc émis un avis favorable au projet du groupe Sun Resorts et il ne semble pas prêt, aujourd'hui, de vouloir changer d'avis.

Le Mauricien

5 juillet 2002