Architecture et urbanisme: sommes-nous prêts ?


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En parcourant un article paru Le Mauricien du 28 novembre dernier sur des méga-projets d'hôtels, je dois avouer la préoccupation que suscite en moi cette hâte de voir adopter et construire à tout prix et à court terme une proposition définitive et complétée de ces hôtels.

Je ne peux rester silencieux, étant moi-même praticien de l'architecture. Je dois apporter ma contribution pour attirer l'attention du ministère concerné et le mettre en garde contre certains développements dans le domaine de la construction et les aménagements urbains et régionaux.

Évidemment, en tant qu'architecte, je ne suis pas opposé à toute nouvelle construction qui pourrait apporter du renouveau au développement et à l'économie de notre île. Toutefois, il y a matière à être vigilant lorsqu'il s'agit d'aménagement de grande envergure, de mise en valeur et d'aménagement paysager, car cela touche particulièrement les citoyens et bien entendu l'histoire de notre pays.

Dresser un plan d'aménagement pour des projets de cette taille suscite une profonde réflexion quant aux moyens réels disponibles en vue d'anticiper sa forme, son architecture, son caractère et son entretien, afin que les choix faits aujourd'hui permettent de répondre aux besoins de demain. De par leur localisation ou leur potentiel récréatif et touristique, il est primordial, pour ces projets d'hôtels, qu'une étude de faisabilité soit entreprise avant tout processus de réalisation, cela pour établir la nécessité effective de tels projets et démontrer l'impact positif ou négatif que le projet apportera dans son sillage.

Posons-nous la question suivante : sommes-nous prêts et aptes à relever ce double défi qu'impliquent tous ces projets sans étude ou évaluation de l'impact environnemental ? Avons-nous les moyens techniques et la main d'œuvre pour conjurer les innombrables menaces que notre monde moderne fait courir aux biens culturels et à nos sites naturels ?

Tant et aussi longtemps que le caractère attractif de notre île sera sauvegardé, les développeurs chercheront toujours à s'y implanter, malgré le fait qu'il y a une loi ou des normes de construction qui protègent notre environnement. Lorsqu'ils auront tout accaparé et détruit le charme de nos paysages, ils seront les premiers à déguerpir en quête d'autres territoires à investir et ils ne seront pas les seuls. Non seulement nos richesses culturelles auront été amoindries mais le tourisme aura aussi été tué, comme certains paysages et plages des îles cubaines et mexicaines. Les rapports spatiaux, les qualités d'ambiances, le paysage de ces pays s'en trouvent tellement altérés, que les touristes cessèrent d'y voir ce qu'ils y recherchaient. On aurait avantage à relire plus souvent la fable de la poule aux œufs d'or !

D'innommables dangers nous guettent lorsqu'il s'agit de développement touristique. Les erreurs que nous appellerons de déformation professionnelle sont particulièrement à craindre, mais la pratique de tous les jours nous exhorte d'être de plus en plus prudents. Quand on parle d'aménagement régional et qu'on prévoit des concepts d'extraction de sable du lagon du Morne, des plages qui sont disproclaimed, cela me semble inquiétant. Comment ne pas entretenir du scepticisme face à ces concepts sans l'approbation d'une consultation publique ni d'un plan directeur.

Il y a urgence que Monsieur le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, prenne ses responsabilités et s'occupe de cet environnement qui pourrait être un désastre dans un avenir proche. Que le ministre joue le jeu de la transparence et fasse la demande d'une étude de faisabilité en incluant un plan d'action, un plan de développement et un plan d'aménagement.

Si le plan d'action touche plus directement les mécanisme liés à la volonté politique décisionnelle, organisationnelle et financière, le plan de développement, par sa visée et par le fait même qu'il porte le contenu programmatique des projets dans son ensemble, impose une démarche ouverte et démocratique qui n'est pas sans conséquence sur le plan d'aménagement régional.

D'ailleurs où sont passés nos architectes ? Nous ne les entendons guère sur ce dossier. La conjoncture politique du gouvernement les a-t-elle répudiés ou plutôt sont-ils attachés à des intérêts mercantiles ? En est-il de même pour nos urbanistes ? Nous ne les entendons guère se manifester. J'imagine qu'un de leurs représentants a au moins siégé à la table ronde pour la préparation d'un mémoire pour un plan directeur, à moins qu'ils pensent encore que leur mandat concerne uniquement le zonage.

Jean-Claude Charles

architecte

Le Mauricien 9 janvier 2004