L'Île aux Aigrettes, retour vers le futur


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Partant du principe du développement durable à l'effet qu'il faut conserver ou faire renaître nos ressources endémiques du début de l'ère mauricienne pour nous assurer un meilleur avenir écologique, l'Île aux Aigrettes offre un merveilleux voyage, du passé au futur… Situé dans la baie de Mahébourg à 900 mètres de la côte, cet îlot calcaire - une caractéristique très importante pour la découverte des fossiles - est une réserve naturelle de 25 hectares gérée par la Mauritian Wildlife Foundation et qui est accessible au public dans le cadre d'un tour guidé et très documenté.

On y accoste en dix minutes par un trajet par bateau qui démarre tous les jours près de l'hôtel de la Croix du Sud et la visite dure près de deux heures. L'Île aux Aigrettes est un site de conservation d'une importance internationale dans la mesure que la plupart des plantes qui y pousse est unique au monde et représente le dernier reliquat des forêts côtières qui entouraient jadis Maurice. Il y a donc 18 espèces de plantes indigènes classées comme menacées ou très rares, à l'instar du "Bois de Fer", le "Bois d'Ébène", l'orchidée Oeniella aphrodite, le "Bois de Boeuf" ou encore le "Bois de Chandelle". À l'origine, il existait des aigrettes, des oiseaux pêcheurs de couleur blanche aux longues pattes, sur l'îlot - d'où son appellation - et les aigrettes ont disparu de Maurice dans les années 1600.

C'est pendant la deuxième guerre mondiale, de 1939 à 1945, quand l'île aux Aigrettes servait de base militaire pour l'armée britannique qu'une bonne partie de la forêt indigène fut détruite. D'ailleurs, quelques vestiges de cette période sont toujours là comme le réservoir aujourd'hui utilisé comme habitat pour les cinq lézards de Telfair. D'autres traces remontant aux temps plus anciens comme le canon maintenant tourné vers la mauvaise direction - sur Maurice directement ! - ou le four à chaux qui date probablement de l'époque française.

La période après-guerre a été un mauvais moment pour l'îlot qui avait été cédé à bail pour l'élevage de cabris et l'acacia a été alors introduit en grosse quantité comme fourrage. L'acacia a bien vite pris le dessus sur de larges surfaces de plantes indigènes. C'est en 1985 que la Mauritian Wildlife lança son projet de réhabilitation de l'île et dix-huit ans après, on peut dire que la gageure a été tenue. On y a préservé le dernier reste d'une forêt sèche d'ébène qui occupait une bonne partie de la région côtière de Maurice il y a 400 ans, ce qui est un habitat parfait pour le Pigeon des Mares dont 180 vivent actuellement sur l'îlot. Pour rappel, en 1991, on comptait une population de 10 pigeons des Mares à Maurice et aujourd'hui, grâce à un travail de fourmi de sauvetage, il y en a 360… La crécerelle mauricienne, au nombre de 5 en 1974, est aujourd'hui une population de 800 oiseaux et il existe en 2003 un nombre rassurant de 190 grosses cateaux vertes dont 30 survolent l'Île aux Aigrettes en liberté. En 1980, il n'en restait que 15…

Lors de la visite sur l'île, on croise donc des pigeons des mares, des tortues d'Aldabra tout en écoutant les histoires vraies d'un passé composé d'une flore endémique en danger critique de disparition comme le Latanier de l'Île Ronde, des arbres de Bois d'Ébène, de Bois de Bœuf datant de plus de cent ans et de Bois à Poudre encore vulnérable. Ces espèces sont encore là, sur l'Île aux Aigrettes où la Mauritian Wildlife opère également une pépinière pour introduire à nouveau ces plantes sur le sol mauricien.

En 1998, cette aventure touristique basée sur l'écologie a commencé timidement avec 800 visiteurs pour l'année. En 2002, ils ont été 4,600 (touristes et mauriciens) à aller voir sur l'Île aux Aigrettes ce qu'était la végétation de Maurice il y a 30,000 ans. Et ce qu'elle pourra redevenir, à force de travail et… d'argent car la gestion de cet îlot de conservation repose sur les dons et les recettes de ce tour guidé dont les tarifs sont de Rs150 pour les Mauriciens et de Rs500 pour les touristes. Une subvention pour un retour vers le futur.

Le Week End 9 mars 2003