Huile lourde déversée dans Rivière-Mesnil, L'Environnement poursuit Mauritius Breweries Ltd

 


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Le ministère de l'Environnement a servi une notice, hier, au General Manager de Mauritius Breweries Ltd (MBL), lui demandant de prendre les mesures nécessaires pour mettre fin immédiatement à toute pollution des rivières Sèche et Mesnil, à Phœnix - pollution par déversement d'huile lourde, comme rapporté par le Mauricien hier. Ce genre de faute est passible de poursuites et d'une amende d'entre Rs 50 000 et Rs 100 000 et une peine d'emprisonnement ne dépassant pas quatre ans. Le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, a, dans une déclaration au Mauricien, assuré que MBL sera poursuivi " selon les dispositions de la loi " relative aux atteintes à l'environnement.

C'est vendredi dernier que des habitants de la région ont alerté la police de l'Environnement, au sujet d'une odeur d'huile lourde émanant de la rivière, à hauteur de l'usine Quality Beverages Ltd. " La police de l'Environnement a été alertée et elle est descendue sur les lieux pour déterminer d'où provenait cette odeur d'huile lourde. Nous avions déjà demandé aux responsables de cette usine, quand un problème semblable est survenu en septembre dernier, d'entreprendre des travaux afin de vérifier s'il n'y avait pas d'autres fuites en cet endroit ", a déclaré le conseiller du ministre de l'Environnement, Ananda Rajoo, au Mauricien.

Lundi dernier, les investigations se sont poursuivies et les cadres de l'Environnement ont remonté le cours de l'eau jusqu'à Mauritius Breweries Ltd et ils ont constaté qu'un mince filet de mazout se jetait dans les rivières Sèche et Mesnil alors que l'herbe aux alentours était souillée.

Chez MBL, les cadres ont appris que ce déversement est intervenu dans la nuit de jeudi dernier, durant une opération de pompage de ce produit d'un bassin pour alimenter les chaudières. Selon des responsables chez MBL, environ 5 000 litres d'huile lourde ont ainsi été déversées dans ces rivières. " Nos officiels ont demandé à MBL de nettoyer la rivière et de prendre immédiatement des mesures pour que l'environnement retrouve son état d'avant le déversement ", a fait ressortir M. Rajoo. C'est après cette descente des lieux qu'une Enforcement Notice a été servie.

Selon la loi, tout citoyen doit, en cas de déversement de produits polluants, immédiatement avertir le directeur de l'Environnement et lui donner des détails relatifs aux circonstances dans lesquelles ce déversement a eu lieu. Quant aux contrevenants, ils doivent réduire les effets néfastes d'un déversement, restaurer l'environnement à son état initial et prendre des mesures pour éliminer tout risque futur. Ce qui n'a pas été fait dans le cas du déversement chez Mauritius Breweries Ltd.

Dans une déclaration au Mauricien, le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, s'est dit outré par l'attitude de MBL. " Ils disent qu'environ 5000 litres de diesel ont été déversés dans ces rivières depuis jeudi dernier, mais ils n'ont strictement rien fait pour informer les autorités ni pour nettoyer ces rivières ", a-t-il dit, avant de dire son insatisfaction des explications fournies par MBL.

" Nous déplorons la lenteur inacceptable de MBL dans la prise de l'initiative visant à nettoyer ce déversement, si ce n'est pour limiter les dégâts. C'est de la pure irresponsabilité. Nous laissons le soin aux citoyens de juger cet acte de la part de MBL. Cette usine sera poursuivie selon les dispositions de la loi ", a ajouté le ministre.

De son côté, le Chief Executive Officer de Mauritius Breweries Ltd, Claude Pougnet, a adressé une lettre à la directrice de l'Environnement, en réponse à l'Enforcement Order pour confirmer " cet accident qui a eu lieu à son usine jeudi dernier ", pour préciser que " l'herbe et les plantes au bord de la rivière ont été souillées ", avant de faire état des mesures qui ont été prises pour régler ce problème.

Selon M. Pougnet, l'herbe et les plantes souillées seront enlevées dès ce mercredi pour être transférées ailleurs et traitées par Petro Contracting Ltd. Le directeur de cette dernière entreprise, Ian Rogers, assurera un suivi continu de la région polluée durant les trois prochains mois.


Des riverains incommodés

Comme dans tout cas semblable de pollution, ce sont surtout ceux qui habitent dans le voisinage qui en souffrent. Ainsi, le Dr Bhagwanduth , soutient que son fils de neuf ans a été victime de ce déversement du diesel dans la rivière Sèche qui passe près de sa maison à Belle-Rose.

Selon lui, vendredi dernier, son fils a commencé à vomir au moment où l'odeur du mazout venant de la rivière se faisait de plus en plus sentir. " Comme il y avait déjà eu un tel problème il y a quelques mois dans une autre usine, j'ai pensé tout de suite à une récidive. L'enfant a continué à vomir durant plusieurs heures. J'ai fait venir un ami médecin, qui a attribué ce problème à l'odeur de mazout. Mon fils a été emmené à la clinique Darné et a été examiné par un pédiatre avant d'être admis en salle. Il y est resté une nuit et mis sous antibiotiques. On lui a également fait faire des tests sanguins. "

Le Dr Neerunjun a laissé entendre que ce problème n'est pas nouveau, ayant lui-même " rapporté des cas semblables touchant la rivière en plusieurs occasions à la Police de l'environnement."

 

Le Mauricien 5 mars 2003

Pollution industrielle

Deux semaines pour nettoyer la Rivière Mesnil

D'ici à deux semaines, le nettoyage de la rivière Mesnil devrait être complété, a déclaré le Chief Executive Officer (CEO) de Mauritius Breweries Ltd (MBL), Claude Pougnet, vendredi matin. C'était lors d'une visite en vue de faire le point sur les travaux de nettoyage entamés mercredi après le déversement de 5 000 litres d'huile lourde dans cette rivière suite au débordement d'une cuve de la MBL. À vendredi, les consultants de cette firme avaient déjà couvert 900 mètres de la rivière Mesnil et 100 tonnes de contaminated plants avaient été enlevées des berges.

La direction de la brasserie de Phœnix a fait appel à deux firmes privées pour diriger les opérations de nettoyage, à savoir Atics et Petro Contracting Ltd. "Que la population se rassure, nous mettons tout en œuvre pour réhabiliter la rivière Mesnil. Nous avons sollicité la meilleure expertise existante pour effectuer au plus vite les actions de nettoyage", a souligné le CEO de MBL. Cette opération-nettoyage a été déclenchée en quatrième vitesse mercredi. Ce, suite à l'Enforcement Notice servie par le ministère de l'Environnement. D'ailleurs, dans un communiqué de presse émis mercredi à travers DCDM Communication, MBL fait ressortir que "ces mesures répondent parfaitement aux directives de l'Enforcement Notice" servie par le ministère de l'Environnement et qu'à terme, elle ne "prévoit aucun impact résiduel sur l'environnement".

Même si les experts n'ont pas jusqu'ici fait une évaluation officielle des dégâts causés par les 5 000 litres d'huile déversés dans cette rivière, les entreprises chargées du nettoyage ont eu du pain sur la planche pour limiter les dégâts de cette "marée noire". "Les berges de la rivière ont principalement été affectées. Les plantes ont été souillées et le mazout était à la surface de l'eau, laissant sa trace partout", témoigne un officier de l'Environnement qui, aidé par les membres de la Police de l'Environnement, continue à faire le suivi de la situation.

Ian Roger, Managing Director de Petro Contracting Ltd, explique plus loin qu'un travail méthodologie a été entrepris pour éliminer le maximum de résidus possibles durant les trois premiers jours de nettoyage. "En fait, l'opération de nettoyage se fait en trois étapes. La première a consisté à réhabiliter la berge et à installer des barrages flotants sur une distance de Rs 1,5 kilomètre. La deuxième consiste à enlever tous les déchets et à les transférer dans un endroit déterminé en vue d'être traités biologiquement et la troisième sera d'utiliser un fertilisant qui devrait à terme absorber l'huile et la rendre biodégradable. Je dois surtout souligner que les mesures de nettoyage sont prises en conformité avec le National Oilspill Plan du ministère de l'Environnement", explique-t-il.

Du côté de MBL, M. Pougnet soutient que des mesures ont été prises au niveau de la brasserie pour éviter qu'un incident similaire ne se produise à l'avenir. Il a annoncé un renforcement des installations et la mise en place d'un système "plus performant". "En trente ans, nous n'avons jamais eu à faire face à ce genre d'incident. Il y a eu une défection samedi soir au niveau d'un des flotteurs et il y a eu un débordement. Malheureusement, il y a eu de grosses pluies samedi, provoquant un débordement de la rivière. Normalement, l'huile devait partir dans le système de tout-à-l'égout, mais ce n'est qu'après que la personne qui a découvert le problème a jugé l'ampleur de l'incident. Nous ferons tout pour éviter ce genre de problème. Nous avons sollicité l'aide des compagnies pétrolières pour nous aider à revoir nos installations et si jamais il y a un débordement, ce sera dans un circuit fermé pourvu d'un système d'alarme plus performant", rassure-t-il.

Dans une déclaration à Week-End, hier après-midi, le ministre Rajesh Bhagwan a soutenu que des poursuites seront maintenues contre la direction de la MBL sous la section 85 de l'Environment Protection Act et que ses officiers procéderont à un "audit" complet de la rivière Mesnil aussitôt que l'opération de nettoyage sera bouclée. "Je concède que MBL a consenti des efforts pour nettoyer la rivière, mais j'estime que c'est grave qu'elle ait attendu lundi pour informer mon ministère de cet incident. C'est la première fois qu'il y a un inland spill de cette envergure. À mon avis, cela devrait servir de eye-opener pour les autres entreprises, car au niveau de MBL, son Emergency Plan n'a pas fonctionné selon les dispositions de la loi. Nous allons poursuivre la MBL et mon ministère effectuera un audit post-nettoyage. Si nous ne sommes pas satisfaits, nous allons lui demander de remédier à la situation", a déclaré le ministre.


Risques de contamination-CWA:"Nous avons évité le pire…"

Hormis le ministère de l'Environnement, la Central Water Authority (CWA) reste vigilante par rapport à l'incident à MBL. Selon les analyses officielles, cet incident aurait pu avoir des effets désastreux entraînant même des risques de contamination d'un volume important d'eau. "Nous avons évité le pire…", a affirmé à Week-End un Scientific Officer de la CWA, "Les grosses pluies provoquant le débordement de la rivière ont eu pour effet de ralentir le flux de la masse d'huile, trop lourde pour suivre le courant de l'eau. La masse d'huile a été freinée par la végétation se trouvant sur la berge. C'est ce qui explique le nombre de pochettes accumulées sur les berges de la rivière. S'il n'y avait pas de pluie, un volume important se serait propagé sur une plus longue distance."

Selon cette même source, des traces d'huiles ont été interceptées à 200 mètres du passage d'eau se raccordant au Canal La Ferme, dont l'eau est utilisée pour les besoins d'irrigation. "Ce n'est que lorsqu'il y a de grosses pluies que nous ouvrons ce passage. Fort heureusement, les pochettes d'huile ne sont pas arrivées à hauteur de ce passage qui, présentement, est fermé. Nous restons tout de même vigilants, car il existe des possibilités que les pochettes d'huile suivent le cours d'eau jusqu'à la Grande Rivière Nord Ouest. Pour l'instant, tout est sous contrôle. Nous suivons de très près la situation au niveau du Municipal Dike avant que l'eau ne soit canalisée vers la Grande Rivière Nord Ouest", ajoute cet officier.

Le Week End 9 mars 2003