Situation d'urgence pour la gestion des déchets


Retour: Nouvelles Locales

Entre d'une part l'extension et le maintien des activités du Centre d'enfouissement technique de Mare Chicose et, d'autre part, le relogement des habitants du village, les autorités font aujourd'hui face à un sérieux dilemme, dont l'issue devrait inévitablement peser sur le plan initial, dégagé sur la base des recommandations du Rapport Fichtner. L'amenuisement accéléré du life span du site d'enfouissement continue à accentuer la pression sur les autorités qui, selon les différents avis, sont aujourd'hui contraintes de revoir leur stratégie et de redéfinir leur timing par rapport à la mise à exécution des projets alternatifs. Même si plusieurs options existent, les experts ne cachent pas leurs inquiétudes par rapport aux différents scénarios-catastrophe auxquels le pays risque d'être confronté d'ici à trois ans. "Si le gouvernement continue à tergiverser, nous risquons de nous retrouver dans une situation très difficile à partir de 2006. Il doit trancher dans les plus brefs délais", lancent-ils en se basant sur les prévisions du Rapport Fichtner. D'où, disent-ils, la nécessité de d'enclencher dès maintenant les opérations pour la construction d'un deuxième site d'enfouissement et les procédures pour le projet d'incinérateur.

Le gouvernement hésite-t-il à franchir le pas ? L'opposition grandissante au maintien des activités du Centre d'enfouissement technique de Mare Chicose et à son éventuel projet d'extension semble avoir gagné du terrain ces dernières semaines. Le comité présidé par le vice-Premier ministre, Paul Bérenger, a reçu les représentants des forces vives jeudi après-midi à cet égard. Même si aucune décision n'a été prise jusqu'ici, le nº 2 du gouvernement ayant accepté d'étudier les doléances soumises dans un document, portant l'empreinte de Harish Boodhoo, la question concernant le devenir du Centre de Mare Chicose reste un élément-clé dans le programme national de gestion des déchets.

Selon les nombreux avis recueillis, l'issue que connaîtront les négociations entre le gouvernement et les habitants de Mare Chicose devrait peser de manière inévitable sur l'actuel programme de gestion lancé à partir des recommandations du rapport Fichtner, firme consultante allemande qui avait effectué une étude de faisabilité et soumis un document complet sur la gestion des déchets à Maurice. "The results of these studies shall allow the Republic to develop the present waste management system into an environmentally sound, financially sustainable and efficient system", précise le rapport, qui recommande la mise en place d'un programme basé sur la combinaison compostage-incinération-enfouissement.

Depuis la mise en opération du site de Mare Chicose en 98, tous les déchets du pays y convergent pour être enfouis et traités à travers l'expertise gestionnaire et technique de la Société de traitement et d'assainissement des Mascareignes (STAM). Doté d'une capacité de 2 millions m3 de déchets, ce site, selon les prévisions, aurait dû être opérationnel jusqu'en 2011. Or, selon les derniers chiffres, longtemps tenus secrets, le site devrait arriver à saturation avant terme. Soit à la fin de 2005 (voir détails plus loin). "Le volume excessif de déchets qui sont déversés et enfouis en est la cause", avancent les responsables du centre avant d'ajouter : "Nous n'avions pas le choix, car c'est le seul site existant à Maurice. L'extension de Mare Chicose est plus que nécessaire aujourd'hui, car au cas contraire nous risquons de nous retrouver face à une situation irréversible…"

Etude géotechnique à Mare Chicose

Des pressions sociales, voire politiques, sont venues se greffer à ce problème. Les habitants de Mare Chicose, soutenus par Harish Boodhoo, ont fait monter la pression depuis le début de l'année. Réclamant leur délogement ou la cessation des activités du centre d'enfouissement, ils s'appuient aujourd'hui sur les questions environnementales et de santé pour forcer le gouvernement à prendre une décision. Aussi étrange que cela puisse paraître, les autorités semblent faire montre de beaucoup plus de flexibilité depuis que confirmation a été obtenue que le potentiel du site s'est considérablement amenuisé. "La question de Mare Chicose et les doléances des habitants sont actuellement à l'étude", s'accorde-t-on à dire du côté de l'Hôtel du gouvernement. Entre-temps, l'option d'extension n'est pas pour autant écartée. Selon les sources autorisées, la firme consultante anglaise Scott Wilson Kirk Patrick est déjà sur le terrain pour procéder à une étude géotechnique en vue de déterminer si le projet d'extension est fiable ou pas.

"Cette étude déterminera si nous pouvons aller de l'avant avec le projet d'extension. Visiblement, le gouvernement a tout intérêt à gagner du temps avant d'annoncer sa décision. Il est clair que sa position dépendra également des résultats de cette étude. Mais cela ne veut pas dire pour autant que la situation va se décanter, car nous nous retrouvons aujourd'hui face à un sérieux problème de temps. Nous sommes carrément en retard sur notre programme de déchets. D'où la nécessité que le gouvernement tranche sur la question dans les plus brefs délais", soutiennent les experts travaillant sur le dossier, tout en s'appuyant sur les prévisions du Rapport Fichtner. 580 000 tonnes. C'est le nombre total de déchets que l'île Maurice devrait produire à la fin de l'année et que les autorités devront gérer à travers les quatre stations de transfert existantes et l'unique centre d'enfouissement technique, celui de Mare Chicose. Le développement social et économique du pays oblige, le flux de déchets s'accroît à un taux de 7 % chaque année. Les études prévisionnelles indiquent que chaque année qui passe équivaut à une moyenne de 40 000 tonnes additionnelles de déchets, portant ainsi le volume total à plus de 900 000 tonnes en 2012. Dont un tiers de déchets toxiques.

2006 : 58 000 à 60 000 tonnes de déchets à traiter mensuellement

Dans un plus court délai, soit en 2006, année où le centre de Mare Chicose arrivera à saturation, Maurice aura entre 58 000 à 60 000 tonnes de déchets - toxiques et non toxiques et qui peuvent également faire l'objet de compostage - à traiter. Soit le double du volume qui est actuellement acheminé vers le centre d'enfouissement de Mare Chicose. "Si nous tenons compte les prévisions du Rapport Fitchner, nous allons effectivement nous retrouver face à un volume de déchets beaucoup plus conséquent en 2006. Nous sommes conscients que si la construction d'un deuxième landfill n'est pas envisagée dans le plus bref délai, nous devrions être confrontés au pire au-delà de 2006", soutient-on.

En effet, si l'on tient en compte les recommandations du Rapport Fitchner et le plan initial du gouvernement, même un éventuel agrandissement de Mare Chicose ne pourra contenir le flux de déchets domestiques et toxiques prévus pour l'année 2006. "Si nous misons sur l'extension de Mare Chicose, le site devrait avoir la même capacité que celui qui est actuellement en opération. Donc, ce ne sera pas suffisant pour traiter le volume prévu à partir de 2006", explique un consultant dans le domaine, alors que le Rapport Firchner prévoit, à cette même période, la mise en activité d'au moins deux centres d'enfouissement. "The recommended sites for the new landfills are the extension of Mare Chicose and another site in the northern part of Mauritius. The demand for the landfilll of untreated non-hazardous waste results from the consideration that the Grand-Port/Savanne region will continue to dispose of its waste at Mare Chicose Landfill whereas the remaining districts will transport their waste via transfer station or directly from 2007 to 2012 to the landfill in the northern part of Mauritius and up to 2013 to the incineration facility", est-il écrit.

Incinération et compostage : le temps presse !

La surexploitation du centre de Mare Chicose, selon les avis recueillis, devrait contraindre le gouvernement à revoir son plan stratégique. Devra-t-il venir plus tôt avec son projet d'incinérateur à Plaine Saint Pierre ? "The recommended 'deferred scenario' contains the construction of an incineration plan as from 2010 for commission in 2013. For calculation purpose it is assumed that from the year 2013 all non hazardous waste and sludge from the catchment area of the Landfill West/North will be treated in an incineration plant and the residues from incineration will be disposed of", fait ressortir le Rapport Fitchner.

Or, certains au gouvernement pensent que le projet d'incinérateur devrait intervenir plus tôt en raison des bouleversements survenus au niveau du programme établi. "Si nous attendons 2010 pour lancer le projet d'incinérateur, nous risquons de no us en mordre les doigts. Ce projet devrait définitivement intervenir plus tôt que prévu si nous ne voulons pas être exposés à des risques au niveau social et environnemental. Le projet d'incinérateur ne peut plus attendre. Il faut qu'il soit prêt au plus tard 2005 si nous voulons être allégés", soutient-on.

Dans les milieux gouvernementaux, on souligne également que le temps presse et que la mise en opération d'une nouvelle station de transfert - possiblement à la Martinière ou Rich Fund - et de compostage est "urgente". Il ressort que la première station de compostage, qui sera située à Poudre d'Or, devrait permettre de décanter "partiellement" la situation.

Le comité interministériel, avons-nous appris, viendra incessamment avec un nouveau plan stratégique en vue de "trouver une solution rapide et fiable". Cependant, certaines sources indiquent que le gouvernement dispose actuellement d'une nouvelle carte avec l'apparition du dossier soumis conjointement par Médine et STAM sur l'aménagement d'un Centre d'enfouissement à Bois Pipe (voir plus loin). Même si aucune information n'a transpiré quant à la position du gouvernement par rapport à ce projet, certains n'hésitent pas à qualifier ce projet de "manne qui tombe du ciel" avec la pression qui subsiste actuellement autour cet épineux problème de déchets.


Mare Chicose-Centre d'enfouissement ou celui de la discorde

Le Centre d'enfouissement technique de Mare Chico est au bord de la saturation. La surexploitation du site durant ces dernières années serait, selon l'avis des experts, la cause principale de la polémique soulevée par les habitants du même village. Initialement sa durée de vie est prévue jusqu'à 2011. Or avec le déversement excessif des déchets, le site devra, selon les estimations, mettre fin à ses activités à la fin de 2005. Les chiffres disponibles indiquent que le centre d'enfouissement avait été initialement conçu pour traiter en moyenne 400 tonnes de déchets par jours. Depuis ces derniers mois, ce volume est passé à 900 tonnes quotidiennement. Pis, depuis ces deux dernières semaines, avons-nous appris, la quantité de déchets déversés à Mare Chicose serait de… 1 800 tonnes chaque jour. Selon les explications avancées, le pays fait actuellement face à une accumulation de déchets principalement dans les lieux de stockage provisoire en raison des dégâts causés suite au passage du cyclone Dina. Valeur du jour, le taux de remplissage du centre d'enfouissement se situe à 45 % et, selon les prévisions des experts, la durée de vie du site devrait arriver à terme avant 2005. "Le site ne pourra continuer à opérer au-delà de 2006. Il ne nous reste que trois ans à trois ans et demi à opérer vue qu'une moyenne de 300 000 tonnes de déchets est enfouie annuellement", soutiennent-ils. Selon eux, 900 000 tonnes de déchets ont déjà été enfouies contre une capacité de 2 millions m3. D'autres avancent que, dans l'optique d'une surexploitation, l'émanation du bio-gaz provoquant des odeurs incommodantes et le rejet des effluents dans la rivière en période de grosses pluies, seraient inévitables. "C'est ce qui pourrait expliquer les doléances des habitants de Mare Chicose, ainsi que le déversement des liquides dont le volume augmente en période de pluie. Mais, jusqu'à présent, les eaux usées ont toujours été traitées avant d'être déversées", rassure-t-on. Un éventuel projet d'extension devrait doter le site d'une capacité additionnelle de 2 millions m3.


Proposé à l'ancien régime il y a deux ans-Le projet de landfill à Bois Pipe dépoussiéré

Le gouvernement est actuellement en présence d'un document complet proposant un projet de landfill à Bois Pipe. Ce document aurait refait surface la semaine dernière, et ce après avoir été soumis à l'ancien régime en 2000. Les promoteurs du projet, Médine Sugar Estate et STAM, avaient proposé au ministère des Administration régionales l'aménagement d'un centre d'enfouissement technique dans l'ouest de l'île, plus précisément à Bois Pipe, dans la région de Médine. Cela, suite aux problèmes que le gouvernement d'alors avait rencontrés pour construire un site d'enfouissement à Mare d'Australia. L'objectif, est-il précisé dans le document, était de "replace Mare d'Australia project and to stand for a second landfill to enable treatment under safe environmental conditions of the totality of the waste collected in the country". Le Bois Pipe Landfill se proposait également d'offrir un service complémentaire par rapport à un éventuel projet d'incinérateur par le gouvernement. Selon le document, le centre d'enfouissement, doté d'une capacité de 4,9 millions m3, peut être construit sur un site de 46 hectares. Il pourra disposer d'une durée de vie de 28 ans.

Le Week End

10 Mars 2002