Le gouvernement résilie le bail à l’île-aux-Bénitiers


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Identifié pour le projet hôtelier "îlot Bénitiers", le site ne sera désormais qu’une zone de conservation et de loisirs grand public. Le locataire actuel crie à la discrimination.

Une illustration du type de villas qui devaient être dispersées dans l’île.

C’est décidé. Il n’y aura pas d’hôtel sur l’île-aux-Bénitiers. Du moins pas pour le moment. L’Etat résilie le bail agricole détenu par Soolaman Nubheebucus Company Ltd (SNCL). Le Conseil des ministres compte entériner cette décision aujourd’hui. Le député de l’opposition, Balkissoon Hookoom, aborde ce dossier lors de la séance des questions parlementaires, mardi prochain.

L’Etat met un terme définitif au projet de SNCL de construire 97 bungalows de luxe avec piscine individuelle. Ces résidences allaient être dispersées dans l’île de sorte qu’elles offrent un maximum d’intimité aux visiteurs. Un Spa et un centre de bien-être étaient également prévus.

Le coût du projet était estimé à environ Rs 1,8 milliard et le groupe Food and Allied devait en être le partenaire. La Banque européenne d’Investissement et l’International Corporation of Finance (Afrique du Sud) devaient participer au montage financier à hauteur de 40 millions de dollars américains. Selon les prévisions initiales, le projet devait générer quelque 1900 emplois.

Le gouvernement a choisi de renoncer au projet. Dans le milieu, on évoque des considérations socio-écologiques mais aussi politiques pour justifier cette prise de position. Sollicité, le ministère du Tourisme s’est refusé à tout commentaire.

Selon les informations disponibles, l’Etat veut réserver l’îlot à l’ensemble de la population locale. Il veut y aménager un parc naturel et un centre public de loisirs. L’île-aux-Bénitiers s’affirmera ainsi comme un lieu de pique-nique et d’excursions pour les Mauriciens et les touristes.

Il y a deux ans, le ministère de l’Environnement a effectué un audit des 49 îlots autour de Maurice. L’île-aux-Bénitiers a été identifiée comme étant la seule pouvant accueillir un développement hôtelier.

Pas de place pour deux promoteurs

Il était d’abord envisagé d’y caser le groupe Naïade Resorts à qui on venait d’enlever l’île-aux-Deux-Cocos à Blue Bay. Cependant, la SNCL, locataire de l’île depuis des décennies, refuse de lui faire de la place. Elle a déjà signé un accord de partenariat avec Food and Allied et n’est pas disposée à changer de partenaire. De plus, son projet avec Food and Allied devait occuper une grande partie de l’île.

Dès lors, les autorités envisagent de reprendre l’île à la SNCL. Cela est d’autant plus facile que le bail agricole détenu par la compagnie doit être renouvelé. Au prix de beaucoup de démarches, la SNCL arrive à obtenir le renouvellement en 2001.

La SNCL et le groupe Food and Allied sont invités à présenter leur projet. En sus du complexe hôtelier, le tandem propose de développer un coin de l’île en espace de loisirs pour le public. Une jetée permettant de faire la liaison entre l’îlot et l’île principale est aussi prévue.

Avec la contribution d’experts internationaux, un jardin tropical devait être créé. Un soin spécial serait accordé à la réintroduction de végétations endémiques, des oiseaux et des papillons… L’îlot serait placé sous l’administration des promoteurs hôteliers.

Après présentation du projet au Premier ministre, Sir Anerood Jugnauth, à Nando Bodha, ministre du tourisme et Rajesh Choonee, ministre des Terres et Logement, il est convenu qu’une Letter of intent serait délivrée aux promoteurs. Ce document accorde le feu vert pour des études techniques et détaillées.

Après plusieurs réunions avec le ministère du Tourisme et des techniciens du gouvernement, le Board of Investment est approché pour l’obtention du certificat de développement de l’hôtel. Cet organisme réclame une maquette du projet.

Fin janvier 2002, les promoteurs présentent leur projet à un comité élargi regroupant le Premier ministre, le vice-Premier ministre, Paul Bérenger, ainsi que sept autres ministres et leurs fonctionnaires. Le comité invite les promoteurs à revoir l’envergure de leur projet qui occupe trop de place sur l’île.

Les plaidoiries de SNCL et de Food and Allied n’y font rien. Ils sont invités à restreindre leur projet à un tiers de l’îlot. Cette décision est entérinée par le Conseil des ministres. Une série de conditions assez contraignantes est imposée. Les respecter torpillerait le projet qui mise sur son cachet exclusif pour attirer des clients haut de gamme.

Food and Allied se retire. SNCL se trouve un autre partenaire disposé à promouvoir un projet de moindre envergure. La compagnie signifie son intention d’accepter toutes les conditions du gouvernement.

Mais il y a environ trois semaines, elle est convoquée par les ministres Bodha et Joe Lesjongard qui l’informent de la décision du gouvernement de reprendre l’île-aux-Bénitiers. La question d’une compen- sation est évoquée. Ils lui proposent un terrain à St-Félix ainsi que des indemnités en espèces.

Le promoteur estime être victime d’une discrimination. Il fait remarquer que le gouvernement a le choix entre 48 autres îlots pour développer des projets grand-public. La SNCL souhaite conserver son bail agricole. En guise de compensation, elle sollicite un terrain à Batterie de l’Harmonie, un site face à l’îlot. Cette contre-proposition sera considérée par le Conseil des ministres aujourd’hui.

Shyama SOONDUR

L'Express 11 avril 2003