Médecines douces, Pr A. Gurib-Fakim "Un label mauricien des plantes médicinales en gestation"


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Les plantes médicinales connaissent une popularité grandissante et 433 plantes aux propriétés curatives ont été répertoriées à Maurice et 193 à Rodrigues, a indiqué le Pr Ameenah Gurib-Fakim de la Faculté des Sciences de l'Université de Maurice, lors d'un atelier de travail sur les médecines douces, à l'hôtel Hilton, mardi. Le secteur privé mauricien s'intéresse à la demande croissante pour les plantes médicinales, qui pourrait aboutir à " un label mauricien " pour les remèdes aux plantes médicinales, selon un projet en cours de validation des plantes endémiques, a-t-elle précisé.

Tous les spécialistes ont été unanimes à dire que les produits composés de plantes médicinales, doivent être soumis à une législation adéquate pour la quality assurance, une standardisation des produits, le contrôle des prix jugés exorbitants, une réglementation de leur conservation, et pour la formation d'un personnel spécialisé en médecine traditionnelle.

Par ailleurs, le ministère de la Santé procède actuellement au recrutement de deux médecins ayurvédiques pour ouvrir des centres ayurvédiques dans les médicliniques de Belvédère et de l'Escalier.

La population locale connaît bien les remèdes aux herbes endémiques et exotiques qui ont été introduits à Maurice par les premiers migrants dès le 18e siècle, a constaté le Pr Gurib-Fakim. Leur utilisation, relève-t-elle, est commune pour soigner les petits maux bénins comme la toux, le mal de gorge, la fièvre, les brûlures, les blessures et les maladies infantiles.

Les remèdes les plus populaires répertoriés dans la flore indigène sont, par exemple, le Bois de Ronde, le Lilas de Perse, la menthe, la margoze (aux propriétés antidiabétiques), la bigarade, le safran, le jamblon, la liane poc poc, le plantain, la citronnelle, le bois bigaignon, le betel, le vétiver, la patte poule, l'orthosifon, le mûrier, l'artichaut, la grenade, l'herbe bouc et bien d'autres encore dont les termes scientifiques sont bien connus des botanistes.

Plantes indigènes curatives

Actuellement, il existe localement 53 plantes pour les problèmes cardio-vasculaires ; 46 pour les troubles de la circulation ; 167 pour le système digestif ; 135 pour les problèmes génito-urinaires ; 66 pour les infestations parasitaires ; 117 pour des troubles locomoteurs ; 72 pour les maladies oto-rhino-laryngologistes ; 110 pour les affections gynécologiques ; 35 pour les soins des yeux ; 30 pour les traitements bucco-dentaires ; 190 pour les maladies de la peau ; 144 pour les troubles respiratoires ; 88 pour le système nerveux ; 11 contre les empoisonnements et les allergies ainsi que 49 pour le diabète et d'autres symptômes.

Ces herbes curatives sont vendues dans les marchés par des herboristes (connus localement sous le nom de tisaneurs). Ces herbalistes, dont les ancêtres sont originaires du sud de l'Inde, vendent des mélanges de plantes séchées de 150 à 200 types de plants médicinaux, qui traitent aussi bien les gastro-entérites que les troubles cardiaques, a expliqué le Pr Gurib-Fakim.

Les remèdes importés de Chine sont vendus dans les pharmacies chinoises implantées dans la plupart des régions urbaines. Ils sont populaires dans la population d'origine chinoise mais aussi auprès du reste de la population. Les pharmaciens travaillent avec les médecins chinois qui prescrivent ces médicaments traditionnels chinois.

Herboristes traditionnels

Les herboristes créoles, indique le Pr Gurib-Fakim, sont généralement des femmes âgées et leur traitement consiste en des mélanges de plantes associées à des rites et des prières. Elles détiennent leur savoir de leurs grands-parents et les plantes sont cultivées dans le jardin familial. Leurs services et leurs conseils sont gratuits. Ces herboristes existent en petit nombre et leurs connaissances ne seront pas transmises aux futures générations, regrette le professeur.

Le Dr P. R. Joorawon, médecin ayurvédique lui-même, a indiqué qu'il y a 8 médecins ayurvédiques exerçant à Maurice. La première pharmacie ayurvédique a ouvert ses portes à Maurice en 1969. Actuellement, on dénombre au moins cinq pharmacies ayurvédiques dans le pays, a précisé le Pr Gurib-Fakim. Le Dr Joorawon explique que cette branche de la médecine douce tient à la fois compte de l'état physique et mental du patient lors des traitements. Il rappelle que dans les années 90, 83 plantes médicinales avaient été cultivées à Montagne-Longue avec succès, en sus de la plantation de Calebasses. Le Dr Joorawon estime qu'un centre de recherches sur la médecine ayurvédique et la formation du personnel devraient être institués.

Des prix exorbitants

Gérard Requin, pharmacien en chef du ministère de la Santé, a indiqué qu'il n'existe pas de loi spécifique sur la médecine aux plantes. Il y a néanmoins le Control of Supply Act et le Custom Act et le Pharmacie Act, le Food Act, et les permis d'importation obligatoires du ministère du Commerce. Il a cité les types de médecine douce existant sur le marché local, dont l'homéopathie (en pharmacie exclusivement) et des comprimés et poudres importés contenant des plantes médicinales associées à du calcium, des amino-acides, des minéraux, des protéines ou encore des mélanges de médicaments synthétiques avec des herbes médicinales ou des aliments mélangés à des plantes. L'aromathérapie est aussi présente sur le marché et comprend les huiles essentielles de lavande, d'eucalyptus, de citron, de verveine et des produits cosmétiques à base de plantes dont la plus connue est l'alovéra. Autre produit : les boissons de Guarana, la Spirulina aux pouvoirs revitalisants et des herbes aux propriétés réputées aphrodisiaques et stimulantes.

Maurice ne dispose pas d'un laboratoire pour effectuer des tests sur ces produits, a indiqué M. Requin. Il précise qu'il est essentiel pour les patients de connaître les dosages car des excès peuvent se révéler toxiques. Donc pas d'automédication.

Le Mauricien 11 Avril 2003