Le système des drains à Maurice, Le rapport Gibb: enfin un outil de travail


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Le Conseil des ministres a décidé, vendredi dernier, de rendre publique la version finale du rapport Gibb, Study of Land Drainage System in Mauritius, qui date d'avril 2003. Le rapport, très technique, est divisé en dix gros chapitres consacrés, entre autres, à la topographie du pays, à sa situation en termes de sols et forêts, de l'érosion, des zones sensibles à l'inondation et des coûts pour l'installation des drains. Cette étude, commanditée par le ministère des Utilités publiques, a été effectuée entre juillet 2001 et février 2003 par Gibb (Mauritius) Ltd, en association avec leurs confrères d'Afrique du Sud et les Water and Power Consultancy Services Ltd de l'Inde. Les recommandations du rapport portent, en gros, sur la création d'un Land Drainage Authority dans le but d'apporter des solutions structurelles aux problèmes d'inondation.

L'aboutissement de cette étude a été jalonné de plusieurs rapports intérimaires, dont les suivants : Flood Prone Areas, mars 2002 ; Hydrolological & Hydraulic Studies in relation to Flood Prone Areas ; Watershed Management Studies, décembre 2002 ; et Structural Works and Non-structural Measures, février 2003. Concernant le principal sujet de cette étude, c'est-à-dire les inondations, plusieurs causes ont été identifiées. "The damaging effect of the flood is also affected by the hydraulic capacities of the drains and the rivers", peut-on y lire, après les constats sur la texture du sol et l'utilisation des terres.

Autre élément important : l'urbanisation rapide et non planifiée de l'île, avec des drains inadéquats. Un total de 169 sites désignés comme Flood Prone Areas avait déjà été identifié en mars 1999 et, valeur du jour, ce chiffre est porté à 326. "There are several factors related to Human Activities which result in flooding of numerous areas and are the main causes of flooding of residential areas" : une évidence, naturellement…

Quels sont ces facteurs ? Des drains sont de mauvaise qualité, tant dans la construction que dans le concept, ou carrément l'absence complète de drains. Il y a eu des tuyaux installés "in the water way of stormwater drains and culverts", sans compter la construction de maisons dans des endroits trop plats. Des connections de nouvelles maisons aux drains existants ont été des erreurs dramatiques et, si on y ajoute l'obstruction des drains naturels, la catastrophe n'est pas loin.

Rs 1,5 milliard nécessaire

"Construction of houses below the flood line of rivers and canals and close to banks of rivers and canals" : voilà une négligence difficilement compréhensible. Autre cruel constat pour nos autorités : des drains ont été construits sans des études préalables sur les dimensions adéquates. Des habitations érigées sur des flancs ou au pied des montagnes et collines ont également amplifié les risques d'inondation.

Le rapport Gibb ne fait pas dans la dentelle : Maurice "did not have a nationnal acceptable design criteria or guidelines for the design of flood and drainage related structures and facilities". Ce qui débouche maintenant sur la proposition d'un Draft Hydrologic Standards pour notre pays. Une importante partie du rapport relève ensuite d'une haute technicité pour la construction des drains et des tuyaux d'évacuation des eaux, en décrivant toutes les phases et les normes des drains.

Au niveau non-structurel, on revient au concept du Integrated Water Resources Management (IWRM), bien accepté à travers le monde. Il nous faut considérer, dans cette perspective, de nouveaux textes de loi comme un National Water Act et un Water Resources Act. Un Land Drainage Coordination Committee (LDCC) est en voie d'être constitué et dont les fonctions principales seront d'émettre les normes quant au contrôle des débordements des eaux, de contrôler le système actuel des drains et de répondre aux besoins des citoyens en cas de problèmes d'ordre écologique.

Le LDCC devra aussi assister la Land Drainage Unit dans le cadre de nouveaux projets enclenchés par les collectivités locales. Ce comité pourrait être présidé par le Permanent Secretary du ministère des Administrations régionales et serait composé de membres des ministères concernés, de deux ingénieurs municipaux, de deux autres des conseils de districts et du secrétaire de la Land Drainage Unit (LDU).

Cette dernière instance devra fonctionner en conformité avec les normes nationales et de procédures de planification. La LDU sera également responsable d'établir les spécifications des structures de contrôle et de maintenance des drains. Ce comité sera plus technique, avec des ingénieurs et des spécialistes en gestion de l'environnement en son sein.

Les inondations à Maurice ne disparaîtront pas à la lumière du rapport Gibb. Il faudra pouvoir mettre en pratique cette foultitude de recommandations et de données. Surtout, c'est de l'argent qu'il faudra aligner, soit Rs 1,5 milliard pour construire enfin un système de drains digne de ce nom pour notre pays. Le rapport Gibb est un outil de travail. Il reste maintenant à travailler…


M. Alan Ganoo, ministre des Utilités publiques: Informer le public de l'ampleur du travail
"Le gouvernement a tenu à rendre ce rapport public dans le but d'aider les collectivités locales à travailler avec toutes les données nécessaires pour leurs zones à risque", nous a déclaré, hier matin, M. Alan Ganoo. "Les inondations sont la conséquence de la défaillance ou de l'inexistence de drains naturels ou construits et le rapport Gibb apporte des solutions à ces problèmes majeurs auxquels est confrontée la population lors des grosses pluies", a-t-il souligné. "Le fait de rendre public ce rapport permettra également aux citoyens de situer les enjeux et de se rendre compte de l'ampleur du travail qui sera nécessaire afin de doter Maurice d'un bon système de drains et de la somme qui devra être investie", a conclu M. Ganoo.

Le Week End 11 mai 2003