BIOCARBURANT L’Etat envisage de mélanger 20 % d’éthanol à l’essence


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L’utilisation de l’éthanol s’avérerait moins onéreux, ce carburant étant fabriqué à partir de la mélasse. L’utiliser ne nécessite aucune modification des moteurs.

L’Etat s’active à réduire la lourde facture des importations pétrolières. Il appelle les biocarburants à la rescousse et rouvre le dossier éthanol, envisageant un mélange 20 % éthanol – 80 % essence. De fait, nos routes pourraient accueillir plus vite que prévu des véhicules carburant à l’éthanol produit à Maurice à partir de la mélasse. Ce qui cadre avec la restructuration de l’industrie sucrière, face à la baisse du prix du sucre qui se pointe à l’horizon.

"Je pense que nous passerons très vite à l’utilisation de l’éthanol. Tout tourne autour du coût de production, de la disponibilité de la totalité de notre mélasse", a déclaré hier le ministre Alan Ganoo qui détient le portefeuille de l’Energie. Le pays, dit-il, devra tenir compte des investissements nécessaires, de même que l’incidence de cette production sur l’environnement, surtout la façon dont on éliminera la vinasse, déchet résultant de la production d’éthanol.

Le gouvernement attend en ce moment un rapport sur la production d’éthanol commandé au ministère de l’Agriculture. Une délégation gouvernementale pourrait se rendre sous peu au Brésil, producteur numéro un d’éthanol, pour y solliciter l’aide technique.

L’Etat souhaite que l’éthanol puisse être produit non seulement pour la consommation locale, mais aussi pour l’exportation. De fait, Maurice a récemment exporté sa première cargaison d’éthanol, soit 3,5 millions de litres, vers l’Allemagne, où elle sera utilisée comme additif dans de l’essence. Cette cargaison provient des cuves d’Alcodis, situé à Rose-Belle. Alexandre Maurel, directeur de l’usine, affirme qu’il est en mesure de mettre sur le marché local tout l’éthanol nécessaire pour un mélange 80-20, s’il obtient un délai de six mois.


Maurice en retard

Le mélange 80-20 a été envisagé lors d’une "brainstorming session" sur l’éthanol présidée par le Premier ministre, Paul Bérenger, la semaine dernière. Le professeur Swaley Kasenally, un des participants à cette réunion, explique que ce mélange ne nécessite aucune modification des moteurs. Ce qui est valable jusqu’au seuil 70-30.

Alexandre Maurel fait aussi remarquer que de plus en plus de grandes marques de voitures mettent des "flexi cars" sur le marché. Ces véhicules, permettent l’utilisation d’un plus fort pourcentage d’éthanol dans l’essence. Le Brésil, pour sa part, produit déjà des voitures roulant uniquement à l’éthanol.

Le dossier éthanol était une des priorités du gouvernement MMM-PSM en 1982. Maurice était sur le point de se doter d’une distillerie d’éthanol quand le projet a été mis au frigo. C’est la récente hausse du prix du carburant qui a provoqué sa réouverture.

Lors de la "brainstorming session", les participants ont conclu que le prix du pétrole – $50 le baril – ne se maintiendra pas longtemps à ce niveau. L’on s’attend à une baisse, mais selon des estimations, le prix se stabilisera autour de 40 à 45 dollars, indique le professeur Kasenally.

Pour ce qui est de l’utilisation du biocarburant, Maurice est en retard sur certains pays africains. Elle est devancée par le Malawi et le Zimbabwe, signalent les techniciens d’Alcodis. L’Inde est passée à un mélange de 5 % d’éthanol dans l’essence, dans plusieurs Etats depuis le début de l’année dernière.


L'Express 6 octobre 2004

 

VALORISATION DE LA CANNE À SUCRE
L’éthanol dans les voitures en 2005

 

Après l’ivresse d’il y a 25 ans pour le produit, c’est la valse-hésitation. Mais le ministre Ganoo assure que le passage à l’éthanol, plus tôt que prévu, est d’abord une question de coût et d’environnement.

 

Le brut s’affole et le bio décolle. Partout ailleurs sauf à Maurice où 25 ans après une première ivresse pour l’éthanol, l’histoire se répète. Une certaine tiédeur a fait surface après une première session de travail sur un mélange 20 % éthanol et 80 % essence que le Premier ministre Paul Bérenger a présidée la semaine d’avant.

Certains sont pour alors que d’autres en doutent. Avec, au bout du compte, la question de savoir si le projet est réalisable dans le court terme et si Maurice roulera un jour à l’éthanol. Avis du ministre Alan Ganoo, responsable du portefeuille de l’Energie : "Nous passerons à l’éthanol beaucoup plus vite qu’on ne le pense. Ce sera d’abord une question de coût et d’environnement."

Officiellement, personne ne veut préciser une date. Mais les mots "très vite" reviennent dans la bouche des techniciens du secteur privé et public. On estime que ce sera chose faite d’ici fin 2005.

Qu’est-ce qu’il peut y avoir derrière l’optimisme du ministre et des autres tenants du biocarburant ? Surtout quand on pense au nombre de fois qu’on a vanté la nécessité de passer à l’éthanol avant que l’engouement ne retombe, parfois plus vite que le prix du pétrole ? L’argument s’appelle aujourd’hui "exigence économique".

Si dans le passé, l’engouement pour l’éthanol est retombé beaucoup plus vite que le prix du brut, les choses sont totalement différentes aujourd’hui. Il y a le fait que les prix actuels du pétrole, selon les experts, ne reviendront pas à leur niveau d’avant la présente flambée. Mais bien avant la flambée, plusieurs pays dont l’Inde et la Thaïlande sont passés à l’éthanol afin de réduire leur pétrodépendance. D’autres, tels le Brésil, qui produit déjà 15 milliard de litres par an, le Canada, l’Australie et le Japon, l’ont choisi pour contrer principalement les émissions de gaz à effet de serre. Couplée à cette tendance internationale, se trouve la directive européenne 2003-30. Ce qui fixe des objectifs de référence pour tous les pays européens en ce qui concerne les biocarburants. Ces derniers devront représenter 2 % de l’essence et du gazole d’ici l’an prochain et 5,7 % d’ici 2010.


Oui à la production locale

La demande en éthanol sur le marché international ira en croissant. La politique envisagée du gouvernement pour une exportation d’éthanol face à la baisse annoncée de 37 % du prix du sucre arrive donc à point.

De son côté, l’industrie sucrière ne dit pas non à une production d’éthanol pour le marché local. "Nous sommes favorables", affirme le Dr Jean Claude Autrey, directeur du Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI), à la production d’éthanol à partir de la mélasse afin de valoriser un coproduit de la canne mais cette production ne peut être envisagée qu’après une étude complète qui prendra en considération non seulement les aspects économiques mais les impératifs sociétaux et environnementaux."

Ce qui préoccupe le plus le MSIRI, de même que le gouvernement, n’est autre que le volume de déchet qui résultera de la production d’éthanol. "Par exemple, la production annuelle de 18 000 tonnes d’éthanol comme substitut d’essence à 20 % entraînera la production de 300 000 tonnes d’effluents qu’il faudra gérer. Au Brésil on peut appliquer 300 tonnes de vinasse par hectare car les sols sont profonds. A Maurice, on ne peut appliquer plus de 25 tonnes par hectare. Une plus grande concentration n’est pas envisageable puisque d’une part, nos sols sont moins profonds étant plus jeunes, d’autre part, des taux supérieurs à 25 tonnes interféreraient avec la maturation de la canne."

Epandre 300 000 tonnes de vinasse dans nos champs n’est pas une mince affaire. "Mais il y a certainement des solutions à ces problèmes", ajoute le Dr Autrey. L’une d’elles consisterait à concentrer la vinasse pour l’utiliser comme combustible à la production d’énergie. Or Maurice doit très vite trouver la sienne. Le ministère de l’Agriculture s’est déjà attelé à la tâche et le ministre Nando Bodha aura la responsabilité de présenter les conclusions devant le cabinet.

Au niveau du coût de production, les choses ont aussi beaucoup évolué. En 1980 la Lonhro avait remis au ministère de l’Economic Planning and Development un volumineux rapport sur la production d’éthanol à Maurice. Après avoir analysé tous les aspects de cette production, des techniques à la distribution en passant par les procédés de mélange et l’élimination de la vinasse, le rapport avait conclu que cette production donnerait un profit marginal. Il avait recommandé un mélange 20 % éthanol et 80 % essence, 10 % éthanol et 90 % diesel.

Or 25 ans après cette étude, la marge de profit pour la production d’éthanol à Maurice pourrait être beaucoup plus que "marginale" malgré ce que certains anti-éthanol prétendent. "Longtemps pénalisés par leurs coûts de fabrication par rapport au pétrole au point d’être jusqu’à trois fois plus cher, voilà qu’ils (éthanol et biodiesel de colza et de tournesol) commencent à devenir un tant soit peu compétitifs et crédibles comme carburant sinon de remplacement du moins de complément", lit-on dans le Nouvel Observateur du mercredi 8 septembre dans sa revue de presse consacrée la flambée du prix du pétrole et l’avenir des biocarburants.


Compétitivité mauricienne

Mais l’éthanol produit en France à partir du maïs est moins efficient qu’à partir de la mélasse. Pour chaque unité d’énergie mise dans la production d’éthanol de la mélasse, on obtient neuf à 11 unités d’énergie supplémentaire alors que pour le maïs, on n’en obtient que 0,4 unité.

Alcodis, qui produit déjà de l’éthanol, vient d’exporter sa première cargaison, prouvant ainsi que l’éthanol mauricien est compétitif. Alexandre Maurel, le directeur, affirme qu’il peut en l’espace de six mois pourvoir tout l’éthanol dont aura besoin le pays pour un mélange 20/80 avec l’essence et 10/90 avec le diesel. Seul hic : contrairement à ce que préconisait l’étude de Lonrho en 1980, Alcodis est situé auprès de la sucrerie de Rose-Belle qui, ayant cessé la fabrication du sucre, ne pourra donc pas bénéficier de l’énergie générée par la sucrerie pour produire son éthanol.

Son coût de production, avec de l’huile lourde uniquement, pourrait le rendre moins compétitif sur le marché local alors qu’on ne sait toujours pas comment il compte se débarrasser de l’énorme quantité de vinasse qu’il aura sur les bras en cas de grosse production pour le marché local.

Le rapport Lonhro avait en fait proposé la construction d’une unité de production à Savannah. En attendant que tout cela soit tiré au clair Maurice, qui a raté le train de l’éthanol en 1980, se trouve aujourd’hui devant une autre perspective qui se pointe déjà à l’horizon.

D’ici 2020, le brut commencera à se raréfier et les pays détenteurs des biomasses et des technologies appropriées seront les nouveaux riches avec le pétrole vert. La canne à sucre est la plante qui mobilise le mieux l’énergie solaire. Elle donne sur le sol mauricien environ 80 tonnes de biomasse par hectare.

Ceux qui savent que la canne à un avenir rose en tant que pétrole vert savent aussi que c’est dès aujourd’hui qu’il faut préparer 2020. Et c’est presque déjà demain.


L'Express 11 octobre 2004