Bouleversements climatiques: Baisse du niveau de la mer autour des îles de l'ouest océan Indien


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Selon M. Sachooda Raghoonaden, océanographe mauricien, la fluctuation des courants et d'autres facteurs climatiques suscitent souvent des baisses du niveau de la mer autour des îles de l'ouest de l'océan Indien, dont Maurice, contrairement à ce qui est noté ailleurs. Toutefois, avec les événements dramatiques survenus dans les États américains de la Louisiane et du Mississipi, le monde entier découvre avec effroi ces jours-ci les dégâts et les souffrances humaines que peuvent entraîner l'imprévoyance et le manque de préparation des hommes face aux catastrophes naturelles que sont les cyclones et les débordements de la mer.

Ces catastrophes naturelles, dont l'ampleur est grandement aggravée par le réchauffement de la planète (global warming) selon les experts, ne frappent pas que les autres et, selon M. Raghoonaden, l'île Maurice et les pays de l'océan Indien auraient tout à gagner à insister que les structures d'observation et de surveillance de tels phénomènes soient renforcées par l'établissement d'un réseau bien planifié et l'acquisition de nouveaux équipements de détection qui ne dépendraient pas uniquement du bon vouloir des grandes puissances.

C'est, dans l'essentiel, le plaidoyer qu'a fait M. Sachooda Raghoonaden, océanographe de formation et ancien haut cadre de la station de météorologie nationale, lors d'un symposium organisé conjointement par la Western Indian Ocean Science Association (WIOMSA) et le Mauritius Oceanography Institute (MOI), au Centre de Conférence de Grand-Baie, du 29 août au 2 septembre dernier. Ce symposium avait bénéficié de la participation de plus de 120 scientifiques du monde entier, venus partager les résultats de leurs recherches dans divers domaines scientifiques touchant à la mer et à l'environnement.

Nécessité de maintenir et d'améliorer le GLOSS

Il ressort du papier présenté par M. Raghoonaden qu'il est absolument urgent que les structures régionales actuelles d'observation du comportement de la mer autour des îles de l'ouest de l'océan Indien soient rendues plus efficaces. Selon l'océanographe mauricien, dans le cadre d'un programme intitulé Tropical Ocean Global Atmosphere (TOGA) qui s'était étalé sur dix années, soit de 1985 à 1994, un réseau d'observation avait été mis en place dans les îles de l'ouest de l'océan (incluant Maurice, la Réunion, les Seychelles et Madagascar), pour suivre l'évolution du niveau de la mer et en noter soigneusement les variations. Dans ce contexte, la plupart des stations d'observation, ainsi que quelques-unes opérant hors de la zone régionale incluse dans le TOGA, font désormais partie d'une structure désignée sous l'appellation Global Sea Level Observing System (GLOSS). Des relevés mensuels effectués par les stations de 13 îles concernées par le programme ont été comparés avec des observations faites par l'université d'Hawaï, donnant ainsi lieu à des résultats intéressants. Il a été établi que les stations de huit îles parmi les treize impliquées ont rapporté une hausse du niveau de la mer tandis que quatre autres ont, au contraire, constaté une tendance à la baisse. Ces résultats ont aussi été confirmés par les données recueillies par le satellite Topex/Poséidon entre 1993 et l'an 2000.

Selon l'océanographe mauricien, de nombreux scientifiques du monde entier conviennent que ces résultats peuvent mener à la conclusion qu'il n'y a pas d'indication claire et nette d'un gonflement du niveau de la mer dans la région de l'océan Indien qui comprend notre pays. Cependant, toujours selon M. Raghoonaden, ces résultats ont aussi démontré qu'il y a nécessité de maintenir le Global Sea Level Observing System, voire d'étendre ce réseau d'observation avec l'apport additionnel d'autres stations régionales plus importantes si les pays de la région voulaient se prémunir plus efficacement contre les dangers. Selon l'océanographe, ce système peut être un outil très utile dans la planification d'un développement durable des zones côtières et, surtout, dans la détection et l'alerte aux tsunamis.

Les dix dernières années les plus chaudes

Selon M. Raghoonaden, la baisse constatée du niveau de la mer autour des îles de l'ouest de l'océan Indien ne saurait, toutefois, masquer le fait que le réchauffement global de la planète est maintenant une réalité bien établie et qu'il y a de plus en plus une "balance of evidence" qu'il y a effectivement une incidence humaine discernable sur ce processus de réchauffement. Les études ont, en fait, établi que les dix dernières années ont été, globalement, celles au cours desquelles les températures ont été les plus chaudes enregistrées depuis… 1850. La température la plus haute a été observée en 1998, soit + 0,54° C au-dessus de la moyenne de 1961 à 1990. Elle a été ensuite de + 0,51° C en 2003, + 0,47°C en 2002 et + 0,44°C en 2004. De plus, selon l'Office de Météorologie Mondiale (l'OMM), le mois d'octobre 2004 a été le plus chaud depuis 1861. Pour ce qui est du cas particulier de l'île Maurice, l'océanographe mauricien rappelle qu'elle a aussi enregistré quelques températures anormalement hautes au cours de la dernière décennie et l'année 2003 a été l'année la plus chaude jamais observée depuis 1930… (voir le rapport de la station météo nationale de 2003).

Sans vouloir être alarmiste, mais tout comme la plupart de ses collègues scientifiques, l'océanographe mauricien est d'avis qu'une des conséquences les plus probables du réchauffement global de la planète sera l'accélération de la montée du niveau de la mer, principalement à travers un gonflement de son volume qui résultera en la fonte des glaciers, du Groenland et de la cape neigeuse polaire de l'Antarctique. D'ailleurs, une comparaison du taux de hausse du niveau de la mer s'étalant sur tout le siècle, soit 1 à 2 millimètres par année, avec un "geological rate" s'étalant sur le siècle précédant a déjà indiqué que ledit niveau a grimpé plus rapidement le siècle dernier. Cela, selon M. Raghoonaden, n'augure rien de bon et il serait peut-être déjà temps de réagir et d'exiger une meilleure surveillance.


Le pire des scénarios pour l'île Maurice
Bien avant le symposium de la WIOMSA la semaine dernière, plusieurs petites îles, dont l'île Maurice, ont exprimé leurs craintes à propos de la vulnérabilité de leurs économies et de leurs populations face à la montée du niveau de la mer. Cette préoccupation était déjà de mise dans le plan d'action de la Barbade qui a servi de base pour la Conférence des Petits États insulaires, en janvier de cette année, à Pailles.
Une étude commanditée par le gouvernement mauricien en 1999, par le biais du ministère de l'Environnement, n'avait fait que confirmer ce que des météorologues de notre station nationale avaient, depuis fort longtemps déjà, envisagé. Selon le pire des scénarios catastrophe, il suffirait que le niveau de la mer grimpe d'un mètre au-dessus de son niveau normal le plus élevé pour que les terres des routes littorales et les terrains marécageux situés en basse altitude soient submergés et perdus, sans compter l'érosion des plages et les dégâts causés aux habitations et autres établissements hôteliers.
Selon cette étude, si le niveau de la mer continue à augmenter au rythme actuel au niveau de la planète, d'ici la fin du présent siècle, le risque existe fortement que la partie nord de Maurice, soit la zone la plus touristique du pays, perde jusqu'à 1 028 hectares de terres côtières (soit 0,5% de la superficie totale du pays). L'impact socio-économique, est-t-il estimé, sera énorme, mais, encore plus, c'est quelque 5 600 personnes qui seront directement affectées. Dans l'ensemble du pays, c'est 26 km de plages, 12,7 km de routes côtières principales et 24,5 km de routes côtières secondaires qui se retrouveraient sous les eaux.
Les plus pessimistes des scientifiques mauriciens n'osent pas non plus imaginer ce que non seulement une montée du niveau de la mer à long terme pourrait occasionner comme dégâts dans la région de Flic-en-Flac (partie ouest du pays), mais également ce qu'un cyclone de l'envergure de Katrina pourrait provoquer dans la même région. Selon eux, on sait déjà l'ampleur des problèmes d'inondation qui affectent cette partie du pays en périodes de grosses pluies parce que des immeubles y ont été construits sur des marécages (wetlands), faisant fi des recommandations des experts avisés. Reste maintenant à savoir, selon eux, s'il ne viendra pas des moments pénibles où, devant le risque de cyclones de trop forte intensité, il ne s'avérera pas nécessaire d'évacuer certaines régions de Flic-en-Flac, comme c'est le cas actuellement pour la Nouvelle-Orléans, aux États-Unis.

Le Week End 11 septembre 2005