Autoroute du sud-est, Vallée de Ferney: le rapport Seebaluck soumis


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Le monitoring committee mis en place à l'initiative du Premier ministre, pour faire le point sur les dangers que fait courir à la Vallée de Ferney la construction de l'autoroute du sud-est, a soumis son rapport vendredi après-midi. Le président de ce comité, le PS Seebaluck, dit toutefois ne pas être en mesure de révéler la teneur des propositions faites aux autorités. Tout en confirmant que trois espèces qu'on croyait disparues ont bel et bien été retrouvées sur le trajet projeté et en affirmant qu'il faudra maintenant prendre des décisions "dans l'intérêt à la fois de l'environnement et du développement". De son côté, l'association Nature Watch monte au créneau pour proposer un tracé alternatif à cette autoroute. Une option qui présente de nombreux avantages.

L'autoroute du sud-est devant relier Plaine Magnien à Bel Air, implique la destruction d'une partie de la forêt endémique sise dans la Vallée de Ferney, une forêt unique au monde qui abrite une grande variété d'espèces rares, qu'on ne trouve qu'à Maurice, dont 6 variétés sont en voie de disparition. Sans oublier les crécerelles, une espèce menacée. C'est à partir de cette sonnette d'alarme tirée par des ONG et mouvements écologiques que le Premier ministre décide, en août dernier, de mettre sur pied un monitoring committe placé sous la tutelle du ministère de l'Environnement, afin de passer en revue la situation. Ce comité regroupant des représentants du Bureau du Premier ministre, des ministères de l'Agriculture et de l'Environnement, de la National Parks and Conservation Division, du département des Bois et Forêts, de la Mauritian Wildlife Foundation, de l'Université de Maurice, de la Road Development Unit et de la section Herbarium du MSIRI, était présidé par le Permanent Secretary du ministère de l'Environnement, M. S. Seebaluck. Son rapport vient d'être bouclé et soumis au ministre de l'Environnement vendredi après-midi. "Nous avons tenu cinq réunions. Nous avons commencé par faire une évaluation de la faune et de la flore qui existe dans la vallée de Ferney, ce qui a permis de découvrir trois espèces que l'on croyait disparues et qui ont entre 125 et 140 ans. Quelques spécimens se trouvent effectivement sur le tracé de la nouvelle autoroute", confirme M. Seebaluck. "Outre ce constat, nous avons écouté les points de vue de tout le monde, des diverses autorités concernées, des ONG et des écologistes. Et dans le rapport final soumis vendredi, nous mettons le gouvernement devant le fait de ce que nous avons vu et entendu. Il y a maintenant une décision à prendre, dans l'intérêt de l'environnement et du développement". Et si M. Seebaluck nous confirme avoir formulé certaines propositions, il se refuse à ce stade à faire état de la nature de ces propositions, estimant que cette prérogative revient au gouvernement. De son côté, le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, nous déclarait hier qu'il allait remettre ce rapport au Premier ministre demain, lundi 13 décembre, et qu'il allait ensuite être soumis vendredi prochain au conseil des ministres qui fera alors connaître sa décision à ce sujet. Certaines indications préalables semblent indiquer à ce stade que l'option de revoir le tracé ne serait pas écartée. Une route plus sûre et plus simple ? À ce chapitre justement, un nouveau fait intéressant nous est parvenu. Il vient de l'association Nature Watch nouvellement constituée, dont les membres ont effectué hier des repérages sur le terrain, qui leur ont permis d'identifier un tracé alternatif au tracé controversé formulé par la Road Development Authority. Cette nouvelle option suggère en effet de partir de Plaine Magnien pour rallier Grand Bel Air selon le tracé proposé par la RDA. À partir de toutefois, Nature Watch propose d'aller vers Riche en Eau à travers les champs de cannes, puis de monter tout droit à travers un petit vallon qui passe entre les montagnes La Selle et Table à Perrot. Ce qui implique une hauteur ne dépassant pas les 40 mètres, à la différence du tracé de la RDA qui implique de percer un tunnel à travers la montagne du Grand Port qui atteint les 600 mètres. Après le vallon, Nature Watch propose de traverser Rivière du Bois et de traverser Pavé Citron Bridge, en direction de Melrose. À partir de , on peut choisir de rallier Kewal Nagar, ce qui implique une route de quelque 9 kms, puis de poursuivre le tracé de la RDA jusqu'à Bel Air. Ou alors de prendre la route déjà existante vers Bel Etang, qui peut devenir un échangeur donnant accès au centre de l'île, vers Quartier Militaire et Centre de Flacq. Au final donc, cette proposition de Nature Watch implique 9 kms de plus que le tracé de la RDA, pour relier Melrose à Kewal Nagar. "Mais cela ne fait que 15 mns de trajet de plus, qui plus est au milieu d'un paysage très agréable, légèrement vallonné, à travers des bois de ravenale. Notre tracé implique par ailleurs de réhabiliter une grande partie de routes déjà existantes, construites par la DWC en 1978, et de ne construire au final que 13 kms de route nouvelle, contre 14 kms pour le tracé de la RDA. De plus, le tracé que nous préconisons est en grande partie sur terrain plat, sans toutes ces courbes et arêtes qui rendent très dangereux le tracé préconisé par la RDA," fait ressortir Alvin Brigemohun au nom de Nature Watch. Pour Nature Watch, cette option mérite d'être considérée car elle permet à la fois de répondre à la priorité nationale qu'est la construction d'une autoroute dans le sud-est, tout en évitant la Vallée de Ferney, et donc en faisant l'économie d'un désastre écologique. "Préserver la biodiversité est partie intégrante de notre développement économique. Or, une autoroute à travers la Vallée de Ferney causera des dommages irréversibles. De nombreuses espèces risquent de rejoindre le dodo sur la liste des espèces uniques disparues à jamais. Les Hollandais ont commencé ce travail il y a 400 ans. Allons-nous nous acharner à le terminer ?" interrogent les jeunes de Nature Watch. Une interrogation pertinente quand on sait qu'une récente étude entreprise par la Mauritian Wildlife Foundation montre que Maurice a perdu plus de 98% de sa forêt d'origine du fait de l'invasion d'espèces étrangères et en raison du "développement"..    

Le Week End 12 decembre 2004