Au secours ! Les chiens errants nous envahissent


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Ils sont partout : dans les rues, les lieux publics, nos cours, sur la plage... Les chiens errants continuent à se reproduire. Ils témoignent de l'échec des stratégies de contrôle mises en oeuvre. Possibles vecteurs de la rage, ils constituent une menace pour la santé publique.

Près de 350 000. C'est le nombre de chiens errants qui nous empoisonnent la vie tous les jours. Il y en a plus que le pays compte d'enfants de moins de 15 ans (soit 300 000 au dernier recensement) ! Cette estimation de la Mauritius Society for the Prevention of Cruelty to Animals (MSPCA) peut sembler exagérée. Mais pas tant que cela. Quand on sait qu'est considéré comme "errant" tout chien qui n'est pas sous contrôle de son maître.

Ce noble canidé se multiplie à un rythme soutenu chez nous. Et avec lui croissent les désagréments quotidiens. Une prolifération qui témoigne de l'échec des stratégies de contrôle mise en oeuvre jusque-là.

La responsabilité du contrôle démographique de la gent canine revient à la MSPCA. Celle-ci attrape les chiens errants et les euthanasie. Elle stérilise également les bêtes afin de contrôler leur reproduction.

Depuis sa création dans les années 70, la MSPCA a capturé en moyenne 50 chiens par jour, soit plus de 550 000 chiens euthanasiés à ce jour. Pourtant, le problème de chiens errants reste entier.

Rashid Lotun, haut responsable de la MSPCA, s'en défend. "La faille réside dans l'approche. Il faut attaquer plusieurs fronts à la fois : éduquer les masses sur la nécessité de stériliser les bêtes, introduire les lois les obligeant à le faire et enfin, se donner les moyens d'attraper davantage de chiens."

La MSPCA tire la sonnette d'alarme depuis 1998. Elle a même demandé d'être relevé du devoir de contrôle à moins que les textes légaux nécessaires ne soient introduits. Cette demande tient également compte du fait que capturer et euthanasier les chiens est contraire à la vocation de la MSPCA qui est de protéger les animaux.

Les conditions de la MSPCA sont loin d'être farfelues. Il faut limiter le nombre de chiens par propriétaire, dit-elle. "J'ai plus de 30 ans de métier et je l'affirme haut et fort : les Mauriciens ne sont pas des animal lovers. Ils élèvent les chiens pour leur propre besoin, le gardiennage", soutient Rashid Lotun.

La MSPCA exige la stérilisation du chien, quel que soit son sexe. Les propriétaires qui souhaitent déroger à cette règle devront détenir un permis spécial.

Actuellement, si l'on possède trois chiens ou plus, dont une chienne de plus de six mois et non stérilisée, on est tenu de se faire inscrire comme éleveur. Le cas échéant, il faut stériliser sa chienne. Rien n'est précisé à l'égard des chiens mâles. Or, ceux-ci contribuent tout autant à agrandir la famille canine.

La MSPCA stériliserait les chiens capturés avant de les restituer aux propriétaires qui viennent les réclamer. Or, depuis quatre ans, elle ne peut le faire que si ces derniers le veulent bien.

Ces dispositions, réclamées depuis 1998, ont fait leur chemin jusqu'au Parlement sous forme d'un projet de loi. Mais aussi bien le régime d'alors que l'opposition ont fait marche arrière. Les politiques se sont subitement découvert une sensibilité... canine. Ils ont trouvé ces dispositions trop dures.

Le ministère de l'Agriculture se pencha alors sur une autre alternative : confier la capture des chiens errants à d'autres institutions qu'à la MSPCA. Peu avant les législatives, une loi est votée pour autoriser le ministère à assumer cette responsabilité pour la confier à des privés. Les compagnies offrant un service de voirie ont montré leurs intérêts.

Mais cette loi n'a jamais été promulguée. Une fois de plus, les politiques ont eu un cas de conscience. Faut-il promouvoir un business autour de la capture et l'élimination des chiens ? Résultat, la MSPCA doit toujours s'acquitter de cette tâche ingrate.

Viennent les législatives et un nouveau régime s'installe. La loi votée en août 2000 est réexaminée et certains amendements y sont apportés. L'Agriculture en fait un instrument dédié spécifiquement au contrôle de la population canine. Ce texte attend son introduction au Parlement.

La privatisation du service de capture est coûteuse car le travail implique des risques. On cite un budget de Rs 10 millions par an qui servirait à acquérir des équipements plus sophistiqués que le traditionnel filet, tels que les trappes. Mais celles-ci sont plus coûteuses et moins performantes...

La MSPCA se dit prête à continuer la course-poursuite derrière les canidés si le cadre légal et pédagogique suit. Il faut souligner toutefois que ce service ne dispose que de deux chasseurs de chiens. Un effectif dérisoire pour couvrir toute l'île. Comment dès lors s'étonner que la lutte contre les chiens errants reste une bataille perdue d'avance.

La solution : augmenter les effectifs. La MSPCA lance des offres de recrutement. Peine perdue. Les Mauriciens ne sont pas intéressés. Et pour cause : les chasseurs de chiens sont hués, haïs du public. Les conditions de travail sont difficiles et la rémunération pas toujours à la hauteur.

Mais attraper et éliminer les chiens ne sont pas une solution en soi reconnaissent volontiers la MSPCA et l'Agriculture. L'idéal serait que les Mauriciens prennent soin de leurs bêtes. Cela implique bien sûr les nourrir pour qu'elles n'aillent pas manger dans les poubelles, contrôler leur sexualité afin que le chien n'aille pas rechercher un partenaire. Il faut aussi songer aux conditions de vie du chien : une niche bien faite, une cour clôturée, un traitement... humain. Le chien ne quitte son maître que s'il est malheureux. Et puis, même stérilisé, un chien errant demeure une nuisance.

Qu'on se le dise, elle est bien à plaindre cette société dont les chiens une plaie. Que penser d'un peuple incapable d'aimer ses compagnons canins au point de les laisser errer, exposés aux dangers mais devenant aussi une menace pour les autres. A tel point qu'il faille élaborer des stratégies pour les éliminer...

L'Express 12 juin 2002