La privatisation du CEB est-elle dans l’intérêt des consommateurs ?


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Le changement de statut juridique et la privatisation du CEB font l’objet d’un débat. Le syndicaliste Clency Bibi plaide pour plus de moyens, tandis que le président du CEB, Swaley Kasenally, prône la rentabilité.

OUI
Pr Swaley Kasenally
Président du conseil
d’administration du CEB

OUI

> En quoi la privatisation du CEB va-t-elle bénéficier aux consommateurs ?

Notre structure actuelle est dépassée. Une structure corporative, avec l’État possédant 100 % des actions, nous aidera à devenir plus efficace et moderne. Et ce sont nos abonnés qui en bénéficieront. En outre, le CEB espère créer un centre d’appels moderne et un système informatique centralisé des consommateurs.

> Le changement de statut juridique, puis la privatisation ne vont-ils pas entraîner une augmentation des tarifs ?

Si le coût de production augmente, il est logique que les dépenses et les revenus suivent. Sinon l’énorme déficit ainsi creusé mettra ne péril la crédibilité financière de l’institution.

> D’où vient le déficit ?

En décembre 2000, le découvert bancaire était d’environ Rs 1,5 milliard. Il a été ramené à Rs 521 millions en décembre 2002. Les hausses de tarifs en octobre 2000 et janvier 2002 ont amélioré la situation. Notons que de 1992 à 2000, il n’y a eu aucune augmentation, malgré la hausse constante des coûts de production, des services de la dette et l’appréciation du dollar par rapport à notre roupie.

> Pourquoi chercher un partenaire ?

Je ne pense pas qu’il faille aujourd’hui chercher un partenaire. Nous étudierons la question en temps et lieu. Un partenaire serait alors appelé à apporter les finances et les connaissances techniques.

> L’ancien directeur, Shashi Desai, explique le déficit en blâmant l’ingérence des politiciens…

M. Desai aurait dû dénoncer l’ingérence politique au moment où les déficits s’accumulaient parce que les politiciens d’alors avaient refusé de sanctionner des ajustements tarifaires. Il aurait ainsi contribué à éviter cette dégringolade financière.

> Le CEB a les moyens de produire de l’électricité à moins cher. Pourtant il en achète à prix fort aux Independent Power Producers (IPP) et aux Continuous Power Producers (CPP)...

Le CEB a besoin de l’apport des IPP et des CPP, surtout en période de pointe, en tenant compte des réserves pour parer à toute éventualité. Le coût de production dans certaines de nos centrales n’est pas inférieur à celui des IPP et des CPP.

> Vous dites que le CEB doit être géré comme une entreprise. Mais l’électricité est un produit social…

Le CEB a eu une vocation sociale en électrifiant tout le pays en utilisant ses propres fonds. Aujourd’hui, l’état ne nous subventionne plus. Pour soulager les plus pauvres et l’industrie, 40 % de notre vente sont au-dessous de notre coût de revient. Les 60 % restants ne peuvent payer plus.

 

NON
Clency Bibi
Vice-président de la Central Electricity Board Staff Association (Cebsa)

> En quoi les consommateurs vont-ils perdre avec la privatisation ?

Avec la privatisation, les tarifs de l’électricité vont augmenter. Le CEB a des dettes de Rs 6 milliards environ, dont un découvert de Rs 1,5 milliard qui a été reconverti en emprunt. Dans un premier temps, l’État, qui détiendra la totalité des actions, devra non seulement les rembourser, mais aussi payer les intérêts. Or, il n’y a pas plusieurs solutions : soit, il augmente les tarifs ou la TVA, soit, il réduit le personnel. Comme les salaires ne représentent qu’environ 10 % du budget, il ne reste que les deux autres options.

> Qu’est-ce qui va changer alors ?

En donnant au CEB la forme juridique d’une entreprise, ce dernier sera régi par le Company Act. Jusqu’ici, le board du CEB est redevable au ministre des Services publics qui, à son tour, est redevable à l’Assemblée nationale. Avec ce changement, le ministre ne sera plus tenu de répondre aux questions concernant le CEB, puisqu’il sera privatisé.

> La situation financière du CEB justifie-t-elle sa privatisation ?

C’est sûr qu’avec une augmentation du tarif dans le cadre de la privatisation, le CEB sera à terme remis à flot. Mais les consommateurs vont souffrir. L’électricité est un produit social.

> Qu’est-ce qu’on doit faire ?

Nous pensons qu’il faut revoir les contrats avec les compagnies qui vendent au prix fort de l’électricité au CEB. Ensuite, l’État doit enlever la taxe sur les intrants et sur les pièces de rechange des moteurs ainsi que sur le fuel lourd et sur le gazole.

> On critique beaucoup ce contrat liant le CEB à la centrale thermique de Belle Vue (CTBV)...

Le rapport du PB Power a reconnu l’an dernier que ce contrat est au détriment du CEB. Le CEB achète à la CTBV le kWh à Re 1,72, alors qu’il produit lui-même le KWh à Re1,23, ce qui entraîne un manque à gagner de Rs 132 millions par an. En outre, pour respecter ce contrat qui garantit à la CTBV une production de 325 GWh, le CEB doit sous-utiliser ses propres générateurs et produire moins, ce qui entraîne une perte annuelle de Rs 292 millions. Comment s’étonner que les finances du CEB soient au rouge ?

> On parle de la nécessité pour le CEB d’avoir un partenaire…

En 50 ans, le CEB a relevé tous les défis. Nous avons réussi le pari de l’électrification et de l’industrialisation de l’île. Les compétences de nos cadres et techniciens sont reconnues dans le monde. Qu’on nous donne les moyens et qu’on nous fasse confiance.

L'Express 13 avril 2003