ÉROSION: Pour une poignée de sable


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Flic-en-Flac est salement amoché. La mer démontée, due au cyclone Fiona en février dernier, s’est acharnée sur cette plage très fréquentée. La Beach Authority espère la remettre en état avant Pâques.

Le sable a disparu sur toute une partie de la plage qui a été clôturée en attendant que les autorités trouvent une solution.

Les pique-niqueurs qui vont à Flic-en-Flac se posent des questions. Pourquoi diable a-t-on clôturé une partie de la plage, du four à chaux aux anciennes toilettes publiques ? Veut-on leur en empêcher l’accès ?

La raison est simple : il s’agit d’une mesure de sécurité destinée à protéger le public. Les dunes sont si érodées et si fragiles sur les bords qu’elles peuvent s’effondrer à tout moment. La chute risque alors d’être dure, puisqu’on peut atterrir deux mètres plus bas, dans le pire des endroits. « La dune peut céder si les gens s’en approchent trop. Cela constitue un danger pour le public et c’est purement pour des raisons de sécurité que nous avons pris la décision de clôturer cette partie de la plage », explique le Chairman de la Beach Authority, Gaj Pyndiah.

Le cyclone Gerry qui a frôlé le nord-est de l’île dans la matinée du 13 février dernier semble être le coupable tout désigné. Mais non. Gaj Pyndiah pointe plutôt un doigt accusateur sur Fiona, photos satellite de la Nasa à l’appui. Il s’est aussi fondé sur les services de météorologie de la région pour parvenir à ces conclusions.

Hape et Fiona, les deux autres compères de Gerry se sont formés au large de Tromelin, presque simultanément. Ils ont eu cependant des trajectoires différentes. Si Fiona n’a pas affecté le temps à Maurice, en revanche, ses effets sont maintenant ressentis sur nos plages. Entre le 11 et le 13 février, les vagues provoquées par ce cyclone qui se dirigeait vers Madagascar, se sont écrasées sur certaines plages de la côte ouest. « L’angle d’approche des vagues a créé un long courant dans le lagon et a érodé les plages de Pointe-aux-Sables, Flic-en-Flac et Le Morne. »

Attaquer le problème à la racine

La plage est méconnaissable. En face du kiosque, des amas d’herbes arrachées par la force des vagues jaunissent au soleil. Les racines à l’air, le gazon a du mal à retenir le sable qui se détache par amas au moindre choc. Ce spectacle se répète tout le long de la plage, du nord au sud, du four à chaux jusqu’à l’hôtel Pearl Beach. Devant l’hôtel Manisa, la chute est d’un mètre et demi au moins. L’état des filaos qui se trouvent en face des toilettes et de l’ancien poste de la National Coast Guard a empiré. Avec cette érosion, environ 300 millimètres de sable ont disparu, exposant les racines des arbres. Les vagues se sont également acharnées sur la plage de l’hôtel Villa Caroline. Elles ont déposé des débris de coraux et des algues tout le long du mur de l’hôtel.

Il faut maintenant agir vite. L’idéal serait d’attaquer le problème à la racine en créant un récif artificiel dans le lagon pillé de ses coraux pendant des années. « Ce serait la solution idéale. Nous attendons les conclusions d’une étude sur l’érosion des plages commanditée par le ministère de l’Environnement à la firme canadienne Baird Consultant. » En attendant, il faut parer au plus pressé. La Beach Authority compte entasser des sacs poreux remplis de coraux le long des endroits affectés, rendant ainsi à la plage son inclinaison de 30°. Du sable d’un diamètre de quatre à six millimètres recouvrira les sacs sur une épaisseur de 100 millimètres.

La Beach Authority espère remettre en état ces plages avant la marée humaine qui y déferlera à Pâques.

L'Express 13 avril 2003