Le grenier et l'hôpital militaire Labourdonnais: Ces sites ne devaient pas être alloués aux Sud-Africains


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"Pa ti éna okenn décision, pa ti donné et pa ti pou donné". C'est la déclaration faite par le leader de l'opposition Paul Bérenger à Week-End, en fin de semaine, au sujet d'une information qu'il considère erronée, véhiculée sur le projet du groupe sud-africain Katavi d'ériger un complexe commercial sur les sites historiques du Grenier et de l'hôpital militaire Labourdonnais. Paul Bérenger cite le "draft" des procès verbaux de la toute dernière réunion, la huitième, d'un comité sur les projets culturels qu'il présidait en sa qualité de Premier ministre en date du 10 mai dernier.

Avaient participé aux travaux de ce comité interministériel du 10 mai dernier, les ministres de l'Éducation, Steve Obeegadoo et de la Culture, Leela Devi Dookun-Luchoomun et plus d'une vingtaine d'officiels dont Philippe de Lahausse de la Louvière et le Dr Muslim Jumeer du National Heritage Fund, Jean-Yves Violette et Jean-Claude Augustave du Centre Culturel Africain Nelson Mandela, le Dr Vijaya Teelock, présidente de l'Aapravasi Ghat Trust Fund Board, Bernard Perrine du Morne Heritage Trust Fund, Cader Kalla et S. Abdoolrahman du Mauritius Museums Council, Dr Koonjal du MGI, A. Soochit de la State Property Development Company et le Capitaine Toi de la Mauritius Ports Authority.

A l'item "Port Louis Waterfront Phase II Development Project", c'est le représentant de la SPDC, M. Soochit qui informe le comité que "members of the South African Consortium were presently in Mauritius and that a presentation has been scheduled on the following day with all the stakeholders namely the Ministry of Arts and Culture, the National heritage Fund, the Aapravasi Ghat Trust Fund and the Nelson Mandela Centre for Africain Culture". C'est le Premier ministre d'alors, comme en témoignent les "minutes of proceedings" de la réunion qui s'enquiert du sort du Grenier. "The Chairperson queried on the ex-STC Buliding" précise le procès-verbal.

Réagissant aux interrogations du Premier ministre, Philippe Lahausse de la Louvière déclare que "the ex-STC building was part of the Labourdonnais Hospital" et c'est alors que le Dr Vijaya Teelock a informé le comité que "the Aapravasi Ghat Trust Fund has made a request to Government through the Ministry of Arts and Culture to use the ex-STC bulding as its headquarters", le représentant de la SPDC confirmant alors que cet immeuble était sous la responsabilité de la corporation et inclut dans la phase II du développement du front de mer.

Paul Bérenger avait, lui, suggéré que "these issues be taken up at the presentation". Il devait revenir à la charge au prochain item, celui de "Inscription on Unesco World Heritage List". Le procès verbal fait état de ceci: "to a query from the Chairperson on the buffer zone included in the Nomination Dossier, Dr V. Teelock informed that the first buffer zone comprised the immediate surroundings around Aapravasi Ghat earmarked for the Port Louis Waterfront Phase II Development Project and the second one extended inland towards the bus station. The Nomination Dossier outlines the two buffer zones which are not presently under the responsability of the Aapravasi Ghat Trust Fund".

La décision du 24 juin 2005

Ce à quoi Philippe Lahausse de la Louvière devait indiquer que des "guidelines on the buffer zones should be established". Quant au Dr Vijaya Teelock, elle informera alors le comité que des "Unesco inspectors expected to be in Mauritius between July to September 2005, sould also look at that issue". Le Premier ministre d'alors suggérant ensuite que "the South African Consortium be informed of the proposed buffer zones and be invited to consult the Nomination Dossier at the seat of the Aapravasi Ghat Trust Fund", la ministre des Arts et de la Culture Leela Devi Dookun-Luchoomun renchérissant "that the guidelines of Unesco on the issue of buffer zones be communicated to the Consortium".

Voilà, on ne sait pas trop d'où sort cette soudaine agitation autour d'un projet qui aurait été soi-disant gelé par l'actuel Premier ministre alors qu'il n'avait même pas été approuvé ou décidé par le gouvernement précédent. Elle trouverait sa source dans les récents bouleversements à la tête du Aapravasi Ghat Trust Fund, dont la présidente, le Dr Vijaya Teelock, avait été congédiée de manière expéditive par le gouvernement de l'Alliance sociale pour être ensuite rétablie dans ses fonctions quelques jours après. C'est visiblement pour ce faire bien voir par les nouveaux occupants de l'hôtel du Gouvernement que certains ont fait grand bruit autour de ce dossier.

Et si décision il y a eu, elle a été dans le sens de la conservation du site concerné. Notre confrère l'Express rappelait dans son édition d'hier que le conseil des ministres, avait le 24 juin dernier, un peu plus d'un mois après la réunion du 10 mai, décidé de classer le Grenier comme bâtiment historique. Le communiqué faisait, en effet, état du fait que "Cabinet has agreed to the designation of the'Monument aux Esclaves', the Gunpowder Magazine at Pointe Canon and the Granary at Port Louis harbour as National Heritage under section (12) of the National Heritage Fund Act 2003". Un fait qui vient démentir ceux qui se découvrent des âmes de grands défenseurs du patrimoine.

Quant au projet d'aménager le Centre Nelson Mandela pour la Culture Africaine à son site originel de la Tour Koenig, Paul Bérenger a déjà eu l'occasion de dénoncer ce qu'il considère comme "un acte fanatique", une décision prise pour des raisons politiques dans un souci de faire le contraire de ce que le gouvernement précédent avait décidé. Intervenant à l'assemblée des délégués du MMM le 31 juillet dernier, le leader de l'opposition et du MMM avait déclaré que "la Tour Koenig a été construite par les grands blancs avec une main-d'œuvre composée d'esclaves et, qui, par la suite a été transformée en hôtel". D'autres ne se tromperaient pas en ajoutant que la Tour Koenig avait aussi été utilisée, pendant un bon bout de temps, comme un bordel.

Interrogé, le leader de l'opposition évoque aussi la biographie de Raymond d'Unienville sur Henry Koenig sortie en 2002. Dans son récit, l'auteur, dit-il, rappelle que cet esclavagiste proche d'Adrien d'Epinay s'était prononcé contre l'abolition de l'esclavage et qu'il avait même pris la tête d'un comité pour s'y opposer. C'est bien avec la main-d'œuvre composée d'esclaves que la Tour Koenig a été érigée, une fortification qui devait être la construction la plus élevée de la région surplombant même celle de St Louis n'était l'objection de Sir Colville qui limita ses ambitions.

Expliquant le choix de son gouvernement de procéder à l'aménagement d'un parcours culturel de la Poste qui devait accueillir le Centre Mandela à l'Aapravasi Ghat, Paul Bérenger a dit que nombre de descendants d'esclaves qui avaient eux aussi débarqué dans la région ont travaillé dans le port et qu'ainsi cet itinéraire de la mémoire avait l'avantage de réconcilier deux pans de notre histoire commune.

Le Week End 14 aout 2005