Aménagement du territoire et environnement: Deux tiers des doléances du public relèvent d'un problème d'urbanisme


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Demain matin, le ministère de l'Environnement signera un contrat avec la firme de consultants britannique Halcrow, portant sur la révision du National Physical Development Plan. Cet exercice permettra de constituer une base solide pour le développement topographique du pays pour des vingt prochaines années. En 1993, rappelons-le, le NPDP avait formulé une centaine de stratégies sectorielles pour l'aménagement du territoire jusqu'à 2010. Plan qui, en principe, devait être réactualisé… chaque cinq ans. Dix ans plus tard, le ministère de l'Environnement, conjointement avec celui du Logement, prend les devants pour commanditer une réactualisation de ce plan, qui, constitue "notre véritable dernière chance de créer des conditions pour intégrer la culture du planning dans la manière de penser le développement", explique-t-on. Si cette question préoccupe autant l'Environnement, c'est que "65-70 % des doléances reçues du public relèvent d'un problème d'urbanisme". Les consultants devront d'abord réaliser un état d'évolution de la mise en œuvre du rapport de 1993, puis, une estimation des tendances futures avant de formuler une stratégie d'aménagement du territoire qui tiendrait compte des nouveaux impératifs économiques et le nouveau plan de développement national. Coût du projet : de Rs 25m.

Que s'est-il passé depuis la publication du National Physical Development Plan en 1993 ? Certes, au cours de ces dernières années, certaines stratégies formulées ont été prises en compte lors de la préparation de schémas directeurs, notamment dans les secteurs d'utilité publique ou encore pour l'élaboration des Outline Planning Schemes. Toutefois, "intended development in certain proposed key areas of settlement, industrial and office location has not taken place", note le ministère de l'Environnement. Par ailleurs, si les Outline Schemes ont permis, dans une certaine mesure, de freiner le développement sauvage dans l'arrière-pays, les régions côtières et dans quelques zones industrielles ou résidentielles, les recommandations du NPDP n'ont pas été appliquées dans leur intégralité. Pourquoi ? En majeure partie parce que le nouveau Town and Country Planning Act - en remplacement à celui de 1954 - qui devait donner une base légale à ce document, n'a jamais été promulgué. Or il avait été clairement stipulé que le NPDP "has been formulated on the basis of modern planning practice and, for its implementation, the existing legislation will have to be repealed and replaced by a new Town and Country Planning Act"

Aujourd'hui, la révision du NPDP est considérée comme cruciale, surtout à un moment où un pays doit faire face à de nouveaux défis économiques. Bouleversements dans le secteur sucrier découlant du nouvel ordre économique mondial, d'une hausse substantielle dans les coûts de production, des coûts de la centralisation; l'industrie du textile face à de nouveaux défis (accord Multi-Fibre, etc), et enfin, un secteur du tourisme en proie à un certain nombre de problèmes - dégradation de l'environnement, menace de pollution marine, secteur informel non réglementé et en plein essor… Tous ces éléments, fait-on ressortir, auront un impact significatif sur l'environnement, l'aménagement du territoire et le développement topographique à Maurice et à Rodrigues dans les années à venir.

La gestion des terres, "de loin le plus gros problème environnemental"

D'ailleurs, les chiffres sont concluants : chaque mois, deux tiers des doléances reçues à la Police de l'Environnement découle d'un problème d'urbanisme. En tête de liste, le problème d'insalubrité, causée en grande partie par les déchets industriels et les ordures ménagères. Par ailleurs, un cas sur quatre concerne la pollution sonore, un cas sur dix au moins, la pollution des eaux… D'une manière générale, "la gestion des terres, constitue de loin, le plus gros problème environnemental à Maurice", explique un haut cadre du ministère de l'Environnement. Développements résidentiels non planifiés, constructions sur des marécages, juxtaposition d'activités incompatibles - dépotoirs ou quarantaines en milieu résidentiel -, pression grandissante sur la zone côtière, les problèmes sont légion. Et "on ne peut continuer à faire du fire-fighting qui, en fin de compte, coûte beaucoup plus d'argent et de temps. Il est temps d'avoir un plan cohérent pour régler ces problèmes à la base", ajoute-t-il. Aujourd'hui, le ministère de l'Environnement a décidé de financer ces études en posant certaines conditions : "Cette fois, nous voulons un clear legal basis pour le NPDP" afin de ne pas rééditer les manquements du passé, explique ce cadre. De même, les consultants devront se pencher sérieusement sur le "capacity building" des administrations régionales qui devront exécuter en grande partie ces stratégies. Enfin, d'autres législations demanderont à être revues à la lumière du plan réactualisé.

Lors de la réactualisation du National Physical Development Plan, les consultants britanniques devront également tenir compte des permutations et des réalités économiques du pays, de même que les objectifs affichés du gouvernement en terme de création d'emplois, d'expansion de certains secteurs " knowledge driven " et des futurs projets annoncés par le gouvernement. Ainsi, la création d'une cybercité à Ébène, l'éventuelle introduction d'un mode de transport alternatif reliant Curepipe à Port-Louis, le développement de zones " high tech ", la consolidation de la capitale comme un centre financier pour la région. L'objectif recherché à long-terme ? Promouvoir un développement soutenu, offrir des opportunités aux investisseurs locaux et étrangers pour accroître le développement économique et le niveau de vie à Maurice, encourager les activités de développement du secteur privé et enfin, dégager une approche constante et intégrée au développement infrastructurel. Le nouveau NPDP assistera de même le gouvernement pour la mise en place et l'amélioration des infrastructures nécessaires à un développement soutenu tout en identifiant clairement les " environmentally sensitive areas " - où le développement sera limité. Ce document constituera enfin, une base pour la révision des plans d'aménagements du territoire, dont les Outline Schemes. Parmi les secteurs directement concernés : l'agriculture, le logement, l'industrie, le " office development ", le tourisme, le " high tech ", le transport et les services. L'étude sera prêt dans dix mois. C'est le ministère du Logement qui sera responsable de la mise en application du nouveau National Physical Development Plan.


National Physical and Development Plan

Un bref rappel…

Publié en 1993, le National Physical and Development Plan avait formulé 125 policy recommendations pour une vingtaine de secteurs, allant du tourisme à l'environnement, en passant par les développements résidentiels, industriels et agricoles, les infrastructures, la santé, les loisirs et les espaces communautaires, la protection des bois et forêts, la pêche, le transport, l'eau, l'électricité, le tout-à-l'égout, les déchets industriels et les ordures ménagères…

En matière de logement, le NPDP prévoyait en moyenne la construction de 10 200 maisons par an, dont 17% par le gouvernement. Au chapitre de l'industrie, le rapport avait estimé à 600 hectares la superficie de terrain nécessaire pour le développement de grandes unités manufacturières jusqu'en 2010. Il avait limité l'implantation des usines - classées en trois catégories : les polluantes, les non-polluantes et enfin celles à grande nécessité pour la population mais présentant quelques nuisances - dans dix zones précises, pour la plupart en région rurale. Également préconisé : le relogement d'unités industrielles qualifiées de "bad neighborhood industry".

En matière de tourisme, le NPDP avait restreint les projets de développement à trois zones : le nord, l'est et le sud-ouest, ramenant par ailleurs la moyenne de plage accordée pour chaque chambre d'hôtel de 3,2 mètres à 2 mètres. Le plan soulignait aussi la nécessité d'aménager, chaque 500 mètres, des accès à la plage, dans les endroits totalement occupés par des résidences. Enfin, au chapitre des bois et forêts, le plan recommandait des législations qui permettraient à l'État d'avoir un droit de regard sur les forêts privées - qui constituaient plus de la moitié des réserves du pays - ayant un intérêt national. Également recommandés, entre autres, la préservation des terres sous culture, un investissement massif dans le système de tout-à-l'égout, la réduction de pertes dans la distribution d'eau, la restriction des espaces commerciaux dans la capitale et le relogement de certains bureaux hors de Port-Louis.

Le Week End 14 Avril 2002