Les parcs marins en pleine ébullition


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Les parcs marins de Blue-Bay et de Balaclava, créés en 1997, prennent enfin forme. Ils inspirent, dans la foulée, de nombreux autres projets liés au tourisme et à la recherche scientifique.

Les sites des parcs marins ne bougent pas, n'en déplaisent aux pêcheurs… Comme on le sait, le site du parc marin de Blue-Bay est source de remous entre ces derniers et le ministère de la Pêche.

Toutefois selon les ministères impliqués dans le projet de parc marin, "un fonds spécial pour aider les pêcheurs à acheter un bateau et du matériel de pêche pour aller pêcher plus loin est prévu." Pour le moment, les pêcheurs de Blue-Bay ont reçu Rs 10 000 chacun.

Pour l'instant, seuls Blue-Bay et Balaclava sont déclarés parcs marins. Mais le succès connu pourrait faire école et aider ainsi à la création de nouveaux parcs. L'île Plate et le Coin-de-Mire sont les mieux placés, de même que les récifs coralliens de Rodrigues, de St.-Brandon et d'Agaléga.
Avec l'entrée en vigueur des Marine Reserves Protection Areas Regulations, les parcs marins décrétés comme tels en 1997 sont officiellement protégés. La protection du lagon est censée interdire la pêche au casier, à la ligne et à la senne. Les bateaux de pêche ne peuvent donc s'en approcher à moins d'un kilomètre. Mais il paraît que des pêcheurs s'installent sur le site la nuit tombée quand les gardes-pêche ne sont pas à leurs bureaux.

Aujourd'hui que les règles sont établies, c'est sur le fonctionnement qu'il faut s'attarder. Une constante surveillance et un monitoring régulier du parc seraient bienvenus et appréciés par les associations écologistes qui veillent sur le lagon. "C'est dommage que les organisations non gouvernementales et les ministères concernés ne travaillent pas de concert plus souvent, dit Jocelyn Orange, de l'association Eco-Sud. Il faudrait des réunions pour échanger des idées et faire des critiques."

Pourtant les ministères du Tourisme, de l'Environnement et de la Pêche travaillent déjà conjointement. C'est en 1997 qu'ils démarrent le projet. Celui-ci consiste à créer des parcs marins dans le cadre de la conservation des zones marines et de la préservation de la faune et de la flore de nos lagons.

Des coraux bien conservés

Le parc marin est un espace spécifique de préservation et de protection de l'environnement marin. Les sites, l'un à Balaclava et l'autre à Blue-Bay, sont proclamés en 1997 avec l'aide d'experts canadiens. Après une longue période de gestation, due principalement à la lenteur de la mise sur pied des Marine Reserves Protection Areas Regulations, les parcs marins voient enfin le jour.

Les sites de Balaclava et de Blue-Bay sont choisis pour leur faune et leur étonnante richesse corallienne. "Ce sont des coraux souvent endémiques et bon nombre d'entre eux sont très bien conservés", explique un officier du centre de recherches d'Albion. Une biodiversité qui se chiffre à près de 135 espèces de poissons et 25 de coraux sur deux sites exceptionnels. Le fond marin laisse ici un bel héritage entièrement naturel sur une superficie de 320 hectares à Blue-Bay, allant de Pointe-Corps-de-Garde à Pointe-Vacoas, et 485 hectares à Balaclava, entre la Batterie des Mortiers et la Petite-Pointe-aux-Piments.

Les ministères souhaitent à la fois préserver le fond marin et éduquer la population à l'importance de l'écosystème marin. Car aussi riche que puissent être les sites, ils sont aussi très fragiles. "Si les parcs sont correctement protégés, ils deviendront vraiment très beaux, mais attention au laisser-aller", prévient Jocelyn Orange.

Des projets relatifs aux parcs sont aussi à l'étude. Tout en préservant cet environnement, les ministères songent à rendre ces espaces lucratifs. "Nous pourrons, en même temps, faire des recherches cruciales sur l'environnement marin et un monitoring complet et régulier sur les récifs en utilisant le parc comme un living laboratory, affirme un officier du centre d'Albion. Ainsi il y aura une balance entre l'économie et l'écologie."

"Mais nous craignons que cela implique des gros bonnets qui s'approprient tout le marché", dit Jocelyn Orange. Un bateau à fond de verre spécial au-dessus du jardin de corail ou des plongées organisées au milieu des poissons - à condition bien sûr de respecter les règles - sont souhaitables. "C'est important de montrer nos fonds marins aux touristes, mais il faut qu'ils soient encadrés de professionnels afin qu'ils ne brisent pas les coraux en marchant au-dessus."

Un responsable du projet au centre de recherche d'Albion ajoute : "Si tout est bien réglementé, on peut faire des parcs marins des sortes d'aquariums naturels comme au Japon ou dans le reste du monde." Ce projet est depuis longtemps à l'étude. Deux centres marins, prévus à Blue-Bay et à Balaclava, devraient contenir un laboratoire de recherches, une boutique-souvenirs et un espace éducatif. Des espaces seront aussi aménagés pour les bateaux, le ski nautique, mais sous certaines conditions.

C'est bon pour le tourisme, ou plutôt l'eco-tourisme, d'avoir d'aussi beaux fonds marins et de montrer que l'on en prend soin. "Les parcs marins sont une bonne publicité pour les hôtels", dit-on au ministère du Tourisme. Mais il ne faudrait pas oublier les caractères scientifique et écologique du projet à défaut d'entreprise purement lucrative.

Sonia SERRA

PROTECTION RAPPROCHEE

Réglementation pour la plongée en lagon

Le ministère du Tourisme s'est aussi attelé, avec le ministère de l'Environnement, à la réalisation de zones de plongée protégées. Deux projets, au Morne et devant l'hôtel Merville à Pereybère, ont servi de pilotes. Résultat : un franc succès. Des bouées sont disposées sur les sites de plongée afin que les bateaux de plongée ou autres viennent s'y amarrer. Plus besoin de jeter l'ancre dans le lagon, ce qui évite de briser les coraux. Les deux projets pilotes ont si bien marché que les ministères espèrent pourvoir les poursuivre dans tout le pays sur les sites de plongée reconnus et bien fréquentés. Ils devront toutefois résoudre certains problèmes techniques dont l'ancrage des bouées afin d'éviter des dégâts pendant les cyclones.

L'Express 14 janvier 2003