19 élèves de l'école Rose-Belle North hospitalisés d'urgence hier


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S. Obeegadoo: "Aucune raison de fermer l'école"

Steve Obeegadoo, ministre de l'Education, lors d'une conférence de presse, ce matin, à Port-Louis, a déclaré qu'il n'y a aucune raison de fermer temporairement l'école de Rose-Belle North après l'hospitalisation de 19 élèves, hier après-midi. " Nous prendrons une décision au cas où ce problème prend de l'ampleur avec des risques à la santé des élèves ", a-t-il précisé.

Steve Obeegadoo a souligné que ses collègues Ashok Jugnauth, ministre de la Santé, et Rajesh Bhagwan, ministre de l'Environnement, suivent également de près la situation. " Une enquête est en cours, mais il n'y a aucun indice permettant formellement à ce stade de dire quelle est l'origine de cette intoxication. Il y a des spéculations ; certains pointent du doigt l'usine d'éthanol, d'autres parlent de l'épandage de pesticides dans les champs avoisinants ", fait-il ressortir. Il précise qu'avant l'incident, aucune plainte n'a été enregistrée au ministère de l'Environnement ni au ministère de l'Agriculture ou à la police. " Ce qui s'est produit hier était imprévisible ", souligne-t-il.

Steve Obeegadoo dit avoir donné des instructions au maître d'école de laisser les parents récupérer leurs enfants. " L'école continuera à opérer normalement jusqu'à nouvel ordre ", insiste-t-il, ajoutant qu'il ferait une déclaration à l'Assemblée nationale aujourd'hui. Il avoue comprendre la colère des parents d'élèves. " Je reste calme ; j'attaque le problème ", fait-il ressortir.

Notons qu'à la mi-journée aujourd'hui, tous les élèves rentrés chez eux.


Présence de Pravind Jugnauth et Arvin Boolell

Deux députés de la circonscription N°11 (Vieux-Grand-Port/Rose-Belle), Pravind Jugnauth, vice-Premier ministre et ministre des Finances, et Arvin Boolell, le seul élu de l'opposition, se sont rendus ce matin à l'école Rose-Belle North, où 19 élèves de Standard V ont été intoxiqués, hier après-midi.

Arvin Boolell, dans une déclaration au Mauricien, dit s'être présenté à l'école à 8 h 10. " Je me suis rendu sur les lieux pour avoir plus de renseignements sur ce cas d'intoxication. J'ai pris un case history et j'apprends que les victimes ont eu des maux de tête, des douleurs à la nuque et des rougeurs aux yeux. Je souhaite que les autorités gouvernementales agissent vite pour rassurer les parents et les habitants de Rose-Belle ", dit-il. Il souligne avoir constaté une vive inquiétude sur le visage du personnel de l'école et des parents d'élèves. " Il faut vite trouver la source de cette intoxication ", insiste-t-il, suggérant qu'une réunion entre le ministère de la Santé, celui de l'Environnement et la Parent Teacher's Association (PTA) aurait dû avoir lieu pour, affirme-t-il, " rassurer tout le monde ". Selon lui, cette odeur nauséabonde est devenue un " recurrent feature " dans la région de Rose-Belle.


 

Le ministère de l'environnement: "Intoxication causée par du sulfure d'hydrogène"

Du sulfure d'hydrogène et d'autres produits, en provenance de l'usine Alcodis, se trouvant dans l'ancienne sucrerie de Rose-Belle, seraient à l'origine de l'intoxication de dix-neuf écoliers de l'école de Rose-Belle, apprend-on du ministère de l'Environnement et du Laboratoire de l'Environnement, ce matin. Selon nos renseignements, c'est une pompe défectueuse qui aurait causé cette pollution.

Dans une déclaration au Mauricien, ce matin, le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, affirme que l'administration d'Alcodis a été sommée de prendre des mesures correctives et qu'un Enforcement Notice lui a été servi. Un rapport sera soumis dans ce sens au PM et au VPM, aujourd'hui. Rappelons que l'usine Alcodis (ex-sucrerie de Rose-Belle) qui a obtenu son EIA Licence en novembre dernier produit de l'éthanol.

" Les habitants se plaignent d'une odeur désagréable en provenance selon eux de l'Alcodis (ex-sucrerie de Rose-Belle), située à 750 mètres de l'école primaire. Nous avons constaté que cette odeur provient d'un bassin d'oxydation, traitant de la vinasse, dont les équipements sont hors d'usage ", affirme Rajesh Bhagwan au Mauricien. Selon M. Bhagwan, son ministère n'a jamais reçu auparavant de doléances d'habitants. Selon lui, ce seraient les effluents dénués d'oxygène, provoquant l'émanation des effluves, qui ont incommodé ce groupe d'élèves. " Je dois dire qu'une pompe est défectueuse depuis cinq jours. Il est dommage qu'Alcodis n'ait pas jugé nécessaire d'informer les autorités concernées de ce dysfonctionnement ", déclare M. Bhagwan.

Auparavant, le ministre a déclaré que le directeur du département de l'Environnement, Raj Prayag, et des techniciens ont effectué une première visite sur place, hier soir. Ce matin encore, M. Prayag et son équipe y sont allés de nouveau pour un constat en profondeur.

" Notre enquête se poursuit en vue d'identifier d'autres sources potentielles de la dégradation de la qualité de l'air ", dit-il. En dépit du fait qu'Alcodis a initié des actions correctives, le ministre Bhagwan déclare qu'un Enforcement Notice a été servi à l'usine.

En sus d'une rencontre avec des parents des élèves affectés, le ministre Bhagwan a eu des consultations, ce matin, avec le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, également député de la circonscription ; le ministre de l'Education, Steve Obeegadoo, et le ministre de la Santé, Ashok Jugnauth, pour un tour d'horizon. Un rapport sera soumis au Premier ministre et au VPM et ministre des finances sur la situation à Alcodis.


Les évenements d'hier

Moment de grande panique, hier, vers 13 h 30, à l'école du gouvernement de Rose-Belle North : 19 élèves victimes d'un malaise ont été transportés en toute urgence à l'hôpital Jawaharlal-Nehru. Ils ont tous été placés en observation dans la salle de pédiatrie à l'exception de l'un d'entre eux, qui, selon un médecin, a été " discharged against medical advice ". A la mi-journée aujourd'hui, ils sont tous rentrés chez eux.

Au Mauricien, des instituteurs affirment qu'une " très forte odeur avait envahi l'air ; on ne pouvait pas respirer. On avait observé une épaisse fumée noirâtre ". Les 19 élèves, qui sont en Standard V, disent avoir ressenti des douleurs à la tête et des brûlures aux yeux. " Leurs yeux sont devenus rouges quand ils les ont frottés ; certains d'entre eux pleuraient à chaudes larmes. " Après l'admission des victimes, des inspecteurs sanitaires du ministère de la Santé et de la Qualité de la Vie se sont rendus sur place pour essayer d'identifier les causes de cet incident. " De quelle partie de la région vient cette émanation de mauvaise odeur ? " s'interroge Sujata Mooloo, présidente de la Parents Teachers'Association (PTA) de l'école Rose-Belle North, regrettant qu'au moment où elle se trouvait dans l'enceinte de l'école, " aucun responsable du ministère de l'Environnement n'y était ".

Sujata Mooloo, dont le domicile se trouve à proximité de l'école, dit avoir respiré l'air pollué en même temps que les élèves. J'ai subitement eu mal à la tête, raconte-t-elle, avant d'ajouter : " Dès que la nouvelle s'est répandue, j'ai accouru à l'école pour voir ce qui se passait exactement. Je dois dire que le maître d'école et son personnel se sont bien débrouillés pour, d'une part, s'occuper de la santé des enfants les plus affectés et, d'autre part, remonter le moral de leurs parents. " Mme Mooloo dit espérer que " les autorités parviennent à trouver rapidement les causes exactes de cette pollution de l'atmosphère, vu que des élèves prendront part aux examens du Certificate of Primary Education à partir de lundi prochain ". D'autres parents disent connaître l'origine de cette pollution de l'air (voir hors-texte), se refusant toutefois d'en parler " de peur qu'on nous harcèle par la suite ". " A la police, au ministère de la Santé et à celui de l'Environnement de faire leur enquête et sanctionner le coupable, car il y va de la santé des enfants et des autres habitants de l'endroit ", ajoutent-ils.

Du côté du ministère de l'Education, un porte-parole laisse entendre que la situation est sous contrôle. " Nous suivons ce cas d'intoxication de très près. Averti, le directeur de la zone, Amode Taher, s'est rendu sur place pour aider le personnel de l'école dans sa démarche de diriger les victimes à l'hôpital. La cause de ce malaise nous est encore inconnue ; les médecins affectés à la section des urgences parlent d'irritation des yeux. Nous attendons le rapport officiel des autorités compétentes avant de nous prononcer ", fait-il ressortir.


Des habitants de la région:

"Sa l'odeur-là pou touye nou"

Les habitants du camp sucrier de l'ex-Rose-Belle Sugar Estate sont en colère. Ils critiquent sévèrement la direction de l'usine Alcodis qui produit de l'éthanol, située à quelques mètres seulement de leurs maisons. " Nou victime l'odeur ek tapage et problème pé vinn de plus en plus grave. Guette nou zenfant pé intoxiqué, sa l'odeur pou touye nou ", ont laissé entendre des habitants de la région au Mauricien, ce matin. Sollicitée pour une déclaration, ce matin, la direction d'Alcodis Ltd n'a pas voulu parler aux journalistes présents.

A l'école de Rose-Belle North, ce matin, les parents se sont regroupés et ont eu une rencontre avec le maître d'école, M. Sunnassy. Ce dernier a expliqué comment, hier, vers 13 h 30, une vingtaine d'élèves ont, à l'apparition d'une odeur particulièrement nauséabonde, ressenti un malaise en classe et ont dû être conduits d'urgence à l'hôpital. " Tous dimoune qui ti-là inn senti et inn trouvé mais enquiry pou déterminé aster ", soutient-il. Et ce matin, des infirmiers de l'hôpital de Rose-Belle étaient à l'école pour examiner d'autres enfants et surtout s'assurer qu'il n'y a pas d'autres cas de malaise.

Toujours ce matin, les parents présents dans la cour de l'établissement scolaire n'hésitaient pas à montrer leur mécontement et réclamaient des explications. " Mo garçon pou sorti l'hôpital et nou bizin conné qui l'école pé envisage pou faire ; nou pas oulé nou zenfant malade encore ", déclare M. Ramnauth.

Les habitants du camp sucrier soutiennent : " Ena la mort là-dans ", s'en prenant à la direction de cette usine, qui, disent-ils, est venue perturber la tranquillité de leur village. Selon eux, depuis l'installation et la mise en activité de cette usine d'éthanol, il y a quelques mois, la situation a changé dans le quartier où les gens avaient l'habitude de s'asseoir sous un arbre pour jouer aux cartes ou pour prendre l'air. " Cette région était isolée et tranquille et, soudain, avec l'implantation de cette usine, il y a un bruit assourdissant dégagé par l'usine nuit et jour sans compter l'odeur nauséabonde dégagée par l'usine accompagnée d'une fumée noire chaque après-midi ". " Nou pas capave sorti ou nou bizin passe vite parce qui l'odeur là insupportable ", souligne-t-on.

A plusieurs reprises, disent-ils, une rencontre a été sollicitée avec la direction d'Alcodis Ltd, mais en vain. Des lettres ont également été envoyées à Alcodis pour faire part de leurs doléances. Mais ils n'ont jamais reçu de réponse et la situation s'est empirée.

Les habitants du camp comptent se réunir demain après-midi pour décider de la marche à suivre. " Nous n'allons pas baisser les bras parce qu'il y va de notre santé et de celle de nos enfants ", indique-t-on.

Une lettre a été envoyée au ministère de l'Environnement, réclamant une enquête sur l'usine. " Nous voulons aussi savoir si les normes sont respectées en ce qu'il s'agit de la pollution sonore vu que l'usine est en activité 24/24 ". Ils comptent également solliciter une rencontre avec le PM pour évoquer toute cette question et trouver une solution.

Le Mauricien

14 octobre 2003