QUESTIONS A RAJESH BHAGWAN, MINISTRE DE L'ENVIRONNEMENT


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"La prison pour les pollueurs !" Après la phase préparatoire de 2002, le ministère passe à l'action avec des chantiers importants et la répression annoncée de tous les pollueurs, petits ou grands.

 

Dans les projets que vous annoncez pour 2003, certains datent de plusieurs années. Aboutiront-ils vraiment ?

Ce que nous faisons se fait de manière planifiée. Pour chaque projet, nous engageons des consultations avec les parties concernées. Cela peut prendre du temps mais nous voulons avant tout être pragmatiques. L'an dernier, c'était la phase préparatoire. La plupart des projets d'embellissement iront en chantier en ce début d'année. Notre carnet de travail est d'ailleurs rempli. Pour aller plus vite, nous avons décidé de travailler avec un cabinet de consultants, Megadesign. Nous avons aussi recruté des professionnels au niveau du ministère afin d'atteindre notre but, soit d'améliorer le cadre de vie des habitants de manière efficace.

Dans ce cadre, la cause environnementale a-t-elle pleinement
sa place ?

Oui, mais il faut trouver la juste balance. Je crois d'ailleurs que nous l'avons trouvée. Le nouveau Environment Protection Act, adopté en 2002, nous implique dans tous les gros projets de construction et de développement. Grâce à cette révision, on a su situer le ministère dans le cadre des grandes décisions gouvernementales. À travers les Environmental Impact Assessments, nous sommes maintenant armés contre les abus environnementaux. Pendant longtemps, le secteur a été tenu à l'écart. Il convient de rattraper tout ce temps perdu. Une flopée de règlements concernant la pollution en général est ainsi en préparation.

Quel sera votre plus grand combat cette année ?

Celui des horreurs, telles que les terrains vagues insalubres et les bâtiments délabrés. Nous avons ainsi préparé une liste d'Eyesores qui seront punissables par la loi. Nous nous attaquerons même à nos propres institutions. Nous avons d'ailleurs déjà attiré l'attention de divers ministères.

Vous prônez une plus grande entente entre le privé et votre ministère. Cela ne risque-t-il pas de créer un certain lobby ?

Jamais nous avons cédé à quelque lobby que ce soit. Il n'y a pas de petits ou de grands pollueurs. Tout le monde est égal devant la loi. Là où il faut sévir, nous sévirons. Comme cela a, par exemple, été le cas sur le chantier de construction du Touessrock l'an dernier. Depuis peu, nous sollicitons moins de participation du secteur privé. Aujourd'hui, c'est seuls que nous assumons nos campagnes. Si le privé participe aux projets, c'est en tant qu'acteur responsable.

Selon des études, notre lagon est en très mauvais état, un point qui semble être absent de votre discours. Que faites-vous pour atténuer le problème ?

Le gouvernement investit des milliards dans un réseau de tout-à-l'égout performant. Les EIA que nous délivrons tiennent aussi toujours en compte le lagon. Mais le retard accumulé depuis des années ne se rattrape pas aussi rapidement que l'on voudrait. Avec le ministère du Tourisme, nous finançons de nombreux projets pour protéger notre lagon. C'est le cas du parc marin de Blue-Bay, qui sera délimité prochainement. Mais j'avoue avoir une grande frustration : l'attitude des gens sur la plage. Trop souvent, ceux-ci voient la mer comme une poubelle. Mais nous y remédierons.

Le problème des déchets solides prend aussi de l'ampleur. Plus de deux ans après votre arrivée, Maurice a toujours un seul centre d'enfouissement, celui de Mare-Chicose…

Nous avons défini une stratégie qui sera entièrement opérationnelle en 2005-2006. Avec le ministère des Administrations régionales, nous travaillons sur l'amélioration des services de voirie. Le problème des stations de transfert fait déjà partie du passé. Pour réduire l'affluence des ordures vers Mare-Chicose, nous allons installer deux centres de compostage, un dans le Nord et l'autre dans le Sud.

Nous mettrons l'accent sur l'éducation des gens pour les amener ainsi, petit à petit, à trier leurs ordures. Bon nombre de nos déchets sont récupérables et réutilisables. Sur dix personnes, plus de la moitié est aujourd'hui préoccupée par l'environnement. Mais même s'il y a un changement de mentalité, il nous faut encore redoubler d'efforts. Il y a encore des sources d'insatisfaction. Certaines amendes - comme pour les décharges illégales - sont encore trop faibles. Mais nous allons y remédier. Nous amenderons bientôt les règlements. Je milite pour une très forte amende. Je suis même favorable à un emprisonnement ferme pour certains délits environnementaux. Je ferais tout pour en arriver là.

Et les services de voirie ?

Des compagnies opèrent alors qu'elles ne peuvent pas le faire par manque d'équipements adéquats et de personnel formé. Avec mon collège des Administrations régionales, nous élaborons des standards pour y mettre bon ordre. Le secteur des services de ramassage d'ordures a connu une vraie ruée vers l'or. Mais pour avoir cet or, les opérateurs devront montrer qu'ils le méritent.

C'est peut-être la ruée vers l'or, mais c'est surtout la ruée vers les pots-de-vin…

La qualité doit primer et c'est tout. Il y aura plusieurs catégories, tout comme pour le domaine de la construction. Nous arrêterons aussi d'octroyer des contrats une fois par an. Cela rapporte trop d'ennuis. Dorénavant, un contrat sera valable pour trois ans et sera octroyé selon une procédure très stricte.

Propos recueillis par
Patrick HILBERT

L'Express 15 janvier 2003