Projet hôtelier Follies du groupe Naïade sur l'Ile des Deux Cocos, Blue Bay :


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Le permis EIA refusé encore une fois

 

l'Environnement concernant le rapport soumis par le comité EIA sur le projet hôtelier Follies sur l'Ile des Deux Cocos, à Blue Bay. Ainsi, le permis EIA n'a pas été octroyé à ce projet du groupe Naïade. Les recommandations du Comité EIA ont essentiellement porté sur l'impact considérable de ce projet sur le parc marin de Blue Bay ; la nature sensible de l'îlot lui-même et son écosystème fragile ; la proximité avec la piste de l'aéroport ; les risques de pollution marine et les mouvements supplémentaires de bateau dans le parc marin. De son côté, le directeur de Naïade Resorts, M. Patrice Hardy, a déclaré à Week-End, hier matin, « qu'une décision concernant ce projet d'hôtel sera prise par le Conseil d'administration qui se réunira bientôt ";. Interrogé quant à une possibilité de faire appel contre cette décision du comité EIA, M. Hardy a précisé que c'est tout le projet qui sera discuté au cours de cette réunion et qu'à ce stade, il n'y a aucun commentaire à faire au sujet de faire appel ou pas.

Les différentes autorités concernées outre le ministère de l'Environnement, à savoir les ministères du Tourisme et de la Pêche et la Waste Water Authority, ont également fait valoir leurs points de vue sur ce projet dans le cadre du rapport EIA. Ainsi, la prise de position la plus écologiquement responsable, si l'on peut dire, est venue du ministère de la Pêche, qui a objecté fortement contre ce projet du fait que l'Ile des Deux Cocos est un habitat régénérateur des tortues de mer. Et comme Maurice est signataire de la Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora (CITES), elle se doit de protéger ces tortues. De plus, le ministère de la Pêche est en voie de signer un protocole d'accord sur la conservation et la gestion des tortues de mer et de leurs habitats naturels dans l'océan Indien et le sud-est asiatique, selon la Convention on Migratory Species. Par ailleurs, un Technical Advisory Committee avait été institué par le directeur de l'Environnement en accord avec la section 16 de la loi de tutelle et était composé de dix membres dont quatre chargés de cours spécialisés en matière d'environnement marin de l'Université de Maurice. Le rapport de ce comité technique est catégorique : ce projet hôtelier est en conflit avec le parc marin, constituant une menace directe pour l'environnement marin et l'Ile des Deux Cocos devra être utilisée à des fins de conservartion marine, de recherche scientifique et de travail pédagogique. Pour sa part le Comité EIA s'est réuni le mercredi 11 avril pour examiner les différentes recommandations et commentaires des autorités, ministères et ONG. Et la décision fit prise de ne pas octroyer le permis EIA au projet Follies. Le ministre Rajesh Bhagwan a ensuite entériné cette décision.

En fait, c'est la seconde fois que le projet Naïade se voit refuser le permis EIA. Mais ce macadam avait pu être contourné le 23 octobre 1998, quand le gouvernement travailliste d'alors, sur recommandation du State Law Office, décida qu'il n'y avait pas lieu d'un permis EIA puisque le projet était antérieur à la promulgation de la loi sur la protection de l'Environnement. Décision qui a été revue le 28 septembre 2000, avec l'avènement du nouveau gouvernement MSM/MMM et un autre avis du State Law Office soumis devant la Cour suprême à l'effet que ce projet d'hôtel doit être traité selon la procédure du Environmental Impact Assessment (EIA). Avec comme conséquence que le groupe Naïade dut soumettre en novembre 2000 une demande de permis EIA pour son projet Follies. Rappelons que ce projet remonte à mars 1990, quand un bail fut octroyé par le ministère du Logement, des Terres et de l'Environnement à la compagnie Blue Bay Tokey Island Ltd pour un développement touristique. Le permis de développement fut octroyé par le Conseil de District de Grand Port/Savanne le 6 décembre 1991 pour la construction d'un hôtel sur l'Ile des Deux Cocos, comprenant 12 bâtiments abritant 75 chambres, une piscine, un Club House, un bâtiment pour le personnel, un restaurant et une aire d'accueil. En septembre 1993, un autre bail de Pas Géométriques à Rivière La Chaux - soit sur le « main land "; - fut accordé pour la construction d'un lieu d'embarquement et d'accueil pour les clients du futur hôtel sur l'Ile des Deux Cocos. Ces projets ne furent pas concrétisés et la totalité des actions de la compagnie fut vendue à la société Quatre Cocos Investment, dont fait partie Naïade Resorts.

 

 

Le projet refait surface en février 1996 quand Naïade présenta une demande pour un permis EIA pour un nouveau projet d'hôtel sur l'îlot, comprenant cette fois-ci 120 chambres, une salle de conférences, une piscine et autres aménités. Le permis EIA fut refusé. C'était donc la première fois. Mais les promoteurs firent appel contre cette décision du Comité EIA devant le Environmental Appeal Tribunal et l'affaire suivit son cours normal jusqu'en octobre 1998 quand le conseiller juridique des promoteurs, Me Robert Ahnee, écrivit au ministre de la Justice avec copie au ministère de l'Environnement avec l'argument que le projet initial de 1991 peut être exécuté conformément au permis de développement délivré par le Conseil de district de Grand Port/Savanne puisqu'à cette époque, le permis EIA n'était pas nécessaire. En effet, la loi ne devait être promulguée que deux ans plus tard, en juin 1993. En présence de ce nouvel élément, l'assistant Sollicitor-general d'alors conseilla au ministère de l'Environnement qu'effectivement le permis EIA n'est pas requis si c'est l'hôtel selon le projet initial de 1991 qui sera construit. C'est le 23 octobre 1998 que Me Robert Ahnee fut informé qu'une réponse favorable a été donnée à sa demande et que le projet d'hôtel version 1991 pouvait aller de l'avant. Par ce retournement de situation, l'appel soutenu par Naïade Resorts devant le Tribunal fut annulé.

C'est en août 2000 que les promoteurs informèrent le ministère de l'Environnement de leur décision de construire une marina sur les Pas Géométriques de Rivière La chaux et il fut décidé qu'une étude d'impact sur le parc marin était nécessaire. Naïade Resorts obtempéra et soumit un rapport technique le 28 août 2000. C'est l'ONG Eco-Sud qui relance l'affaire, le 7 septembre 2000, en soumettant un affidavit devant la Cour suprême pour un ordre intérimaire pouvant interdire la construction de l'hôtel Follies. Le ministère de l'Environnement et le Conseil de district de GrandPort/Savanne entrent alors dans la partie comme co-défendeurs devant la Cour. Puis c'est au tour du State Law Office de demander aux ministères de l'Environnement et de la Pêche de soumettre un rapport sur les dommages possibles que pourraient causer ces travaux sur l'environnement marin. Entre-temps, Eco-Sud continua de protester contre les travaux qui avaient commencé sur le site et une autre ONG, CADES, prit la défense de ce projet de développement hôtelier pour cause majeure économique puisqu'un nouvel hôtel dans la région relancera l'emploi.

Les officiers du Département de l'Environnement visitèrent les lieux et, le 12 septembre, une Prohibition Notice est servie à Naïade Resorts, stipulant en plus qu'un permis EIA est requis pour leurs travaux pour la marina. Les travaux sont alors arrêtés sur le site. Après un état des lieux, les autorités concernées demandèrent qu'une structure de protection consolidée par un écran géotextile soit construite dans la région endommagée par les travaux de dragage, que les pierres enlevées soient remises en place, que les sédiments sur les coraux soient enlevés et que provision pour un passage public soit faite. C'est lors d'une autre visite effectuée le 26 septembre 2000 que les officiers des ministères de l'Environnement et de la Pêche constatèrent que des dommages écologiques étaient évidents. La décision fut alors prise, deux jours plus tard, de demander à Naïade Resorts de réhabiliter le site endommagé et la Prohibition Notice interdisant les travaux de dragage reste toujours en vigueur. Les promoteurs obtempèrent encore une fois. Le groupe hôtelier fut ensuite informé qu'une demande pour un permis EIA est obligatoire du fait que ses travaux vont modifier le littoral et aussi pour la marina. Et c'est en novembre 2000 qu'une demande de permis de Environmental Impact Assessment fut déposée par Naïade Resorts et son rapport EIA soumis aux commentaires du public.

Permis EIA qui a été refusé une seconde fois. Qu'est-ce qui a joué contre le projet Follies et qui a « voté "; pour, car les avis analysés par le comité EIA n'ont pas été tous défavorables ? Entre autres, le fait qu'un déboisement sur les 30 mètres devant servir de zone tampon à partir du high water mark a déjà été effectué sur le mainland a été très mal vu par le ministère de la Pêche, ne respectant pas ainsi les conditions du bail et que cela pose de sérieux risques d'érosion en plein dans la zone de conservation du parc marin. La plupart des filaos ont été enlevés sur l'Ile des Deux Cocos, alors que les racines de ces arbres aident à stabiliser le sol sablonneux. Encore une fois, l'érosion du contour de l'îlot constitue déjà un danger. Le dragage de 700 mètres cubes pour la pose d'un réservoir sous-terrain va émettre des vibrations de haute densité qui causeront une sédimentation certaine affectant l'écosystème marin. La baie d'embarquement sur le mainland, prévue dans le projet Follies, n'est pas acceptable si l'on tient compte de la zone de conservation du parc marin. Les coraux et autres formes de vie marine seront malmenés par les effets de sédimentation. Il a été calculé que la zone qui sera construite sur l'îlot dépassera les 20 %. La Waste Water Authority a confirmé, pour sa part, que le treatment plant devra être installé sur le mainland et non sur l'îlot, et il est clair que le traitement des eaux usées qui devront être récupérées, selon le projet, pour l'irrigation, n'est pas une solution acceptable, car cela peut affecter le water salinity dans le parc marin, sans compter que les résidus de nitrates et de phosphate vont mener à l'« eutrophication "; du site de conservation. Il a été également noté que les conditions du bail ne prévoient pas de provision pour la construction d'une piscine qui devra être fouillée dans le sol déjà fragilisé de l'îlot. Il a été démontré qu'il y a des coraux vivant sur le tracé du boat lane prévu dans le projet et les travaux de dragage à cet effet auraient un impact désastreux.

Ceux qui n'ont émis aucune objection à ce projet hôtelier assorti de conditions fermes sont le ministère du Tourisme, la Waste Water Authority et le ministère de la Santé. Des habitants de la région sont également en faveur du projet pour des raisons socio-économiques.

Le ministre de l'Environnement, M. Rajesh Bhagwan, souligne : « le dossier Follies a été traité par mon ministère dans la transparence la plus totale et en respectant scrupuleusement les procédures établies pour l'octroi d'un EIA Licence ";. Il est d'avis que « Naïade Resorts aurait très bien pu construire un magnifique hôtel 5-étoiles sur l'Ile des Deux Cocos. Or, nous avons déjà juste à côté un parc marin de 10 étoiles, pour ne pas dire unique. Un bon architecte et des bons ouvriers peuvent construire des dizaines d'hôtels 5-étoiles, mais personne ne peut construire un parc marin comme celui de Blue Bay. C'est la remarquable œuvre de la nature qui a pris des millions d'années pour faire de ce parc ce qu'il est ";. M. Bhagwan insiste sur le fait qu'à la lumière des études effectuées, il est clair qu'un hôtel sur cet îlot est totalement incompatible avec l'environnement d'un parc marin. Et qu'en tant que ministre de l'Environnement, il avait le devoir de préserver ce patrimoine unique. Pour conclure, il souhaite que les « promoteurs et les habitants de la région réalisent que c'est une décision réfléchie dans l'intérêt d'un développement durable, y compris celui de l'industrie touristique ";.

Naïade Resorts, comme nous l'a informé M. Patrice Hardy, compte prendre une décision globale sur son projet Follies lors de la prochaine réunion de son conseil d'administration.

 

Le Week-End, 15 Avril 2001