Inventaire à l'île de la Passe


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Depuis plus de deux semaines, un groupe de personnes armées d'appareils de mesure, d'outils de nettoyage et de sacs poubelles se rend quotidiennement, quand le temps le permet, sur l'île de la Passe à Mahébourg. Ces personnes, Mauriciens et d'étrangers, font partie de l'équipe placée sous la direction de Geoffrey et Françoise Summers, respectivement archéologue et architecte, chargés par le National Heritage Trust Fund de procéder à un inventaire de l'île. Cet inventaire archéologique et architectural, qui servira de base à une éventuelle restauration des bâtiments se trouvant sur l'île est également soutenu par l'organisation américaine Earthwatch.

Le minutieux inventaire en cours est en fait le prolongement d'un travail commencé en janvier 2002 par Geoffrey et Françoise Summers pour le compte du National Heritage Trust Fund (NHTF) et qui fut financé par un don du American Ambassador's Cultural Preservation Fund. Il a pour objectif final de servir de base aux futures recherches destinées à établir une chronologie de la construction des fortifications et, éventuellement, de faire des propositions pour leur restauration et une gestion de l'île transformée. Ce projet, le premier du genre mis en place à Maurice, existe sans doute en raison du fait que Françoise Summers est Mauricienne de naissance. Née Rogers, elle a longtemps vécu à Pointe d'Esny et connaît donc bien, comme tous les habitants de la région, les îles de la baie de Mahébourg. Au cours de ses études en architecture en Grande-Bretagne, elle rencontre Geoffrey Summers, archéologue. Ils se marient et vivent d'abord en Europe avant de travailler au Middle East Technical University d'Ankara, en Turquie. C'est au cours de ses visites régulières au pays natal de sa femme que Geoffrey Summers découvre l'île de la Passe et que naît l'idée d'un inventaire archéologique et architectural pouvant mener à des propositions pour une restauration/réhabilitation des bâtiments de défense qui ont été construits au fil de l'histoire du pays. Après plusieurs discussions avec les responsables du NHTF, un financement est obtenu de l'ambassade des États-Unis et les Summers profitent de leurs vacances en 2002 pour procéder à un relevé des différents bâtiments de défense existant sur l'île à partir de photographies, de plans et de documents d'archives. Ils sont aidés par le ministère des Terres et du Logement qui fait faire un relevé topographique de l'île par ses officiers. Tous les documents recueillis sont ensuite étudiés - certains avec l'aide des étudiants de la Middle East Technical University (METU) d'Ankara - et font partie d'un rapport détaillé et abondamment illustré que les Summers soumettent au NHTF. Après discussions, il est décidé que le travail commencé sera poursuivi par un deuxième inventaire plus poussé du site et des bâtiments pour "obtain a better understanding of the sequence of construction" des bâtiments de l'île de la Passe et de produire "a management plan and to form a basis for future research design". Ce projet est soumis à l'organisation américaine Earthwath Institute, spécialiste des projets de conservation du patrimoine environnemental et culturel, pour une demande de financement. Earthwatch accepte de soutenir le projet Île de la Passe et l'inclut dans la liste des projets qu'il publie dans son catalogue 2003. Comme pour tous les autres projets qu'elle soutient, Earthwatch Institute offre l'équivalent de deux billets d'avion aux responsables du projet et leur envoie des volontaires pour les aider dans le travail sur le terrain. C'est à cette deuxième phase de l'inventaire des bâtiments de l'île de la Passe que se livrent quotidiennement Geoffrey et Françoise Summers depuis un peu plus de deux semaines. Tous les matins - en tout cas quand les conditions climatiques le permettent -, ils embarquent avec les volontaires de Earthwatch quelques travailleurs locaux et leurs outils pour passer une journée sur l'île. Contrairement à ce qui a été fortement suggéré dans certains cercles, ils ne se rendent pas sur l'île pour ramasser les boulets de canons et autres pièces historiques qui jonchent le sol et qui valent des dizaines de milliers de dollars pièce ! L'île de la Passe a, effectivement, une valeur inestimable. Mais cette valeur ne se jauge pas en termes financiers mais au niveau historique, archéologique, architectural et culturel et représente, selon ceux qui s'y connaissent, une des pièces les plus importantes du patrimoine mauricien. C'est pour estimer cette pièce du patrimoine, la restaurer et surtout la faire découvrir et apprécier par les Mauriciens et les visiteurs que les Summers se rendent pratiquement tous les jours sur l'île de la Passe. Chaque journée du travail d'inventaire consiste à enlever la végétation sauvage qui a envahi les bâtiments et les ruines, à nettoyer l'île de toutes les saletés laissées par les visiteurs, à enlever des pierres l'érosion qui les recouvrent et surtout à les mesurer pour pouvoir reconstituer les bâtiments et structures dont elles font partie pour pouvoir, à terme, les restaurer. Aidés par les volontaires de Earthwatch, Françoise et Geoffrey Summers - souvent accompagnées de leurs deux filles - examinent, évaluent mesurent, photographient et filment les bâtiments encore debout, les pierres qui les composent et mêmes celles qui se sont détachées des murs. C'est à partir de cette étude minutieuse que les possibilités de restauration/rénovation seront faites au NHTF. Si toutes les bonnes volontés nécessaires peuvent être réunies, le travail actuellement en cours devrait permettre aux Mauriciens de découvrir dans le cadre d'un plan de restauration une des pièces les plus importantes de leur patrimoine.


Notes d'histoire

Dominant l'entrée de la baie de Mahébourg, la plus grande et la plus sûre du pays, l'île de la Passe fut, écrit Philippe la Lahausse de la Louvière, "la clé de la fortification de l'île Maurice dès la première colonisation". La reconnaissance de l'importance de cet îlot remonte à la découverte de l'île Maurice par les Hollandais en 1598. L'îlot, qui porta tout d'abord le nom de "Fortuyn-eiland" - du nom du capitaine d'un des navires de la flotte hollandaise -, fut probablement utilisé comme poste de défense par les Hollandais. Pendant la colonisation française, l'île de la Passe fut développée comme un des points forts de la défense de l'isle de France. D'importantes fortifications y furent construites et des batteries de canons installées. Ces fortifications furent renforcées au fil du temps et l'îlot devint la pièce maîtresse pour la défense - ou la conquête - de l'île de France au début du XIXe siècle. L'île de la Passe joua un rôle de première importance dans la bataille de Grand-Port, remportée par les Français en 1810. Après la prise de Maurice par les Anglais, quelques mois après, les fortifications de l'île de la Passe furent renforcées à plusieurs reprises, plus particulièrement au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Le Week End 16 february 2003