Le Royal Palm, La Cuvette et le public Mauricien ou le pâle reflet de la future cohabitation public/touristes.


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L’édition du Week-End du 21 janvier 2001 ainsi que l’édition du Mauricien du 22 janvier font état des difficultés rencontréeser par l’établissement par le Royal Palm du fait que certains des clients de cet établissement n’apprecient guére la prèsence de communs mauriciens devant l'hôtel aux heures où ses clients jouissent des plaisirs des plages mauriciennes. Face à cette situation ô combien inacceptable, Beachcomber envisage sérieusement de fermer les portes de cet établissement qui, nous pouvons l'imaginer, est quand même profitable à gérer. Bien sûr, nous pouvons nous tromper.

Il y a plusieurs aspects navrants dans cette situation. En premier lieu c'est vraiment la toute première fois dans les annales du tourisme mauricien qu'un hôtel envisage sérieusement de fermer ses portes à cause d'un public envahissant sa devanture. En général c'est le public qui capitule en acceptant que des parts grandissantes de son patrimoine côtier soient bradées pour la construction d'hôtels envahissants, de bungalows et même de terrains de golfs au nom du development touristique de l'île, comme ci nous ne pouvions developper le tourisme à Maurice sans pour autant reduire l'accès du public Mauriciens aux zones côtieres. L'essor du tourisme à Maurice, qui a grandement contribué au pays, preçisons-nous, a eu pour résultat qu'on décourageait activement l'accès des Mauriciens au parc hôtelier. Combien de fois n'avons-nous pas entendu des Mauriciens se plaindre qu'on leur refusait l'accès pour cause de nationalité. Combien de fois n'avons-nous pas entendu des citoyens se plaindre de ces vigiles employés par les hôtels qui tentent, par l'intimidation, de les faire déguerpir de la plage. Ces pratiques font que dans la Republique de Maurice, Démocratique et Egalitaire, s'est insidieusement instaurée une politique ségrégationniste à l'encontre des citoyens Mauriciens.

Ces mêmes citoyens Mauriciens, source de toute la Souveraineté et de la Légitimité Republicaine, sont des nuisances, des inconvénients envahissants qui vont porter "un grave préjudice à l'avenir de l'industrie touristique mauricienne"! Que fait-on du travail acharné de ces humbles citoyens Mauriciens souvent mal payés et de l'hospitabilité naturelle des Mauriciens, tant vantée dans toutes les brochures touristiques qui ont contribué à l'essor spectaculaire de cette industrie? Nulle part est-il dit que ces mêmes mauriciens se transforment rapidement en nuisance pouvant sérieusement gâcher les vacances de richissimes touristes payant rubis sur ongle. On oublie que le public a le droit de passage entre le High Water Mark et le Low Water Mark qui fait partie du domaine public. Qui plus est, les hôtels sont tous construits sur des Pas Géometriques, domaine de L'Etat, garant des biens publics. Les hôtels, les bungalows n'existent que par la grâce du peuple mauricien, qui a le droit souverain et inaliénable de fréquenter n'importe quelle plage de Maurice. N'oublions pas que c'est Le Beachcomber qui a choisi d'implanter son hotel près de La Cuvette, en plein Grand Baie, déjà surpeuplé au moment du développement de cet établissement, avec très peu de plages publiques aux alentours: à eux d'en assumer les conséquences et non au public mauricien qui a déjà tant perdu. Ils ont developpé un tourisme tellement select que ce même tourisme en vient à mépriser les Mauriciens. Est-ce cela le tourisme haut de gamme qu'on nous vante à satiété? Est-ce cela le touriste qu'on souhaite ardemment sur notre sol mauricien?

 

La "crise" de La Cuvette est indubitablement due à l'échec des autorités de prêter suffisament attention aux attentes légitimes du public pour des loisirs balnéaires adéquats. La surpopulation à La Cuvette est une conséquence du manque de plages publiques dans cette partie de l'île. Une visite le dimanche aux quelques plages publiques libres du Nord est suffisante pour convaincre que ces plages sont saturées bien que souffrant d'un manque évident de facilités telles que toilettes, bancs, kiosques. Bien que nous nous réjouissons que le Gouvernement va créer des boat house et autres facilités sur les plages publiques auxquelles les mauriciens ont droit, nous pensons que le problème à La Cuvette restera entier tant qu'on n'augmentera pas et qu'on n'aménagera pas le nombre de plages déclarées publiques. Point n'est besoin de plages haut de gamme, mais simplement des plages, avec un aménagement adéquat.

Il devient urgent que le Gouvernement rende publique un plan d'aménagement du littoral et que ce plan soit discuté à tous les niveaux de la société civile. Un plan cohérent, applicable et appliqué, prenant en compte les aspirations légitimes du peuple, les besoins futurs de l'industrie du tourisme et les inévitables contraintes environnementales. L'absence de plan d'aménagement du littoral à moyen terme (et peut être même à court terme) va mener à des situations semblables à La Cuvette dans d'autres régions des zones côtieres détruisant inexorablement l'image de l'industrie touristique. L'ile Maurice toute entière en serait perdante. Prenons garde à ce que La Cuvette ne devienne pas le pâle reflet du futur.

Les trentes dernières années ont été des années fastes pour le tourisme mauricien: ce serait dommage que par manque de volonté politique, trentes années fastes soient suivi de dix années de lent declin. En avril 1999, le Beachcomber réclamait la tenue des Assises du Littoral (Week End du 11 avril 1999): cet appel est tout aussi valable aujourd'hui.

 

Institute for Environmental and Legal Studies

www.intnet.mu/iels

 

Karim Jaufeerally

Prèsident