Dans le lagon de Wolmar

Mauriplage effectue des travaux non conformes à son permis EIA


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La compagnie Mauriplage Investment Ltd, qui compte ouvrir un hôtel à Wolmar, y entreprendrait actuellement, dans le lagon, des travaux non conformes au permis EIA qui lui a été octroyé. C'est la conclusion à laquelle est arrivé le ministère de l'Environnement, qui lui a fait servir jeudi dernier une lettre de rappel à l'ordre. Ce suite à des protestations émises, depuis le 8 juillet dernier, par des pêcheurs et citoyens de la région.

C'est le 18 avril 2001 que la compagnie Mauriplage Investment Ltd obtient l'Environment Impact Assessment (EIA), licence qu'elle avait sollicitée en novembre 2000 par rapport à des travaux à être entrepris dans le lagon de Wolmar devant l'hôtel qu'elle compte y implanter. Ce permis EIA concerne : (a) scarifying works manually over a distance of 120 m along the shore from the western boundary of the site and 30 m seawards as from the low water mark; (b) reinforcement of the site boundary with appropriately designed gabion baskets and beach recharge and reprofilling with imported sand of similar grain size up to the low water mark; (c) construction of a 15 m jetty on piles on the rocky out crop on the western side of the property from the low water mark seawards.

L'octroi de ce permis EIA est soumis à un certain nombre de conditions, ayant trait notamment à la nécessité de prévenir le département de l'Environnement avant le début des travaux en lui soumettant un programme détaillé des divers travaux; à l'obligation d'entreprendre ces travaux "with utmost care so as not to damage the off zone coral population and other marines lives and habitats"; ou encore à la nécessité de protéger les alentours avec des filets géotextiles. "All rubbles which are supporting live coral polyps shall be manually and carefully displaced in an appropriate locality for their growth" et "all works shall be carried out between sunrise and sunset", stipulent de plus ces conditions.

Par la suite, Mauriplage Investment Ltd soumet, le 10 mai 2001, une correspondance au Département de l'Environnement, pour solliciter l'autorisation d'installer des "offshore breakwaters", ce apparemment afin de limiter les problèmes d'érosion croissante dont souffre cette région. Cette autorisation lui est accordée par le biais d'une lettre en date du 18 juin 2001. Où la section Environnement précise que le promoteur doit, avant le début de ses travaux, engager des consultations avec toutes les personnes concernées, en particulier les pêcheurs de la région, pour leur expliquer ces travaux et résoudre de façon satisfaisante tout conflit qui pourrait surgir à ce propos.

Dépositions à la police depuis le 4 juillet

Or, Mauriplage n'a respecté aucune de ces conditions. C'est du moins ce qu'affirme un groupe de pêcheurs et de citoyens de la localité, notamment dans une correspondance adressée au ministère de la Pêche le 8 juillet dernier, et après des dépositions consignées au poste de police de Flic-en-Flac le 4 juillet. "Ils étaient censés au préalable déplacer avec précaution toute la population de corail qui se trouve là. Ils ne l'ont pas fait et ont fait pénétrer directement des bulldozers et d'énormes pelleteuses dans la mer. On accuse les pêcheurs à la senne d'écraser les coraux. Imaginez ce que ces machines sont en train de faire sans être du tout inquiétées", proteste le porte-parole de ce groupe, M. Louis Chérubin Lamarque. "Ils ont fait des travaux après la tombée de la nuit. Ils créent une pollution terrible dans la mer, qui dépasse largement les filets géotextiles, ce qui empêche les pêcheurs d'exercer leur activité en ce moment et qui peut être très dangereuse pour la suite. Et à part une première réunion avec certains pêcheurs en mars dernier, il n'y a eu aucune consultation ou explication", poursuit-il. Autant de points sur lesquels nous avons, en vain, tenté d'obtenir la version du représentant de Mauriplage, M. Dominique Bauda. Qui n'a pas retourné nos appels.

C'est apparemment suite aux vives protestations de ce groupe de pêcheurs et de citoyens que le ministère de l'Environnement a finalement, mercredi dernier, 11 juillet, effectué une visite sur les lieux. Le lendemain, 12 juillet, une lettre signée par l'acting Director of Environment, M. T.S. Ramyead, était adressée à Mauriplage. Une lettre où il est rappelé à cette compagnie que toute personne qui ne se soumet pas aux conditions de son permis EIA "commits an offence". Mauriplage est en conséquence "urgently requested to comply with the conditions stipulated in the Variation to EIA Licence". A savoir celles ayant trait à la nécessité d'engager des consultations et des mesures de conciliation avec les pêcheurs et personnes concernées. Mais aussi une troisième condition, qui stipulait que le promoteur devait, avant le début des travaux, "make a comprehensive survey on the present state of the environment water quality, ecosystem, current patterns, beach profile and bathymetry of the lagoon and submit a full report on the findings of the survey to the Ministry of Environment and the Ministry of Fisheries". Ce qui n'aurait donc, d'après cette correspondance, pas été fait. De plus, il ressort des milieux du ministère de l'Environnement que Mauriplage aurait débuté ses travaux sans en avertir le ministère, allant à l'encontre de ce que stipulent les règlements.

Un nouveau cas où il convient de se demander quels sont les moyens réels que le secteur de l'Environnement à Maurice se donne pour assurer une protection réellement effective et efficace de notre espace public.

Le Week End

16 juillet 2001