La " privatisation " de la plage Pte-aux-Roches contestée


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Des habitants de Chemin-Grenier, des forces vives et des pêcheurs de la région s'opposent à ce qu'ils appellent la " privatisation " de la plage de Pointe-aux-Roches dans le cadre du développement hôtelier à St-Félix, dans le sud du pays. Ainsi, ils sont contre la déviation de la route côtière, seule voie d'accès à la plage de Pointe-aux-Roches. Une rencontre avec la presse est prévue ce vendredi après-midi et une manifestation sera organisée le dimanche 20 juillet prochain sur la plage de Pointe-aux-Roches à ce sujet. Par ailleurs, des habitants de Chemin-Grenier, dont des anciens élus locaux, dénoncent une série de problèmes et manquements qui touchent leur village : service de voirie inadéquat, le service de transport offert par la CNT qui laisserait à désirer ainisi que la qualité du pain de certaines boulangeries des régions de Rivière-des-Anguilles et Chemin-Grenier.

" Pé donne seulement 400 mètres la plage pou 150 000 habitants du Sud, allant de Nouvelle-France, Rivière-du-Poste, Rivière-des-Anguilles, Souillac, Surinam, Chemin-Grenier ; li pas possible ", déplore un porte-parole des habitants de Chemin-Grenier. " Nou pas pou capave vinn la mer pou prend un peu l'air avec nou famille ", pense Albert Vincent, 18 ans. " Ou capav croire, enn jour Pâques, ou enn jour fête la Vierge, nou pas gagne enn place pou casse enn pose ", estime pour sa part, Andy Erranah, 20 ans. " Nou famille quand sorti à l'étranger vini, zot pas pou gagne enn place lors ça la plage Pointe-aux-Roches, dans l'endroit akot zot finn grandi ", ajoute pour sa part, Toni Rima, habitant Camp-Fany. Des propos qui traduisent l'état d'esprit des habitants de la région par rapport aux projets d'hôtels à Pointe-aux-Roches. Des pêcheurs et autres pêcheurs amateurs de la région laissent entendre qu'ils vont " réagir mal ".

S'ils ne sont " pas contre les projets hôteliers " dans la région, un groupe d'habitants de Chemin-Grenier insiste, cependant, que cela ne devrait pas se faire au détriment des habitants. " Les plages sont les seuls lieux de loisirs populaires pour nous les Mauriciens. Le gouvernement doit revoir sa politique de privatiser les plages, dont celle de Pointe-aux-Roches ", soutient un porte-parole.

Voirie: appel à l'Environnement

Abordant les problèmes liés au service de ramassage d'ordures, des habitants déclarent que celui-ci serait inadéquat. " À chaque fois ki zot vine enlève saletés bann éboueurs faire plus désordre ki l'ordre ", déplore Armoogum Appendi, ancien conseiller de district de Grand-Port/Savanne. Malgré le fait qu'il existe deux équipes d'éboueurs, l'une du Conseil de districts du Sud et l'autre des Administrations régionales, si c'est férié le mercredi - jour prévu pour le ramassage d'ordures -, " ce n'est que le mercredi de la semaine suivant que les éboueurs viennent les enlever, soit après quinze jours ", déplore M. Appendi. " Comme à l'accoutumée, des habitants entreposent leurs déchets ménagers et autres saletés dans des sacs en plastique, en général des sacs de farine ou de fertilisants car les sacs poubelle ne sont pas pourvus par l'autorité locale. Par conséquent, il arrive que les ordures débordent sur la voie publique, mais ces éboueurs refusent énergiquement de les ramasser. Ils se montrent arrogants ", dénonce Armoogum Appendi. " Très souvent dès 9h du matin, certains sont ivres. Ils utilisent un langage ordurier. Les supervisors et gangmen du Conseil du Sud sont complices des éboueurs " déclare Saheed Ruhomally, ancien conseiller de village de Chemin-Grenier.

Selon Armoogum Appendi, la situation serait des plus dégoûtantes après une fête, un service religieux, un mariage… " Ils refusent catégoriquement d'enlever les feuilles de cocotiers, de palmistes et autres cartons utilisés ", déplore-t-il. Le lundi 16 juin dernier, affirme M. Appendi, " tous les éboueurs sont rentrés chez eux après avoir appris qu'un camion de voirie était tombé en panne ". En tant qu'ancien élu local, il lance un appel aux ministères des Administrations régionales et de l'Environnement d'y mettre bon ordre. " Il est inconcevable que d'un côté, l'Environnement fait de son mieux pour que règnent l'ordre et la propreté alors que de l'autre, les éboueurs des Collectivités locales font du désordre. Dans l'éventualité d'un prochain remaniement ministériel, il faudrait accorder ces deux portefeuilles ministériels à un seul ministre ", suggère Armoogum Appendi.

Ces habitants de Chemin-Grenier en font également entendre leurs griefs en ce qui concerne le service de transport offert par la CNT. " Les horaires des autobus de la CNT pour se rendre à Curepipe le matin entre 7h et 7h30 ne sont pas respectés pour des raisons que nous ignorons. Le même scénario se repète entre 12h20 et 13h15. Des personnes qui doivent se déplacer pour se rendre, par exemple, à l'hôpital n'arrivent pas à leur destination à temps. C'est inadmissible ! " dénonce Sanjiv Nathoo, travailleur social de Chemin-Grenier. L'état des autobus laisserait aussi à désirer. " C'est horrible ! Ces autobus coulent comme des paniers. Certains sièges sont complètement pourris ", avance M. Nathoo.

Pour ce qui est de l'autobus de 7h30 qui assure la desserte Chemin-Grenier-Hôpital J. Nehru, Saheed Ruhomally souligne : " Bus là faire enn le tour babylone, li passe par Camp-Diable, Rivière-du-Poste, New-Grove avant li arrive Rose-Belle. Si enn femme enceinte finn arrive son 9e mois grossesse, li pas bisin sérum pou accoucher, sécousse bus suffit. " Les chauffeurs d'autobus ne respecteraient pas la limite de vitesse selon des habitants, qui font appel à la police pour traquer les contrevenants. " D'ailleurs, tous les accidents d'autobus qu'on a eu ici ont été fatals ", déclare M. Ruhomally.

Aussi, certains font état des difficultés éprouvées par des patients qui se rendent à l'hôpital Nehru pour des dyalises. " Après la séance de dialyse, les malades sont contraints d'attendre pendant trois heures pour avoir un transport pour rentrer chez eux ", se plaint Armoogum Appendi.

Mauvaise qualité du pain

Par ailleurs, des habitants se plaignent de la qualité du pain vendu dans la région. " De Rivière-des-Anguilles à Chemin-Grenier, la qualité du pain est déplorable. Un pain chaud qu'on achète tôt le matin, se transforme dans les 20 minutes qui suivent en un morceau de caoutchouc, voire est déjà rassi. La farine utilisée n'est pas tamisée convenablement ", dénonce M. Appendi. Aussi, le poids des pains ne répondrait pas aux normes prescrites par la loi, déplore-t-il. M. Appendi fait un appel au ministère du Commerce de revoir le pourcentage de matière grasse utilisée et de " cesser d'avoir peur des lobbies de certains propriétaires de boulangeries ".

Le Mauricien 18 juin 2003