Transport en commun: Le monorail de MTrans de Malaisie face au métro-léger


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Le débat sur les différentes options en vue d'apporter un début de solution aux problèmes de congestion routière aux points névralgiques de la capitale pourrait franchir une nouvelle étape bientôt. En effet, le groupe MTrans de Malaisie, qui avait effectué une tentative initiale au cours de la seconde moitié des années 90, a organisé une présentation officielle de son projet de monorail en présence du vice-Premier ministre et ministre du Transport public, Rashid Beebeejaun, de même que d'autres techniciens du gouvernement. Cette réunion avait été convoquée à 7h30 le samedi 10 septembre à l'hôtel du gouvernement. Dans la conjoncture, les promoteurs de ce projet de monorail sur le modèle en opération en Malaisie tentent un véritable forcing vu la tiédeur du nouveau gouvernement par rapport au projet de Light Rail Transit (métro-léger). Mais ceux présents lors de cette présentation n'ont pas voulu s'aventurer à faire un pronostic sur le sort qui pourrait être réservé à ce projet d'autant plus que, d'ici la fin de septembre, une mission de la Banque mondiale est attendue pour passer en revue l'évolution du dossier du Light Rail Transit. Par ailleurs, les informations disponibles indiquent que ce dossier, qui nécessitera des investissements de l'ordre de Rs 10 milliards, attend le retour de mission à l'étranger du Premier ministre pour être discuté formellement au conseil des ministres.

Les recoupements d'informations effectués par Week-End indiquent que la présentation du projet de monorail est caractérisée par ce rendez-vous extrêmement matinal. Très peu d'explications ont été obtenues à cet effet. Néanmoins, David Chew, Chairman de MTrans de Malaisie, a eu une salle comble, avec entre autres la présence du ministre de tutelle, Rashid Beebeejaun, des techniciens de la National Transport Authority (NTA) ainsi que de la Traffic Management and Road Safety Unit du département des Travaux du ministère des Infrastructures publiques et des représentants du ministère des Finances.

Au cours de leur exposé, David Chew et ses deux collaborateurs étrangers, dont un architecte, ont fait comprendre que le type de monorail proposé au gouvernement mauricien est en opération à Singapour et en Malaisie, notamment à Kuala Lumpur. Ils devaient rappeler que dans ce type de transport en commun, les trois Major Players sont le groupe Bombardier du Canada, le groupe Hitachi du Japon et MTrans de Malaisie.

Point majeur de la présentation: la formule de financement

Les promoteurs de MTrans se sont évertués à mettre en valeur la viabilité du monorail comparativement à un autre mode de transport alternatif, notamment le Light Rail Transit (LRT). Ainsi, l'un des points majeurs de la présentation demeure la formule de financement des investissements. Dans un premier temps, le capital nécessaire pour le démarrage du projet est estimé à quelque Rs 10 milliards, soit 330 millions de dollars américains. David Chew et ses partenaires vont atténuer les réticences des Finances avec leurs propositions car dans la conjoncture économique, les priorités à l'investissement ne manquent pas.

Les sources concordantes approchées par Week-End avancent que le groupe MTrans de Malaisie maintient que pour la mise à exécution du projet de monorail entre Quatre-Bornes et Port-Louis, soit 16,5 kilomètres lors de la première phase, aucune sollicitation financière du gouvernement n'est à prévoir pour les Rs 10 milliards. Le seul apport du gouvernement dans ce projet demeure au niveau du feu vert officiel pour le démarrage du projet.

Dans cette éventualité, le groupe MTrans apportera une contribution de l'ordre de 50% en provenance de ses fonds propres, soit Rs 5 milliards. Le complément devra être assuré par un montage financier avec la participation des Institutional Investors et également une opération d'Equity Raising sur le marché local. La principale source de revenu des opérations de monorail demeure la vente des tickets au public voyageur aussi bien que la publicité.

Mais aucun détail n'a transpiré jusqu'ici quant à la politique de tarification qui sera adoptée en vue d'assurer un Reasonable Rate of Return sur ces investissements massifs. Il n'est pas à écarter que le coût du ticket pourrait être supérieur à celui pratiqué par les compagnies d'autobus pour les mêmes trajets. "Mais nous devons dire que, lors de la présentation du projet de monorail, les promoteurs n'ont pas dévoilé leur secret commercial. À ce jour, nous sommes encore dans le flou quant à la viabilité financière du projet. Nous préférons attendre des compléments d'informations au fur et à mesure que progressent les consultations avant de nous faire une idée sur cet aspect du dossier", fait-on ressortir dans les milieux bien informés à l'hôtel du gouvernement.

L'ébauche d'un calendrier pour l'éventuelle mise à exécution du projet monorail a aussi été évoquée lors de la présentation. Les travaux d'infrastructure pour la première phase devront durer deux ans, soit la mise en circulation du monorail en 2008, pour les 40 ans de l'indépendance, dans le cadre du scénario le plus optimiste avec une décision du gouvernement d'ici la fin de cette année. "Attention, nous ne sommes pas encore là !" rappelle-t-on, vu que le premier Brief complet pour les délibérations du conseil des ministres est actuellement en voie de rédaction.

Le monorail proposé pourra transporter 6 000 passagers aux heures de pointe

L'un des arguments majeurs mis en avant par les promoteurs de Malaisie est que l'introduction du monorail ouvrira de nouvelles perspectives en terme de transport en commun avec des solutions pour les problèmes d'embouteillage à l'entrée Sud de Port-Louis, notamment aux heures de pointe. "Dans le scénario le plus optimiste, le système de monorail représente une 8-Lane Highway. Dans le cas le plus conservateur, il sera une 6-Lane Highway. Le système de monorail proposé pourra transporter quelque 60 000 personnes par jour, soit 6 000 aux heures de pointe", aurait fait comprendre David Chew lors des échanges avec les techniciens du gouvernement. Chaque monorail sera équipé de quatre wagons capables de transporter au maximum une cinquantaine de passagers par wagon dans un confort différent de celui offert par l'actuel système de transport en commun.

La première phase du projet, qui devrait se faire sur le tracé quasi identique du métro-léger entre Quatre-Bornes et Port-Louis, comprendra 11 stations pour l'embarquement et le débarquement des passagers. La possibilité d'étendre les services de monorail de Quatre-Bornes à Curepipe est également envisagée avec une autre ligne desservant les régions du Nord de l'île entre Port-Louis et Pamplemousses lors de la phase subséquente

Lors de la séance de travail du samedi 10, plusieurs questions pertinentes ont été abordées concernant les modalités de participation du promoteur et du gouvernement dans ce projet, la formule pour l'allocation de cet important contrat dans le respect de la transparence et du Good Governance ou encore l'impact sur la circulation routière. Les débats devront reprendre au conseil des ministres au retour du Premier ministre de New-York.

Le projet de monorail en remplacement du métro-léger fera aussi partie des prochaines discussions entre le gouvernement et la mission Ghazzala de la Banque mondiale attendue à la fin du mois. La Banque mondiale a déjà mis à la disposition du gouvernement une assistance financière de l'ordre de deux millions de dollars (Rs 60 millions) pour assurer le secrétariat du Light Rail Transit. Cette mission passera en revue la situation avec le nouveau gouvernement d'autant plus que le Light Rail Secretariat a été dissous le mois dernier.


Projet ferroviaire-Mtrans, vante les mérites du monorail
Pionnier dans la construction et l'installation de monorail en Malaisie, Monorail Malaysia Technology (MMT), filiale du groupe Mtrans Holdings, s'est déjà fait un nom sur le continent asiatique dans le domaine du transport en commun. Cette compagnie s'est spécialisée dans "planning, design, manufacture, supply, testing and commissioning" du système de monorail depuis ces dix dernières années en offrant à Kuala Lumpur son premier train "made-in-Malaysia". Ce nouveau "bijou" dans le domaine du transport en Malaisie, permet de transporter 300 000 passagers quotidiennement à Kuala Lumpur.
Le monorail proposé à Maurice est un système de transport léger sur un seul rail se détachant du sol grâce à des structures en métal d'une hauteur de plus de 10 mètres. Ce mode de transport alternatif a le mérite d'être non seulement silencieux, mais également cité comme un non-pollueur. Autre avantage cité par les promoteurs, il ne fait pas d'accident.
Par ailleurs, MTrans Group emploi un personnel d'un millier d'employés engagés dans les différents services proposés, dont la construction de trains et d'autobus, le financement des projets, l'entretien et le transfert des technologies ou le project management. Les six compagnies subsidiaires de du group of companies sont, KL Infrastructure Group (une compagnie cotée en bourse), KL Monorail System, Monorail Multimedia , Monorail City Development, Infra Bus Services Sdn Bhd.


2 véhicules à Port-Louis chaque seconde
La dernière étude réalisée sur la circulation routière révèle que 92 000 véhicules se rendent ou passent par Port-Louis chaque jour. Cette étude - Origin-Destination Survey réalisée par Luxeconsult (Mtius) Ltd et dont les chiffres ont été rendus public au début de l'année, indique que 46% de ces véhicules utilisent le couloir Rond-point Quai D - rond-point Caudan pour se diriger vers une destination autre que Port-Louis. En moyenne 7 600 véhicules se dirigent vers Port-Louis chaque heure qui passe. Soit 2 voitures qui entrent à Port-Louis chaque seconde
Métro léger: le projet initial
Considéré depuis ces dix dernières années comme la formule incontournable pour combattre le problème de congestion routière vers Port-Louis, le métro léger était l'option retenue à un moment par le gouvernement. Le projet, qui était jusqu'au mois dernier encore d'actualité au secrétariat de Light Rail Transit (LRT), préconise un tracé, long de 24,9 kilomètres basé sur l'ancienne ligne ferroviaire. Treize stations avaient été identifiées. Avec une vitesse variant entre 55 et 75 kilomètres/heure et en incluant une durée moyenne des arrêts entre 20 et 30 secondes, le trajet Curepipe-Port-Louis devait être parcouru en 32 minutes. Sur le site web du ministère des Infrastructures publiques et du Transport, le LRT est cité comme une solution durable en matière de transport et environnemental. "The LRT will not solve traffic congestion on its own but will accompany a series of strong public transport policies and traffic restraint measures in the main urban centres. Here again, the integration between all the modes of transport and the LRT will be the key vision of this challenging project for the development of Mauritius. The project is planned to enter operations by 2006, with a ridership of 93,000 per day…", est-il souligné.

Le Week End 18 septembre 2005