Nando Bodha, ministre du Tourisme : « Nous n'avons pas eu une bonne croissance pour les six premiers mois de l'année "


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Vous aviez déclaré à Week-End, en février dernier, que les futurs permis pour les hôtels seraient donnés au compte-gouttes. Vous aviez même spécifié qu'il ne restait de la place que pour cinq nouveaux hôtels. Or, depuis, les déclarations sur ce sujet se sont multipliées comme le nombre d'hôtels. Vous avez invité les Italiens, les Espagnols et d'autres chaînes internationales à venir à Maurice. Question précise : combien de nouveaux hôtels peut-on encore construire à Maurice ?

Voici quelles sont les possibilités : il existe quatre sites dans le cadre d'un programme global d'aménagement à Bel-Ombre, deux autres possibles à St-Félix, deux à Les Salines et un dernier à Albion. Aucun de ces sites n'a été alloué. J'ai souhaité, effectivement, qu'une chaîne espagnole et une autre italienne s'implantent à Maurice et des représentants ont déjà effectué une visite à cet effet. Par ailleurs, d'autres promoteurs, qui font partie des grands groupes mauriciens, et un certain nombre de chaînes internationales ont souhaité être présents à Maurice. Nous sommes en train de préparer le plan d'aménagement des sites.

Valeur du jour, à quel niveau sont rendus ces travaux de préparation ?

Le plan de Bel-Ombre, avec ses quatre sites, a déjà été approuvé par le Conseil des ministres et nous discutons avec la propriété pour les terres qui ne se situent pas uniquement sur le littoral. Nous avons déjà travaillé avec St-Félix pour les deux sites mentionnés. Se pose actuellement, dans le Sud, le problème de Villas Pointe-aux-Roches, dont le bail avec le locataire actuel arrive à expiration dans quelques semaines. Le sort de ce petit hôtel sera déterminant pour notre plan d'ensemble dans le Sud. Le plan d'aménagement de Les Salines est en train d'être fait par le ministère des Terres et celui d'Albion est en préparation. Nous sommes en train de déterminer la nature des différents projets qui devront tous faire partie d'un complexe intégré.

Comment allez-vous choisir les promoteurs à qui seront alloués les projets identifiés ?

Nous allons prendre en considération les objectifs de Maurice en termes de marketing qui sont de nous renforcer sur les marchés italiens et espagnols, tenir en ligne de compte les groupes locaux, sans oublier les chaînes hôtelières internationales. Il y a, en sus de ce que je viens de vous dire, des grands projets de golfs avec des villas, un club-house ou des chalets en montagne. Il y a également le projet énorme du Domaine du Chasseur, à plusieurs composantes : marina, hôtel, golf, chalets. Les promoteurs de ce projet sont actuellement au stade d'acquisition des terrains qui entourent le Domaine du Chasseur. Il y aura également un golf à Flic-en-Flac qui va desservir tous les hôtels de cette région. Nous avons des propositions pour la construction de golf dans le Nord, à Mont Choisy et Roches Noires, et un dernier dans la région de Trou-d'Eau-Douce.

Plus ça va, plus on découvre des possibilités de terrains. Vous aviez parlé de cinq projets; six mois après, nous en avons neuf. Où et quand s'arrête-t-on ?

Il y a un élément indispensable dont il faut tenir compte pour comprendre comment nous avons pu augmenter le nombre de nos projets. Dans le cas de Bel Ombre, de St-Félix, comme dans celui de Les Salines, il s'agit de terrains de l'État qui avaient été loués et qui arrivent à la fin de leur période de location. Les anciens locataires souhaitent les utiliser pour des projets spécifiques et nous les encourageons à le faire en partenariat avec des investisseurs étrangers.

Que va-t-il rester pour le Mauricien en termes de plages ?

Toutes les plages publiques auxquelles nous ne toucherons pas. D'autre part, tous les projets intégrés comprennent obligatoirement la création d'une plage publique et le financement d'une composante communautaire conséquente d'une valeur d'environ Rs 25 millions. C'est une condition obligatoire. Nous allons, avec la Beach Authority qui sera créée à la prochaine rentrée parlementaire, protéger l'environnement, revaloriser la qualité des lagons, proposer des aménités pour les plages publiques dont le projet de la Cuvette est un prototype, pour offrir des plages de qualité aux Mauriciens.

On avait évoqué la possibilité qu'un complexe touristique haut de gamme soit construit à Agaléga. Où en est-on avec ce projet ?

Ce projet repose sur un constat. Les touristes haut de gamme qui viennent chez nous sont à la recherche d'une destination encore plus exclusive, perdue quelque part dans l'océan, mais suffisamment près pour pouvoir revenir à Maurice en quelques heures. Le projet Agaléga correspond à cette demande, mais comporte également une autre dimension qui nous intéresse. Ce projet va permettre deux liaisons maritimes Maurice/Agaléga, alors qu'il n'en existe que deux par an actuellement. Ce projet intègre aussi un jet privé qui permet un ou deux vols par semaine, alors que la possibilité de relier Maurice à Agaléga par avion n'existe pas aujourd'hui. C'est un projet très intégré qui va donner du travail aux gens d'Agaléga dans le respect de l'environnement. Une équipe technique travaille actuellement sur tous les détails du projet d'Agaléga, dont le principe a été accepté par le gouvernement.

Vous aviez annoncé, en février, que le projet de loi sur la location des bungalows allait être présenté au Parlement dans les six mois. Nous avons dépassé les six mois et le Parlement est en congé jusqu'au mois d'octobre…

… Le projet de loi est prêt, mais il y a eu des priorités à la fin de la session parlementaire sur des textes financiers. En fin de compte, nous présenterons le Tourism Bill, un projet de loi cadre qui va créer un Tourism Council, sous la présidence du Premier ministre, qui va définir les grandes orientations du tourisme; une Tourism Authority, qui va traduire les grandes orientations dans la réalité et un Tourism Fund qui devrait financer un certain nombre de projets pour améliorer le produit touristique mauricien. Ce projet de loi va permettre de mettre en place les accommodations standards des bungalows et sera présenté à la rentrée parlementaire. Je tiens à souligner que le tourisme, qui est un des piliers de notre économie, fonctionnait jusqu'à maintenant sans une législation propre. C'est n'est que maintenant qu'on fait passer une loi réglementant les tour-opérateurs et les pleasure crafts. Nous sommes également en train de trouver des solutions à d'autres problèmes récurrents de l'industrie.

Par exemple ?

Le fait qu'on dise qu'il n'y a plus de places dans les avions, que les vols sont à moitié vides et que les hôtels disent que les avions sont remplis alors que leurs chambres sont vides. Nous aurons, la semaine prochaine, une réunion au cours de laquelle nous allons étudier et comparer les chiffres d'Air Mauritius et de l'hôtellerie afin de satisfaire les demandes des uns et des autres, tout en respectant leurs contraintes. Une première lecture de ces chiffres comparés donne l'impression que tout marche bien dans l'année, sauf une dizaine de semaines, surtout en décembre. Je pense qu'il n'y a pas lieu de se renvoyer la balle, mais de s'asseoir ensemble pour trouver des solutions qui satisfont les contraintes d'Air Mauritius et les besoins du secteur hôtelier.

Abordons un sujet que vous connaissez bien : celui de la promotion. Qu'est-ce que celle de l'île Maurice au dernier festival de cinéma de Cannes a rapporté au secteur touristique ?

Cette opération représentait un positionnement extrêmement intéressant pour consolider l'image de Maurice comme une « destination étoile ";. Il y a eu des retombées positives comme la future venue à Maurice de l'actrice Debra Winger…

… Permettez-moi de vous interrompre pour vous dire que Mme Winger, dont je respecte le talent, est loin de faire partie des vedettes à la mode. Si je ne m'abuse, son dernier succès doit remonter à quelques bonnes années. Pouvez-vous m'expliquer comment Mme Winger, Mme Annie Girardot ou Mlle Ophélie Winter ont contribué à « consolider l'image de Maurice comme une destination étoile "; ?

L'idée était de faire une projection de Maurice autour d'une clientèle potentielle que constitue la jet-set. C'est ce qui s'est passé avec l'ouverture du Hilton, avec la venue de Carambeu et d'Adriana, qui nous ont apporté plein de reportages dans les magazines internationaux.

Je n'ai vu aucun reportage dans un magazine international sur les déjeuners du stand mauricien à Cannes et encore moins votre montée des marches du palais du festival en compagnie d'Ophelie Winter. Donc, pour vous, c'est une opération réussie. Donc, nous serons à Cannes l'an prochain ?

Je n'ai pas dit ça. Il n'y a pas lieu de refaire le festival, mais peut-être penser à une soirée mauricienne dans le cadre de ce festival en invitant tous les amis de Maurice. Je pense que c'était important pour nous d'aller à Cannes…

… Important pour la promotion de la destination île Maurice ou pour son ministre du Tourisme et le directeur de la MTPA, ravis de se frotter à quelques starlettes ou actrices avec un passé certain et monter les marches du festival ?

Nous avons monté les marches parce que nous avons été invités pour une projection. Cela fait partie du festival. Vous savez, Cannes c'est une grande pièce de théâtre où il y a plein d'acteurs de passage.

Passons à autre chose : New Mauritius Hotels révise à la baisse ses prévisions pour l'année financière en cours. C'est une tendance générale pour l'industrie touristique ?

Nous avons subi, cette année, une série de contraintes majeures au niveau de nos marchés. Il y a eu, entre autres la food and mouth disease en Grande-Bretagne, la crise AOM/Air Liberté qui nous a privés de quelques dizaines de milliers de touristes, et Balair a cessé sa desserte de Maurice. Il y a eu, par conséquent, un tassement sur un nombre de marchés traditionnels. C'est pourquoi la diversification est aujourd'hui essentielle. L'addition de ces facteurs fait que nous n'avons pas eu une bonne croissance pour les six premiers mois de l'année. Il faut le reconnaître et envisager les solutions pour l'avenir. Tous les partenaires devraient s'asseoir ensemble pour réfléchir aux moyens de régler les problèmes au lieu de se les renvoyer. Nous aurons, mardi prochain, une réunion de tous les partenaires du secteur touristique pour le faire.

Dernière question d'actualité non touristique. Votre nom a été souvent cité cette semaine, étant le précurseur des licenciements d'employés à la MBC. Que pensez-vous de ce licenciement qui a été très commenté ?

Je tiens à rappeler que le premier licenciement a été décidé parce qu'il n'était pas question d'augmenter la redevance et que nous voulions diminuer la masse salariale. Mais, plus important, nous avions un plan précis : gérer la MBC pour en faire une station de radio télévision nationale et non pas un corps para-étatique qui faisait de la radio-télévision. J'espère que la direction de la MBC s'est lancée dans l'exercice de restructuration en ayant en tête une idée claire de ce que doit être la nouvelle MBC.

Je suis surpris de cette réserve. Vous avez le sentiment que la direction n'a pas une idée claire de la nouvelle MBC ?

Je vais vous redire la même chose : je l'espère.

Le Week End 19 aout 2001