Rodrigues : un vaste chantier


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L'Express Lundi 19 janvier 2004
No - 14942

RÉGION
Rodrigues : un vaste chantier
Les Rodriguais ont de l’ambition et l’autonomie leur a donné le moyen de développer leur île à leur manière. Ou plutôt à la manière de Serge Clair, le chef commissaire de l’île. Les chantiers se multiplient.

SON PREMIER week-end dans l’île en tant que Premier ministre, Paul Bérenger l’a passé à inaugurer des chantiers et des projets achevés. Il a pris connaissance d’autres projets à venir, qui donnent la mesure de l’ambition rodriguaise.

Il n’a pas tari d’éloges sur l’administration autonome rodriguaise. Selon le chef du gouvernement, celle-ci est en passe de réussir son changement de statut. Il l’a encouragée à maintenir le cap afin de s’ériger en modèle de décentralisation.

Le Premier ministre a néanmoins fait comprendre aux Rodriguais qu’il faudra procéder par priorité : "Définissez bien vos besoins. Un projet ne peut être réalisé qu’au détriment d’un autre. Les ressources sont limitées."

Le projet prestige de l’administration Clair est sans doute la construction d’un nouveau centre administratif et siège de l’Assemblée régionale à Port-Mathurin. Le cabinet Architect Synergy International et son partenaire local, Diagonale II, ainsi que Gibbs (Mauritius Ltd) en ont présenté la maquette samedi.

Rodrigues est déficiente en eau, ce qui compromet son développement durable. L’île se dote d’un premier barrage à Anse-Raffin. Les travaux ont démarré en février 2003 et s’achèveront cette année. Ce barrage, d’un coût de Rs 78 millions, aura une capacité de 70 000m3 et il desservira l’Ouest, de Mourouk à Plaine-Corail, a-t-on expliqué à Paul Bérenger lors d’une visite du site.

Une étude de faisabilité est en cours pour la construction d’un autre barrage à Pistache. En attendant les conclusions, une digue à Pavé- Labonté, Baie-aux-Huîtres, sera mise en chantier.

Le dessalement de l’eau de mer est une autre option. Paul Bérenger a fait comprendre aux Rodriguais que ce dossier est désormais géré par l’administration autonome et que c’est à elle de faire diligence. Le site choisi présente des difficultés, a-t-il dit.


"Portée stratégique"

Après l’aéroport, c’est au tour du port d’être réaménagé. Une ébauche du schéma directeur pour Port-Mathurin a été présentée samedi au Premier ministre. Construction de nouveaux quais et d’un îlot pétrolier, dragage, comblement… "Il faudra prendre des décisions graves, à portée stratégique", prévoit Paul Bérenger.

Le réseau routier est un autre pôle d’investissement. Hier, le Premier ministre a inauguré la Route de l’Autonomie reliant le port à l’aéroport en passant par Mont-Lubin au centre de l’île. Cette route serpente sur 17 kilomètres et a coûté Rs 265 millions. Tout Rodrigues en est fier.

La rénovation du tronçon Mont-Lubin – Pointe Coton est le prochain gros projet routier. Cet investissement est jugé nécessaire car Pointe- Coton et les régions avoisinantes sont promises à d’importants développements touristiques. Pas moins de six hôtels devraient s’y installer. Le premier à le faire est l’hôtel Don Diego Rodriguez.

L’hôtel est un quatre-étoiles plus, soit un établissement grand luxe, le premier de Rodrigues. Ultra Marine Resorts Ltd en est le promoteur. La compagnie appartient à la famille Oxenham et à Sir Bhinod Bacha. Ils étaient présents hier à Fumier, à côté de l’hôtel Cotton Bay, pour la pose de la première pierre. L’investis-sement requis est de Rs 174 millions. Les travaux démarrent en avril et l’hôtel ouvrira en décembre 2005.

Plus près de Port-Mathurin, à Pointe-Venus, le groupe Mauritours construit son troisième hôtel dans l’île. Une visite samedi du chantier surplombant Anse-aux-Anglais, a permis au Premier ministre de constater la progression rapide des travaux.

Ces initiatives du secteur hôtelier sont en ligne avec la stratégie de développement pour Rodrigues. Une stratégie qui fait du tourisme la locomotive du développement. Paul Bérenger n’a pas cessé de féliciter les Rodriguais pour ce choix. Il a demandé aux dirigeants de veiller jalousement à ce que les bénéfices du développement touristique profitent à la population.

Santé, justice, éducation, ordre public… Les services sociaux et citoyens sont aussi promis à une amélioration. Un nouvel hôpital sera construit au Centre. Un magistrat permanent sera affecté dans l’île pour rendre la justice plus accessible.

Rodrigues sera érigée en Police Department à part entière. C’est l’assistant commissaire de police Pierrot Noël qui en aura la charge. Une cinquantaine de fils du sol seront recrutés et ce conformément à la demande de Clair qui souhaite voir une police plus "rodriguaise".

Les jeunes n’ont pas été oubliés dans ce vaste élan de construction. Une piscine aux normes internationales est en chantier à Maréchal d’un coût de Rs 70 millions.


A PLAINE CORAIL

L’attrait du hors taxes

- Ce n’est plus que du piment, du poisson et de la vannerie que l’on peut ramener de Rodrigues. Le vétuste comptoir qui faisait office de boutique hors taxes dans la vieille aérogare a été remplacé par une vraie boutique "duty free". Elle a été inaugurée par le Premier ministre, Paul Bérenger, samedi. Il suffit d’y montrer sa carte d’embarquement pour acheter whisky, vin, confiseries, cigarettes et parfums à des prix avantageux. Bien que petite, la boutique offre un choix pas inintéressant. Produits de soin et accessoires, tels que montres et lunettes solaires, peuvent également y être achetés.

Les prix ne tiennent pas la comparaison avec la boutique hors taxes de Plaisance à cause de la taxe sur la valeur ajoutée. Les Mauriciens doivent la payer car Rodrigues fait partie du territoire national. Serge Clair, le chef commissaire de l’île, a sollicité une dérogation. Si elle est accordée, les prix devraient être alignés sur ceux pratiqués à l’aéroport de Maurice.

La Rodrigues Duty Free Paradise Ltd est une organisation autonome placée sous l’administration de Kritananda Reddy. Les employés sont tous du pays, preuve, selon Bérenger, du respect de l’esprit d’autonomie conférée à Rodrigues.

Depuis octobre dernier, Rodrigues dispose d’un nouvel aéroport. Un problème de sécurité s’était posé à son ouverture. Des barrières légères – en verre, en bois et en pierres taillées – séparent désormais le tarmac de la salle d’attente sans rien gâcher du plan ouvert et léger favorisé par l’architecte.


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