Sucre - Union Européenne - "La baisse de 43% n'est pas désastreuse pour Maurice", dit Florence Van Houtte


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Maurice a accueilli la semaine dernière une forte délégation de l'Union Européenne dirigée par Florence Van Houtte, administratrice à la direction générale au développement de la Commission Européenne. Selon elle, "la baisse sur le marché européen, de 37% ou de 43%, n'est pas désastreuse pour Maurice, car elle a les moyens". Florence Van Houtte était dans l'île pour discuter des mesures d'accompagnement suite aux réformes du régime sucrier afin que Maurice puisse mieux se défendre.

Florence Van Houtte s'est dite très impressionnée par la rapidité avec laquelle Maurice a su dégager un plan d'action pour l'industrie sucrière et aussi par le dialogue qui existe entre les partenaires de l'industrie-mère mauricienne. L'administratrice de la direction générale au développement de la Commission Européenne a cependant affirmé que "l'Union Européenne s'est engagée à soutenir les pays ACP, producteurs de sucre". De son côté, le ministre de l'Agriculture, Nandkumar Bodha, a fait un vibrant plaidoyer en faveur de la cause mauricienne durant la session de travail avec les membres de la délégation de l'Union Européenne. Soulignons que Maurice est le porte-parole d'Afrique, du Pacifique et des Caraïbes (ACP) et principal exportateur de sucre à destination de l'Union Européenne. L'Union Européenne débourse à ce jour, 523,70 euros par tonne de sucre. Or, une réduction maximale de 43% ramènerait définitivement le prix à un niveau inférieur du coût de production à la tonne pour Maurice. Le ministre mauricien de l'Agriculture estime que "l'industrie sucrière est en danger de mort".

En fait, dans les négociations qui se poursuivent entre l'Union Européenne et les pays ACP, il ressort que la réforme proposée par l'Union Européenne est tributaire des pressions externes et internes. D'abord, l'Organisation Mondiale du Commerce a statué que l'Union Européenne vend du sucre subventionné sur le marché mondial. En ce qui concerne les pressions internes, il existe un consensus entre les pays membres autour de la réforme de la politique agricole européenne. Mais le ministre mauricien de l'Agriculture a clairement fait savoir que le verdict de l'OMC ne donne pas à l'Union Européenne un permis de tuer. Nandkumar Bodha a estimé qu'il est inconcevable que les pays ACP sortent perdants de la réforme, outre le fait qu'il n'y ait aucune justification économique pour des baisses drastiques.

Florence Van Houtte ne l'entend pas de cette oreille. Elle estime pour sa part que cette réforme qui entraîne des répercussions avec ses partenaires ACP, ne doit pas être résumée à une modification de prix entre le vendeur et l'acheteur. Selon elle, la réforme incite à une diversification à l'intérieur du secteur de la canne et permet d'explorer d'autres avenues de partenariat économique entre les deux blocs.

Campagne de lobbying auprès des instances politiques de l'UE

Dans le même contexte, Nandkumar Bodha a rappelé que Maurice se bat sur deux fronts: le lobbying des ACP qui porte sur la réforme, c'est-à-dire une baisse moins conséquente qui serait mise en pratique sur une longue durée. Sur l'autre front, il y a les mesures d'accompagnement de l'Union Européenne pour que les pays ACP, producteurs de sucre, soient prêts pour une baisse de réduction du prix du sucre sur le marché européen. Le ministre de l'Agriculture estime que ces mesures d'accompagnement sont essentielles pour la viabilité de l'industrie sucrière mauricienne. Il s'est prononcé pour un décaissement, car il craint pour le sucre les mêmes périodes difficiles et sombres de l'industrie de la banane, où l'Union Européenne n'aurait déboursé que 20% des fonds. Le ministre étudie actuellement un mécanisme de déboursement, mais il sait que le temps est très limité, et il est impérativement nécessaire que les actions de Maurice et celles de l'Union Européenne soient synchronisées.

Devant les membres de la délégation européenne, Nandkumar Bodha a mis en avant son argument fétiche: les efforts qui sont déployés pour améliorer la compétitivité du secteur sucrier, tout en assurant une meilleure pratique de la distribution de la richesse, de la protection et la préservation de l'environnement. L'autre argument de taille mis en avant par lui est que le sucre est une partie intégrante de notre culture. Le sucre a été le moteur qui a nourri la croissance et le développement du pays. Maurice s'engage à mener une campagne de lobbying auprès des instances politiques de l'Union Européenne, notamment les États membres et le parlement européen, surtout lorsque le conseil européen des ministres de l'Agriculture aura pris connaissance de l'ampleur de la réforme, ainsi que les mesures d'accompagnement.


Assemblée Générale Annuelle de la Chambre d'Agriculture

"La somme de 40 millions d'euros est insuffisante", juge Nandkumar Bodha

Le ministre de l'Agriculture, Nandkumar Bodha, juge insuffisante la somme de 40 millions d'euros pour l'exercice financier 2006/2007 pour les États ACP. Selon lui, les États ACP, producteurs de sucre auront besoin plus que cette somme afin de sécuriser un bon "package" pour la période post-2007. Nandkumar Bodha a estimé que le financement doit être taillé sur mesure pour répondre aux besoins de l'Accelerated Sugar Plan. Au terme de cette assemblée générale annuelle, c'est Christian Foo Kune qui a succédé à Jean-Raymond Hardy à la présidence de la Chambre d'Agriculture.

Nandkumar Bodha a énuméré les priorités du gouvernement en matière de sucre. Selon lui, elles visent à une amélioration de la productivité aux champs comme à l'usine. Le plan concerne 30 000 petits planteurs et un tiers de notre production, soit 200 000 tonnes de sucre et la rationalisation des usines sucrières. Le plan Bodha vise aussi à l'optimisation de l'utilisation des produits afin de réduire les coûts de l'énergie dans le contexte du développement de nouvelles énergies renouvelables. L'autre priorité du gouvernement est la protection de l'environnement en évitant l'utilisation de fossil fuels, une moindre utilisation d'herbicides et la maintenance de la production dans des endroits à risques. Le gouvernement s'attache aussi à la vente d'un volume supérieur de sucre à forte valeur ajoutée. Dans ce plan accéléré, le gouvernement voudrait s'assurer que les partenaires vulnérables qui n'ont pas de sources alternatives soient traités de manière équitable et fair. Nandkumar Bodha a bien fait comprendre aux dirigeants de la Plantation House que la survie de l'industrie sucrière dépend de la capacité des secteurs public-privé à mettre en œuvre le plan de réforme accélérée.

Le président sortant de la Chambre d'Agriculture, Jean-Raymond Hardy a évoqué les questions qui, selon lui, demeurent au centre des préoccupations de la Chambre d'Agriculture. Cette dernière s'est concentrée sur deux principaux plans: d'abord, sur le plan international, au niveau des discussions concernant la réforme du régime sucrier européen et des questions qui y sont rattachées, d'une part, et, d'autre part, au niveau des négociations en cours à l'OMC et ensuite, sur le plan local, au niveau des discussions sur la restructuration du secteur sucrier. Jean Raymond Hardy avoue que la communication de la Commission européenne en date du 14 juillet 2004 annonçant une baisse de prix radical de 37% sur le sucre roux dès juillet 2007 aura été un choc. D'où la campagne intense de lobbying de la Chambre d'Agriculture pour expliquer aux partenaires européens que leur projet de réforme était ni adapté, ni acceptable aux pays ACP. Jean-Raymond Hardy y voit une dichotomie flagrante entre, d'une part, un discours qui promet un développement durable et, d'autre part, des mesures inadaptées. Selon Jean-Raymond Hardy, la capitale confiance s'érode sérieusement et il se demande s'il ne devient pas à nouveau nécessaire de rappeler fermement aux partenaires européens qu'aucun artifice ne pourrait les affranchir des engagements solennels contractés par eux dans le cadre de traités internationaux, en l'occurrence le Protocole Sucre et l'Accord de Cotonou.

Le Week End 19 juin 2005