Pollution sonore : la loi se fait entendre



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Bel Air-Rivière Sèche, 15 h 30. Dans un quartier résidentiel et un rayon de 100 mètres, quatre scieries conjuguent leurs décibles. Heureux les habitants qui réussissent à se reposer dans cette atmosphère assourdissante !

De toutes les formes de pollution, paradoxalement la sonore attire moins l’attention. Pourtant, depuis janvier, plus de 410 plaintes ont été enregistrées au ministère de la Santé. Entre les aboiements intempestifs, aboyeurs, les chantiers bruyants et les fêtes à tout casser, les Mauriciens ont de quoi se briser le tympan. Car les problèmes générés par le bruit s’avère très grave lorsqu’ils empiètent sur la qualité de vie de l’individu.

La principale cause est la juxtaposition de plusieurs d’activités industrielles, au départ incompatibles, avec les zones résidentielles. C’est l’avis d’Ananda Rajoo, conseiller au ministère de l’Environnement. "Le pays a souffert d’un manque de rigueur dans l’application de la loi d’urbanisation." Pourtant les administrations régionales sont censées faire respecter ces lois.

Pour rappel, l'intéressé qui désire obtenir un "Trade Licence" - nécessaire pour l’exploitation de tout fond de commerce - doit déposer sa demande auprès de l’administration régionale de sa localité. Un inspecteur du ministère de la Santé et un policier de la localité relative à l’activité vont ensuite visiter le site pour constater si l’activité commerciale peut s’opérer sans gêne pour les gens des environs.

A l’issue de cette inspection, un rapport est soumis à l’administration régionale qui, à son tour décide de l’octroi ou non du permis.

Le ministère de la Santé veille au grain

Avec de telles procédures, comment expliquer alors le cas de ce quartier de Bel Air-Rivière Sèche qui se débat entre quatre scieries depuis une dizaine d’années ? Un employé du conseil des districts de Moka-Flacq dit réagir seulement en cas de plaintes. Si les quatre scieries sont en place, explique-t-il, c’est que l’administration régionale n’a pas trouvé de raison pour leur refuser le permis. "De toute façon, les voisins avaient donné leur accord au début de la construction. Ceux qui sont venus après ils savaient à quoi s’attendre." Mais certains disent qu’au départ, ils ne s’attendaient pas qu’une petite entreprise aurait pris cette ampleur.

Plusieurs ont, donc, déposé des plaintes auprès des autorités concernées : la police et le Citizen Advised Bureau mais en vain. Un d’entre eux n’hésite pas à parler de corruption et déclare "ne pouvoir s’attaquer à ceux qui ont des appuis en haut lieux".

Oyez, oyez, irréductibles du bruit de tout bord : le ministère de l’Environnement veille au grain. Le Noise Prevention Act (NPA) de 1938 est ressorti des archives, mettant l’Environment Protection Act (EPA) de 1991 en veilleuse pour le moment. En effet, les règlements l’EPA prévoient des équipements sophistiqués et des gens habilités à les utiliser pour intervenir en cas de pollution sonore. Cependant le ministère ne peut fournir ces services pour le moment.

La tranquillité ne pouvant attendre, le NPA reprend du service sur la base, des règlements propres à chaque municipalité. Ainsi, la ville de Beau-Bassin- Rose-Hill considère comme offense toute source de musique bruyante dans ou proche d’un endroit public et tout pot d’échappement pétaradant. Le fait de faire éclater des pétards dans un lieu public est aussi considéré comme un délit, passible d’une amende de 500 roupies.

Toutefois, en cette période de fêtes, les autorités seront plus flexibles envers les fêtards. Sonnez musique, résonnez de joie, soit, mais n’essayez pas de vous éclater outre mesure par un surplus de bruit. A mauvais entendeur...

L'Express du 19/12/2000