Pèlerinage aux Chagos: Strictes mesures de sécurité sur Diego


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Des 10 jours que durera le voyage aux Chagos, les pèlerins chagossiens n'en passeront que trois sur leur archipel. Un pèlerinage dirigé par les autorités britanniques. Sur chaque île, les pèlerins procéderont à une cérémonie religieuse et au dévoilement d'une stèle qu'ils comptent ériger en mémoire de leurs ancêtres.

Mercredi après-midi, un dernier rassemblement a eu lieu à Cassis, au centre du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), pour donner les dernières explications du voyage aux pèlerins, mauriciens et seychellois originaires des Chagos, qui devaient entreprendre ce voyage historique dans leurs îles natales. Le flambeau allumé depuis mardi soir devant le centre GRC témoignait de l'esprit solennel et de l'envergure de ce voyage après 38 années d'exil forcé pour les Chagossiens. Une ambiance de fête, de grande joie et de bonheur empreignait les routes de Cassis. Écoutant en boucle la chanson Peros Vert, les Chagossiens étaient nombreux à démontrer leur solidarité à ceux qui embarquaient pour ce voyage. L'occasion pour Olivier Bancoult, leader du GRC, de souligner, devant la grande assistance de Chagossiens, que c'est dans l'unité fraternelle qu'ils s'embarquent. "Nou pou al lor nou later. E se dan linité, avek nou bann frer seychellois, e nou bann frer du Comité Social Chagossiens (CSC), ansam ek Fernand Mandarin, ki nou tou pou al rekéyir lor tom nou zanset", a déclaré Olivier Bancoult. Les différends opposant le GRC et le CSC ont été mis de côté. Ce voyage, c'est celui de la communauté chagossienne, a avancé Olivier Bancoult. Il a également souligné que la lutte des Chagossiens continuera afin que ceux qui ne sont pas du voyage puissent avoir une telle occasion prochainement. Olivier Bancoult a ensuite donné les dernières directives pour le bon déroulement du pèlerinage.

Par ailleurs, mercredi matin, la Haute Commission britannique a fait un point de presse en ce sens, pour indiquer comment devait se dérouler ce déplacement, d'une durée de dix jours, sur l'archipel des Chagos. Selon les autorités britanniques, toutes les précautions ont été prises pour que les normes de sécurité soient respectées durant le voyage. Un médecin mauricien accompagne les Chagossiens à bord du Mauritius Trochetia. Suivant le départ du navire autour de 18h30, jeudi dernier, les Chagossiens devraient arriver à l'île Boddam (Salomon), leur première escale, vers les 14 heures, demain, le lundi 4 avril. Toutefois, le débarquement sur l'île ne se fera que le lendemain matin. "Ce sont les natifs de Salomon qui débarqueront en premier, car nous souhaitons leur donner l'occasion d'y rester plus longtemps. Ils embarqueront également en dernier", a indiqué Tony Humphries, représentant des autorités britanniques. Le débarquement des Chagossiens sur l'île Boddam se fera par petits groupes et les pèlerins pourront alors se diriger vers le cimetière pour rendre hommage, comme ils le souhaitent, à leurs ancêtres. Des repas préparés à bord du Mauritius Trochetia seront servis aux Chagossiens durant la journée. Ils devront toutefois quitter l'île avant la tombée de la nuit pour des raisons de sécurité. Ils passeront la nuit à bord du bateau.

Les îles ne sont plus celles que les Chagossiens avaient quittées il y a 30 ans

À la deuxième étape du voyage, la communauté chagossienne débarquera, le 5 avril, sur l'île au Coin (Peros Banhos). Comme sur Salomon, ce seront les natifs qui débarqueront en premier. Tous les Chagossiens disposeront, tel sur Boddam, d'une liberté de mouvement sur l'île et pourront se recueillir au cimetière. L'embarquement sur le Mauritius Trochetia se fera avant 18h le même jour. C'est le mercredi 6 avril que les pèlerins chagossiens atteindront Diego Garcia. 48 Mauriciens travaillant sur l'île (dont trois Chagossiens) les accueilleront. Si sur Salomon et Peros Banhos, les visiteurs peuvent prendre des photos, des instructions ont été données pour l'escale sur Diego Garcia. Suivant les strictes mesures de sécurité indiquées par les autorités britanniques, les Chagossiens auront à déposer leurs appareils photo et autres équipements pouvant être utilisés à photographier les lieux avec un officier de sécurité sur l'île. Ils prendront place dans trois autobus mis à leur disposition pour le trajet jusqu'au cimetière de Pointe-Marianne. Ensuite, ils se rendront à Minni-Minni et finalement à East Point. Les pèlerins pourront également assister à une cérémonie religieuse dans la chapelle de Diego Garcia.

Tony Humphries a expliqué qu'un déjeuner est prévu à la mi-journée, au cours duquel les pèlerins mangeront avec les Mauriciens et Chagossiens en poste sur Diego Garcia. La cérémonie de dévoilement de stèle se fera en fin d'après-midi, à East Point. Une réception d'adieu sera donnée à bord du Mauritius Trochetia ce même après-midi, avec des responsables britanniques et américains invités à bord. Le bateau lèvera l'ancre ce soir-là, pour accoster Maurice le 10 ou 11 avril. Rappelant que ce séjour, organisé conjointement par les gouvernements britannique et mauricien (qui ont signé un contentieux la semaine dernière), comporte principalement un volet "humanitaire", Tony Humphries a fait ressortir que les autorités britanniques espèrent "une visite sobre et digne". Il a également souligné que ce voyage avait été programmé depuis l'année dernière mais a été annulé à deux reprises pour des raisons de sécurité par rapport aux navires choisis.

C'est suivant la décision du gouvernement mauricien de collaborer avec le gouvernement britannique en fournissant le Mauritius Trochetia, que ce déplacement aux Chagos a été rendu possible. Tony Humphries a de même remercié Fernand Mandarin, leader du Comité Social Chagossiens (CSC) et Olivier Bancoult, du GRC, pour leur apport et compréhension. Il a fait ressortir que lors d'une rencontre avec les pèlerins lundi dernier, il a eu l'occasion de leur expliquer, à travers des photos (de constructions en ruines et de cimetières dans un état pittoresque), que les îles de l'archipel ne sont plus celles qu'ils avaient quittées il y a trente ou quarante ans. "Ceci, pour leur épargner un trop grand choc", a avancé Tony Humphries.

À savoir qu'un cameraman de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) et un autre de la télévision britannique seront les seuls représentants des médias qui accompagneront les Chagossiens. Ce triage de la presse pour ce voyage historique est en soit inacceptable alors qu'on nous avait fait croire que les autorités britanniques souhaitaient réserver le maximum de places pour les Chagossiens. Tony Humphries a laissé entendre qu'un DVD retraçant cette visite historique aux Chagos sera remis, probablement dans deux mois, à chaque personne qui aura été du voyage. Le représentant britannique a, par ailleurs, indiqué que jusqu'ici, "aucune décision n'a été prise quant aux prochaines visites dans l'archipel des Chagos. Nous voulons d'abord voir comment se déroulera cette première visite".


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Après quatre décennies d'exil forcé

"Sa voyaz-la, li enn rev ki mo pou réalizé ar mo madam"

"Enfin mo pou rési al koz ar mo papa lor so tom. Apré tou sa létan-la, mo pou al fer enn lapriyer ek met inpé fler lor so tom", raconte Maudéa Saminaden, les larmes aux yeux. Cachant ses émotions derrière un sourire, cette Chagossienne, âgée de 56 ans, montre les quatre photographies exposées sous la varangue de sa bicoque, située à Baie-du-Tombeau. "Se bann foto ki rapel nou nou zil. Rapel nou nou listwar. Mo léker désiré kan mo mazinn mo péi", dit-elle, étouffant un sanglot. À ses côtés, son mari, Rozemond, 69 ans. Chez lui aussi, l'émotion est palpable en ce matin du jeudi 30 mars. Ils s'embarquent pour leurs îles. "Sa voyaz-la, li enn rev ki mo pou réalizé ar mo madam", fait ressortir Rozemond Saminaden.

33 ans après être arrivée malgré elle à Maurice, Maudéa Saminaden pourra enfin aller se recueillir sur la tombe de son père. Ce voyage, elle l'a espéré depuis qu'elle a foulé le sol mauricien en 1973, en compagnie de ses quatre enfants (un garçon et trois filles) et de son mari. "Mo rev pe réalizé", dit-elle. Depuis 5h30 en ce jeudi matin, Rozemond et Maudéa sont debout et s'activent pour le grand départ. Leur nuit a été agitée. "Nou pa finn rési gagn somey. Maziné mem. Réflési nou zil mem. Nou pansé, eski vré nou pou lor sa bato ki pe ramenn nou kot nou la", confient les Saminaden. Depuis qu'ils ont appris la date du départ, ils attendent ce jour avec impatience. Sous leur varangue, des drapeaux chagossiens sont disposés dans un coin. Les bagages, déjà cadenassés, dans un autre. "Nou finn amenn linz, tracksuit, semiz long mans à koz moustik", indiquent-ils. Tout est prêt pour le pèlerinage. Ils comptent les heures.

"Nou pansé, eski vré nou pou lor sa bato ki pe ramenn nou kot nou la"

Il est 9h à peine lorsque Hervil Nanon, également du voyage, se pointe chez les Saminaden. "Maudéa, fer moi gagn enn pavyon pou met lor nou transpor sil vou plé", demande ce Chagossien. Pendant que Maudéa s'occupe de donner un drapeau à Hervil Nanon, Rozemond s'assure de l'heure du départ. "Tou dimoun koné ki ler nou pé kit isi". Ils sont sept Chagossiens vivant à Baie-du- Tombeau qui s'embarquent pour le voyage. Les Saminaden se sont chargés du transport de ceux qui doivent se rendre à l'église de Cassis pour la cérémonie religieuse et le grand rassemblement de la communauté chagossienne. Trois vans ont été mis en service. "To krwar bizin asté inpé pasti lamenthe ?" demande Hervil Nanon. "Monn fini asté mwa. Lor bato ava fer la bouss dou", lui répond Rozemond Saminaden. "Enfin nou pe alé", soupire Hervil Nanon. Les petits-enfants des Saminaden, installés sous la varangue, guettent, comme pour se souvenir longtemps encore, tous les faits et gestes de leurs grands-parents. Deux des filles de M. et Mme Saminaden, Priscilla et Roselys, également présentes, regardent avec tendresse leurs parents. "Nou fyer zordi zot pé resi al kot zot finn grandi", disent-elles.

L'excitation, le contentement, le bonheur mais aussi l'appréhension sont manifestes ce matin chez les Saminaden. S'ils gardent le sourire, c'est aussi pour ne pas décourager leurs six enfants (dont une fille et un garçon nés à Maurice) et 16 petits-enfants qui ne font pas partie du voyage. La veille, après le rassemblement à Cassis, au centre du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), ils sont tous venus chez Rozemond et Maudéa pour un rassemblement familial. Un au revoir à leurs parents qui n'ont jamais cessé de leur conter la beauté de leurs îles et leur vie dans ces lieux paradisiaques. "Nou bann zanfan anvi koné kouma Chagos été. Kan nou rakont zot, otan nou anvi al get nou later, otan zot anvi alé zot ousi", lance fièrement Rozemond Saminaden. Aujourd'hui encore, les enfants des Saminaden veulent écouter ces histoires des Chagos. Ils veulent encore savoir ce qu'il y avait là-bas. Ils veulent vivre ces instants de bonheur avec Rozemond et Maudéa. Inlassablement, Rozemond et Maudéa Saminaden, mariés depuis 38 ans, racontent leur vie d'antan.

Une nouvelle fois, Rozemond Saminaden montre des mains les photographies accrochées au mur. "Expré mo finn met sa bann foto-la. Mo finn fer agrandi zot pou montré mo zanfan. Parfwa, kan mo asizé dan la zourné, mo mazinn mo zil kouma ti été. Mo get mo bann foto. Mo sagrin", raconte Rozemond Saminaden. Les Saminaden ont été parmi les derniers à quitter les Chagos, en 1973, avec, à l'époque, quatre enfants (un garçon et trois filles). Maudéa Saminaden, enceinte de 7 mois, avait moins de 25 ans et Rozemond, 35 ans quand ils ont débarqué à Maurice. Né à Salomon, Rozemond Saminaden a grandi à Diego et connaît également Peros Banhos, l'île sur laquelle il a rencontré sa femme. Il raconte qu'heureusement, à son arrivée ici, il a eu la chance de rencontrer un certain Ah Koon, qui lui a permis d'avoir un emploi dans le port. Ensuite, vers le mois d'août 1973, il réussit à prendre emploi en tant que forgeron au sein de la State Trading Corporation (STC), jusqu'à sa retraite. Aux Chagos, Maudéa Saminaden travaillait, elle, en tant que bonne pour "Missié administrater". "Kan mo finn vinn isi, pa fasil pou gagn travay. Bokou laport mo finn tapé. Mo finn byin dékourazé. Rezman, apré mo finn rési gagn travay isi dan lakour", raconte Maudéa Saminaden.

"Ti éna enn lanbians dan nou zil"

Totalement dépaysés à leur arrivée à Maurice, les Saminaden sont installés aux Dockers Flats. "Ti bizin bar lafenet ar plywood. Saryé delo lor létaz. Kan ou al lafontenn, Morisyin fer ou pass dernyé, parski nou Chagossiens. Zot dir zilwa sa. Kan zot fini pran zot delo, lerla ou kapav pran inpé", déplorent ces Chagossiens. Rozemond Saminaden indique que des souvenirs de son île, il en a plein la tête. "Pa bizin ferm lizié nanien pou rakont mo zil. Li gravé dan mo mémwar. E kan mo bann zanfan dir mwa rakonté, se leker gro ki mo rakont zot mo lavi", dit-il. Infatigable et plein d'entrain, il raconte combien la vie était agréable aux Chagos. "Gramatin, la kloss lapel soné 6h. 6h30 ou al pran lord travay ek administrater. Li donn ou travay apré ou rétourn lacaz ou bwar ou dité. Kan fini bwar dité, lerla tou dimoun al travay. Bann fam al dan karo Labatie, fer netwayaz, ras lerb, koupé, piosé. Dan lot karo, zot al coup la paille copra pou ranz lao lacaz. Bann zom ti fer plisser coco, konstrikter, forzron… Tou lé zour, ena dé dimoun ki al lapess pou tou lézot lor zil. Tou lé gramatin, administrater ki ti donn lord". Leur vie à Maurice n'est aucunement semblable. La misère existait certes sur l'archipel Chagos, mais l'entraide des Chagossiens était toujours présente. "Ici, kouma levé gramatin, lamin dan poss. La vie pa fasil ditou. Sa fason ki Chagossiens ti viv la pa ena Moris. Tou dimoun ti konn tou dimoun. Kan ou al rod enn kari lor lamer, ou pans pou ou vwazin. Ou ramenn enn kari pou li. Létan nou vinn isi, nou perdi lamitié kamarad. Sakenn res so koté, dan so lamizer, dan so detress. Dan nou zil, ti éna lanbians", déplorent Rozemond et Maudéa Saminaden.

"Létan mo get kat koté, mo get sa transformasyon-la, mo leker saigné"

Ce jeudi 30 mars, le téléphone n'arrête pas de sonner chez les Saminaden. Les connaissances appellent pour souhaiter un bon voyage et pour les féliciter de cette première grande étape. D'autres voisins s'approchent de temps à autre, soit pour souhaiter bon voyage, soit pour s'enquérir de l'heure à laquelle les vans quitteront Baie-du-Tombeau. Ou encore, de l'heure du début de la cérémonie religieuse à Cassis. "Péna enn ti plas pou mwa dan van ?" s'enquiert une voisine. "Trop tar, partou ranpli. Sey get ek Mme Yéyé. Li ti pe rod dimoun pou alé", répond Priscilla, la fille de Mme Saminaden. "Manman, sak finn fini paré tou !" ajoute la voisine. Avec des yeux rêveurs, Maudéa Saminaden regarde ses bagages. "Dépi lontan noun paré pou nou alé", répond-elle. Rozemond Saminaden indique alors qu'il a eu l'occasion, en 2000, de revoir Diego, en compagnie d'Olivier Bancoult, Raphaël Louis, ainsi que leur avocat, suivant une autorisation spéciale des autorités britanniques.

"Nou ti pran avion nou ti al Singapour. Laba, enn avion militaire ti kondir nou Diego", explique Rozemond Saminaden. Ils n'ont fait que très peu de temps sur cette île, mais assez pour avoir le cœur déchiré en voyant la transformation derrière eux. "Létan mo get kat koté, mo get sa transformasyon-la, mo leker saigné. Mo kalkilé ki zot finn obliz nou abandonn nou paradi et zordi, zot finn les li a labandon", raconte ce Chagossien. Il ajoute qu'ils ont été traités comme des étrangers sur leurs terres. "Lor zil, zot fer nou santi kouma étranzé. Nou péi sa, mé zot, Anglé, donn nou lord kot pou pasé, kot pou alé. Zot fer kouma dir li pou zot", dit-il. Aujourd'hui, pour cette visite historique, il dit tempérer ses émotions car les choses doivent être pires là-bas. Pour Rozemond Saminaden, une fois de plus, à travers ce pèlerinage qui sera effectué par une centaine de Chagossiens, les Britanniques traiteront les Chagossiens comme des étrangers dans leurs îles.

Malgré son chagrin de revenir presque comme une étrangère sur sa terre natale, Maudéa Saminaden ne cache pas sa joie de retrouver enfin son île. Elle dit compter chaque minute car, enfin, elle pourra parler à ses défunts proches, dont son père, son frère et sa sœur. Elle pourra leur dire sa joie d'être revenue, ne serait-ce que pour quelques heures, sur son île. À chaque Fête des morts, c'est sur la grande croix du cimetière qu'elle va faire une prière en leur nom. Maudéa Saminaden souhaite également voir sa maison. "Laba, mo lakaz ti enn kantité grander. Nou ti viv à lez ek nou zanfan. Pa ti ena pou pey lwayé. Nou ti éna gran lakour pou planté. Isi, later-la tigit", souligne la Chagossienne. Elle espère aussi "trouv gran lakaz kot mo ti travay. Si zil la pa bwazé, mo pou kapav dir sa ti la, sa ti la. Mo anvi rési trouv tou se ki mo finn kité laba".

"Zot ousi zot pou kapav alé enn zour"

"Pa finn ler pou paré, zot paré la ?" demande, vers 10h45, une des filles des Saminaden. Maudéa laisse couler une larme traduisant à la fois sa joie de revoir son île, mais aussi toute l'appréhension d'entreprendre ce pèlerinage dans ces lieux qui ont certainement changé de visage depuis. "Mo gagn inpé traka osi pou lor bato, kan nou pou bizin débarké. Sa fer mwa rapel dan ki kondisyon nou ti vinn Moris", fait-elle entendre. Elle raconte qu'à leur départ des Chagos pour Maurice en 1973, il n'y avait personne pour leur dire au revoir, sauf les chiens (destinés à être brûlés vifs au calorifère) qui hurlaient leur tristesse. À 11h20, les Saminaden sont prêts pour le départ. Le van qui les conduit à Cassis est déjà devant la porte. Roselys, la fille des Saminaden, ne pourra pas les accompagner au port, car son fils est malade. Solennellement, elle s'approche de ses parents et les serre dans ses bras en disant: "Bon kouraz. Bondyé pou avek zot". Avec un sourire, sa mère lui répond: "Zot ousi zot pou kapav alé enn zour". Côte à côte, comme lorsqu'ils ont embarqué pour venir à Maurice, Maudéa et Rozemond Saminaden entrent dans le van qui les conduira à Cassis, pour le grand rassemblement du peuple chagossien. Le compte à rebours a commencé.


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Rencontre avec Navin Ramgoolam avant le départ

La communauté chagossienne à Clarisse House

Avant leur grand départ jeudi, les Chagossiens ont eu une rencontre avec le Premier ministre, Navin Ramgoolam, dimanche dernier, à Clarisse House. Ce dernier, en déplacement à Paris cette semaine, ne pouvait être présent le 30 mars pour leur souhaiter un bon voyage. Soulignant l'émotion que suscite en lui ce voyage historique, le Premier ministre a assuré aux Chagossiens qui n'ont pu avoir de place pour ce premier voyage qu'ils auront leur chance la prochaine fois. "Tou dimoun pou bizin resi al Chagos évantyelman", a déclaré Navin Ramgoolam.

Rappelant la longue lutte des Chagossiens avant de réussir, aujourd'hui, à entreprendre ce pèlerinage de dix jours sur leurs îles natales, le chef d'État a maintenu que les autorités britanniques ont commis une grave erreur envers la population chagossienne. Réfutant une version de l'histoire qui dit que Maurice a vendu les Chagos pour obtenir son indépendance, le Premier ministre a assuré que tel n'a jamais été le cas. Il a qualifié ce démembrement de l'archipel des Chagos comme étant "enn inzistis inkroyab dan enn siek kot pé koz lord internasyonal, drwa imin; tousa finn al kont ban régléman Nations Unies". Il devait par ailleurs commenter le drapeau tricolore (bleu, marron et orange) des Chagossiens, estimant qu'il s'agissait d'une erreur de penser à la division. Dans cette optique, Navin Ramgoolam a demandé aux deux groupes de Chagossiens, le Groupe Réfugiés Chagos et le Comité Social Chagossiens, de rester unis. "Fodé pa créé divizyon ant zot. Pa donn lokazyon ki fer zot divizé. Se dan linité ki pou ranport sa konba-la", a avancé le Premier ministre.


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15 Seychellois sont du voyage

Retour vers une terre qui leur appartient aussi

Lorsque l'on quitte l'île natale à quatre ans, on n'en a pas énormément de souvenirs. Mais quand les parents racontent, les images reviennent et l'envie de revoir sa terre grandit. "Mo rapel kouma nou ti kouma enn sel fami. Mo rapel bann dimoun ki ti bers mwa. Mo rapel nou lamer", avance Bernard Nourrice, délégué des 15 Chagossiens (huit hommes et sept femmes) vivant aux Seychelles qui entreprennent ce voyage historique avec les Chagossiens de Maurice. Ils ont été choisis parmi plus de 200 Chagossiens qui vivent aujourd'hui aux Seychelles, suite à leur exil forcé il y a de cela 38 ans. La plupart des exilés sont aujourd'hui décédés. C'est avec une profonde émotion que ces Seychellois d'origine chagossienne entreprennent ce voyage. Après 38 années de lutte aux côtés des Mauriciens, l'occasion leur est donnée de fleurir les tombes de leurs ancêtres et d'embrasser le sol de ces îles tant chéries. "Un retour vers une terre qui nous appartient", disent-ils.

Ils sont arrivés à Maurice lundi dernier et étaient présents, mercredi, au centre Groupe Réfugiés Chagos, pour recevoir les dernières informations relatives au voyage. L'occasion pour eux de sympathiser avec la communauté chagossienne vivant à Maurice. Bernard Nourrice rappelle qu'il avait quatre ans quand les Britanniques les avaient expulsés de leurs îles. Même s'il était très petit à cette époque, il se souvient de la vie qu'y menaient les Chagossiens. "Nou zil ti zoli. Mo rapel ki nou ti viv en harmonie tou dimoun. Mo rapel kouma bann dimoun ti bers mwa", dit-il. Les Chagossiens avaient une façon propre à eux de vivre en communauté, dit-il. La vie après l'expulsion n'a pas été facile. L'adaptation aux Seychelles a été difficile et la communauté chagossienne qui y a été exilée a connu des moments très sombres. Aujourd'hui, revoir enfin ces terres où il a commencé à grandir représente une émotion inexplicable, après une longue lutte qui a duré quarante ans. Comme pour ses autres compatriotes, il pense à la tristesse qui l'étreindra quand il verra les tombes de ses grands-parents. "Nou zil bizin inn byin transformé. Féyaz bizin partou. Mé mo sir tou Chagossien pou rekonet so landrwa", pense Bernard Nourrice.

"Se mo drwa rétrouv mo péi kot mo finn né"

Jerry Morel, 38 ans, né à Diego, est le seul de sa famille à se rendre aux Chagos. Ses parents sont décédés. Ils n'ont pas eu cette chance. Pour Jerry Morel, entreprendre ce voyage est significatif, car "se mo drwa rétrouv mo péi kot mo finn né". Il indique qu'il n'avait que deux ans quand ses parents, employés sous contrat aux Seychelles, ont appris qu'ils ne pourraient plus jamais retourner dans leurs îles. Aujourd'hui (NDLR: mercredi dernier, à la veille du grand départ), il souligne qu'il compte encore les jours avant de revoir sa terre. "Mo pa koné kot mo ti resté exacteman dan Diego. Mo ti ena zist dé zan. Mé se enn gran lazwa ki éna dan mo léker pou trouv sa plas kot mo finn pran nésans la. Mo pe ankor kont sa zour ki mo pou arivé débark lor Diego la", explique le Seychellois. Son souhait, c'est de voir son île, telle que ses parents la lui racontaient. Il ajoute que ces derniers lui ont toujours assuré que la vie aux Chagos était paisible et l'archipel paradisiaque. Jerry Morel est conscient que les choses ont changé et que tout sera différent. "Mais il faut profiter de l'opportunité qui nous est donnée d'aller sur nos îles", ajoute-t-il. Même s'il ne sait pas où est enterrée sa tante sur Diego, il dit qu'il cherchera sur toutes les tombes, afin de pouvoir faire une prière et déposer des fleurs pour elle.

C'est âgée de 6 mois que Ginette Charles, 46 ans aujourd'hui, est exilée avec ses parents aux Seychelles. C'est avec une profonde émotion, des sentiments mitigés, le cœur lourd de chagrin qu'elle a entrepris ce pèlerinage. Elle va enfin voir sa terre, la terre de ses ancêtres. Aînée d'une famille de dix enfants, elle est la seule à être née à Diego. "Mo pa konn ditou mo zil. Mé tou létan, mo granmama, mo mama rakonté komié zot ti heuré laba", souligne-t-elle. "Dé fwa, mo pansé Chagos inpé résanblé Seychelles, mé mo mama ti dir mwa li pli zoli encore", avance Ginette Charles. Voir ces îles paradisiaques, telle que le contaient ses parents, est un rêve qu'elle va pouvoir enfin réaliser, même si elle conçoit que l'environnement a connu des transformations.

Anolia Esparon, 60 ans, est de ceux qui, parmi les Chagossiens vivant aux Seychelles, ont vécu aux Chagos. Deux de ses fils sont nés à Diego Garcia. Pour ce voyage, Joliffe Esparon, son fils aîné, aujourd'hui âgé de 40 ans, l'accompagne. Émue, elle raconte que son travail à Diego consistait à enlever l'écorce des cocos. "Nou ti ena travay tou dimoun dan Diego. Lavi ti sinp. Nou tou ti heuré", souligne Anolia Esparon. Pour elle, ce voyage, c'est un réel retour dans le temps. Le temps où elle était heureuse de vivre sur une terre qui lui appartenait.


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L'affaire des Chagos

Mgr Piat: "Nou gouvernma ti konploté avek Anglé !"

Le prélude au voyage de la centaine de Chagossiens à bord du Mauritius Trochetia vers leurs îles natales de l'archipel a été marqué par une tonalité politique des plus intenses. Intervenant lors d'une cérémonie en l'église du Saint-Sacrement, Cassis, dans la journée de jeudi, l'évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat n'a pas mâché ses mots en abordant la tranche de l'histoire de Maurice relative au démembrement du territoire mauricien avec l'excision de l'archipel des Chagos. Il a pointé un doigt accusateur contre le gouvernement de l'époque pour complicité avec la puissance coloniale d'alors, l'Angleterre. Il n'a pas manqué de remercier les Chagossiens, dont la lutte a permis aux Mauriciens de prendre conscience de cette réalité historique. Dans un émouvant témoignage, l'ancien président de la République, Cassam Uteem, a fait état des détails de la déposition de Lisette Talate devant la Haute Cour de Londres, en 2002, où elle avait dressé un parallèle entre le voyage de Diego Garcia à Maurice et celui de l'époque de la traite négrière. Olivier Bancoult est plus que convaincu que le projet Going back to Paradise ne peut que continuer après le premier départ du 30 mars.

La cathédrale des Pauvres était riche en émotions pour cette cérémonie qui, en principe, aurait dû se dérouler au Quai D. À cet effet, les démarches nécessaires avaient été entreprises et le feu vert obtenu. Mais à la dernière minute, "les puissants du jour", comme l'affirme l'ancien président de la République, devaient rejeter l'option du Quai D. Devant le court délai, le comité organisateur n'a eu d'autre choix que de chercher refuge à l'église du Saint-Sacrement, à Cassis.

Ces difficultés de dernière minute n'ont en rien entamé la ferveur des passagers en partance de même que celle de leurs proches. Les couplets de Peros Vert, devenu un véritable cri de ralliement des déracinés des Chagos, étaient repris en chœur et avec détermination en attendant le retour "lor nou tizil dan loséan". Une véritable communion régnait et l'heure était à la réflexion sur ces quarante dernières années avec le début de l'exil des Chagossiens en décembre 1965 et ce "pelrinaz dan zil" du 30 mars 2006 arraché de haute lutte.

L'Évêque de Port-Louis est entré dans le vif du sujet pour étaler la vérité en plein visage. "Bann Sagosyin finn rann gran servis a bann Morisyin. Nou fier parey kouma enn dimounn ki get li dan enn laglas, li dir: Mwa mo indepandan mwa. Me kan nou get byin dan sa laglas-la, nou trouv enn, dé trwa ti tas ladan. Samem ki apel Chagos. Apré enn moma, sa bann tas-la grandi et nou pa kapav réflèt nou la-dan. Mo remersié bann Sagosyin parski zot inn permet nou pran konsyans ki pa kapav aksepte sa enn, dé trwa ti tas-la, ki inn pran enn bout nou teritwar inn donn bann Amérikin", devait-il faire comprendre à l'assistance.

"Chagossians are not beggars"

Poursuivant son intervention, l'Évêque de Port-Louis a soutenu avec fermeté que "nou gouvernma ti konploté avek Anglé. Nou, Morisyin, nou pa ti pe pran konsyans ki ti éna enn tas pou lindepandans e nou bizin efas sa tas-la. Gras a zot konba, zot finn dibout, ki nou pe koumans gayn enn tibout de sa drwa pou lékel zot finn lager. Zot, Sagosyen, zot pas pé dimann sarité. Chagossians are not beggars. They are people with dignity. They are people with their rights. They are people who know how to fight for their dignity". Il a trouvé qu'au fil de longs combats, "sa voyaz lor zot lil natal, se enn debi de reparasyon de tor ki Anglé finn fer. Bizin rékonet ki nou gouvernma éna so par dan sa tor-la".

En faisant référence à l'image de Moïse et du Pharaon, Mgr Maurice Pïat a exhorté les Chagossiens à persévérer dans la lutte pour la justice et pour la reconnaissance et le respect de leurs droits. "Péna okenn pwisans politik ou militer ki kapav al kont lafors la zistis ek la vérité", devait-il réaffirmer en comparant ce premier voyage vers les Chagos à un pas symbolique. "Simin inn koumansé. Bizin kontinyé", devait-il ajouter.

Auparavant, l'ancien président de la République, Cassam Uteem, a tenu à rappeler les grandes lignes du témoignage de Lisette Talate à la haute Cour de Londres, en novembre 2002. "Face à l'insistance de l'avocat britannique au sujet de la renonciation des Chagossiens de retourner dans l'archipel avec la compensation des années 80, Lisette Talate devait faire état de la mort de ses enfants, Toto et Angel, à une semaine d'intervalle, après le passage d'un cyclone. Elle avait pu bénéficier du soutien des voisins pour le premier enterrement. Mais pour le second, Lisette Talate a préféré ne pas retourner à l'hôpital pour reprendre le cadavre de son enfant. Zot inn dir mwa l'Etat inn enterre zanfan-la, devait-elle faire ressortir avec des larmes dans ses yeux à la Haute Cour de Londres", se rappelle Cassam Uteem, comme si ce témoignage s'était déroulé la veille.

L'ancien président de la République, qui a rappelé que pendant dix ans en tant que chef d'État il n'a pas été en mesure de mettre les pieds sur ce bout du territoire mauricien, s'est également attardé sur l'annonce de l'exil aux Chagossiens vers la fin des années 60. "L'administrateur des Chagos avait réuni les habitants. Il leur avait dit: zot bizin alé ! Pays inn vandé. Bizin lev paké alé ! Lisette Talate dir: kot pu alé ! Zamé mo inn kit zil ! Zamé mo inn voyazé ! Kot pou alé ! Gagn traka ! Bolom décourazé ! Zil inn vandé. Gouvernma inn gagn pitay", ajoute Cassam Uteem, toujours en puisant de la scène de la Haute Cour de Londres, où il agissait en tant qu'interprète des Chagossiens auprès des juges britanniques.

Ensuite, l'ancien président Uteem a décrit en termes des plus crus les conditions exécrables du voyage entre les Chagos et Maurice. "Madam-la dir ki voyaz-la dépi Chagos ti mank zis lasenn kouma bann esklav lontan", ajoute-t-il, en rappelant la mort atroce de Ton Gaston, qui s'était jeté par-dessus bord ne pouvant plus soutenir les difficultés à son âge avancé. Et en conclusion, il lance à l'assistance que "madam ankor pe ploré zordi. Mo espéré ki ou pou souy so larm kan ou pe ale lor zil a partir zordi".

Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés, est convaincu que le projet de "Going back to Paradise pou bizin kontinyé". "We will return back to our paradise", a-t-il lancé avec force. Il devait rendre un vibrant hommage aux femmes chagossiennes, qui par leur détermination, leur courage et leur volonté ont permis à la lutte d'aboutir à des résultats probants. "Mama ! Mersi pou sa lédikasyon to inn donn mwa ! Se lalit bann fam ki finn pran lé dévan pou dir pa kapav aksepte linzistis, lindiferans ek dominer. Zordi, mo la kouma enn sinbol; mo sorti dépi kouraz sa bann fam-la. Si mwa, Olivier Bancoult, avec sa lédikasyon, mo pa lager pou mo pep. Ki senn-la pou fer li", devait-il faire ressortir.

Le leader des Chagossiens n'a pas manqué de lancer une flèche à ceux qui ont affiché le mépris face aux déracinés des Chagos. "Boukou ti pe dir ki nou pe rod gayn kas pou fer tam-tam, aste stereo, alor ki nou ti pe rod nou aki, drwa ki enn dimoun ena pou viv dan lil kot li finn ne. Dan Chagos, personn pa ti mank travay. Sakenn ti éna bo ti bato blanc. Sakenn ti éna so lakaz. Ti éna lespri de partaz. Isi, sakenn get zis pou li", a-t-il regretté.

Le départ de ce premier voyage vers les Chagos a également été marqué par la confirmation de la réconciliation entre Olivier Bancoult et Fernand Mandarin. Olivier Bancoult a aussi rendu hommage à une des Chagossiennes qui devait faire partie du voyage, mais qui n'a pu le faire en raison de la mortalité d'un proche parent mercredi dernier. Réginald Besage avait été enterré le jour même du départ de ce pèlerinage. "Réginald Besage so mama ti parmi sa 15 madam ki ti dir ki bizin pourswiv gouvernma anglé ek ki bizin met case lakour", a-t-il ajouté.

Sur un plan plus personnel, Olivier Bancoult a révélé que sa plus grande fierté pour le 30 mars 2006 sera d'accompagner sa mère, Rita, sur la passerelle du Mauritius Trochetia pour l'embarquement à destination des Chagos. "Le 30 mars 1968, mo ti éna kat an et mi ti pe trap zip mo mama pou désann dépi bato dan Moris. Zordi 30 mars 2006, mo trap lame mo mama, mo fer li mont lor bato, amenn li ver la ter promise. Mo mama, so pli gran rev, sé reget so later natal", avouera-t-il. Il aura une pensée spéciale pour l'un de ses instituteurs du primaire, Fred Payet, pour des personnalités comme Jack Bizlall, Jérôme Boulle, Matthieu Laclé, Rajen Dyalah, les animateurs et animatrices de Muvman Libérasyon Fam et de l'Organisation Fraternelle, de Lalit pour leur contribution à faire avancer la cause des Chagossiens contre vents et marées…


Un officiel britannique et deux prêtres avec les Chagossiens
Tony Humphries a été dépêché par le gouvernement britannique pour faire le voyage aux Chagos à bord du Mauritius Trochetia. L'une de ses attributions est de veiller que le voyage se déroule dans "des conditions sobres et dignes". Par la même occasion, il a apporté dans ses affaires des dernières photos prises des îles Salomon et Peros Banhos en vue de préparer psychologiquement les Chagossiens sur ce qui les attend. Le paysage est complètement différent de l'idée qu'ils ont pu se faire jusqu'ici vu que ces deux îles ont été complètement abandonnées au cours de ces quarante dernières années.
Deux hommes religieux, l'abbé Gérard Mongelard et le révérend Mario Li Hing, s'occuperont de l'accompagnement de ces participants à un pèlerinage des plus particuliers.
Fernand Mandarin retourne dans les îles avec sa sirène
Fernand Mandarin, leader du Comité Social Chagossien, se préoccupe davantage de ce qui sortira de ce premier voyage dans l'archipel. "Bizin koné ki pou sorti de sa silence de plus de 40 an lor sa bann zil-la", déclarait-il avec philosophie au Quai D, jeudi après-midi, avant de sceller la réconciliation de la lutte chagossienne.
Mais entre-temps, Fernand Mandarin révélait que dans ses bagages se trouve une sirène de bateau ramené des Chagos lors de l'exil. "Nou servi sa la siren-la kan nou dan tristesse", avouait-il avec un sourire énigmatique, qui fait partie de sa personnalité. Mais il ne dira pas s'il compte faire usage de sa sirène lors de son passage sur les îles au cours de la semaine.

 

 

 

 

2 avril 2006