Conflit autour du projet Anahita "Pas touss nu lamer," disent les pêcheurs


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 M. Winell Moutou, Président du mouvement de solidarité des pêcheurs de Trou d'Eau Douce a consigné, au nom des pêcheurs de Quatre Sœurs, Deux Frères, Grande Rivière Sud Est et Trou D'Eau Douce, une déposition à la police de Bel Air, hier après-midi, contre Ciel Properties, les promoteurs du projet Anahita. Ils estiment que Ciel Propreties a outrepassé l'EIA Licence (ENV/12/1108) qui leur a été octroyée en novembre 2004, en effectuant un "land reclaimation" autour de l'île aux Chats. "Pa touss nu lamer", disent-ils. Ces pêcheurs, qui se sont regroupés en un front commun ne céderont pas devant l'acte qu'ils estiment illégal des promoteurs d'Anahita. Ils procéderont ce midi à une descente des lieux à l'île aux chats, en présence des officiers de police, et de leurs avocats, pour constater les dégâts faits à cet environnement à la suite des travaux de remplissage par Ciel Properties.

"Seki missié la pé fer pa bon. Li pe pran nu lamer. Li pa gagnn droit comblé tousa la. Perna sa dan so permi. Li pe rod rass nu gagn pain", s'insurgent les pêcheurs de l'Est. Après une semaine de manifestation sur l'île aux chats, ces derniers, déçus par la proposition du ministre de la Pêche, vendredi dernier, sont allés de l'avant en consignant une déposition à la police de Bel Air à l'encontre des promoteurs du projet IRS Anahita. Ils estiment qu'outre le fait de nuire à leurs activités, le comblement effectué "sur plusieurs arpents" autour de l'île aux Chats est illégal, car le EIA Licence octroyé au groupe Ciel par l'ancien gouvernement ne fait pas mention de remplissage. Les pêcheurs revendiquent ainsi leurs droits sur la mer et demandent aux promoteurs de ne pas toucher à leur gagne-pain. Ils contestent de même le rapport du comité technique qui souligne entre autres que "except for the presence of a few small colonies of sponges, there were no life forms; and Visual examination of the deposit did not show the presence of any live flora or fauna".

Selon les pêcheurs, les experts du Centre de Recherche d'Albion ont effectué des analyses de l'eau de mer à des endroits où il existe des déverses de l'usine Beau Champ. "Nous contestons ce rapport qui contient trop de loop holes", indique un des avocats des pêchers de l'Est, Me Girish Baboolall. Ce dernier ajoute qu'il s'agit d'un des points que les pêcheurs souhaitaient éclaircir lors de la réunion de vendredi avec le ministre de la Pêche, mais qu'ils ont été rabroués. "J'ai commencé à soulever certains points, et lorsque France Andy, un des représentants des pêcheurs a voulu prendre la parole, cela lui a été interdit par l'un des conseillers légaux de Ciel Properties", indique Me Girish Baboolall. Il ajoute que dans la déposition consignée par Winell Moutou au nom des pêcheurs de l'Est, mention est faite que les promoteurs ont, à travers un remplissage illégal, rejoint l'île aux Chats, à un îlet, Park Lavoui, agrandissant ainsi la superficie de l'île aux Chats. Suivant cette déposition et la descente des lieux qui sera effectuée aujourd'hui, les pêcheurs de l'Est espèrent que les policiers prendront des actions légales contre Ciel Group et contre M.Vaudin pour être allé à l'encontre de leur permis EIA.

Aucune proposition formelle

Par ailleurs, concernant la proposition du ministre Boolell à l'effet que le groupe Ciel augmente la somme de Rs 2M à Rs 3M pour la pêche hauturière et également d'instituer un fonds de soutien et de développement d'une valeur de Rs 2M, l'avocat des pêcheurs estime qu'il n'y a pas eu de proposition formelle. "Le ministre est venu brièvement proposer d'augmenter la somme de Rs 2M et d'instituer un fonds de soutien pour les pêcheurs mais jusqu'aujourd'hui, les pêcheurs n'ont reçu aucune proposition formelle. Qui fournira la somme pour le fonds de soutien. Est-ce l'État, ou le groupe Ciel ?", se demandent les pêcheurs. Me Girish Baboolall avance également que cette réunion de vendredi n'est aucunement à la satisfaction des pêcheurs car ces derniers n'ont pas eu l'occasion de s'exprimer et qu'ils estiment que le ministre Boolell a effectué un walk-out. Selon les pêcheurs, le ministre a déclaré que si nécessaire des mesures légales seront prises contre ceux qui font des actions illégales sur le site d'Anahita. Dans cette optique, avance Me Girish Baboolall, "que des mesures légales soient également prises à l'encontre des promoteurs qui outrepassent leur EIA Licence".

Ils avancent également que d'après le EIA Licence, le ministère de l'environnement fait mention que "the owners of adressing any impact of the undertaking on the environment shall lie solely on the proponent. Any adverse impact on the environment including erosion on site or offsite, shall be made good by the proponent at his own cost". De même ajoute Me Girish Baboolall, selon le EIA Licence en date du 19 avril 2004, il est indiqué que "there shall be no deviation from the above condition and from the mitigating mesures mentionned in the EIA report. Any deviation shall have the prior approval of the department of the environment,n ministry of the environment, and other competent authorities, failing which this EIA Licence may be revoked". C'est dans cette optique que les pêcheurs recherchaient une négociation avec les promoteurs avance leur avocat. Girish Baboolall fait ressortir qu'"au moment où nous allions venir de l'avant avec des propositions de négociations avec le groupe Ciel, il a été décidé d'instituer un comité technique. Le ministère a décidé d'arbitrer le conflit qui oppose Ciel Properties et les pêcheurs. Nous n'avons pu alors objecter car les avocats n'étaient pas au courant de cette première réunion avec le ministère. Les pêcheurs sont partis seuls". Selon l'avocat des pêcheurs, les choses ont pris une autre tournure et les négociations avec les promoteurs du projet Anahita ont cessé.

A la suite de la soumission du rapport du comité technique, les pêcheurs ont entamé des actions pour contrer l'illégalité selon laquelle se déroulent les travaux du Groupe Ciel sur le site de l'île aux Chats. Soulignant qu'il est indiqué dans l'EIA Licence que "if during the implementation of this project, any environmental problem or negative impact ensures, the proponent shall inform this ministry and the ministry of fisheries immmediately, and shall redress the harm caused at its own cost and to the satisfaction of this ministry and the ministry of fisheries", Girish Baboolall fait également ressortir que c'est le ministère de l'Environnement qui aurait dû instituer un comité technique. "C'est le ministère de l'Environnement qui a octroyé le EIA Licence. C'est à ce ministère de venir de l'avant, car Ciel Properties va à l'encontre de ce que leur permet leur licence", estime Me Girish Baboolall. Lundi matin, les pêcheurs comptent une nouvelle fois se rendent sur le site Anahita, où le lagon a été comblé. Ils se rendront également au ministère de l'Environnement pour contester l'EIA Licence de Ciel Properties.

"Ciel Properties n'a pas d'oppositions de principe par rapport à ce que le ministre a proposé."

De leur côté, les promoteurs du projet Anahita estiment que lors de la réunion de vendredi dernier, la proposition faite par le ministre Boolell concerne les deux parties en conflits. Selon le Communication Manager de Ciel Properties, David Martial, "nous n'avons pas d'oppositions de principe par rapport à ce que le ministre a proposé. Même si le montant proposé est extrêmement élevé, CIEL Properties respecte les conclusions et les propositions formulées par le comité et va maintenant voir si une somme aussi conséquente peut être débloquée. Nous souhaitons également mieux comprendre quelles seront les modalités de fonctionnement de ce fond de soutien aux pêcheurs". Notant avec satisfaction que les scientifiques du Ministère de l'Environnement et du Centre de Recherche d'Albion ont à nouveau réitéré le fait que les travaux d'Anahita n'ont pas d'incidence négative sur l'écosystème marin et l'activité des pêcheurs, David Martial ajoute que "maintenant la balle est dans le camp des pêcheurs. Le ministre a été très clair en avertissant les pêcheurs que des actions seront prises contre ceux qui seront en illégalité sur l'île aux Chats. S'ils continuent à faire des entraves, la loi sera appliquée". Ciel Properties avance de même que les pêcheurs ne soient jamais venus de l'avant avec des propositions fermes. David Martial fait ressortir que les pêcheurs ont laissé savoir leur position dans la presse. "Ils ont dit des choses dans la presse qu'ils n'ont jamais évoqué lors des rencontres qu'on a eu et encore moins lors de réunions du comité", laisse-t-il entendre. Se disant très déçu par la prise de position des pêcheurs "qui sont en train de défoncer une porte ouverte", le Communication Manager de Ciel Properties avance par ailleurs que dans la mesure où les pêcheurs estiment qu'ils n'ont pas pu s'exprimer, il y a toujours espace au dialogue. "Nous sommes prêts à écouter leurs propositions", a laissé entendre David Martial.

La section 2.0 du rapport du comité technique institué par le ministère de la Pêche, mentionne les faits suivants:

"An EIA Licence was granted to CIEL Properties Co. Ltd (the promoter) on the 26 november 2004, for the rehabilitation works at Île aux Chats which comprise the following:

i) Removal of charred bagasse, silt, mud and decomposed organic deposits from the lagoon at "Four à Chaux";

ii) Desilting and derocking of the disued barachois at Île aux Chats;

iii) Derocking of the seabed and creation of bathing areas;

iv) Creation of artificial sandy beaches; and

v) Placing of rock revetments around Île aux Chats"


L'aval du ministère de l'Environnement à travers le permis EIA

Dans un communiqué envoyé à la presse, Ciel Properties a souhaité "apporter plusieurs précisions" quant aux travaux du projet Anahita. Ils avancent entre autres que "les conclusions du rapport du comité technique sont que les travaux n'ont aucune incidence ni sur l'écosystème marin, ni sur l'activité des pêcheurs". Ainsi concernant le comblement du lagon, Ciel Properties a tenu à "confirmer qu'il n'est pas prévu de comblements massifs dans le lagon. Les pierres qui sont emmenées sur l'île aux Chats sont destinées à deux choses: le rehaussement et la consolidation de l'île aux Chats. Le comblement d'un barachois dans lequel les pêcheurs n'ont, de toute évidence, jamais eu accès. Ces deux travaux ont reçu un aval du ministère de l'Environnement à travers le permis EIA." Ciel Properties fait également ressortir qu'il "a planifié le développement d'Anahita de façon à conserver la très grande majorité des mangroves existantes. Seul un petit pourcentage de ces mangroves (environ 5%) situées au niveau de l'île aux Chats sera effectivement enlevé. Mais en accord avec le ministère de l'Environnement, Ciel Properties s'est engagé formellement à replanter le même nombre de mangliers qui seront enlevés". Le communiqué de presse fait également mention d'une série de propositions concrètes avancées lors de la dernière réunion avec le comité technique, concernant les développements que comptent mettre en place le groupe Ciel pour les pêcheurs et la région dans sa globalité.

 

19 mars 2006

 Suivant la déposition des pêcheurs à la police de Bel Air

Une ligne de démarcation entre l'Île aux Chats et le lagon comblé

Suivant la déposition consignée à la police de Bel Air par M. Winell Moutou, Président du mouvement de solidarité des pêcheurs de Trou d'Eau Douce, au nom des pêcheurs de Quatre Sœurs, Deux Frères, Grande Rivière Sud Est et Trou D'Eau Douce, contre Ciel Properties, les promoteurs du projet Anahita, la semaine dernière, la police a effectué une descente des lieux à l'île aux Chats, en présence des avocats des pêcheurs pour constater les dégâts faits à cet environnement à la suite des travaux de remplissage par Ciel Properties. Une ligne de démarcation a été tracée par les policiers, en vue de délimiter l'île aux Chats et le lagon comblé, selon la version des pêcheurs. Le ministère de l'environnement, qui est également descendu sur le site, se penche actuellement sur les dossiers, avant de soumettre un rapport qui déterminera si Ciel Properties est allé à l'encontre du EIA Licence qui lui a été octroyé pour la mise sur pied du projet Anahita.

"Suivant notre déclaration à la police de Bel Air, samedi dernier, la police est descendue sur le site dimanche après-midi et a tracé une ligne de démarcation, pour situer l'île aux Chats telle qu'elle était avant les travaux de remplissage du lagon selon la version des pêcheurs", indique Me Girish Baboolall, l'un des avocats des pêcheurs de Quatre Sœurs, Deux Frères, Grande Rivière Sud Est et Trou D'Eau Douce. Dans la déposition consignée par Winell Moutou au nom des pêcheurs de l'Est, mention est en effet faite que les promoteurs ont, à travers un remplissage illégal, rejoint l'île aux Chats, à un îlet, Park Lavoui, agrandissant ainsi la superficie de l'île aux Chats. Des officiers du ministère de l'Environnement ainsi que celui de la Pêche sont descendus sur le site mardi dernier pour effectuer un monitoring pour ensuite soumettre un rapport. Des arpenteurs du ministère des Terres et du Logement sont également descendus sur l'Île aux Chats, en vue d'arpenter le terrain sur lequel devrait être érigé, au coût de Rs 15 milliards, le projet Anahita, notamment un hôtel de 90 suites, 30 villages sous l'IRS et dix villas privées (ne faisant pas partie intégrante de l'hôtel) ainsi que 215 autres villas, 40 golf lodges et 70 marina appartements en parallèle.

Me Girish Baboolall fait ainsi ressortir que comme stipulé dans l'EIA Licence, il revenait dès le départ au ministère de l'Environnement de prendre en considération les doléances autour du projet Anahita. "C'est d'ailleurs le ministère de l'Environnement qui aurait dû instituer un comité technique. Et là, suivant notre déclaration, le ministère a effectué un monitoring. Le ministère des Terres est également descendu sur le site. Ce qui est bon signe", indique Girish Baboolall. Il ajoute que cette démarche permettra de réel démarquage de l'île aux Chats et déterminera si les promoteurs sont allés à l'encontre de ce que prévoit leur EIA Licence. Selon nos informations, le rapport du ministère de l'Environnement devrait être soumis en début de semaine.

L'avocat des pêcheurs de l'Est rappelle par ailleurs que les pêcheurs ne sont pas contre le projet du groupe Ciel, comme le pensent bon nombres. "Nous ne sommes pas contre les développements dans notre village. Nous estimons néanmoins que les travaux de remplissage autour de l'île aux Chats ont été faits dans l'illégalité, l'étendue des travaux de comblement dans le lagon en face de l'île aux Chats et au sein du barachois, limitant leurs ressources nuiront à nos activités de pêche et arracheront notre gagne-pain", indique Michaël Andy, l'un des porte-parole des pêcheurs. C'est dans cette optique que les pêcheurs de l'Est ont entamé la revendication de leurs droits sur la mer et consigné une déposition à l'encontre de Ciel Properties. "Il ne faudrait pas croire que les pêcheurs ne forment qu'un petit groupe de personnes dans les villages de la région. Nous revendiquons nos droits en pensant à l'avenir de nos enfants", fait ressortir Michaël Andy. Il ajoute que la plupart des pêcheurs sont aujourd'hui âgés, et les propositions d'intégration des pêcheurs dans le développement socio-économique des villages de l'Est ne convient pas forcément à tous les âges. Concernant la proposition du ministre Boolell à l'effet que le groupe Ciel augmente la somme de Rs 2M à Rs 3M pour la pêche hauturière et également d'instituer un fonds de soutien et de développement d'une valeur de Rs 2m, les pêcheurs avancent qu'il s'agit d'une proposition qui demeure floue. "Jusqu'aujourd'hui, nous n'avons reçu aucune proposition formelle du ministère de la Pêche en ce qui concerne la mise sur pied d'un fonds de soutien pour les pêcheurs", indique Girish Baboolall.

Du côté de Ciel Properties, la situation reste inchangée apprend-t-on. Le Communication Manager du groupe Ciel, David Martial, avance que "Ciel Properties est toujours dans l'attente d'une demande d'injonction, comme ils l'avaient mentionné, de la part des pêcheurs concernant notre EIA Licence". Soulignant que "les limites des travaux d'Anahita sont stipulées sur le plan EIA", le Communication Manager de Ciel Properties avance que "nous maintenons que nous ne sommes pas allés à l'encontre du EIA Licence qui nous a été octroyé pour la mise sur pied du projet Anahita. Si c'est le contraire, qu'on vienne nous le prouver". David Martial fait toutefois ressortir que le groupe attend le rapport du ministère de l'Environnement, en adoptant toujours la même position. "Nous avons une ligne de communication ouverte pour les pêcheurs et ils sont au courant des projets de développements sociaux que nous avons pour tous ces villages. À ce stade, nous voudrions surtout connaître clairement la position des pêcheurs qui jusqu'à l'heure ne nous ont pas fait savoir sur quelles bases ils souhaitent avoir des négociations", a laissé entendre le Communication Manager du groupe Ciel.

Par ailleurs, rappelons que pour lancer la campagne internationale de promotion de son projet de développement immobilier et touristique intégré au coût de Rs 15 milliards, les promoteurs ont présenté leur projet Anahita au Kensington Palace de Londres la semaine dernière. Cette opération promotionnelle se poursuivra à Paris à compter du 29 de ce mois, à l'hôtel Georges V.

26 avril 2006

Le Week End