Centrale à charbon à Pointe-aux-Caves CT Power : Empressement malgré les zones d'ombre !

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La région entre Pointe-aux-Sables et Albion sur la côte ouest et jusqu'à hauteur de La Chaumière est en passe de consolider sa réputation nouvellement acquise de " cluster of new bad neighbours development ". En effet, au projet d'incinérateur du groupe Gamma-Cowenta à La Chaumière soulevant des passions de Roches-Brunes à Albion et à celui d'une unité de compostage de déchets ménagers dans cette même région est venu s'ajouter un autre méga projet, la centrale thermique à charbon de 110 MW, soumis par des promoteurs de Malaisie en collaboration avec le Central Electricity Board (CEB), Mauritius C.T. Power Limited à Pointe-aux-Caves.

Le site de cette nouvelle centrale thermique, avec son potentiel non-négligeable de dégâts à l'environnement, d'une superficie d'une centaine d'arpents, se situe à moins de 150 mètres du Phare d'Albion. Ce qui singularise davantage la réalisation de ce projet demeure la précipitation avec laquelle les procédures sont engagées par les promoteurs, même si des zones d'ombre majeures se profilent à l'horizon. De graves appréhensions sont entretenues quant à la faune et la flore marines avec le pompage de l'eau de mer pour les cooling requirements et le rejet de ces eaux usées dans la mer ou encore le transport de quelque 1 600 tonnes de charbon par jour du port à Pointe-aux-Caves, sans oublier la pollution sonore ou encore les nuages de particules de charbon ou autres émissions de cendres qui envahiront cette partie de l'île.

Toutes les indications recueillies jusqu'ici démontrent que les promoteurs, qui sont représentés à Maurice par Babita Jowaheer, de Saint-Paul, sont pressés. Ils ont établi un calendrier de travail extrêmement serré en vue de démarrer la première turbine de 55 MW brûlant du charbon en décembre 2009 et la seconde six mois après pour concrétiser l'objectif du gouvernement visant à favoriser l'option charbon. Comme révélé en exclusivité et en primeur par Week-End la semaine dernière, l'ébauche de la politique énergétique pour la période allant de 2007 à 2025 prévoit en 2013 une part entre 53,6% et 55% au charbon alors que la part de la bagasse sera maintenue, pour ne pas dire limitée, à 15% dans la fourniture globale d'énergie électrique.

En vue de réaliser ces objectifs, les promoteurs de C.T. Power en collaboration avec le CEB annoncent les premiers coups de pioche sur le chantier de Pointe-aux-Caves pour le mois de juillet prochain. Le plan de travail établi mise sur l'obtention de la Environment Impact Assessment Licence (EIA Licence) pour la centrale thermique le mois prochain alors que tous les permis et autres clearances au plus tard au mois de juin. C.T. Power concède que ce calendrier est ambitieux mais se dit confiante de pouvoir compter sur les autorités. " The implementation schedule is admittedly tight but will have to be maintained. We therefore appeal to the Director of Environment for a timely consideration of the EIA process ", notent les représentants des promoteurs dans le document officiel soumis au cours de la semaine écoulée. La letter of intent a été émise par le Board of Investment (BOI) il y a presque un an, soit le 21 avril 2006.

Si le once-through seawater cooling system est présenté comme un moyen pour réaliser une " higher efficency of the coal-fired power plant ", les risques de pollution à l'environnement marin dans une région - où le Club Med a consenti d'importants investissements avec la construction d'un nouveau complexe hôtelier - ne peuvent être occultés. Les besoins en eau de mer pour le système de refroidissement sont de 25,5 mètres cubes d'eau par heure.

Pour pouvoir pomper cette quantité d'eau de la mer, C.T. Power devra compter sur la mise en place d'une infrastructure permanente avec une intake head située à quelque 30 mètres de la côte, une cooling water pumphouse construite sur la plage, la pose de cooling water inlet pipelines, une cooling water discharging trench et une discharching outfall pour l'évacuation des eaux usées. À ce stade, les promoteurs n'ont pas encore déterminé la distance séparant l'intake head pour le pompage de l'eau de mer et le cooling water discharge outfall pour l'évacuation en mer des eaux usées.

Ces installations nécessiteront d'importants travaux sur le lit de l'océan aux endroits identifiés avec des modifications et des conséquences majeures à l'environnement marin. Le rapport soumis par la firme Gibb (Mauritius) Limited pour les besoins de la EIA Licence soutient que " the infra-littoral zone is poorer in terms of animal and plant population. The area being constantly batterd by the waves, it becomes difficult for any organism to colonise this area ". Mais le document concède que " surveys were not possible in waters deeper than 30 meters because of thi low visibility ", même s'il s'aventure pour décider que " none of the species found on site present any value for conservation. "

Les promoteurs se sont évertués à être rassurants quant aux répercussions des effluents qui seront déversés dans l'écosystème marin au large de Pointe-aux-Caves. " The only impact of the operational phase will be the discharge of water which will be 9°C higher that the intake water. This water will have a minimal impact on the ecosystem in that region because of the absence of any fringing reef in that area ", note l'analyse des promoteurs.

Mais des effets néfastes sont à prévoir par rapport à la présence de certaines espèces de la faune marine qui trouvent refuge dans cette partie de l'océan Indien à des périodes cruciales de leur développement. " The discharge water will, for some time, be carried as a plume along the coastal current. The potential track of the plume at the surface is low in biodiversity except for some visiting fish species which come in that area for feeding ", reconnaît le rapport.

Dans cette perspective, la véritable question qui se pose concerne le passage des baleines et des dauphins au large de la côte ouest à différentes périodes de l'année. Les falaises entre Flic-en-Flac et Albion sont considérées comme d'excellents viewpoints pour admirer ce spectacle sans oublier l'attrait touristique que représentent ces dauphins au large de la côte ouest. Les premières interrogations se posent au sujet de l'identification de ces " visiting fish species " qui fréquentent ces eaux en quête de nourriture. " Cette région continuera-t-elle à nourrir les poissons avec le réchauffement de l'eau de mer suite à la mise en opération de la centrale ? " se demandent ceux qui se rendent compte des dangers qui guettent la mer.

Mais la principale zone d'ombre qui reste à éclaircir concerne les répercussions de la centrale thermique à charbon de Pointe-aux-Caves sur l'ambitieux projet piloté par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, soit le démarrage de la land based oceanic industry avec des investissements conséquents et des perspectives prometteuses. Les premières études effectuées à cet effet avaient identifié la zone entre Pointe-aux-Sables et Albion comme étant la plus susceptible à accueillir les premières unités de transformation en eau minérale désalinée des thermal vents se trouvant à une profondeur d'un millier de mètres, et ce à trois kilomètres de la côte ? Ces thermal vents sont aussi connus pour leurs propriétés thérapeutiques spécifiques et favorisent des activités telles que l'élevage de langoustes et de poissons.

À ce stade, très peu d'éléments de réponse sont disponibles car les promoteurs de C.T. Power soulignent que " a thermal plume modelling is currently being undertaken so that the layout of both sea intake and sea outfall is reliable and minimizes disturbances to the environment and navigation ". Le débat autour de la préservation de l'écosystème marin au large d'Albion ne fait que commencer en raison du véritable enjeu…

Le casse-tête de 1 600 T de charbon par jour

Avec l'élimination de l'hypothétique port de débarquement de charbon à Albion, les promoteurs de C.T. Power se retrouvent avec un autre casse-tête, soit transporter en moyenne 1 600 tonnes de charbon chaque jour de la région portuaire à la centrale thermique de Pointe-aux-Caves. Techniquement, cela représente le déplacement de 54 camions d'une capacité de 30 tonnes chacune entre 6 heures du matin et 17 heures, soit un camion toutes les vingt minutes, sur l'un des principaux axes routiers les plus saturés de l'île. " The principal impact on the environment will be caused by the increase in traffic which will be unavoidable " avance C.T. Power.

Une étude sur le Traffic Impact Assessment est catégorique quant aux problèmes qui devront être surmontés pour le transfert du charbon du stack yard dans l'enceinte portuaire jusqu'à la centrale thermique de Pointe-aux-Caves. " Obviously between the Port Area and the site in Black River there exist numbers of important junctions. Most of them have already reached saturation levels. The state of over-saturation bears on all junctions ", notent les spécialistes.

Ainsi, le véritable problème demeure les bouchons gênant principalement les rotations des camions transportant le charbon. L'un des points les plus difficiles demeure le rond-point du Caudan. " It goes without surprise that the morning peak period falls within 8.30 and 10.00 hours. However, another peak period between 11.00 and 12.00 hours seemingly distort the perception of one peak period in the morning and another one in the afternoon ", note le document soumis dans le cadre de cet EIA.

Pour les besoins de ces exercices de simulation, quatre routes distinctes entre le port et Pointe-aux-Caves ont été identifiées. La durée moyenne du voyage d'un camion pendant les heures de pointe du matin est d'un peu plus d'une heure, soit presque le triple de la période off peak, qui varie entre 19 et 28 minutes et d'un peu plus d'une demi-heure pour la période de pointe de l'après-midi.

Le trajet privilégié par les conclusions des relevés effectués sur le terrain est le suivant : le port (Berth N°1), rond-point de Roche-Bois, rond-point du Quai D, rond-point de Caudan, jonction de La Butte, jonction de Pointe-aux-Sables, Montée S, route de Rivère-Noire, route d'Albion et route de Pointe-aux-Caves. " This route is currently being used by heavy vehiciles, mixed with other modes of tansport. The environmental and road safety impacts are acceptable ones. No foreseen worsening conditions will be caused to raodside developments and residents ", avancent les promoteurs.

Le coal stack dans le port a atteint sa capacité maximale et de nouvelles facilités devront être identifiées. Jusqu'ici, le tonnage moyen d'importations de charbon de terre est de 330 000 tonnes annuellement, mais il faudra tenir compte de l'entrée en vigueur de nouvelles centrales thermiques, dont celles de St-Aubin et de Savannah. Pour faire fonctionner la centrale thermique de 110 MW de Pointe-aux-Caves, il faudra prévoir le double des importations car C.T. Power aura besoin de 350 000 tonnes de charbon annuellement.

À cet effet, la centrale thermique de Pointe-aux-Caves investira dans un coal yard mesurant 140 mètres de long et 90 mètres de large, soit une superficie supérieure à un terrain de football de dimension régulière avec une meule d'une hauteur de dix mètres. La capacité de stockage sera pour une durée 60 jours avec les deux moteurs de 55 MW fonctionnant à plein régime et un dry coal shed d'une capacité de 15 jours de consommation de charbon. Un coal handling system avec tous les accessoires nécessaires reliera le coal yard au coal bunker comprenant des coal trucks et un coal storage system.

La centrale thermique : gourmande en eau

Le projet de construction de la centrale thermique de Pointe-aux-Caves est un grand consommateur d'eau dans une région qui souffre d'un déficit en fourniture. La capacité maximale de 50 mètres cubes d'eau par jour de la Central Water Authority ne sera nullement suffisante pour satisfaire les besoins de quelque 2 500 mètres cubes. De ce fait, des discussions sont en cours en vue de détourner une partie de l'eau destinée à l'irrigation. Le problème se posera de manière plus cruciale lors de la phase de construction de la centrale thermique.

" Domestic water from the CWA is limited to 50 m3 per day. This is not sufficient for the daily water requirements for construction activities, principally in cleaning, and for producing concrete for the Coal-Fired Plant. The alternative source of fresh water to meet the daily requirement was to pump this from the irrigation canal in the vicinity ", note le document en vue d'obtenir une EIA Licence.

Des discussions ont été entamées avec l'Irrigation Authority pour les autorisations nécessaires en vue de satisfaire les besoins en eau pour le démarrage du chantier en juillet prochain. L'Irrigation Authority avait transmis une correspondance, en date du 7 mars dernier, à C.T. Power en vue de l'informer que " that your request was discussed at the level of the working committee of the La Ferme and Magenta Water Users Association on 28th February 2007 and that the latter will liaise with you for more informations and clarifications ". Problème majeur non résolu encore.

Pour le fonctionnement de la centrale thermique, C.T. Power aura recours à un contrat pour l'utilisation de l'eau recyclée de la Wastewater Management Authority à une moyenne de 4 500 mètres cubes de " treated sewrage water " par jour. Des négociations avec la Wastewater Management Authority ont débouché sur un accord avec cette institution en date du 23 février dernier.

" We wish to inform you that the Wastewater Management Authority is agreable, in principle, to the supply of 4 500 m3/day of primary level treated effluent from the Montagne Jacquot Wastewater Treatment Plant to C.T. Power at the proposed industrial rate of Rs 3 per metre cube. This rate will be subject to revision on a five yearly basis ", écrit le general manager, A.K. Soonarane, dans une lettre en date du 23 février dernier. Mais les investissements pour la mise en place de l'infrastructure, notamment la station de pompage et le réseau d'adduction, seront à la charge de C.T. Power.

Les nuisances !

Se prévalant du fait que l'habitation la plus proche de la centrale projetée à Pointe-aux-Caves n'est autre que celle occupée par le gardien du phare d'Albion, qui se trouve à quelque 150 mètres, C.T. Power avance que la pollution sonore ne constituera pas un gros problème avec une moyenne de 70 décibels à n'importe quelle heure de la journée et de la nuit. " The closest residential area is located at about 475 metres from site towards Albion ", souligne le rapport.

Tout un chapitre est consacré au traitement des process effluents, soit une moyenne de 20 mètres cubes par heure d'industrial wastewater, dix mètres cubes par heure d'oil contaminated wastewater, de ash transport and coal piles washing wasterwaters et de once-through cooling water rejetée dans la mer. Les eaux usées industrielles seront en principe recyclées pour être utilisées dans des cas de lutte contre les incendies, le lavage du charbon pour supprimer les poussières. Mais C.T. Power avance que " the treated wastewater is likely to be discharged to the ocean as the water quality meets the standard for effluent discharge into the ocean ".

D'autre part, le rapport de Gibb (Mauritius) Limited note que " potential nuisance to adjoining developments caused by bad neighbours are noise, dust, fules, smells, parking or excessive loading problems. " De ce fait, il est important de délimiter une zone tampon entre ces développements et les zones résidentielles. " Taking into consideration the local environmental conditions, taking into consideration that the existing settlements are typically 500 metres distance from site and also, taking into consideration the type of fuel used for the power plant, namely coal, the power plant is considered as a medium hazardous installation and therefore an indictive buffer zone of 1 000 metres can be given as follows : an exclusion Zone A of 500 metres and a Notification Zone B of 500 metres " proposent les promoteurs.

Des investissements de Rs 5 milliards

Les investissements prévus dans la réalisation de ce projet sont de l'ordre de Rs 5 milliards. C'est ce qu'avancent ceux qui ont eu l'occasion de traiter ce dossier. Le Central Electricity Board participera en equity partnership à ce projet. Tenant compte du terrain à bail d'une superficie de 92 arpents mis à la disposition des investisseurs de Malaisie, le CEB devra trouver des moyens financiers de l'ordre de Rs 300 millions pour honorer ses engagements.

C.T. Power avance que " key economic benefits accruing to either the CEB or the Government of Mauritius from implementing this project on a build-own-operate basis include CEB avoiding incurring debt and equity, reducing the overall debt obligation of Government by an estimated US dollars 139,14 million, and there should be a net saving from operating more costly oil plants owned by CEB ".

C.T. Power (Mauritius) Limited est une compagnie incorporée à Maurice depuis le 16 mars 2006 avec pour adresse Module 02B7, Level 2, Wing B, Cyber Tower, Ebène Cyber City. Les deux principaux actionnaires sont Subramanian Mariappan (90 000 actions) et Chay Kwon Min (10 000 actions). Les deux sont des ressortissants malaisiens alors que le project manager se nomme M. Sundran et le corporare affairs director est T. Tharumalingum.

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Au nom du développement

La Chaumière, le "bad neighbour" !

Avec le projet de construire un incinérateur de déchets pour produire de l'électricité et celui d'opérer une usine de compostage, la région de La Chaumière, coincée entre le réservoir La Ferme et le cimetière Saint Martin, risque de devenir bientôt une des régions les plus invivables de Maurice. Dans cette zone, où la concasseuse de Gamma et la station d'épuration de Saint Martin s'y sont bien loties, ces nouvelles activités de traitement et d'élimination de déchets devrait, inexorablement, lui conférer un statut très particulier, celui de bad neighbour, alors même que, depuis plus d'un siècle, une bonne partie des terres autour du site et sous culture vivrière a pour réputation de produire les meilleures légumes du pays. Alors même que, à quelque 600 mètres, se trouvent un réservoir et une végétation qui, pendant des décennies, ont attiré de milliers de visiteurs et s'est constitué en habitat naturel pour de nombreuses espèces. Alors même qu'à un peu mois d'un kilomètre à vol d'oiseau, se trouve une réserve naturelle, celle de Corps de Garde. Alors même que des zones résidentielles entourant le site s'y trouvent dans un périmètre de 1 à 4 kilomètres.

Les appréhensions des habitants des zones résidentielles autour du site choisi pour abriter le projet waste-to-energy de Gamme-Covanta sont sans doute légitimes. La sucrerie de Médine, dans un article publié dans notre dernière édition, a aussi émis des craintes quant aux risques potentiels de cette usine sur ses activités d'élevage. Mais dans le voisinage du site identifié, il existe d'autres activités, à part celles de l'élevage, de la station d'épuration de Saint-Martin et du crushing stone plant de Gamma. Cette région, sans doute encore méconnue par de nombreux Mauriciens à part le réservoir de La Ferme, est surtout réputée pour ses plantations de légumes étendues sur de plus d'une centaine d'arpents de terre, considérée un vivier de produits de qualité pour étales des marchés et "foires".

Depuis plus d'un siècle, les terres de La Chaumière étaient principalement consacrées à la culture vivrière. De la Plaine Sunassee - à l'ouest de La Ferme - à Saint Martin, des centaines de familles cultivaient et continuent à cultiver ces terres, héritage de leurs ancêtres venus de l'Inde. "Depi cinq générations nou planté ici", déclare un homme, d'une quarantaine d'années, dans ses plantations d'oinions. "Nou grand fami sorti l'Inde. Zot ti vive là-même. Longtemps beaucoup dimoune ti vive ici. C'est pou sa ki sa temple ou trouvé là-bas là, qui to commence en tôle, puis fine vine béton et zordi kouman ene bâtiment. Des centaines de dévots vine ici."

Les plantations de La Chaumière sont comme un patrimoine pour ces nombreux planteurs qui, avec le temps, ont fini par se regrouper en une société coopérative pour optimiser leurs ressources et moderniser leurs équipements. "Nou fine bien souffert avant réussi fer sa plantation-la koum sa !", ajoute un autre planteur qui déclare non sans fierté : "Est-ce ki ou koné ki nou ti pé produire enn tier zonion pou pays ici. Nous grand fami ti commence ar pomme de terre, après nous fine diversifié."

"Depi cinq générations nou planté ici"

Le petit groupe de planteurs ne cache toutefois pas ses inquiétudes par rapport aux activités d'incinération de déchets projetté à quelque 300 mètres de leurs plantations. "Nou inquiet. Mais selamn ki nou kapav fer. Nou pas oulé sa ici. Est-ce ki nou énan pouvoir pour dire non ?", fait comprendre un membre du groupe.

Une peu plus loin, à l'entrée de la route de La Chaumière, se trouvent les planteurs de Saint Martin. La plupart d'entre eux, au fil du temps, ont fini par construire des maisons en dur à la place des veilles cabanes que leur "grand fami" leur avait laissées. Contrairement aux planteurs de La Chaumière, ils affichent moins d'inquiétude par rapport au projet d'incinérateur "ki nou fine tendé koum sa". "Nou pa trop inquiet parce ki nou pa croire ki li pou affecté nou kan nou guette direction la brise."

À La Chaumière, une bonne partie des terres était louée à bail à la sucrerie de Médine avant que le gouvernement n'en reprenne ses droits. Près de 185 arpents étaient disponibles jusqu'en 2004, avant qu'une partie de ces terres ne soit allouée à Gamma pour sa concasseuse - par l'ancien régime - et tout récemment à Gamma Energy et Solid waste Recycling pour leurs activités d'incinération et de compostage respectivement.

Il reste qu'une bonne partie est également occupée par des fermes et des élevages bovin, porcin et de volaille. La majorité des terres exploitées pour ces différentes activités se situe en fait dans un périmètre de moins de 400 mètres autour du site. L'inquiétude est de mise du côté des principaux concernés. Mais le promoteur demeure confiant que son projet ne portera pas préjudice à ses voisins directs.

Réserve naturelle à moins d'un kilomètre

Pourtant, le site identifié se situe à quelque 600 mètres au nord du réservoir de La Ferme, lieu de prédilection pour les "joggers" et pêcheurs de la région. L'étude EIA pour établir l'impact du projet sur son voisinage a été basée sur une zone de 500 mètres autour du site et à quelques centaines de mètres au nord-ouest de la réserve naturelle qui, comme le reconnaissent les consultants de Gamme-Covanta, est une "native-rich Corps de Garde Nature Reserve."

Notre visite sur place nous a permis de découvrir cette partie, presque cachée, de la région de La Ferme-Saint Martin. Le paysage couplé d'une végétation naturelle, entre Le réservoir de La Ferme et les versants de la montagne Corps de Garde, laisse deviner la richesse de la faune et la flore de cette région.

D'ailleurs, plusieurs espèces ont été recensées à l'intérieur et en dehors de la zone de 500 mètres autour du site, dont 91 espèces végétales et plus d'une cinquantaine d'espèces allant de volatiles aux papillons en passant par les escargots. Les plus rares cités dans le rapport sont un "endangered endemic snail" et trois "mascarene endemic birds taxa" et "one native bat and one endemic reptile."

Pour les consultants ayant rédigé le rapport EIA, cette partie de la zone ne devrait pas être affectée par le projet. Les consultants estiment par contre que la construction et la mise en opération de l'usine d'incinération de déchets devraient être "low to moderate, but will contribute to the cummulative impact of other developement that has taken place over the last decade, including the Saint Martin Sewage Plant and Rock Crushing Plant."

Ce qui en d'autres termes confirme la dégradation continue de cette région qui, pour l'ancien comme le nouveau gouvernement, semblait et semble être destinée à accueillir les activités les plus - potentiellement - nuisibles du pays. Et en faire un centre de "bad neighbour developments" par excellence...

Eau souterraine-Le "bore-hole" à proximité du site représente-t-il un risque de contamination ?

Une question majeure mériterait d'être éclaircie dans le sillage du projet de Gamma-Covanta d'opérer un incinérateur de déchets pour produire de l'électricité, notamment concernant l'existence d'un "bore-hole" à quelques centaines de mètres du site de La Chaumière. Dans son rapport soumis au gouvernement, le consultant Danois attire en effet l'attention sur un "bore-hole" que la Central Water Authority (CWA) opérerait pour exploiter de l'eau souterraine qui alimente Petite-Rivière et une partie de Port-Louis. "In the immediate north to northeast part of the site a number of domestic and agricultural boreholes are found. One borehole located only 500 meters from La Chaumiere serves as a major water intake supplying water (60 m3/hr) to the Petite Riviere/Port Louis south area. This borehole could be affected by contamination from the Waste Complex…", est-il indiqué dans son rapport d'étude.

Cependant, du côté de la CWA, on laisse comprendre que "bore-hole" existerait, mais qu'elle est localisée à plus d'un kilomètre du site identifié pour abriter le waste-to-energy plant. Pour certains techniciens de la CWA, les activités à La Chaumière ne comporteraient aucun risque de contamination de la nappe phréatique. Aucune mention n'est également faite concernant ce "bore-hole" dans le rapport EIA du promoteur, sousmis au gouvernement.

Le consultant danois accorde pourtant presque un chapitre sur cet aspect en évoquant les mesures à observer dans l'éventualité où le gouvernement déciderait d'aller de l'avant avec son projet de waste complex à La Chaumière. Extrait: "It is near an important groundwater abstraction zone. The drinking water authorities may oppose the location despite the assumed low risks and the extra precaution proposed at the HW Facility (…) The main problem with La Chaumiere is the proximity of the drinking water well serving Port Louis. Our analysis of leachate migration indicates that under normal circumstances the drinking water quality should not be at risk and the main concern at this location would be the consequence of an accidental spillage of hazardous material at the HW Facility. We recommend for that reason additional low-permeable lining of hazardous waste storage areas to complement paved surface and a separate drainage system with buffer pond. In the opinion of the Consultant such measures - together with impeccable design, construction and operation - will make La Chaumiere an environmentally acceptable site for the Waste Complex."

Les voisins à vol d'oiseau

Les voisins autour du projet de l'usine d'incinération de déchets sont nombreux. Connus également comme les air sensitive receivers dans le jargon environnemental, les élevages, fermes et plantations se situent entre 190 mètres et 330 mètres autour du site, alors que pour les zones résidentielles et semi-résidentielles la distance à vol d'oiseau varie entre 1 et 4 kilomètres.

Les voisins directs du waste-to-energy plant, selon le rapport EIA de Gamma-Covanta, sont comme suit : Roches-Brunes (1,6km), Beaux Songes (4,1km), Quatre-Bornes (4km) Albion 1 (4km), Albion II (3,6km) ou Canot (2,1km), coopérative d'élevage porcin (1,2km), Poultry Shed N (245 m), SODIA (300m), les plantations de légumes (190m), Farmers Hourse (290m), cattle shed (330m).

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Rapport d'étude

La Chaumière selon Carl Bro

La Chaumière est un des trois sites que l'ancien gouvernement avait désigné et indiqué au consultant Carl Bro, dans le cadre d'une étude sur la gestion des déchets. Dans son rapport, le consultant Danois, dont les services ont été retenus par Gamma-Covanta pour une étude sur la valeur calorifique des déchets, avait choisi La Chaumière comme première option pour abriter, à l'époque, un waste complex (abritant un landfill, un incinérateur et hazardous waste storage), au profit d'un site localisé au nord d'Albion, Pointe Moyenne. Ses conclusions et recommandations sur la "suitability" du site, les risques et les mesures apportent certains éclairages sur l'approche à adopter dans la mise à exécution d'un projet engagé dans le traitement et l'élimination des déchets.

Extraits de ce rapport :

Séquelles

The site at La Chaumiere has many advantages in accommodating the Waste Complex and overall can be considered a suitable site. The main drawbacks are :

The site offers limited soil availability and there is a need for import of clay/soil material from elsewhere (100,000 m3) ;

The site will have a visual impact on residential areas in the outskirts of Roches Brunes and Bambous.

Air pollution dispersion from the incineration plant in the direction of Bambous for 20% of the time during the summer months (although this will not pose a risk to public health as incinerator (s) meet the strict EU emission standards) ;

Possible issue of resettlement of inhabitants in the nearby minor residential zone in the agricultural plots.

Recommandations

(...) The Consultant therefore recommends the site at La Chaumiere as the first choice and the site at Pointe Moyenne as the second choice.

The Consultant must point out that neither of the sites is without negative impact on surroundings and neither site is likely to obtain readily acceptance among neighbours. It is therefore important that the Government of Mauritius take responsibility for the next steps critical for the successful implementation of the Waste Complex :

Call for opinions from involved Government agencies such as the Ministry of Housing and Lands, Ministry of Environment, Ministry of Public Utilities etc. ;

- Issue a decision on the preferred site, including its precise size and boundaries ;

- Initiate re-zoning within the physical planning process ;

- Open discussions with local residents (and the landowner in the case of Pointe Moyenne) ;

- Prepare conceptual design of the Waste Complex and the detailed Environmental Impact - Assessment ;

- Initiate the permitting procedure involving the neighbours, the general public and stakeholders in the process.

La concasseuse

The relocation of Gamma Civic stonecrusher in the buffer zone of the Waste Complex is envisaged by the authorities and this offers an opportunity for a partnership with the landfill operator for quarrying operations and extension of the lifetime.

Relogement

The plot of agricultural land to the northeast of the site is presently leased to the St. Martin Cooperative Society and which expires in 2009. 40 plots exist of which 15 have residences constructed on them. Given that these residences are well within the buffer zone for a landfill it might be required to offer these inhabitants an alternative lease.

Superficie requise

Both of the proposed sites at La Chaumiere and Pointe Moyenne are approximately 50 ha. of size. The estimated area needs for each facility in the Waste Complex are listed in table below.

Bufferzone, 25 metres with embankment, fence and planting along the plant : 7 hectares

Incineration plant 3

Hazardous waste interim storage : 1 hectare

Hazardous waste treatment and disposal facility : 9 hectares

Municipal solid waste landfill 30 : hectares.

Le Week End 15 avril 2007