Traitement des déchets-Méga-projet Gamma-Covanta (Rs 5 milliards)

 

Incinérateur à La Chaumière: Licence to Burn !

 

Longtemps au centre de controverses, le landfill de Mare Chicose pourrait céder la place au nouveau méga-projet proposé par le joint venture Gamma Civic-Coventa Energy, consistant à mettre en opération, en 2009, un incinérateur pouvant exploiter l'énergie des déchets pour produire de l'électricité. Les promoteurs, qui comptent y investir Rs 5 milliards, ont déjà soumis une demande pour l'obtention d'un permis EIA. Ce permis constitue une étape cruciale dans la mise en chantier de ce projet d'incinération qui, d'une part, promet de miser sur les technologies les plus avancées et le respect des normes, et qui, d'autre part, reste une méthode hautement contestée par les organisations internationales, déchaînant même les passions dans de nombreux pays. Les experts ont déjà émis des réserves auprès des autorités concernant leur capacité de "monitor" les émissions de l'usine, ainsi que pour le traitement des résidus, dont les deux polluants les plus dangereux, voire cancérigènes, sont la dioxine et le furanne. Sur le plan économique, la viabilité du projet repose en fait sur le prix que le gouvernement paiera au promoteur pour chaque tonne de déchet et le prix de l'électricité qui sera vendu au CEB. Dans les deux cas, le montant est nettement plus élevé par rapport aux coûts actuels du marché (voir plus loin). Les alternatives à l'incinération - moins coûteuses - ne manquent pourtant pas. L'empressement de l'État de favoriser cette technique d'élimination de déchets ne fait qu'amplifier le doute sur sa capacité de gérer un dossier d'intérêt national et les implications y relatives. À l'instar du contrat qui liera l'État et le promoteur pour 25 ans, réduisant presque à néant toute possibilité de développer une politique alternative, à part le projet compostage d'un autre promoteur privé, et laissant penser au pire en cas d'échec. Reste que le projet Waste-to-Energy peut toujours s'appuyer sur un argument qui séduit, celui d'investir massivement et de promouvoir la valorisation énergétique en l'absence d'une politique nationale réelle, pour ne pas dire cohérente, en matière d'énergies renouvelables.

La production d'énergie, chaleur et électricité à partir de déchets est en plein essor dans le monde. Elle est aujourd'hui largement promue par les gouvernements et les industries au point où elle se place comme la deuxième plus grande méthode de traitement des déchets après l'enfouissement. Il n'est donc guère étonnant de constater la quantité de promoteurs locaux ou étrangers, associés à des entreprises spécialisées dans le domaine, faisant la queue à Maurice pour vendre leur projet. En un peu plus de18 mois, depuis l'installation du nouveau gouvernement, quatre projets similaires ont été présentés au gouvernement. La dernière en date est celui d'une société française, Constructions industrielles de la Méditerranée, qui a présenté un projet de valorisation énergétique. Qu'importe les technologies proposées ou les garantis mises en avant par les Français, ou celles proposées par l'autre promoteur du projet Water and Energy for the Indian Ocean (Inova), leurs chances sont relativement minces quant à leur implantation dans le paysage local. Le gouvernement a déjà porté son choix en mai 2006 sur le projet de Gamma Civic, en partenariat avec les Américains de Coventa Energy (voir plus loin). Les investisseurs locaux, dont les frères Ah Teck, se sont associés à une grosse pointure américaine pour convaincre les autorités d'adopter leur projet de Waste-to-Energy, consistant à utiliser l'énergie de 300 000 tonnes de déchets (par an) pour alimenter une unité de production d'électricité de 20MW (mégawatts).

Au premier abord, le projet est somme toute séduisant, dans un contexte où l'unique centre d'enfouissement technique du pays, celui de Mare Chicose, était au bord de la saturation; où le pays subissait les effets d'une crise pétrolière annoncée sur le marché mondial; où la question d'énergie renouvelable pour réduire sa dépendance sur les produits pétroliers était, soudainement, devenue nouvelle solution par excellence et enfin où le CEB devrait trouver de 150 à 170 MW d'électricité supplémentaire pour répondre à la demande pendant la période 2006-2012. De plus, avec ses Rs 5 milliards, c'est un parmi les plus gros projets d'investissement privé que le pays a enregistré - en terme de proposition - au cours de ces deux dernières décennies. Sans compter les arguments comme la possibilité de permettre au gouvernement de faire des économies substantielles et que la méthode d'incinération comparée à l'enfouissement, serait moins polluante.

Carl Bro: "Incineration not feasible in Mauritius…"

Sa letter un intent délivrée par le Board of Investment (BOI) en poche, Gamma Civic ou, Gamma Energy, compagnie récemment incorporée pour se charger de ce projet en partenariat avec Coventa Energy, a activé ses démarches pour la mise en chantier de son projet. En retenant les services de Karl Bro, un cabinet de consultant danois, qui a travaillé pour le compte du gouvernement sous l'ancien régime, et d'autres consultants et conseillers techniques de Maurice, Singapour et Hong Kong, les promoteurs ont réuni toutes les conditions pour faire démarrer ce projet au plus tard 2009. La dernière étape avant sa mise en chantier est donc l'obtention d'un permis d'Environment Impact Assessment du ministère de l'Environnement.

Mais le pays a-t-il réellement besoin d'un incinérateur ? Au-delà des tendances internationales, comme c'est le cas par exemple en France ou au Royaume-Uni, où près de 40% de leurs déchets sont incinérés, la question est de savoir si cette technique d'élimination des déchets fait partie de la stratégie de gestion des déchets du gouvernement. La dernière étude commanditée par l'Etat, sous l'ancien régime, en vue de la conseiller sur sa stratégie amène à réfléchir: "Incineration of municipal solid waste is not feasible in Mauritius at present. Incineration is costly and no justification can be found for these costs as long as the government is committed to provide the required landfill capacity. The timing of a later introduction of incineration cannot be established at present, but seems likely to be beyond 2012, if at all within the planning period analysed (2004-2034)." C'est le constat du consultant danois, Carl Bro, auquel le gouvernement a payé plus de Rs 15 millions des fonds publics pour conduire cette étude.

Dans ce rapport de faisability soumis au gouvernement en mars 2005, les recommandations de l'expert sont on ne peut plus claires sur l'option d'incinération: "Incineration of municipal solid waste is not feasible in Mauritius (…) Incineration may be an appropriate solution for Mauritius in the future, but it should be assessed again only when the effects of recycling and composting ar known, when the calorific value is expected to be considerably higher than today and also less liable to extreme variations. At present, and during the planning periode, the availability of landfill sites should continue to offer a much lower cost for disposal. When the situation ceases to apply, new concepts for energy-from-waste facilities of lower cost and greater public acceptability may have become commercially proven and should be included in the options."

Résidus toxiques: 15 000 à 30 000 tonnes par an

En dehors des analyses financières de l'expert (voir plus loin), la qualité des déchets reste un gros point d'interrogation. La valeur calorifique des déchets est un aspect vital dans le processus de combustion visant à récupérer de la vapeur pour produire de l'électricité. Mais Gamma Energy semble avoir résolu ce problème puisqu'elle a fait sa demande EIA. Le promoteur a fait appel à ce même Carl Bro pour conduire une étude de Waste Caracterisation, dont le but est justement d'établir la valeur calorifique des déchets qui, selon le même expert, dans son rapport soumis en 2005, avait indiqué que le le tri sélectif, le recyclage et le compostage sont le passage obligé pour augmenter la valeur thermique de ce combustible.

La composition des déchets, comme indiqué dans le dossier de Gamme Energy, est majoritairement composée de déchets verts (43%) et de déchets de cuisine (25%) avec un taux d'humidité assez élevé. Il serait donc intéressant de connaître les résultats obtenus de l'étude Carl Bro et si l'usine de La chaumière doit compter sur un support énergétique pour rehausser la valeur du combustible. Un tel scénario serait encore plus inquiétant sur le plan environnemental. Les études indiquent les résidus restant, dont les cendres - "fly ash and bottom ash" - peuvent représenter entre 5% et 10% du volume de déchet brûlé. Par exemple, sur 1000 tonnes de déchets servis comme combustible, il peut en rester entre 50 et 100 tonnes de produits toxiques, qu'il faut enfouir obligatoirement en suivant des mesures sanitaires et de sécurité strictes. Donc, l'incinérateur de Gamma-Coventa brûlera en moyenne 800 tonnes de déchets par jour. Ce qui équivaut à 40 à 100 tonnes de ce type de résidus journellement ou 15 000 et 30 000 tonnes par an.

C'est justement là où se situent les inquiétudes des experts. Le principal danger de l'incinération est lié à des émissions, des polluants atmosphériques. La combustion de toutes sortes de déchets mélangés produit un cocktail dans lesquels on retrouve par exemple, métaux lourds, dyoxide de carbon, hydrocarbure, dioxine ou furanne. Ces deux sous-produits sont considérés comme des sérieuses menaces à l'environnement et à la santé publique. Les recherches ont démontré qu'elles sont cancérigènes. Et elles sont interdites par la Convention de Stockholm. Pour le promoteur, l'usine sera "in line with international best standards for incineration waste", c'est-à-dire en retenant les taux les plus bas observés par les Européens, Américains ou Japonnais. Le rapport EIA de Gamme, accorde une attention particulière à tout ce qui touche le "monitoring" des émissions et autres polluants potentiellement dangereux. "The gas originating from the combustion process will be treated in the flue gas cleaning system to the required emission standards before being discharged wia a stack into the atmosther" est-il précisé, "emissions of dioxins and furans are emitted in significantly smaller quantities grom modern, well designed and well maintained WTE facilities (waste-to-energy), compared to older designs. Monitoring of combustion and the use of modern air pollution control systems will ensure that dioxins and furans are controlled."

Air Sensitive Receivers: Bambous, R.Brunes, Dayot, SODIA, Albion et les autres

Mais les préoccupations des experts restent indemnes malgré les garantis du promoteur dans son rapport EIA. Le ministère de l'Environnement est déjà en présence de plusieurs avis d'experts avec lesquels il travaille. "Il est vrai que si c'est la meilleure technologie actuellement sur le marché, et que l'usine est prise en charge par la compagnie américaine, tout irait dans le bon sens. Mais si c'est une technologie qui date de 5 ans par exemple, le potentiel risque est là. Il s'agira de savoir si les experts de Covanta prendront en charge l'usine. Il s'agit également de savoir qui fera les tests et qui homologuera les résultats", explique un cadre du ministère de l'Environnement.

En effet, il existe un problème majeur: les autorités mauriciennes n'ont ni la capacité, ni les équipements nécessaires pour conduire des tests relatifs aux émissions de l'usine. De plus, il n'y a aucune législation ou règlement sur ces polluants. La démarche du promoteur peut être louable en assurant que le "monitoring" sera fait selon les normes, mais est-ce une garantie suffisante, sans garde-fous, sans support technique susceptible de procéder, par exemple, à des contre-vérifications ? "Il faudrait un consultant indépendant dans ce cas. Nous ne disons pas que le promoteur peut dissimuler des chiffres, mais un gouvernement responsable doit veiller au bien-être et à la santé de sa population en donnant son feu vert pour ce type de projet", déclare un des consultants du ministère.

La pertinence de ces observations se caractérise par la présence de plusieurs zones résidentielles et semi-résidentielles et élevages autour de l'usine d'incinération de déchets et de production d'électricité. Soit dans un périmètre de 4 kilomètres. Le village le plus près est celui de Bambous, situé à 1 kilomètre du site. Roches-Brunes (1,6km), Beaux Songes (4,1km), Quatre-Bornes (4km) Albion 1 (4km), Albion II (3,6km) ou Canot (2,1km) sont classés comme les Air Sensitive Receivers par rapport à l'incinérateur. Sans compter les voisins directs de l'usine que représentent une coopérative d'élevage porcin (1,2km), le poultry Shed N (245 m), SODIA (300m), les plantations de légume (190m), Farmers Hourse (290m) ou encore cattle shed (330m).

Dossier d'Intérêt national

"Nous risquons de faire face au même scénario que celui dont le pays vit avec une usine à Rose-Belle. Le manque de vision, de législation et de connaissance fait qu'on songe aujourd'hui à délocaliser les activités de cette usine à cause de sérieux problèmes sanitaires et environnementaux. Mare Chicose est également un exemple concret pour les mêmes raisons", observe un responsable d'un cabinet de consultants à Maurice.

Ces observations peuvent prendre une dimension encore plus inquiétante lorsqu'on imagine, par exemple, la façon dont l'Etat a donné son feu vert aux promoteurs de ce projet, en même temps que celui de Solid Waste Recycling Ltd, alors que la stratégie devait, selon le Solid Waste Management Unit du ministère des Administrations régionales, s'orienter vers un système de waste minimization à la source couplé par des activités de recyclage, compostage et enfouissement. Les appréhensions ne peuvent, légitimement, que s'amplifier si l'on se rend compte que le contrat promoteur-gouvernement liera l'État - nous n'osons pas dire de la tête aux pieds ! - pendant 25 ans. Ce qui implique, valeur actuelle, 75% du volume de déchets produit par le pays, qu'il risque de se retrouver sur les bras en cas d'échec.

Incinération ou enfouissement, les deux méthodes sont souvent décriés à cause de leur nature polluante. Mais la gestion des déchets reste et demeure une question d'intérêt national qui, si on analyse la succession des faits durant ces derniers mois, laisse penser que ce ne serait pas le cas pour ce gouvernement. Certes, rien n'est finalisé à ce jour, mais qu'on se le dise: l'incinération, comme cela a été le cas dans de nombreux pays et tout récemment chez nos voisins de La Réunion, a toujours suscité des inquiétudes sociales et économiques. Et l'opacité et la légèreté avec lesquelles ce dossier a jusqu'ici été traité fait encore plus peur !


Incinération v/s Enfouissement-À quel prix ?

La viabilité économique du projet de Gamme-Covanta repose sur deux sources de revenus: le prix que le gouvernement paiera pour chaque tonne de déchets - tipping fee - et le prix de l'électricité qui sera vendu au Central Electricity Board (CEB). Pour le tipping fee, le promoteur devra signer un accord avec le gouvernement à travers le ministère des Administrations régionales, et un Power Purchase Agreement avec le CEB. Les négociations seraient toujours en cours entre les parties concernées. Mais les sources officielles indiquent que les montants auraient été "presque finalisés". Soit 39 USD pour les déchets et Rs 3,80 pour 1kw d'électricité par heure.

L'analyse des chiffres permet d'estimer que le promoteur devrait empocher en moyenne 11,7 millions USD. Ce qui équivaut approximativement à Rs 386 millions annuellement qui reviendraient à Gamma pour un taux de change de Rs 33 le dollar. À titre de comparaison, une tonne de déchet coûte actuellement entre 20 USD et 24 USD actuellement. À 24 USD la tonne, le traitement de 300 000 tonnes de déchets coûte, valeur du jour, Rs 237 millions au gouvernement. Alors que son budget estimé pour 2006-07 est Rs 251 millions ! Ceci comprend le traitement des déchets allant des frais de transport aux activités dans les stations de transfert en passant par celles du centre d'enfouissement de Mare Chicose.

Les négociations seraient également en cours avec le CEB après que les promoteurs ont révisé leur proposition à la baisse. Ils pourraient ainsi conclure à Rs 3,80 par kw/h qui sera relayé sur le réseau électrique national. Le prix actuel du courant vendu au CEB par les Independent Power Producers (IPP), selon les termes des différents contrats, tourne autour des Rs 3 pour 1kw/h. Le montant des prix n'a jamais été divulgué officiellement par le CEB. À titre de comparaison, les tarifs pour les abonnés varient selon leurs activités. Pour l'abonné résidentiel, le coût pour 1kw/h est taxé à partir de Rs 2,08 selon un système progressif pouvant atteindre les Rs 4,05 dépendant le volume de consommation.

Le projet en chiffres

Promoteur: Gamma Energy Ltd

Partenaire: Covanta Energy Co.

Investissement:Rs 5 milliards

Site: 52 hectares

Bâtiment: 4050 m3

Hauteur: 40m

Cheminée: 90m

Capacité incinérateur: 300 000 Tonnes/an

Station électrique: 20 MW

Le Week End

4 mars 2007

Projet de Gamma Energy-Covanta

Réplique à l'article du journal Week-End

Monsieur le rédacteur en chef,

Se référant au projet de Gamma Energy-Covanta pour l'incinération de 300 000 tonnes de déchets ménagers à La Chaumière, en remplacement de la politique de landfill à Mare Chicose et visant à produire de l'électricité pour le compte du CEB, votre journaliste, Monsieur Dario Thumiah, dans le Week-End du dimanche 4 mars dernier, soulève sur notre projet plusieurs questions susceptibles de troubler indûment le lecteur non-averti.

Nous voudrions donc y répondre point par point, pour rétablir l'exactitude des faits et mettre les choses dans une plus juste perspective.

1. Votre journaliste laisse tout d'abord supposer que le dossier de notre demande au gouvernement aurait "jusqu'ici été traité" avec ce qu'il appelle "opacité" et "légèreté". C'est loin d'être le cas. Le projet Covanta-Gamma est, en fait, l'un des plus gros projets d'infrastructure publique jamais entrepris à Maurice. Il s'exprime dans la plus grande transparence. Notre proposition remonte à 2004.

Elle a été formulée dans le cadre de longues discussions avec les autorités, après plusieurs études. Soumise officiellement en janvier 2006, la proposition de Covanta-Gamma Energy a obtenu l'accord préliminaire du gouvernement en mai 2006. Une Letter of Intent dans ce sens a été émise par le Board of Investment (BOI) aux promoteurs. Une demande d'Environment Impact Assessment (EIA) en bonne et due forme a été déposée avec un volumineux dossier.

Une fois l'étape EIA franchie, nous négocierons avec le ministère des Administrations régionales, en toute transparence, un Waste Disposal and Electricity Generation Agreement pour disposer des déchets. Nous conclurons aussi avec le CEB un Power Purchase Agreement pour l'achat par cet organisme des 20 MW d'électricité ainsi produits. Il n'y a donc ni "opacité" ni "légèreté".

2. Votre journaliste suggère que cette technologie d'incinération "reste une méthode hautement contestée".

Le fait est qu'il existe à travers le monde plus d'un millier d'usines semblables à celle envisagée pour Maurice, dont 400 en Europe (France, Allemagne, Hollande, pays scandinaves, etc.), 89 aux États-Unis, 100 au Japon et 70 en Asie, à Singapour, en Chine, à Taïwan, etc. Ces usines brûlent parfois, comme à Singapour, jusqu'à 90% des déchets ménagers du pays.

Dans des pays à surface limitée en terres similaires au nôtre comme Singapour et Hawai, cette technologie est de loin préférée à des centres d'enfouissement (landfills) polluants et nocifs à la santé publique.

3. Avec ce projet d'incinération, suggère votre journaliste, existerait un "danger lié à des émissions, des polluants atmosphériques".

La technologie d'incinération, vu son application bénéfique dans un monde générant de plus en plus de déchets, est sujette à beaucoup de recherches et est ainsi perfectionnée d'année en année. Elle est aujourd'hui totalement fiable et sûre, surtout en ce qui s'agit d'émissions toxiques. Pour exemple, le niveau des deux éléments principaux qui inquiètent en tant que polluants nocifs, donc la dioxine et le furanne, est ramené aujourd'hui à only 1% compared to other man-made sources. Il est important de souligner qu'il y a, à ce jour, des multiples sources d'émission de ces deux produits qui existent déjà dans le pays, comprenant tout type de combustion incontrôlée, incluant la combustion de déchets arrière-cour, le brûlage des champs de cannes avant la coupe, etc., qui sont à Maurice les sources courantes d'émission de dioxine et de furanne. Notons aussi que l'incinération de medical wastes dans les hôpitaux, tout comme celle de l'huile lourde aux stations de CEB, demeure aussi parmi des sources principales de dioxine et de furanne à Maurice comme le fait ressortir le rapport Assessment of Industrial (PCBS) and Unintentional Persistent Organic Pollutants (Dioxin and Furans) suite à l'étude commanditée par le Ministère de l'Environnement en 2004. L'infrastructure par Gamma-Covanta sera conçue d'une manière à pouvoir incinérer les non-toxic medical wastes d'une façon plus responsable qui va amener une réduction nette en émissions de dioxine et de furanne parmi d'autres polluants.

Ce projet va en fait réduire d'une façon considérable le taux d'émission de dioxine et de furanne, tout au contraire de ce qui est stipulé dans votre article.

Le groupe américain Covanta apportera à ce projet d'alternative aux landfills toute l'expérience acquise à travers le monde. Covanta Energy Corporation (cotée au New York Stock Exchange) jouit d'une excellente réputation comme un world premier operator of large-scale waste-to-energy facilities. À Maurice, Covanta Energy aura la charge d'opérer et d'administrer ce projet.

4. Du côté des promoteurs, un contrôle rigoureux sera exercé sur tous les aspects du projet. La compagnie Gamma Energy sera équipée de matériel dernier cri, hautement sophistiqué, fabriqué sous licence du célèbre groupe allemand Martin. Toutes les dispositions techniques, en termes de protection de l'environnement, s'aligneront sur les exigences européennes, notamment pour ce qui est de la qualité de l'air (air emission standards), pour les effluents ou autres éléments polluants éventuels, notamment la production de centre et le traitement des eaux. Un Continuous Emissions Monitoring System (CEMS) sera installé pour le monitoring des émissions. Nous nous en tiendrons scrupuleusement aux observations et conclusions de tout laboratoire indépendant mis en place par les autorités pour contrôler cette activité.

Les Environmental Protection Regulations for Hazardous and Non-Harzardous Wastes seront respectées à la lettre. Les 300 000 tonnes de déchets incinérés annuellement devraient produire évidemment un certain pourcentage de cendre (fly ash and bottom ash), soit entre 5 et 10% en volume, avec une proportion de 90% de réduction de poids des matières incinérées. On juge important de faire ressortir que celles-ci seront récupérées du flue gas clearing system et des fournaises, compactées et disposées selon des normes pré-établies sur le site. Ainsi compactée en forme d'un settled cement, cette cendre ne pose aucun danger d'infiltration de par la nature du produit. Les risques d'infiltration sont encore réduits à travers le especially designed ash landfill according to EU norms, comme le décrit le rapport EIA. Notre demande de EIA répond d'ailleurs à toutes autres interrogations techniques à cet effet.

5. Notre projet, loin d'être un danger pour l'environnement, va au contraire contribuer à atténuer l'impact de l'enfouissement (landfills) sur la nature du sol mauricien. Il est aujourd'hui accepté internationalement que les opérations de waste-to-energy strictement contrôlées amènent une réduction des greenhouse gas emissions en comparaison avec les landfills comme Mare Chicose.

6. Votre journaliste pose d'autre part la question: "Le pays a-t-il réellement besoin d'un incinérateur ?" et évoque la stratégie nationale de gestion des déchets. Il cite sous ce rapport une étude du consultant danois Carl Bro, menée en mars 2005, qui, après avoir écrit: "Incineration may be an appropriate solution for Mauritius in the future…", avait conclu: "Incineration of municipal waste is not feasible in Mauritius at present" en raison de son coût. Or, le prix du pétrole sur le marché mondial, au moment de la rédaction de ce rapport, était en effet alors de $ 30 - 35 le baril. Il est aujourd'hui de $ 50 - 60 et demeurera probablement à un haut niveau - ce qui change toute l'équation financière.

Dans un deuxième rapport en décembre 2005 ("Waste Section of the Gamma Proposal, Mauritius - Gamma Proposal on a WtE Project in Mauritius"), Carl Bro soulignait les avantages de l'incinération.

7. Votre journaliste évoque le choix de La Chaumière pour ce vaste projet. Il faut savoir que le site de La Chaumière a été earmarked par l'État lui-même, après études, comme "one of the most suitable sites" pour accueillir à Maurice un "waste management project" d'envergure. À côté du site de 23 hectares arpents proposé pour le projet Covanta-Gamma Energy (et pour lequel nous avons obtenu de l'État un bail en bonne et due forme), se trouvent déjà, en effet, la Waste Sewerage Station de St Martin et une sous-station du CEB idéalement située pour récupérer l'électricité produite.

8. Il est aussi important de bien préciser que la présence de waste-to-energy facilities non loin de régions habitées est très courante et sans danger outre-mer. De nombreuses usines semblables à celle envisagée pour Maurice ont été construites EN PLEIN CŒUR DE ZONES RESIDENTIELLES, tant aux États-Unis qu'en Europe.

9. Enfin, M. le rédacteur en chef, votre journaliste évoque le prix de l'électricité qui sera vendue au CEB par Covanta-Energy (Rs 3.80 par kwh) et le tipping fee que paiera le gouvernement pour disposer des déchets ($ 39 par tonne).

Le prix de l'électricité vendue doit être vu dans les moyen et long termes, avec en tête la montée des prix du pétrole et de l'huile lourde et le fait que nous exploiterons une source d'énergie renouvelable. Quant au tipping fee de $ 39/tonne envisagé, il est loin d'être déraisonnable. Le fee payé par divers gouvernements outre-mer est en effet le suivant: $ 62 aux États-Unis, $ 61 en Grande-Bretagne, $ 43 à Singapour, $ 66 en Finlande, $ 99 en Hollande, $ 105 en France et en Allemagne et jusqu'à $ 125 par tonne en Autriche. On le voit: l'État mauricien à $ 39 la tonne est loin de faire une mauvaise affaire. L'État en France paie en effet 170% de plus, en Autriche 220% de plus.

10. Il faudrait, dans ce contexte, aussi insister sur les bénéfices économiques de ce projet pour Maurice: importante production énergétique (6% de nos besoins); utilisation de sources locales d'énergie renouvelable, qui vient à un coût plus élevé que l'énergie conventionnelle de par le monde; économie de centaines de millions de roupies en devises étrangères sur l'importation du pétrole et d'huile lourde; création d'emplois pour les habitants de l'Ouest: waste management moderne égal en qualité au niveau européen; transfert de know-how technologique, etc.

Le temps des landfills est passé. Nous proposons une alternative moderne aux problèmes de Mare Chicose, des solutions techniquement efficientes, environnementalement fiables, socialement acceptables et économiquement avantageuses pour le pays.

Tommy Ah Teck,

Managing Director

Gamma Energy

Gestion des déchets: Enjeux et stratégies...

Après la publication de notre dossier consacré dimanche dernier au méga projet de Gamma-Covanta d'opérer un waste-to-energy plant en vue de brûler 300 000 tonnes de déchets et de produire 20 MW d'électricité, nous abordons cette semaine un volet traitant les incohérences et les revirements dans la stratégie nationale de gestion des déchets. Dans notre dernière édition, nous avions en effet évoqué brièvement le contrat qui liera le promoteur à l'État pendant 25 ans, et les possibilités que le développement d'une politique alternative écologiquement et économiquement viable soient réduites à néant. Ce scénario est plausible. Les enjeux énormes. Comment et pourquoi ?

La majorité des pays développés qui, après avoir longtemps exploré et expérimenté toutes les méthodes de traitement de déchets, se sont inexorablement tournés vers le principe des 3-R pour définir leur stratégie et politique de gestion des déchets. Les 3-R équivalent à Réduire, Réutiliser et Recycler. La règle des 3 R est ainsi définie comme suit : (i) la réduction de la production de déchets (choix de matériaux recyclable non polluants, choix de produits à emballage limité) ; (ii) la réutilisation des déchets et ; (iii) le recyclage ou compostage des déchets. Le système est donc basé sur une politique de réduction à la source, consistant à inviter les ménagers à revoir leurs habitudes de consommation - comme l'utilisation des emballages ou sacs en plastique - et à séparer les déchets biodégradables et non dégradables, qui sont ainsi collectés et entreposés par les services publics. Et l'étape suivante permet aux opérateurs privés ou public de revaloriser ces mêmes déchets par les méthodes de recyclage ou de compostage, moins polluantes, plus durables. Et le reste est ce que l'on qualifie de déchets ultimes qui, en Europe comme au Japon, sont définis comme des déchets qu'on ne peut plus recycler ou valoriser, et qui sont mis en décharges, enfouis sous terre ou incinérés.

C'est sur le concept waste minimization et les techniques de revalorisation que l'ancien gouvernement et celui actuellement au pouvoir, à travers sa Solid Waste Management Unit, avaient axé leur stratégie nationale de gestion des déchets. La décision du gouvernement, lors du dernier exercice budgétaire, d'introduire une taxe de Rs 1 sur chaque sac en plastique et bouteille en plastique constituait un des premiers pas vers une politique de réduction de déchets à la source. Les résultats après huit mois, note-t-on à l'Environnement, sont plus qu'encourageants avec un changement presque drastique dans les habitudes de consommation.

Le gouvernement avait, de plus, présenté les grandes lignes de sa politique de gestion des déchets lors d'un atelier de travail, organisé l'année dernière avec la participation du ministère de l'Environnement, des Administrations régionales, du secteur privé et Ioh Ah Tuan, le Deputy CEO de la National Environment Agency of Singapour, ce même pays cité comme référence par promoteurs et fonctionnaires. "La solution immédiate serait de réduire ce volume de déchets très, très rapidement. Nous avons par ailleurs constaté qu'environ 45% de vos 1 200 tonnes de déchets sont des déchets de jardin. Ces déchets de jardin sont en eux-mêmes une ressource, car ils peuvent être compostés (...) Quelque 49% de nos déchets ont été recyclés l'année dernière ; un exploit en matière de gestion des déchets", avait-il déclaré dans les colonnes de notre confrère Le Mauricien, alors que le directeur de la Solid Waste Management Unit avait profité de l'occasion pour préciser la stratégie du pays, indiquant que "l'accent sera initialement mis sur la réduction des déchets, le tri et une amélioration du système de collecte et la récupération à travers le recyclage."

Situation floue

Tout laissait alors croire que le pays se dirigeait - enfin ! - vers une véritable politique nationale de gestion des déchets. Et compte tenu de la composition des déchets solides à Maurice, experts, consultants ou fonctionnaires étaient unanimes à reconnaître que c'était la solution la plus durable. D'autant que cela réduirait de manière considérable la pression sur le controversable centre d'enfouissement du pays à Mare Chicose qui, il faut le souligner, n'a pas été construit et géré selon les spécificités du plan initial. Mais, au début de l'année 2006, le gouvernement avait fini par prendre la louable décision de reloger et compenser les 77 familles de Mare Chicose des fonds publics - plus de Rs 150 millions - pour pouvoir poursuivre ses activités d'enfouissement et d'allouer un contrat de 10 ans et pesant plus de Rs 1 milliard à Sotravic pour prendre en charge la gestion, la construction et la réhabilitation du site. Et, éventuellement, mettre à exécution les recommandations du consultant Car Bro pour créer un méga landfill avec une durée de vie de trente ans - et peut-être plus en optant pour le principe de réduction à la source.

Or, sa décision quelques mois plus tard de délivrer un letter of intent à Gamma pour son projet de waste-to-energy et au promoteur du projet Solid Waste Recycling Co. Ltd (SWRCL) a laissé plus d'un perplexe. Cette situation a, de plus, abouti à une "guerre de déchets" entre les deux promoteurs vu que la viabilité économique de leur projet dépendra du volume de déchets qui leur sera attribué. C'est finalement un comité technique mis sur pied par un comité interministériel qui avait été appelé à trancher. "If the two projects (Gamma and Solid Waste Recycling) maintain their waste tonnage requirements as initially submitted, i. e 300,000 tonnes/year for Gamma and 600 tonnes per day (190,000 tonnes/year) for Solid Waste Recycling Co. Ltd, then the projects would be mutually exclusive. Only one project could then be entertained given that such amounts of waste are currently not available", souligne le rapport qui avait, finalement, recommandé 900 tonnes/jour pour Gamma et 300 tonnes/jour pour SWRCL.

Le comité technique a vu juste : le projet waste-to-energy n'est pas viable économiquement avec 600 tonnes de déchets par jour ou moins de 300 000 tonnes par an. Elle serait incapable de produire 20 MW d'électricité sans l'apport d'une autre source d'énergie. Et cela hypothéquerait ses chances d'obtenir un maximum de carbon credits de la Banque mondiale.

Mais, force est de constater que l'application du principe des 3-R peut tout aussi être préjudiciable au projet de La Chaumière. Si le principe de waste minimization est appliqué et le recyclage traité en priorité dans la stratégie nationale, le partenariat Gamma-Covanta ne peut exister. Explications.

Les filières compostage et recyclage reléguées

En prenant comme document de référence une étude du Dr Mohee pour le compte du gouvernement en 2002, la composition des déchets à Maurice, en moyenne, est comme suit : déchets de jardin : 43% ; ménager : 25% ; plastique : 13% ; papier : 12% métaux : 1% ; verres : 1% ; textiles : 3% ; autres 2%. Ces taux sont ceux utilisés dans le rapport Carl Bro et le EIA Report de Gamma-Covanta. Les cinq premiers items tombent dans la catégorie des déchets qui peuvent être revalorisés, dont recyclables ou "compostables". Ce qui représente plus de 93%. Le potentiel est donc énorme. Et c'est pour ces raisons que les décideurs avaient, initialement, opté pour un système de tri à la source ou de réduction à la source, etc.

Les experts estiment que 30% des déchets peuvent être compostés, moyennant la mise en opération de deux petites stations de compostage avec une capacité de traitement de 50 000 tonnes par an - cela figurait également dans les projets du gouvernement - et qu'avec des unités de recyclage, le volume de déchets à traiter pourrait être réduit à 15%. En combinant les deux, cela représente 40% de déchets en moins à être enfouis ou incinérés. Un tel scénario équivaudrait à une réduction de plus 150 000 tonnes de déchets sur un total de 380 000 tonnes produit annuellement. Si l'on se base sur les analyses et recommandations du rapport du Dr Mohee, la filière de compostage peut réduire jusqu'à 60% - 190 000 tonnes - de nos déchets "and lead to enormous cost savings interms of waste collection, transport and disposal." Or, 300 tonnes/jour (100 000T - 25%) de déchets seront attribués à l'actuel projet de SWRCL, alors qu'un deuxième promoteur, Atics-Veolia, proposant le recylage de papier et le compostage de 125 000 tonnes de déchets (30%) a été exclu dans cette "course aux déchets".

Nombre scénarios peuvent être envisagés en pour analyser le potentiel et les ressources dont le pays dispose pour appliquer sa stratégie de waste minimization et de réutilisation. Mais en octroyant un cocktail de 300 000 tonnes de déchets pour être incinérés et produire de l'énergie, cela représente tout simplement l'anéantissement de toute chance de développer une politique alternative et durable, écologiquement propre et financièrement moins cher. Du moins, pas avant 25 ans !


Incinérateur à La Chaumière: Albion se mobilise...

Les habitants du village d'Albion comptent s'opposer au projet de Gamma-Covanta d'opérer une usine de waste-to-energy à La Chaumière. Une vingtaine personnes s'est réunie dans la soirée d'hier pour partager leurs préoccupations par rapport aux activités de cette usine, qui, selon les promoteurs, devrait démarrer ses activités en 2009. "Nous avons décidé de mettre sur pied un comité ou un groupement composé des habitants de la région pour protester contre ce projet. Nous sommes inquiets pour de nombreuses raisons, dont les risques d'émissions toxiques dans l'air. Déjà, je peux vous dire que les poussières blanches des activités de la concasseuse de Gamma à La Chaumière arrivent jusqu'à Albion. Que se passera-t-il avec un incinérateur dans cette même zone?", s'interroge Alain Aliphon, un des participants à cette réunion et membre actif d'une association regroupant les habitants d'Albion.

Le groupement devrait se réunir à nouveau cette semaine pour définir les actions à entreprendre pour faire entendre sa voix. Il n'écarte pas la possibilité d'avertir les organisations internationales œuvrant en faveur de l'environnement.


Présentation du projet waste-to-energy vendredi au Labourdonnais Hotel

"This is a proven technology"

Lors d'une présentation en commun du méga-projet waste-to-energy à La Chaumière vendredi matin au Labourdonnais Hotel, les deux promoteurs, Gamma Energy et Covanta Energy, ont exposé les bénéfices socio-économiques que ce projet est susceptible d'apporter au pays. Le Managing Director de Gamma Civic Ltd (Tommy Ah Teck) et ses partenaires ont soutenu que l'usine qui brûlera les déchets solides pour produire de l'électricité, mise sur une technologie environment friendly et ayant fait ses preuves dans de nombreux pays.

"This is a proven technology which is regularly updated", a assuré Franklin Sine, Regional Business Manager et vice-président de Covanta Energy, compagnie américaine et partenaire de Gamma Civic dans ce projet évalué à Rs 5 milliards. Les activités de cette usine consisteront à brûler 300 000 tonnes de déchets annuellement pour produire 20 MW d'électricité qui seront relayés sur le réseau électrique national. "It's a modern state-of-the-art project. We are offering to Mauritius the chance for a radically new approach to waste disposal. It is environmentally responsible, socially acceptable and economically beneficial for the country", a-t-il ajouté lors de son exposé sur les technologies qui seront utilisées pour l'incinération des déchets.

Le vice-président de Covanta Energy devait également indiquer que les technologies permettront à l'usine de contrôler les émissions toxiques telles que la dioxine, tout en respectant les normes les plus strictes préconisées par l'Union Européenne. Il a également indiqué que le waste-to-energy plant pourra aider le pays à réduire son taux de polluants atmosphériques en prenant à sa charge l'incinération des déchets médicaux, une des principales sources d'émissions de dioxine actuellement dans le pays. Les promoteurs sont également en négociation avec l'Université de Columbia pour la mise en place d'un laboratoire à Maurice afin de contrôler l'émission de polluants dans l'air.

Mettant l'accent sur l'expérience de son partenaire dans l'incinération des déchets et la production de clean electricity, Tommy Ah Teck a déclaré que cette méthode est une solution durable pour le pays relativement à sa stratégie de gestion des déchets, et apportera une alternative au landfill. "Notre projet est loin d'être un danger pour l'environnement contrairement à l'impact que l'enfouissement des déchets a sur l'environnement. Il ne se passe pas une semaine où la presse n'évoque les problèmes liés aux activités du landfill de Mare Chicose. Notre projet apportera un long-term environmentally sustainable solution au pays", a-t-il déclaré.

Le Managing Director de Gamma Civic a également indiqué que ce projet permettra au pays de faire d'importantes économies par rapport à l'importation des produits pétroliers pour la production d'électricité, ainsi que dans le cadre de son programme de gestion des déchets. "Ce projet sera un parmi les premiers à être qualifiés pour obtenir des carbon credit sous le protocole de Kyoto. Cela rapportera au pays des millions de roupies", a-t-il soutenu.

Concernant l'implantation de l'usine à La Chaumière, Tommy Ah Teck a indiqué que c'est sur la base des recommandations figurant dans un rapport d'étude du consultant Carl Bro que ce site a été alloué à Gamma-Covanta.

Pour rappel, les promoteurs de ce projet de waste-to-energy ont obtenu leur letter of intent du Board of Investment (BOI) en mai 2006. Ils ont formulé une demande pour un permis d'Environment Impact Assessment (EIA) en janvier de cette année. Le public avait jusqu'au 26 février pour soumettre ses commentaires sur ce projet. Le ministère de l'Environnement n'a cependant pas encore délivré le permis EIA, qui constitue la dernière étape dans les procédures avant l'obtention d'un letter of award pour la mise en chantier du projet.

11 mars 2007

Le Week End

 

Méga projet Gamma-Covanta

Incinérateur à La chaumière : Recettes annuelles de Rs 1,1 milliard

En dehors de l'aspect environnemental et social du projet waste-to-energy de Gamma-Covanta, qui brûlera des déchets pour produire de l'énergie à La Chaumière, le volet économique et financier de ce méga projet évalué à Rs 5 milliards comporte également des zones d'ombre à éclaircir. Dans une lettre adressée à Week-End, Gamma estime en effet que les 39 USD (US Dollars) comme "tipping fee" demandé à l'État (GM) est "loin d'être déraisonnable." Cela représente en fait près de Rs 400 millions pour 300 000 tonnes de déchets que le gouvernement (GM) aura à puiser des fonds publics. Alors que ce même GM dépense actuellement moins de Rs 100 millions par an pour traiter ses déchets à Mare Chicose. Or, avons-nous appris, c'est le mois dernier que la portée légale relative au tipping fee a été questionnée. Ce projet est-il conforme aux dispositions du CTB Act compte tenu de l'implication de l'argent public ? Y a-t-il eu une request for proposals ou un prequalification exercise pour attirer les meilleures offres ou "économiquement avantageuse" comme dirait Gamma ? Même si ces questions restent posées pour l'instant, il demeure que, sur le plan économique, l'option proposée dans le plan d'action soumis par le consultant Carl Bro en 2005, l'option de landfill - correctement géré - aurait coûté Rs 31,6 millions USD à l'État (2005 à 2025), soit Rs 1 milliard, contre 106 M USD (Rs 3,5 milliards) pour un incinérateur de 150 000 tonnes de déchets. Et si Gamma conclut l'accord de "tipping fee" et Power Purchase Agreement avec le CEB - pour Rs 3,80 kw/h -, une tonne de déchets incinérée lui permettra de générer 108 USD. Soit des recettes brutes de près de Rs 1,1 milliard sur un an. Et l'État, selon les premières indications, dépenserait le double de son budget actuel en termes de tipping fee.

L'élimination des déchets est considérée comme le principal component du projet de Gamma-Covanta roulant une waste-to-energy plant à La Chaumière. Elle reste, valeur du jour, l'option la plus chère comparativement aux autres techniques d'élimination de déchets, et aussi, la plus crainte et contestée par les mouvements sociaux et environnementaux à travers le monde. Nous prendrons comme exemple nos voisins de l'île de la Réunion pour étayer cet argument. En dix ans, l'île sœur n'est pas parvenue à réaliser un seul des trois incinérateurs, pourtant projetés dans son Plan départemental pour l'élimination des déchets ménagers et assimilés (PDEDMA). Mais ils opèrent tout de même deux landfills, trois centres de compostage et trois centres de tri, et ce, tout en ayant atteint un niveau nettement avancé en matière de valorisation ou de recyclage.

À l'heure actuelle, selon la dernière édition du magazine Eco Austral, les autorités responsables continuent à analyser les implications financières d'un projet de valorisation énergétique, presque similaire à celui de Gamma-Covanta, et la poursuite des activités d'enfouissement, avec comme possibilité d'utiliser le biogas pour produire de l'électricité. Les dernières études réalisées par la CIVIS (Communauté intercommunale des villes solidaires) comparent les analyses financières d'un landfill et d'un incinérateur. "233 millions d'euros pour le traitement des ordures avec incinération, 171 millions d'euros sans incinérateur", est-il indiqué dans cet article signé Hervé Chossat.

Ces chiffres représentent pour les Réunionnais Rs 10,5 milliards d'investissement dans un incinérateur contre Rs 7,6 milliards pour l'enfouissement technique. Soit une différence de près de Rs 3 milliards pour une île qui, pourtant, a déjà adopté pour les différentes filières de valorisation de déchets. Ici, à Maurice, l'État, ou l'ancien gouvernement, a payé le consultant Carl Bro plus de Rs 15 millions pour réaliser une étude et un plan d'action susceptible de faire face aux urgences écologiques et les défis économiques de ce pays. Et, après les tergiversations de l'ancien régime et l'installation des nouveaux gouvernants, ce dossier semble avoir perdu toute sa pertinence. Alors même qu'un contrat de Rs 1,4 milliard a été accordé à Sotravic pour le landfill de Mare Chicose, un budget de près de Rs 200 millions sera déboursé pour reloger et compenser les habitants de ce village et deux études, dont une EIA Study sur la poursuite des activités à Mare Chicose et l'autre pour la compensation des habitants, coûtant plus de Rs 5 millions.

Les scénarios analysés

Dans la conjoncture économique actuelle, où la population est systématiquement invitée à ser sintir, il serait donc intéressant voire légitime de se demander pourquoi les décideurs ont finalement choisi de payer plus cher. D'après le plan d'action initial, la poursuite d'activités d'enfouissement et de production d'électricité à partir du biogaz à Mare Chicose lui aurait coûté en 20 ans 31,6 millions USD pour le traitement de ses déchets. Selon Carl Bro, qui avait analysé les implications financières et économiques de quatre scénarios possibles, dont un avec un incinérateur de 150 000 T de déchets, un premier landfill de 4,5 millions m3 devrait être en opération en 2008 et un deuxième d'une capacité de 5 millions m3 en 2020. "The recommended scenario would be Scenario 3, whereby no incineration would be implemented (...) Based on the waste flow forecast, a new landfill will be required in 2024. In the financial analysis, no provision has been made for the latter. Total investment for the two landfills amount to USD 31,6M."

Les trois autres scénarios auraient coûté :

Scenario 1 : a 150 000 tonnes per annum MSW (Municipal Solid Waste) incineration in 2007 (106,8 M USD ou Rs 3,5 milliards) ; Scenario 2 : a lower capacity of 75 000 tpa MSW incineration in year 2007 (75,3M USD ou Rs 2,4 milliards) ; Scenario 3 : No MSW incineration (31,6M USD) ; Scenario 4 : a 150 000 tpa MSW incineration in year 2012 (106,8 M USD ou Rs 3,5 milliards).

Ainsi, avec un taux de change à Rs 33 pour 1 USD, cela aurait coûté au pays environ Rs 1,1 milliard en termes d'investissement, cela sans tenir en compte les coûts des opérations qui, selon les projections, devraient coûter entre Rs 2 et Rs 3 milliards. Par contre, l'incinération d'une tonne de déchets pour un incinérateur d'une capacité de 150 000 tonnes coûterait environ 111 USD (Rs 3 663) et 129 USD (Rs 4 257) pour une plant d'une capacité de 75 000 tonnes.

Les estimations de Gamma-Covanta rejoignent celles de Carl Bro s'il conclut l'accord suivant avec l'État et le CEB : 39 USD pour une tonne de déchets payée par l'État et Rs 3,80 kw/h d'électricité vendu au CEB. Sur la base de ces chiffres, l'incinération d'une tonne de déchets pour en produire de l'électricité devrait rapporter aux promoteurs 108 USD par tonne, dont 69 USD dans la vente d'électricité. L'élimination des déchets et la production de l'électricité représentent les deux sources de revenus. En brûlant 300 000 tonnes par an pour en produire de l'énergie, ces activités devraient leur valoir un revenu global de près de Rs 1,1 milliard par an.

Une analyse plus approfondie nous permet de comparer ce que cela coûtera au GM par rapport aux coûts actuels ou s'il avait opté pour le Scenario 3. Ainsi, avec un tipping fee de 39 USD, le gouvernement dépensera approximativement 386 millions par an. Le traitement d'une tonne de déchets par voie d'enfouissement, en tenant en compte les intrants, coûte actuellement 21 USD/T. Soit 18 USD ou Rs 594 en moins. Pour 300 000 tonnes, le coût revient au gouvernement à Rs 207 millions contre les Rs 386 millions pour Gamma-Covanta. Soit une différence de Rs 179 millions sur une année sur le court terme. Sur le long terme, et sur la base des données fournies dans le rapport Car Bro pour le scénario 3, la moyenne pour le traitement d'une tonne de déchets devrait se situer autour de 29 USD.

Ces chiffres ne sont certes que des indications sur les enjeux financiers de ce dossier qui, s'il est approuvé, liera l'État au promoteur pour une période de 20 ou 25 ans. Mais, au-delà de l'aspect financier, certains au gouvernement auraient soulevé des interrogations sur les implications légales d'un éventuel contrat entre le promoteur et l'État concernant le tipping fee. Selon les dispositions du CTB Act, à la Section 7 (2) de "Award of major contract", il est, à titre d'indication, stipulé que : "No person shall sign a major contract with any public body unless the award has been approved by the Board (...) Where it comes to the knowledge of the Board that a contract has been awarded or is about to be awarded in breach of this Act or regulations made thereunder, the Board shall forthwith report the matter to the Prime Minister, recommending such action as it may deem appropriate."

L'État reste muet

C'est justement cet aspect qui suscite des interrogations car, à ce jour, le gouvernement n'a jamais lancé d'exercice de request for proposal ou un prequalification exercise et encore moins un appel d'offres en marge de sa politique de gestion des déchets ou de sa décision de confier le traitement de ses déchets au secteur privé. D'autant plus que c'est à partir des fonds publics que cet argent devra être puisé. "Légalement, et au nom de la transparence, l'État aurait dû lancer une request for proposals, invitant les opérateurs spécialisés dans le domaine de waste-to-energy de faire des offres, et par la suite procéder à une présélection des bidders avant d'allouer le contrat final à celui qui a fait l'offre financière et technique correspondant à sa politique de gestion des déchets", explique-t-on au CTB.

Sur quels critères donc la letter of intent du BOI a-t-elle été octroyée au partenariat Gamma-Covanta ? Le promoteur, dans une lettre adressée à Week-End, soutient qu'il "s'exprime dans la plus grande transparence" ; qu'il apporte des "solutions nouvelles pour sa politique de renouvellement de sources d'énergie" ; et qu'il apporte des "solutions techniquement efficientes, environnementalement fiables, socialement acceptables et économiquement avantageuses pour le pays." Mais peut-il nous éclairer sur l'environment cost de sa waste-to-energy plant à La chaumière ? L'État peut-il confirmer si une étude a été conduite en ce sens pour un projet de cette envergure ? Le CEB, qui accumule dette sur dette, peut-il affirmer si la proposition de vendre de l'électricité à Rs 3,80 kw/h s'aligne sur les prix du marché ? Le gouvernement peut-il expliquer sa nouvelle stratégie de gestion des déchets et de ce qui adviendra de son centre d'enfouissement si la presque la totalité des déchets sera traitée en dehors de Mare Chicose ? Enfin, peut-il confirmer si l'avis du State Law Office (SLO) a été recherché sur la question de tipping fee ?

Dans l'immédiat, comme l'observe si bien ce lecteur qui nous a adressé un courrier cette semaine : "Dans cette affaire, chacun joue sa partition. Le promoteur rentabilise ses investissements et prend les dieux à témoin qu'il ne pense qu'à l'intérêt national. Les consultants défendent les intérêts de leurs clients. Les journalistes jouent leur rôle de chien de garde et aboient à la lune. L'État reste muet..."


Réactions

Une ONG contacte les organisations internationales

Le Pesticides Action Network (PAN), organisation non-gouvernementale (ONG) créée en 2005, a alerté trois organisations internationales concernant le projet de mettre en opération un incinérateur à La Chaumière. Le président de cette ONG, Jugdish Hurrynag, qui a contacté Week-End, soutient que la démarche de son association vise à faire comprendre aux autorités qu'il y a d'autres alternatives à l'incinération.

"Notre objectif est de prévenir contre les dangers que représentent les Persistent organic pollutants (POPs) sur l'environnement et la santé. Nous voulons apporter notre contribution dans la construction le développement d'une île propre, et informer et éduquer la population civile par rapport au danger que représente l'incinération", déclare-t-il.

Le PAN, indique son président, a pris contact avec la Global Anti-Incinerator Alliance (GAIA), le International POPs Elimination Network et une ONG en Afrique du Sud qui, en réaction, a proposé son soutien et celles des ONG de la SADC.

Elle a également formulé des commentaires sur le projet de Gamma-Covanta au ministère de l'Environnement, estimant que le plus "gros danger" est lorsque le personnel de Covanta spécialisé dans ce domaine fera le handing over à ceux formés sur place.

"D'après nos recherches, et c'est prouvé, les problèmes commenceront à surgir après 4 ou 5 ans, lorsqu'il s'agira d'assurer l'entretien des équipements ou de respecter les normes concernant les émissions toxiques. Et il sera difficile de limiter les dégâts si jamais un accident survenait", prévient-il.

Albion : lettre de protestationà l'Environnement

"Nous pensons que ce serait une grossière erreur que ce projet se fasse à La Chaumière." C'est ce que souligne l'Union Solidarité des Morcellements d'Albion (USMA) dans une lettre adressée au ministre de l'Environnement, Anil Bacho, mardi dernier. Se disant consciente que le pays doit trouver des solutions au problème de déchets et que la "région de l'Ouest est l'une des mieux indiquées", l'USMA partage ses craintes par rapport aux conséquences des activités d'incinération dans la région.

"La région d'Albion à Bambous est appelée à se développer dans les prochaines années Les régions d'Albion, Belle Vue, Canot, Spendid Village se trouvent directement sous les vents généraux, et, même si ces régions se trouvent en dehors du périmètre d'un kilomètre (sans compter Roches Brunes et Bambous), à long terme, il est un fait que les particules finiront par atteindre ces quartiers résidentiels et s'accumuleront. Les émanations de gaz toxiques causées par l'accumulation des déchets se formeront. Nous pensons que d'autres sites plus excentrés, avec les vents généraux poussant vers le large, seraient mieux appropriés", fait ressortir la vice-présidente de cette association, Violaine Carver.

En 2002, l'USMA s'était prononcée contre un projet de l'ancien gouvernement de créer un centre d'enfouissement et un incinérateur dans la région. "Nous ne sommes pas disposés à subir cet état de choses", avaient clamé les membres de l'association tout en regrettant qu'à l'époque aucun rapport sur les problèmes survenus à Mare Chicose n'était disponible sur les questions portant sur " le sous-sol, la qualité de l'air, l'impact sonore, la sécurité, la faune et la flore et l'impact économique sur la région."

Cette association s'était également interrogée sur les dangers de traiter des déchets mélangés : "Qu'en est-il à Maurice alors que nous savons tous que depuis le départ (poubelles individuelles) tous les déchets, toxiques, non-biodegradables sont systématiquement mélangés ? Il n'y a donc aucune garantie que tout est mis en œuvre afin de nuire au minimum à l'Homme et son environnement."

Pétition à Mont Roches,R. Brunes et C. Levieux

Un groupe d'habitants des quartiers de Mont Roches, Camp Levieux et Roches Brunes préparent actuellement une pétition à l'intention du Premier ministre, Navin Ramgoolam, pour exprimer leur désaccord contre le projet de créer un incinérateur à La Chaumière. Une pétition est actuellement en circulation pour recueillir la signature des habitants tombant dans l'Air Sensitive Area du projet waste-to-energy. Les principaux animateurs de ce mouvement ont eu une première réunion dans la soirée de vendredi. L'objectif, soutiennent les membres, est d'obtenir 500 signatures avant de déposer la lettre au Prime Minister's Office, les ministères et autres organismes concernés.


Exposé d'un lecteur sur la dioxine-La Chaumière: site Seveso ?

Le projet de Gamma-Covanta d'incinérer les déchets municipaux pour produire de l'énergie électrique, publié dans les éditions de Week-End du 4 et 11 mars, a suscité intérêt et réaction parmi nos lecteurs. En fin de semaine, un parmi a attiré notre attention sur les effets de la dioxine qui, indique-t-il, est très toxique sous forme de gaz ou de particules. "Je m'étonne cependant que personne n'ait jugé bon de parler de la dioxine, ni des conditions d'implantation, ni d'un plan d'urgence", fait-il remarquer.

L'auteur de la lettre fait en effet un exposé fort enrichissant sur la dioxine et les dégâts causés dans de nombreux pays, dont en l'Italie, à Seveso, où quelques kilos avaient contaminé une zone de 18 km.

Quelques extraits de la lettre.

"Sous forme de gaz ou de particules, la dioxine est très toxique. (À Seveso en 1976, quelques kilos contaminent une zone de 18 km_). Elle est cancérigène: cancer des voies respiratoires et du système uro-génital, leucémie. Elle a des effets néfastes sur la reproduction et sur le développement (la très catholique Italie a dû autoriser temporairement l'avortement pour les femmes enceintes atteintes de dioxine). Elle est neuro-toxique. Elle résiste aux dégradations naturelles et ne perd la moitié de sa toxicité que sur une durée de 7 à 8 ans. Elle est toxique pour l'individu exposé de façon chronique à des concentrations si faibles qu'il faudrait un équipement spécial (introuvable à Maurice) pour la déceler. Elle "voyage" sous forme diluée sur des longues distances, pénètre les végétaux et se reconcentre au bout de la chaîne alimentaire."

"On en apprend toujours sur les effets de la dioxine. Vingt ans après, le Centre for Disease Control and Prevention d'Atlanta travaille encore sur les prélèvements sanguins des victimes de Seveso. En Europe, environ 65% des dioxines dans l'atmosphère proviennent de l'incinération industrielle des déchets (…) Il a fallu cependant la catastrophe survenue à l'usine d'ICMESA à Seveso en 1976 pour que politiques et scientifiques s'accordent sur l'ampleur de la toxicité de la dioxine. Malgré tout, ce n'est qu'en 2004 qu'elle entre au premier rang des douze Polluants Organiques Persistants (POP) définis par la Convention de Stockholm."

"Il est exact qu'on a amélioré les techniques de traitement de la dioxine des incinérateurs: injection de charbon actif, installation de lits de coke de lignite, meilleur dépoussiérage des filtres, refroidissement rapide des gaz pour éviter le créneau de 200° à 450°C où se forme la dioxine, injection d'urée, etc. Il serait cependant malhonnête de prétendre qu'il existe un système d'ingénierie viable à 100%. Les canalisations, les systèmes de détection, les protections peuvent faillir comme une vulgaire soupape (à la NASA, comme chez Alcodis). Aux défaillances mécaniques s'ajoutent le facteur humain et les circonstances. Les accidents arrivent soit quand l'unité travaille à plein rendement (forte demande d'électricité) ou avec un personnel réduit (durant les fêtes) ou durant une période de révision des équipements ou dans des conditions météorologiques défavorables ou encore la nuit, quand on ne peut évacuer une population endormie. Les accidents arrivent surtout quand l'entreprise rogne ses marges de sécurité et ne tient pas les engagements pris afin d'obtenir un permis d'opération."

"Il suffit de surfer sur les sites des agences de l'environnement pour se rendre compte que des incidents surgissent presque chaque semaine en Europe et aux États-Unis sur un site Seveso. Incidents qui seraient devenus des catastrophes sans zone tampon. Il s'agit d'une zone de 5 à 7 kilomètres autour du site où il est interdit d'habiter, d'élever des animaux, de cultiver la moindre plante pour la consommation humaine et d'installer une entreprise agroalimentaire. Autant dire que, selon ce critère, il n'y a pas de place dans une île Maurice surpeuplée pour une usine d'incinération de déchets."

"Plan d'urgence ? (…) les États où sont implantés des sites à risques doivent impérativement mettre sur pied un plan d'urgence, en informer les populations et procéder régulièrement à des exercices. S'agissant de la Chaumière, voyons une zone minimale de 3 km touchée par une concentration de 50 microgrammes/m_. Il faudrait d'urgence évacuer les habitants de Bambous qui sont en première ligne, abattre les animaux domestiques, volailles, chèvres et cochons et détruire les plantations. Une contamination du plan d'eau de La Ferme exige que les sorties soient fermées et que les consommateurs soient raccordés à un autre réservoir."

"Ce n'était qu'un scénario minimaliste. Le pire serait une contamination plus étendue des champs de cannes en hiver. Les ambassades européennes en place ont le devoir d'en informer leurs administrations. L'Europe prend au sérieux tout risque de contamination des produits alimentaires par la dioxine. Le sucre n'étant pas un produit différencié, celui de la récolte en cours pourrait être interdit sur le marché européen. À moins d'isoler certaines plantations de la zone de Médine par un "cordon sanitaire".

18 mars 2007

Le Week End

Méga-projet Gamma-Covanta Incinérateur à La Chaumière: La résistance sociale s'organise

La résistance sociale se précise autour du méga-projet de Gamma-Covanta d'opérer un incinérateur de déchets pour produire de l'électricité à La Chaumière. Alors que les promoteurs sont dans l'attente de leur permis d'Environment Impact Assessement afin de démarrer la construction de leur usine, les habitants de la région de Roches Brunes, Mont Roches et Camp Levieux, regroupés au sein d'une alliance connue comme le Mouvement social de Roches-Brunes et des régions avoisinantes (MSRBRA), pour faire front contre ce projet. Le temps d'une conférence de presse organisée jeudi après-midi pour exprimer leurs inquiétudes, les principaux animateurs de ce mouvement ont décidé de passer à l'action dès vendredi soir avec une campagne d'affiches dénonçant les dangers sanitaires et environnementaux qui y sont liés.

"Incinérateur à La Chaumière, danger public. "C'est avec ce slogan figurant sur des affiches (voir plus loin) dans les quartiers concernés que ce mouvement social, qui déjà recueilli 2000 signatures pour une pétition adressée au Premier ministre, a démarré sa campagne de sensibilisation en fin de semaine. En prélude, jeudi après-midi, les principaux animateurs du mouvement, ayant comme président un ancien athlète, Gilbert Cadet, ont rencontré la presse pour faire part de leurs appréhensions et leur volonté de militer contre le projet de Gamma-Covanta. "Pour 6% de courant, tant de risques valent-ils la peine ? Nous ne sommes pas prêts à prendre le moindre risque pour nos familles, nos enfants et les générations à venir", lâche le leader du groupe, alors que le Directeur général de Gamma Civic venait tout juste de faire une présentation de son projet à l'Université de Maurice, Réduit (voir plus loin). Et comme entrée en matière il annonce: "Notre but est de canaliser les informations vers le public pour l'aider à prendre conscience de ce qui est projeté à quelques centaines de mètres de nos maisons. Et notre mission est de militer pour que la République de Maurice atteigne un environmental sustainability et que nous puissions vivre dans un environnement propre et sain."

Le message est sans ambiguïté. Mais l'homme fort de la situation se nomme le Dr Iqbal Beeghun. Fort de son expérience acquise à l'étranger, ce chimiste de formation et ex-lecturer de l'Université de Maurice, a pour tâche de partager avec les journalistes et personnes présentes dans la salle d'œuvre de l'église de Notre-Dame de Lourdes ses observations et ses analyses techniques sur les informations puisées à partir du rapport EIA du promoteur du projet d'incinérateur. "Ce projet est une catastrophe au point de vue financier parce qu'il est nettement plus coûteux que les autres techniques d'élimination des déchets. Il bafoue clairement les principes élémentaires de précaution, de prévention et de développement durable", fait-il comprendre.

À la fin de son analyse technique et ses réserves formulées à l'encontre des arguments des promoteurs (voir encadré), il ajoute: "Nous ne sommes pas des partisans anti-développement. L'incinération des déchets à grande échelle n'a pas sa place à Maurice. C'est un procédé en déclin dans le monde et ceux qui l'ont fait le regrettent. Et ces nombreux pays ne considèrent plus les déchets comme des matières à incinérer ou à enfouir, mais bien comme des ressources pouvant être réutilisées. Il existe d'autres modèles, d'autres techniques à explorer comme la réduction à la source, la réutilisation, le tri sélectif, le compostage et le recyclage. Et la France qui privilégie la voie de l'incinération, n'est pas l'exemple à suivre dans ce domaine."

Hedley Pallany, le vice-président, Gaston lew, membre du comité technique, et les autres membres, Rachel Lew, Gervais Lebon, Judi Dacruz, en présence du président de l'ONG Pesticides Action Network (PAN), Jugdish Hurrynag, adoptent les mêmes arguments, citant même les études et observations faites par des experts et professeurs d'Université. Pour eux, le combat ne s'arrête dans la Région. "Nous irons au-delà de la région. Il s'agira de conscientiser la population sur les dangers que représente ce projet pour la santé, l'environnement et voire les risques de contamination de la chaîne alimentaire", déclarent-ils.

Observations et analyses techniques du Dr Bughun

-L'Environement Protection Act des Etats-Unis énumère les effets visibles de la dioxine comme suit : "cancer, birth defects, infertility, weaknened immune response, skin disorders and behaviour change." Il n'existe pas de mesures de base de dioxines/furanes actuellement.

- La Convention de Stockholm a été ratifiée par l'île Maurice en 2004. Elle

vise à réduire les émissions de dioxines et furanes (POPs) et l'élimination ultime (cendres). L'incinération des déchets figure parmi les grandes sources fixes de contamination visées par le Protocole.

- Lors de la combustion (850 degrés), il reste des cendres sur les grilles : 30% du poids ! Cela est cité dans le rapport EIA de Gamma-Covanta et ils le contredisent en disant dans leur publi-reportage qu'il y aura 90% de perte de poids. Pour simplifier, l'usine de La chaumière brûlera 3 tonnes de déchets pour en produire 1 tonne. Ou en 3 ans on aura "refabriqué" ce qu'on a brûlé en 1 an, sauf qu'il sera cette fois hautement toxique.

- Pour traiter les fumées, on les pulvérise à la chaux, ammoniaque et charbon actif. Cela neutralise dans une certaine mesure les acides et absorbe un peu de dioxines/furanes. De nouveau, on a créé une grande quantité de déchets hautement toxiques (sels, acides, métaux lourds, dioxines, furanes).

- Comment éviter que ces résidus qui seront mis sous terre et que leurs " leachates " (lixiviation, pénétration d'eau) contaminent l'environnent et la nappe souterraine, surtout avec l'influence de cyclones ou pluies torrentielles à Maurice. La nappe souterraine, parfaitement saine, est à seulement 25 m sous terre contre 100m pour les "bore-holes". La région maraîchère et les élevages sont à moins de 250 m. Et la zone résidentielle la plus proche est à 1 km.

- Qu'est ce qu'on fera des résidus solides toxiques, qui équivaudrait à 2,3 millions de tonnes dans 25 ans, ainsi que les "leachates", liquides toxiques ? L'ajouter au béton est encore plus dangereux.

- Comment évaluer la dispersion des fumées (90 m) par modélisation, alors que le modèle utilise les données de Plaisance, situé à 30 km du site de La Chaumière !

- Selon le rapport EIA, le promoteur n'a pas eu la permission d'utiliser l'eau de rejet (irrigation / IA) de la "sewerage station" pour le refroidissement des machines. Il n'y a pas de garantie de WWA en période cyclonique, pluies et panne. Il n'y a pas de "contingency plan" (ref : minutes of meeting with WWA / EIA).


À petit feu...

Guerre des équipements MARTIN

"La compagnie Gamma Energy sera équipée de matériel dernier cri, hautement sophistiqué, fabriqué sous licence du célèbre groupe allemand Martin." C'est l'assurance donnée par le directeur général de Gamma, Tommy Ah Teck, dans une lettre publiée dans les colonnes de Week-End le dimanche 18 mars dernier. Or, tout porte à croire qu'un autre promoteur aurait devancé Gamma-Covanta concernant l'utilisation des équipements de la marque MARTIN.

La firme Martin GMBH a réagi cette semaine en envoyant une attestation certifiant que les droits exclusifs pour l'utilisation de ces mêmes équipements ont été octroyés à la compagnie Constructions industrielles de la Méditerranée (CNIM) sur le territoire mauricien. Me Zakir Mohamed, de Mohamed Chambers, qui représente les intérêts de CNIM, un autre promoteur nourrissant également les ambitions d'opérer un incinérateur à La Chaumière, nous a fait parvenir une copie de l'attestation, datée du 27 mars et stipulant :

"La firme Martin Gmbh für Umwelt Energietechnik atteste que CNIM a la licence exclusive sur le territoire de l'île Maurice des systèmes de combustion MARTIN pour les déchets ménagers, comprenant, entre autres, la grille à recul, le contrôle commande pour la combustion et tous les accessoires nécessaires au bon fonctionnement de cette installation. En conséquence, aucun constructeur autre que CNIM ne peut construire et livrer une usine de traitement des déchets équipée d'une grille MARTIN."

Cette correspondance, voire précision de la firme allemande, ne peut que laisser perplexe...

La concasseuse re... dérange

Certains habitants du village d'Albion, particulièrement ceux domiciliés dans le quartier Splendid Village, étaient dans tous leurs états mardi soir en constatant que la concasseuse de Gamma continuait à opérer à des heures tardives. Et ce, malgré les garantis du directeur général de ladite compagnie, Tommy Ah Teck, qui, lors d'une rencontre quatre jours auparavant, avait assuré aux habitants qu'il veillerait personnellement que la concasseuse opère entre 6h et 18h. Les habitants ont immédiatement téléphoné à ce dernier pour lui faire part de leur sentiment d'exaspération. Le lendemain, une lettre a été adressée à la police de l'environnement pour protester contre ces activités nocturnes, et bruyantes. Et, depuis, les bruits courent au sujet d'une réunion organisée en catimini, mais qui aurait été avortée à la dernière minute.

Campagne d'affiches à BBRH

Les animateurs au sein du Mouvement social de Roches-Brunes et des régions avoisinantes (MSRBRA) n'ont pas chômé vendredi soir, lançant une campagne d'affiches visant, disent-ils, à sensibiliser et à mobiliser le public contre le projet d'incinérateur à La Chaumière. Depuis hier matin, ces affiches ne passent pas inaperçues dans plusieurs quartiers de la ville de Beau-Bassin/Rose-Hill, allant de Mont Roches à Camp Levieux en passant par Roches-Brunes. "Incinérateur à La Chaumière : Danger public", peut -on lire sur ces affiches, qui invitent à "mobilizé contre prozé insinérater" et prévient que "ena la mor (cancer) la dan."

Députés du n°20 à Albion

Après sa réunion avec le directeur général de Gamma, Tommy Ah Teck, vendredi dernier, le regroupement des associations d'Albion multiplie ses rencontres avec les porte-parole et représentants des forces vives des autres régions situées autour du site de La Chaumière, dont Gros Cailloux, Bambous et Canot. Jeudi soir, les animateurs de ce regroupement ont rencontré deux députés de la circonscription, en l'occurrence Maurice Allet, leader du PMSD, et Shekar Naidu, membre du MSM. Quelques jours plus tôt, une rencontre avait été organisée entre le même groupe et le Secrétaire général du MMM, Rajesh Bhagwan.

"Pour l'instant, personne ne s'est committed, si ce n'est qu'ils nous ont dit de continuer à maintenir la pression", déclare Jean-Michel Casse, un des porte-parole du mouvement d'Albion. Le promoteur compte, pour sa part, organiser une nouvelle rencontre avec les habitants du village et les quartiers avoisinants cette semaine pour présenter son projet et répondre aux questions relatives au projet d'incinérateur.


Lettre de Conscience Urbaine-"Il ne peut y avoir d'exploitation sans une législation…"

Le projet Coventa sur le tapis, expliqué, soulève des interrogations parmi le public. Aussi, Conscience Urbaine souhaite apporter son point de vue sur le sujet, puisqu'il se trouve que nous le suggérons dans le document Aspirations, document qui a été soumis au ministre des Administrations régionales dans un esprit de contribution en vue de la réforme annoncée.

Loin de nous l'idée d'anticipation, étant donné que le gouvernement, par le biais du ministère de l'Environnement, ne s'est pas prononcé sur l'incinérateur d'une part, et que le ministère des Administrations régionales ne communique pas encore sur le Bill de la réforme annoncée d'autre part. Par ailleurs, prendre connaissance de la position de Conscience Urbaine s'avère être un exercice informatif pour tout lecteur.

Il figure, en effet, dans nos propositions de réforme, un incinérateur de type VERT et ÉCONOMIQUE, et de facto, des poubelles de tri, des poubelles de compostage et autres y relatifs. Nous fournissons dans Aspirations une projection d'environ 50 ans en ce qui concerne le mode de fonctionnement urbain. Aussi, en ce qui concerne les déchets, et après avoir inclus le mixe énergétique, nous sommes arrivés à la conclusion suivante: "Incinérateur vert et économique: une politique interventionniste". Maurice n'est pas un pays industrialisé dans le sens large ou dans le sens propre du terme. Le pays est une succession de collectivités locales, et notre proposition semble être la plus adaptée à notre territoire. Qui, d'ailleurs, coûte 10 fois moins cher. Interventionniste, car l'incinérateur doit être sous le contrôle des mairies, ou tout au moins, celles-ci doivent en être les actionnaires majoritaires.

Il ne peut y avoir d'exploitation sans une législation qui définirait les normes et les réglementerait au préalable: valeurs légales, indice pondéral, vitesse ascendante d'émission de gaz, le rapport four/matière plastique-PVC/acide chlorhydrique, teneur en dioxine, teneur en SO2 (dioxyde de soufre), etc.

Il faut avoir à l'esprit que ce sera le (budget du) ministère des Administrations régionales qui paiera par tonnage et non celui de l'Environnement. C'est bien dans ce cadre qu'il a été constaté, ailleurs, toujours par une gestion projectionniste, que les collectivités locales doivent être majoritaires. Qui paiera autrement ? À quand une hausse de la taxe d'habitation ? Ou toute autre formule de subvention ? Le gouvernement se doit de soupeser tous les angles s'il ne tient pas à se mordre les doigts dans le court terme.

Christian Némorin,

Porte-parole de Conscience Urbaine

Le Week End

 

1er Avril 2007

 

Plate-forme antipollution :

"Mobilisation nationale contre le projet La Chaumière"

La Plate-forme antipollution (PAP) se lance résolument dans une véritable croisade contre le projet de Gamma-Covanta de construire un incinérateur de déchets à La Chaumière. Lors d'une réunion publique vendredi soir, elle a formulé le souhait que les actions sociales débouchent sur une mobilisation nationale pour dire non à ce projet.

Quelque 300 personnes étaient présentes à cette réunion. Les principaux intervenants ont mis l'accent sur les dangers liés à l'incinération des déchets sur l'environnement et la santé, ainsi que sur les aspects économique et financier. "Pa enan okenn lozik ekonomik dan sa projet-la. Ena lezot solisyon", ont-ils soutenu. La présence de parlementaires dans l'assistance n'est par ailleurs pas passée inaperçue, à savoir celle de Shekar Naidu, Fazila Daureawoo, membres du MSM, Kishore Pertab, candidat MMM au n°13 aux dernières élections, et Maurice Allet, leader du PMSD. Ce dernier, contrairement aux autres politiciens présents, a refusé d'apposer sa signature à la pétition circulée à l'occasion.

"Cette mobilisation doit prendre une dimension nationale et interpeller toute la population. Mais il faut une participation sociale, surtout la volonté des habitants de la région pour réussir une mobilisation nationale." C'est le message lancé par la PAP à l'occasion d'une première réunion publique à Roche-Brunes, vendredi, en début de soirée. Avec le Mauritius Council of Social Services (MACOSS) qui est venu prêter main forte aux mouvements sociaux de la région, à savoir Bambous, Roches-Brunes, Albion, Canot et Gros Cailloux, d'autres animateurs représentants des Organisations non gouvernementales (ONG) sont venus renforcer les rangs, à l'image de Jayen Chellum de l'Association des consommateurs de l'île Maurice, Mosadeq Sahebdin de l'Institut pour la protection des consommateurs et Dana Chengen, président du MACOSS.

Le président de la PAP, Gilbert Cadet, a été le premier à prendre la parole. Faisant une présentation du projet consistant à brûler 300 000 tonnes de déchets annuellement pour produire de l'électricité, il a mis en valeur les autres filières et techniques de traitement de déchets à part l'incinération comme le système de tri sélectif, le compostage et le recyclage. "Il y a d'autres solutions durables. Le promoteur a cité le projet d'Isseanne à Paris dans ses publi-reportages, mais il n'y a rien de comparable entre ce projet et celui de Gamma. Celui d'Isseanne coûtera par exemple cinq fois plus cher. Mo demann mwa ki kalite proze zot pou fer si li kout sinz fwa mwen. Mais j'espère que la raison prendra finalement le dessus sur les enjeux financiers", devait-il déclarer.

Pour la PAP, la principale préoccupation autour de ce projet reste le potentiel risque sur l'environnement et la santé publique. Le Dr Iqbal Bhugun, chimiste, s'est chargé de faire un exposé technique du projet, explicitant sur les particules et molécules toxiques qui émaneront de la cheminée de l'incinérateur, le danger que représentent les cendres - fly ash and bottom ash - contenant de la dioxine, une dérive toxique et dangereuse, dit-il, pour la santé et l'environnement. Ses arguments ont été soutenus par Vassen Koopoossamy, ingénieur en environnement : "Il y a trop de risques dans ce projet. Le rapport EIA ne donne pas les réponses par rapport aux préoccupations environnementales. D'ailleurs, le rapport Carl Bro a souligné qu'un incinérateur n'est pas viable à Maurice."

Le Dr Samsoon, également expert en matière environnementale, a poursuivi le même argumentaire en indiquant que l'incinération de déchets dépend de plusieurs facteurs importants, dont la valeur calorifique du combustible susceptible de générer l'énergie nécessaire pour produire 20 MW d'électricité. En brûlant 300 000 tonnes de déchets, insiste-t-il, cela ne laissera pas la place au développement d'autres projets alternatifs comme le recyclage. Selon lui, le projet de Gamma-Covanta n'a pas sa place à Maurice : "Pour nous, le problème environnemental reste entier. Il n'y a pas de logique économique non plus dans ce projet. Le gouvernement dépensera Rs 400 millions au lieu de Rs 200 millions."

Les autres intervenants ont par ailleurs mis l'accent sur la façon dont le gouvernement a approuvé ce projet en accordant au promoteur sa lettre d'intention. "Ena kiksoz ki pa normal ladan", estime Jayen Chellum, alors que Mosadeq Sahebdin a averti qu'il ne serait pas question d'aller faire le même projet ailleurs s'il ne se concrétise pas à La Chaumière.

6 mai 2007

Le Week End

 

Incinération des déchets

Médine proteste: "Le projet incompatible avec les élevages à La Chaumière"

 

 

La sucrerie de Médine a formellement protesté contre la mise en opération d'un incinérateur produisant de l'électricité à La Chaumière dans une lettre adressée à l'Acting Director du ministère de l'Environnement le 19 février dernier, et dans une deuxième correspondance le 23 février, accompagnée d'un document signé par un service vétérinaire faisant état des risques et "nuisances" que de telles activités peuvent avoir sur ses élevages de bovins et de poulets. Les élevages de SODIA, situés entre 250 et 300 mètres du site où est prévu le waste-to-energy plant, produisent annuellement 1 250 000 volailles et 200 000 têtes bovines. Et les investissements estimés à plus de Rs 100 millions.

"We have to point out that you will be liable to any loss incurred by the Medine SE Ltd arising from the setting up of the project", est-il souligné à la fin du document rédigé par un service vétérinaire privé, dont l'expertise a été retenue pour analyser l'impact des activités d'incinération de déchets sur les élevages dans la région de la Chaumière. Le consultant conclut également que le projet de waste to energy sera "detrimental" et est "incompatible" avec ces activités.

Les préoccupations de Médine, par le truchement de ce service vétérinaire, se traduisent en une série de points mettant en garde contre le caractère nuisible de ces activités. Le service vétérinaire estime ainsi que les déchets qui seront acheminés vers le site peuvent contenir des matières organiques de toutes sortes, dont des carcasses d'animaux, incluant des volailles, capables de se présenter comme de "serious disease threat" aux élevages. "Such site will have an abundance of flies which are vectors of highly pathogenic diseases of poultry. Again with the storage of waste, the fly population will be high due to bad odour which will emanate. This will cause loss of appetite to chicks on farm and, leading to a very poor weight gain. Even our personnel working on the farms will be affected, as their health may be at stake", est-il souligné.

Mettant l'accent sur l'effet négatif que le bruit associé aux activités de l'usine pourrait avoir sur le développement des volailles, le service vétérinaire attire également l'attention sur les émissions de gaz et particules émanant de l'usine. "Emission of toxic gases like carbon dioxide, carbon moxoxide, dioxine, and other noxious gases coming from incinerators are very common. waste and garbage may also contain dry cells, batteries, etc. and hence emission of oxides of heavy metals (…) Ash production which cannot be prevented in such operations will definitely constitute a serious threat to the poultry houses, either by its storage or by its transport", indique le rapport vétérinaire.

Indiquant que Médine a consenti des investissements de plus de Rs 100 millions dans la construction de bâtiments et l'achat d'équipement, le rapport prévient le ministère de l'Environnement que "we have to point out that you will be liable to any loss by the Medine Sugar Estates Ltd arising from the setting up of the project".


Incinérateur à La Chaumière

Me Guy Ollivry: "Je pense qu'il y a matière pour que la justice intervienne"

"Si le promoteur a admis qu'il y a des risques, je pense qu'il y a matière pour que la justice intervienne", a déclaré Me Guy Ollivry, hier après-midi, lors d'une rencontre entre les principaux responsables des associations d'Albion et les habitants du village concernant le projet d'incinérateur de déchets que Gamma, en partenariat avec Covanta, projette d'opérer à La Chaumière. Faisant partie de l'assistance, me Ollivry est intervenu lors du volet questions-réponses. Les habitants ont évoqué la possibilité d'organiser une manifestation avec slogans et pancartes. Le Dr Samsoon, consultant en matière environnementale - qui participait à cette réunion comme animateur aux côtés de Jean-Michel Casse, Alain Aliphon et Violaine Carver - a, pour sa part, soutenu que le pays n'était "institutionnellement" pas prêt pour abriter un projet de cette envergure.

Ils étaient un peu plus d'une centaine à avoir répondu présents à l'invitation des responsables des deux principales associations d'Albion, pour prendre connaissance de l'avancement du projet d'incinérateur à La Chaumière, des risques auxquels le village est exposé et des retombées des réunions de consultation avec le promoteur et députés de la région. Jean-Michel Casse, porte-parole de ce mouvement, qui bénéficie officiellement du soutien de l'hôtel Club Med, qui ouvre ses portes à Albion en juin, a d'emblée souligné le but de cette rencontre. "L'objectif est de vous conscientiser sur les dangers liés au projet d'incinérateur et de mobiliser les habitants du village pour dire non à l'incinérateur et pour définir des actions futures."

Le moment fort a été noté lors du deuxième volet de cette rencontre. L'interaction entre les deux parties a permis aux membres de la communauté d'Albion de partager leurs points de vue et confirmé leur support aux animateurs et responsables (voir plus loin). Parmi les membres de l'assistance, Me Guy Ollivry est intervenu pour situer la portée des actions envisagées par le mouvement social, notamment lorsqu'un participant a évoqué la possibilité de loger une injonction contre le projet de Gamma-Covanta. "Il faut d'abord que vous vous mobilisiez pour soumettre vos arguments aux autorités. Vous devez vous battre contre l'octroi du EIA Permit. Si le promoteur a admis qu'il y a des risques, je pense qu'il y a matière pour que la justice intervienne. Il faut maintenant venir dire quels sont les risques que le projet comporte sur chacun de vous, et cela doit se faire dans le respect de chacun de vos droits", a-t-il soutenu.

Jean-Michel Casse a fait un exposé sur le projet de Gamma-Covanta qui, en s'implantant à La Chaumière, envisage de brûler 300 000 tonnes de déchets pour produire de l'électricité. Faisant état de la rencontre entre les responsables de ce mouvement et le Managing Director de Gamma Civic, Tommy Ah Teck, il a soutenu que le porte-parole du partenariat Gamma-Covanta "n'a pas convaincu. Malgré les assurances de Tommy Ah Teck, nous estimons que ses réponses ne sont pas suffisamment claires. Plusieurs points sont restés en suspens, notamment sur le tri des déchets, le plan de secours, le convoi des déchets et les émissions. Il a minimisé les risques sur les chiffres et les impacts. M. Ah Teck n'est pas au courant qu'il y a des habitations à La Chaumière. Il ne semble pas tenir en compte qu'il y a un lieu de culte, des plantations et des élevages. L'aspect financier n'est pas convaincant non plus. Nous sommes convaincus que le projet n'est pas fiable", devait-il déclarer.

"Le projet pas fiable"

Le porte-parole du mouvement a cité le projet d'incinérateur de Paris (Iséanne) et l'exemple singapourien, évoqué par le promoteur, pour étayer ses arguments selon lesquels "nous n'avons pas confiance en ce projet". "Son projet n'est pas comparable à ce qui se fait au Singapour parce que ce pays est trois fois plus petit que Maurice et a une population de 6 millions d'habitants. L'incinérateur d'Iséanne est en construction. Il ne peut pas comparer son projet de Rs 5 milliards à un projet qui coûtera à Paris Rs 25 milliards. Ce projet français est en conformité avec les règlements tombant sous la Loi Royale, qui interdit par exemple de brûler des déchets bruts. Il faut faire le tri avant de brûler", devait-il préciser.

Cet aspect a été repris par le Dr Samsoon. Ce dernier a estimé que le projet souffre d'un manque de "transparence à tous les niveaux". Il a soutenu que le pays n'est pas prêt "institutionnellement" pour un waste-to-energy plant. "Même si le promoteur dit que les normes et les directives de l'Union Européenne seront respectées, il faut savoir que ces mêmes normes sont associées à un cahier de charges imposé par le législateur. Les lois européennes stipulent qu'il faut un contrôle en amont associé à un système de tri, cela pour arriver à un standard pour minimiser les risques", a-t-il déclaré.

Il a aussi évoqué la question de valeur calorifique des déchets et l'engagement de l'État vis-à-vis du promoteur. "La question est de savoir: si le gouvernement prône le recyclage, y aura-t-il suffisamment de déchets pour l'incinérateur ? Et ce que le projet ne dit pas également, est ce qu'il fera des hazardous wastes. Est-on réellement capable de gérer quelque chose de cette envergure?", s'est-il interrogé.


Réactions des habitants

- "Il faut commencer à faire bouger les gens et leur faire comprendre le danger que représente ce projet pour nos familles, nos enfants et les femmes enceintes. Nous allons vers la mort si nous restons assis chez nous à ne rien faire."

- "Comment compte-t-on attirer des touristes vers Albion ou fréquenter un établissement hôtelier comme le Club Med si cet établissement se trouve sous le vent d'un incinérateur ?"

- "Il faut descendre dans la rue, dire ce qu'on doit dire, et que le gouvernement prenne ses responsabilités ! Et il faut veiller à ce que nos affiches et nos banderoles ne soient pas enlevées !"

- "Il nous faut prendre conscience du danger que représente ce projet et montrer que nous sommes unis. Je m'engage personnellement à marcher tous les jours s'il le faut pour déposer des courriers et pamphlets dans les boîtes aux lettres des habitants d'Albion."

- "Ce n'est pas une cause régionale mais une cause nationale. Il faut faire appel à la solidarité des Mauriciens, comme les habitants du sud l'ont fait pour la Vallée de Ferney. Pourquoi pas nous ? À l'étranger, les écolos manifestent contre de tels projets. Ils arrivent même à "piquer" une tente sur le site et ils y dorment pour montrer qu'ils sont contre. Je m'engage à le faire…"

- "Je souhaite que ce mouvement aille au-delà d'Albion et organise une manif, non pas silencieuse, mais une marche pacifique pour converger vers La Chaumière, avec pancartes pour dire non, haut et fort !"

- "Si Monsieur Ah Teck ne peut pas contrôler les poussières de sa concasseuse, comment va-t-il contrôler un incinérateur qui émet des gaz toxiques ?"

- "Les risques sont là et en cas d'accident, ce sera pire que le chikungunya. Aucun touriste ne voudra mettre son nez ici, même celui de Grand-Baie, sachant que la chaîne alimentaire peut aussi être contaminée."


À petit feu

L'Environnement répond…

Le ministère de l'Environnement a répondu à au mouvement social de Roches Brunes et des régions avoisinantes (MSRBRA) qui, en début de semaine, lui a adressé un document de sept pages contre le projet d'incinérateur à La Chaumière. "You may rest assured that your comments will be taken into consdideration during the processing of the EIA application for the above mentioned project", a répondu le ministère. Après la campagne d'affiches lancée la semaine dernière, le MSRBRA a rencontré les forces vives de la région de Bambous, Canot et Gros Cailloux, en vue de créer un mouvement regroupant tous les quartiers considérés comme les air sensitive areas autour du projet de La Chaumière.

Objectifs européens

Fixer à 50% le niveau de réutilisation et de recyclage des déchets solides qui devra être atteint en 2020 et à 70% s'agissant des déchets de construction et des déchets industriels. C'est l'objectif recherché à travers un projet législatif présenté au Parlement européen le 13 février dernier. "Le Parlement européen veut imposer dès 2012 une stabilisation des quantités de déchets produites dans l'Union européenne au niveau atteint en 2008, puis une réduction de leurs volumes à partir de 2020", peut-on lire sur le site du journal Libération. Sous le titre "Le parlement européen veut stopper la croissance des déchets", il souligne le souhait des eurodéputés que les États membres prennent des mesures pour imposer à l'industrie l'utilisation de matériaux recyclables ou générant des déchets aussi peu nocifs que possible: "Les objectifs d'une politique de maîtrise des déchets doivent être selon eux hiérarchisée, la priorité étant la réduction des déchets à la source. À défaut, leur réutilisation ou leur recyclage doivent être envisagés avant d'en arriver, faute d'une autre solution, à la valorisation ou à l'élimination." À réfléchir...

Shakeel Mohamed revient !

Après une première question parlementaire adressée la semaine dernière au ministre des Utilités publiques, le Dr Abu Kasenally, député de la circonscription No. 13, Rivière des Anguilles/Souillac, Shakeel Mohamed, revient à la charge cette semaine avec une question portant sur le waste-to-energy project de Gamma-Covanta. Le député de l'Alliance sociale cherche à savoir auprès du vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, si d'autres promoteurs autres que Gamma ont manifesté de l'intérêt pour le même type de projet auprès du Board of Investment (BOI) .

Le Week End

8 Avril 2007

 

Projet d'incinérateur à La Chaumière

Le BOI fait la sourde oreille

Le projet de Gamma-Covanta de construire un incinérateur à La Chaumière pour produire de l'électricité aurait fait l'objet de certaines observations négatives, pour ne pas dire d'opposition, au niveau de certains ministères, avant que les mouvements sociaux ne commencent à manifester leur désaccord contre ce même projet.

Il ressort que certains responsables au gouvernement auraient, verbalement et officiellement, émis des réserves sur la façon dont le projet a d'abord été retenu, puis sur sa letter of Intent délivrée par le Board of Investment (BOI). La pierre d'achoppement porte principalement sur les fonds publics qui seront engagés dans ce projet, dont l'argent des contribuables, avec un éventuel accord signé, d'une part, entre les promoteurs de l'État et, d'autre part, avec le CEB pour la vente d'électricité.

Les sources autorisées confirment en effet que deux critères de base auraient été "ignorés" dans ce dossier, soit le lancement d'une pre-feasibility study et d'une request for proposal international, permettant aux entreprises spécialisées dans le domaine de faire des offres au gouvernement dans le cadre de sa nouvelle politique de gestion des déchets qui serait d'abandonner l'enfouissement au profit de l'incinération et le compostage.

Les interrogations formulées à l'hôtel du gouvernement sur le méga projet de Gamma-Covanta avaient d'abord remis en cause la viabilité économique et écologique de l'incinération des déchets à Maurice en l'absence d'une étude de faisabilité, citée comme un critère de base et qualifiée d'étape cruciale précédant toute décision politique pour ce type de dossier ; ou de prequalification exercise. Certains ne cachent ainsi pas leur étonnement par rapport à la manière dont le Waste-to-Energy Project a été accueilli, dont le promoteur a obtenu sa lettre d'intention.

"Une pre-feasibility study aurait d'abord permis d'obtenir des données de base sur ce type de projet, d'avoir une idée sur le coût, les implications financières et le système de financement du projet, etc. C'est à partir de là qu'un gouvernement sérieux aurait été appelé à prendre une décision politique, et d'aller de l'avant, si nécessaire, avec une nouvelle étude de faisabilité et un appel d'offres international, invitant ceux intéressés à soumettre leurs offres. Dans le cas présent, il n'y a aucun moyen de dire si c'est la meilleure option pour le pays et encore moins d'avancer si nous sommes en présence de la meilleure offre que ce soit sur les plans technique, économique ou environnementale", fait-on ressortir à l'intérieur du gouvernement.

Ces observations auraient été partagées, apprenons-nous, au niveau des comités responsables de ce dossier avant que des correspondances ne soient adressées au BOI, organisme auquel le projet a été présenté par le promoteur. Le BOI n'y aurait cependant pas accordé grand intérêt, et ce malgré le fait que les avis émanant des ministères concernés convergent dans le même sens.

Le deuxième point mis en avant et qui rejoint le principe de passer par une "feasibility phase" au préalable est l'implication des fonds publics dans le projet, même si l'investissement sera intégralement privé. Les deux principales sources de revenus du promoteur reposent sur le montant que le gouvernement paiera pour chaque tonne de déchets qui seront traités et brûlés par l'usine et l'électricité qui sera vendue au CEB.

"Public funds are directly involved ! C'est l'argent des contribuables. Et nous avons le devoir de nous assurer qu'une partie de cet argent est attribuée à un opérateur du secteur privé pour un service, dont nous ne sommes pas en mesure d'évaluer si c'est le moins cher, le plus efficace ou encore le plus propre. Comment peut-on faire payer le contribuable ou le consommateur dans ce cas ?", s'interroge-t-on au niveau du ministère des Administrations régionales.

Dans l'immédiat, les négociations sont toujours en cours entre le promoteur et le CEB, ainsi qu'avec les ministères concernés pour la question de tipping fee. Valeur du jour, le promoteur a proposé US $ 39 pour une tonne de déchets et Rs 3,80 kw/h d'électricité vendu au CEB. Dans les deux cas, des contre-propositions ont été faites. D'où le dead-lock occasionné lors des dernières négociations avec le CEB, alors qu'au niveau des Administrations régionales les principaux points en suspens portent sur les pénalités en cas de non respect des termes de l'accord, le tri des déchets et les garantis concernant le volume de déchets à pourvoir au promoteur quotidiennement.

Parallèlement, avec l'opposition grandissante des habitants des régions se trouvant autour du site identifié à La Chaumière et les risques environnementaux et sanitaires soulevés, le ministère de l'Environnement n'a toujours pas octroyé son Environement Impact Assessment Permit (EIA Permit) au promoteur. Les autorités concernées auraient recommandé au BOI de faire appel à un consultant pour le conseiller sur ce dossier. Mais aucune confirmation ne nous a été donnée relativement à cette question au niveau du BOI, le directeur et son adjoint, nous a-t-on fait comprendre, se trouvant actuellement à l'étranger.


À petit feu

Bachoo rencontre la PAP "bientôt"

Le ministre de l'Environnement, Anil Bachoo, devrait "bientôt" rencontrer les dirigeants de la Plate-forme antipollution (PAP), mouvement social qui a vu le jour il y a quelques semaines et qui milite contre le projet d'incinérateur à La Chaumière. Les proches collaborateurs du ministre indiquent qu'il recontrera ceux concernés autour d'une table en présence de ses officiers afin qu'ils puissent prendre notes de leurs doléances et leurs préoccupations. Le ministre de l'Environnement, qui rentre au pays aujourd'hui après avoir participé à une réunion sur le sustainaible development sous l'égide des Nations unies, devrait annoncer la date de cette rencontre en début de semaine.

Bizlall à la rescousse

La Plate-forme antipollution (PAP), après avoir accueilli en son sein des organisations non-gouvernementales et la MACOSS, continue à se renforcer avec la présence de syndicalistes. Celui qui s'est manifesté cette semaine est Jack Bizlall, syndicaliste et négociateur de la Federation of Progressive Union. Les dirigeants de ce mouvement, bénéficiant de l'aide de techniciens et experts en matière environnementale, préparent actuellement un rapport technique qui, indiquent-ils, sera soumis bientôt au gouvernement. Ils ont également annoncé que désormais toutes leurs actions passeront désormais à travers la PAP, qui représente toutes les régions concernées par le projet d'incinérateur.

Le E-waste préoccupe

Excellente initiative que celle prise par le ministère des Administrations régionales cette semaine en organisant, à travers son Solid Waste Management Unit, un atelier de travail sur la gestion des déchets électroniques et électriques, le E-Waste. Le E-Waste, classé dans la catégorie des déchets dangereux, est aujourd'hui considéré comme une sérieuse menace pour la planète. Le ministre des Administrations régionales, James Burty David, a ainsi souhaité lors de l'ouverture de cet atelier de travail, que le pays trouve une solution à ce problème. "Disposal of E-waste should be a cirizen responsability. We want reasonable framework and legislation to make disposal of E-waste a reality", a-t-il déclaré tout en soulignant qu'une des premières étapes sera de sensibiliser le public. Il reste à savoir si, entre-temps, ils seront incinérés à La Chaumière.

Le Week End

 

13 mai 2007

 

 

Incinérateur à La Chaumière

La PAP soumet un rapport technique au GM

La Plate-forme anti-pollution (PAP), association regroupement des ONG et des mouvements sociaux, a soumis au gouvernement un rapport détaillé contre l'incinération des déchets à Maurice, cela dans le sillage du projet de waste-to-energy à La Chaumière. Intitulé "supporting evidence against solid waste incineration in Mauritius", ce document de 42 pages propose une contre-expertise du projet sur la base des informations fournies dans le rapport EIA du promoteur.

Le mouvement social, regroupant des habitants des régions de Bambous, Albion, Roches-Brunes et autres Gros Cailloux, a ainsi soumis une copie du rapport au ministre de l'Environnement, Anil Bachoo, lors d'une rencontre lundi dernier au Ken Lee Building. Une rencontre qualifiée de "positive" dans les deux camps, alors que le ministre a donné la garantie que le Environment Impact Assessment Committee de son ministère tiendra compte de leurs arguments et que les choses se feront dans les règles avant de prendre une décision concernant le permis EIA du promoteur du projet.

Le document produit par la PAP, qui compte également sur l'expertise technique d'experts en matière environnementale, traite plusieurs aspects de ce projet de Gamma-Covanta, dont les caractéristiques des déchets solides à Maurice, le volet financier et économique de ce projet, l'incinération des déchets à l'étranger, le rapport EIA du projet proposé et son impact sur l'environnement, la santé, la nappe phréatique ou les activités dans son voisinage. Concernant les particules, "fly ash" et "bottom ash" qui seront produits, les experts de la PAP indiquent que, selon le rapport EIA, 90 000 tonnes seront produites par an. Élaborant sur la nature toxique de ce dérivé de l'incinération des déchets, le document estime que "the EIA report seem to minimise the fact that the fly ash and residue waste from MSW incinerator are considered as hazardous in many countries as these wastes contain dioxins and furans, heavy metals and other pollutants."

Ils s'appuient également sur la nécessité de développer d'autres filières de traitement de déchets. La PAP conclut ainsi que "there will be no incentive to promote waste reduction, re-use and recycling", de même que "no business opportunity" pour le développement du recyclage à Maurice qui, par ailleurs, génère plus d'emplois comparativement à un incinérateur. Commentant un volet crucial du projet, notamment la valeur calorifique des déchets et l'impact de l'incinération en général, elle conclut que "on the basis of the precautionary principle, the application for the EIA must be rejected."

Le Week End

27 mai 2007