Lors d'une visite hier au sommet de la montagne: le PM réaffirme sa détermination à protéger "le caractère sacré" du Morne

 

Le Premier ministre Navin Ramgoolam déposant une gerbe symbolique sur le sommet du Morne, hier matin

Une émotion intense et la détermination de son gouvernement à tout faire pour que le Morne soit reconnu à sa juste valeur sur le plan international mais aussi national, comme symbole de la lutte contre l'oppression et pour la liberté: c'est ce qu'a affirmé hier le Premier ministre à l'occasion d'une visite au sommet du Morne, au lendemain de l'envoi du dossier d'inscription à l'Unesco et à la veille des célébrations du 1er février. Une visite symbolique mais aussi politique, avec l'expression d'un appui marqué à Sylvio Michel.

Si Maurice a envoyé à l'Unesco jeudi dernier, 25 janvier, le dossier officiel de demande d'inscription du Morne au Patrimoine Mondial de l'Humanité, c'est manifestement en direction de la communauté locale que le Premier ministre a tenu à effectuer, hier matin, une visite très médiatisée au sommet du Morne. Ce à la veille de la célébration du 172ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage le 1er février prochain. Outre des personnes qui ont travaillé sur le dossier d'inscription comme le ministre Gowreessoo, la présidente du Morne Heritage Fund (Stéphanie Anquetil), celle du National Heritage Fund (Diana Bablee), l'historienne Vijaya Teelock ou le Dr François Odendaal (expert mandaté par l'Unesco), le Premier ministre avait en effet tenu à inviter personnellement Sylvio Michel, leader de l'OF/Les Verts. Et à saluer, de façon très appuyée, " le courage, la persévérance et l'intégrité " de son combat pour la reconnaissance du Morne. Ce à quoi Sylvio Michel s'est dit extrêmement sensible, remerciant le Premier ministre de lui avoir donné l'occasion de monter au sommet du Morne pour la première fois et disant son intense émotion à cette occasion. Faisant aussi une vive sortie contre l'opposition, lui reprochant de ne pas s'être fait entendre sur le dossier du Morne, et estimant blessante sa décision initiale de déclencher une grève de la faim le 1er février. C'est dire si la visite d'hier avait un aspect politique non négligeable.

"Une oasis de paix dans un océan de souffrance"

Expliquant qu'il ne serait pas au pays le 1er février, ayant été invité en Inde par Sonia Gandhi, Navin Ramgoolam a ainsi justifié sa décision de se rendre au Morne hier matin pour un triple dépôt de gerbes: au sommet du Morne, à Trou Chenille et au pied de la montagne du côté des caves faisant face à la plage publique et où ont été retrouvées des traces d'occupation soupçonnées être d'esclaves en fuite.

A l'issue de cette visite, le Premier ministre a dit sa satisfaction d'avoir fait le déplacement pour voir en personne le Morne du sommet. Visite rendue encore plus riche par les explications du Dr François Odendaal, montrant une connaissance du dossier que le PM a tenu à saluer.

Navin Ramgoolam a dit avoir ressenti à cette occasion une émotion d'une force inattendue, comme à l'Aapravasi Ghat. " Ici, on sent le poids de l'histoire. On se rend pleinement compte des difficultés que les esclaves fugitifs, ces soldats de la liberté, ont dû endurer pour gravir cette montagne. Sur le Morne les esclaves ont trouvé une oasis de paix dans un océan de souffrance. On ne peut pas rester insensible à cela ", dit Navin Ramgoolam.

Pour le Premier ministre, le Morne est donc un "symbole de la lutte contre l'oppression et pour la liberté", combat que nous devons continuer. "Li pa zis enn World Heritage ki nou pé rodé, li ousi enn patrimoinn nasional". Et le patrimoine, dit-il, n'a pas de prix car " il s'agit de l'âme de la nation ".

Le Premier ministre a par ailleurs réaffirmé que conformément aux conditions de l'Unesco, aucun développement ne sera autorisé dans la core zone (zone clé) dont les délimitations ont été récemment finalisées. " C'est inacceptable. Il faut respecter le caractère sacré de ce lieu. J'y veillerai, comme je l'ai fait pour la Vallée de Ferney ", insiste-t-il. Toutefois, le flou persiste sur ce qu'il adviendra, concrètement, des développements projetés dans la buffer zone (zone tampon), à l'intérieur de laquelle le promoteur du Mone Brabant IRS a recentré son projet de construction d'hôtel et de villas, comme nous l'avons révélé dimanche dernier. Si Sylvio Michel déclare catégoriquement que " le promoteur devrait avoir au moins la décence de se retirer " et que leur projet " n'a pas sa place ici ", Navin Ramgoolam, lui, remercie " certains promoteurs " qui ont retiré leur projet et martèle qu'" il faut assurer que l'on ne dénature pas le site du Morne ". Mais il se contente de dire que " nous devons regarder avec beaucoup d'attention les projets proposés et faire très attention à la buffer zone aussi ", sans dire si le projet IRS controversé sera accepté ou rejeté.

La population invitée à réagir

Le gouvernement et le Morne Heritage Trust ont en tout cas prévu de rendre public, le 1er février, les deux documents envoyés jeudi dernier à l'Unesco, à savoir le dossier final de demande d'inscription au Patrimoine mondial, et l'ébauche du Management Plan. " Celui-ci appartient au peuple mauricien. C'est pourquoi il sera soumis à commentaire public. Nous invitons donc les gens à challenge, disagree, but most of all be positive and help us to make the plan better ", déclare François Odendaal. Qui a de son côté amené en renfort le Pr Carel Baker, expert de l'ICOMOS (organe de l'Unesco), pour aider à affiner certans aspects du dossier. Parallèlement, le Premier ministre nous a déclaré son intention de rendre enfin public le rapport du Maroon Heritage Project effectué il y a deux ans (dont nous avions publié dans ces colonnes certains extraits).

C'est dire si les célébrations du 1er février prévues au Morne risquent résolument d'éclipser cette année la cérémonie officielle encore tenue à Pointe Canon. En attendant peut-être, suite à l'examen du dossier final du Morne par l'Unesco en juin 2008, de savoir si les prochaines célébrations pourront se faire sur un nouveau site du Patrimoine Mondial de l'Humanité…

Le Week End

28 janvier 2007