Littoral ouest Flic en Flac, plage en détresse !

 

Déjà minée et défigurée par l'érosion et l'installation de gabions, la plage publique de Flic en Flac, plus précisément la partie sud se terminant avec l'hôtel Pearle Beach, offre à la vue un véritable paysage de désolation. Où est donc passée cette plage d'antan qui faisait bonheur et fierté de visiteurs, pique-niqueurs locaux ou étrangers ?

Les racines de filaos rongées et mises à nu par les vagues offrent une image à la fois surprenante et attristante. C'est ce qui frappe en premier lieu sur cette partie de la plage de Flic en Flac. C'est la conséquence du phénomène d'érosion qui, à Maurice comme ailleurs, semble ne vouloir rien épargner dans certaines zones du littoral. C'est aussi, selon les études, la résultante d'un développement à outrance sans planification ou d'autres activités tel le dragage de sable dans nos lagons ou dans le port qui, au fil du temps, ont altéré les courants littoraux et entraîné un déséquilibre naturel. L'érosion côtière touche aujourd'hui plusieurs pays en Afrique, dont les Seychelles, l'Afrique du Sud, le Kenya, le Mozambique et la Côte d'Ivoire. À titre d'exemple, près de 25 plages sur 75 sont menacées par l'érosion aux Seychelles.

Les autorités environnementales, soutenues par le Nouveau partenariat pour le Développement de l'Afrique, semblaient avoir compris le phénomène en proposant, en 2004, un programme de réhabilitation pour la plage de Flic en Flac qui, de plus, était citée comme un "excellent case study" quant aux actions à entreprendre au niveau des autres plages menacées des mêmes dangers dans le pays. Figuraient au menu, d'importants travaux pour la reconstitution et la sauvegarde des différentes composantes naturelles, dont le rechargement de la plage, l'aménagement d'une végétation endémique, la restauration des coraux et l'élimination des gabions.

Mais trois ans après, on ne peut pas dire que ce plan d'action, plein de promesses au départ, a eu un effet décisif sur cette partie de la plage située entre le Manisa Hotel, de l'autre côté de la route côtière, et le Pearle Beach Hotel. "Irreversible erosion is occuring and has the potential to become widespread along the sandy beaches of Mauritius", prévenait pourtant, en 2004, le rapport d'étude de WF Baird and Associates Coastal Engineers et Reef Watch Consultancy Ltd.

Les gabions: véritables eye-sores sur la plage

La partie nord de la plage a certes fait l'objet de travaux de réaménagement et de nouvelles installations pour le public, mais il reste que cette partie sud, longue de 600 mètres, se trouve dans une situation d'abandon pour le moins préoccupante. Hormis les dégâts naturels causés par les déferlantes, l'absence de mesures et, surtout, le manque d'entretien sont criants.

Les gabions, remplis de pierres et longeant la plage sur une distance de près de 300 mètres, sont dans un état déplorable. Fabriquées à partir de fil de fer protégé par un léger coating en plastique, ces structures, pourtant considérées comme efficaces, s'usent chaque jour. Et sont détruites par la rouille, sans doute à cause de l'air salin - mais personne n'avait sans doute pensé à ses effets !

Et déjà, les gabions se présentent comme des véritables eye-sores en face de cette magnifique plage de sable blanc, au lagon turquoise. Se sont incrustés dans le paysage bouteilles en plastique, cannettes de bière, troncs d'arbres et autres déchets laissés par quelques insouciants. De l'autre côté des gabions, l'on ne peut que constater l'étendue des dégâts. Entre les filaos, une énorme quantité de pierres provenant de ces mêmes structures a envahi une partie de la plage, laissant à peine entrevoir le gazon et le sable. Et autour, d'énormes roches provenant de nulle part jonchent la plage jusqu'à la route côtière et quelques drums usés et déformés font office de poubelle.

Non ! Ce n'est pas la face cachée de la plage de Flic en Flac. Mais l'état même d'une des rares plages encore accessibles et "pique-niquables", aujourd'hui en situation de détresse. SOB ! Oui. C'est un appel de détresse. Save Our Beach


Suite à un Stop Order servi mercredi

Le Pearle Beach Hotel sommé de démolir son sea wall

Le ministère de l'Environnement a servi un Stop Order contre les travaux de construction actuellement en cours à l'hôtel Pearle Beach, sommant le promoteur de démolir immédiatement le sea wall tombant sur la plage de Flic en Flac. Les travaux de démolition, qui devaient initialement être effectués en novembre de l'année dernière, doivent ainsi être complétés avant que le promoteur n'obtienne à nouveau le feu vert des autorités pour la poursuite des travaux de construction d'un nouveau complexe hôtelier, dont la réouverture est annoncée pour la seconde moitié de l'année.

Près de trois ans après les conclusions du rapport du cabinet de consultants Baird, recommandant au ministère de l'Environnement de procéder au "removal of the Pearle Beach Hotel Sea Wall from the active dynamic zone" de Flic en Flac, ce sea wall, souvent cité comme le "mur de la discorde", ne fera finalement plus partie du paysage de cette partie du littoral ouest. Les experts estimaient, en effet, que ces travaux de comblement sur une hauteur de près de deux mètres gênent l'accès à cette partie de la plage et sont liés au phénomène d'érosion sur cette partie de la plage de Flic en Flac.

Entre démolir le mur ou tout raser, la direction avait fini, après négociations avec l'ancien gouvernement, par décider de bâtir un nouvel établissement avec une plus grande capacité d'accueil et d'autres facilités tels qu'un spa, un centre nautique, un restaurant, une salle de conférence ou encore un centre de remise en forme. Mais selon certaines conditions.

En effet, comme les visiteurs, pique-niqueurs ou habitués de cette plage peuvent le constater, la nouvelle infrastructure de Pearle Beach déborde sur une partie de la plage publique de Flic en Flac. Le gouvernement a accordé une portion de 40 perches supplémentaires au promoteur, allant de 30 mètres du high water mark jusqu'à la route côtière, pour faire de la place à des bungalows. En contrepartie, le promoteur s'engagerait à démolir le mur et prendre à sa charge la réhabilitation complète de la plage sur une distance de 123 mètres, et de 30 mètres à partir du high water mark. Soit une superficie de 3 690 mètres carrés. "C'est le deal que le promoteur a fait avec l'ancien gouvernement", fait remarquer un officier du ministère de l'Environnement. "Le but était de rendre cette partie de la plage plus accessible au public, car avec le mur et en période de marée haute, le passage était trop restreint. Le grand gagnant reste sans doute le promoteur qui, d'une part, a obtenu une portion de terrain sur la plage publique, et, d'autre part, pourra faire profiter ses clients de la plage qui sera réaménagée, d'autant plus que Pearle Beach aspire à devenir un hôtel 4-étoiles."

Cependant, selon les termes de l'accord, le promoteur devait initialement procéder à la démolition et la réhabilitation de la plage en novembre dernier. D'où le Stop Order servi par le ministère de l'Environnement cette semaine, sommant la direction de Pearle Beach de respecter son engagement et d'arrêter les travaux de construction de son hôtel jusqu'à nouvel ordre. Les travaux de démolition ont ainsi démarré vendredi matin. Le promoteur aurait mis en avant la "période cyclonique" pour justifier le retard dans la démolition du mur.

18 mars 2007

 

Le Week End