M. René Ng Kee Kwong, directeur du MSIRI::

"Maurice peut renouer avec l'autosuffisance"

Maurice peut renouer avec l'autosuffisance en matière de production de la pomme de terre, estime M. René Ng Kee Kwong, directeur du Mauritius Sugar Industry Reserach Institute (MSIRI). Dans l'interview-minute qui suit, il explique aussi l'importance de cette Année Internationale de la Pomme de Terre.

Quel est l'importance de cette Année Internationale de la Pomme de Terre?

Avec la crise alimentaire marquée par des pénuries et l'inflation des prix de denrées de base tels le maïs, le blé et le riz, la FAO (Fonds des Nations Unies Pour l'Alimentation et l'Agriculture) a jugé utile de mettre sous les projecteurs la pomme de terre, un produit aussi nutritif que ces denrées en manque et qui se trouve être une plante facilement cultivable.

La pomme de terre a l'avantage d'être un produit qui, contrairement aux principales céréales, n'est pas commercialisé sur le marché mondial et dont le prix n'est pas soumis aux fluctuations des marchés internationaux. C'est un produit qui, en règle générale, est cultivé localement pour être consommé localement.

La population mondiale s'accroît par 100 millions d'habitants l'an et 95% de cette croissance démographique a lieu dans le monde en développement. En ces temps de pénuries et d'inflation des prix des denrées de base tels le maïs, le blé et le riz, il convient, donc, de miser sur un produit susceptible de nourrir facilement ces nouvelles bouches qui s'ajoutent aux autres surtout dans les pays en développement.

Il n'est, toutefois, pas facile de changer les habitudes alimentaires des gens…

C'est vrai. Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Mais, déjà, face à la crise, les choses évoluent. Au Pérou, par exemple, pays d'origine de la pomme de terre, face aux coûts de la farine de blé, les autorités encouragent la population à manger du pain, fait en partie avec de la farine de pomme de terre.

En quoi consiste le rôle du MSIRI en ce qui concerne la production de la pomme de terre?

Notre vocation est la recherche. La pomme de terre est, pour nous, un "mandate crop". Nous produisons des semences certifiées. En fait, dans le passé, nous produisions la totalité de nos besoins en semences. Nous sommes encore en mesure d'en produire plus. Nous nous occupons aussi du contrôle des maladies qu'il faut constamment surveiller

Peut-on, réellement, atteindre l'autosuffisance en matière de production de la pomme de terre à Maurice?

Si on a pu le faire dans les années 1984/1986, il n'y a aucune raison pour qu'on ne puisse, de nouveau, renouer avec cet objectif. Je ne crois pas qu'il manque, aujourd'hui, de terres, pour atteindre cet objectif surtout en culture de rotation avec la canne.

Le problème qu'il convient, prioritairement, à régler, c'est celui des capacités de stockage. Il nous faut trouver les moyens de stockage pour une année entière. Il faut investir dans l'infrastructure en vue d'être à même de stocker 25 000 tonnes de ce féculent.

Il y a aussi la possibilité de produire en "cross-border" à Madagascar. Mais il faut aussi tenir compte du coût de la main-d'œuvre.

Le Week End 24 aout 2008

 

Pas Géométriques de Bel-Air S.E

La CMT bénéficie de 104 A sans aucun projet hôtelier

Alors que les conclusions de l'enquête de l'Independent Commission Against Corruption (ICAC) au sujet des allégations de pots-de-vin de Rs 50 millions impliquant le ministre des Terres, Asraf Dulull, sont à l'étude au Bureau du Directeur des Poursuites publiques (DPP), la Cour suprême a été saisie d'une démarche initiée par Bel-Air Sugar Estate au sujet du bail des 104 arpents des Pas Géométriques de Rivière-des-Anguilles et de Bel-Air. En effet, une motion réclame une injonction contre le ministre des Terres au sujet de l'allocation du bail à la Compagnie Mauricienne de Textile Ltée (CMT). Patrick Rountree-Wilson, Executive Chairman de Bel-Air S. E., demande également la protection de la Cour suprême contre toute éventuelle acquisition obligatoire des terres privées de la compagnie comme indiqué à l'Assemblée nationale récemment. L'affaire devra être appelée pro-forma demain matin.

Dans un affidavit soutenant la demande d'injonction, Bel-Air S.E. s'appesantit sur des éléments troublants et des zones d'ombre autour de la décision du gouvernement visant à octroyer le bail de ces 104 arpents de Pas Géométriques à la CMT. Ainsi, elle soutient que l'attribution de ces Pas Géométriques a été décidée sans que la CMT n'ait été appelée à soumettre de projet hôtelier spécifique aux ministères compétents, dont le Tourisme, l'Environnement ou encore les Finances. Le moyen déguisé, semble-t-il, en vue de justifier la Reservation Letter en date du 30 mai demeure un aléatoire accord de partenariat entre la CMT et Bel-Air S. E., qui a été dénoncé formellement par Bel-Air S. E. depuis le 25 mars dernier.

"In fact, CMT has been jockeying-for-position in order to impose on Bel-Air S. E. a joint venture on the basis of 7 or 8 arpents of freehold land for one arpent of leasehold rights (over lands belonging to the State)", souligne Patrick Rountree-Wilson, qui fait état d'une "visite en éclaireur" du Project Manager de la CMT, M. Steven, en date du dimanche 6 juillet dernier.

Sur la base de ces détails, Bel-Air S. E. maintient que "more importantly, what results from CMT's proposal for a joint venture and the visit of CMT's project manager is that CMT in fact has absolutely no separate and independent project for the development of Bel-Air for which there were no technical workings on the part of CMT or any presentation which had been made to the multisectorial ministries".

Approfondissant son analyse, Bel-Air S. E. avance que la CMT n'avait rien soumis aux ministères du Tourisme, de l'Environnement et des Finances pour de projets de développement hôtelier en vue de soutenir cette demande de bail des 104 arpents de Pas Géométriques. "Bel Air S. E. verily believes that no application whatsoever was made by CMT for any hotel development to the Ministry of Tourism and no hotel project was presented by CMT neither to the Ministry of the Environment nor the Ministry of Finance", devait arguer Patrick Rountree-Wilson.

Dans le document légal servi conjointement au ministre Dulull, au secrétaire permanent du ministère des Terres et à la direction de la CMT, Bel-Air S. E. s'étonne de la vitesse à laquelle la "Reservation Letter" ait été octroyée à la CMT. "The botched decision of the minister taken in a time frame of a mere month, without any site visit and/or other Ministry or Authority being involved, is unreasonable and irrational", avance l'Executive Chairman de Bel-Air S. E.

Patrick Rountree-Wilson ajoute que "at the relevant time and prior to the decision taken, CMT did not have any detailed or technical plan for the sites, had absolutely no expertise whatsoever in the hotel and land development, had no idea whatsoever of the topography of the lands in question and had no partner with any expertise in such land development".

Bel Air S. E. se dit convaincue que la décision des autorités d'émettre la Reservation Letter en faveur de la CMT en juin dernier serait axée sur des bases erronées concernant un partenariat avec la CMT. "The government's decision must have been taken on the understanding that there was a purported joint-venture between CMT and Bel-Air S. E. (in respect of Bel-Air S. E.'s project) in line with what CMT itself wrote on the 23rd June 2008, three days after the issue of the Reservation Letter. The purported CMT project was in truth and in fact a purported joint-venture between CMT and Bel-Air S. E.. Bel-Air S. E. is given to understand and verily believes that this purported joint venture is what was presented to government and was the reason why the Letter of Reservation was issued to CMT".

L'Executive Chairman de Bel-Air S. E. affirme que "there was no and has never been any separate and independent CMT stand-alone project". Il égratigne également le ministre Dulull pour des imprécisions sur les informations présentées à l'Assemblée nationale en réponse à des interpellations supplémentaires ; "The Minister did not inform Parliament that the two leases on which CMT is purportedly to build two hotels are not contiguous but separated by campement site leases granted to Bel-Air S. E. The minister also failed to properly draw the attention of Parliament on the access to the site which brings about a contemplated compulsory acquisition of Bel-Air S. E.'s lands", avance-t-il.

Bel-Air S. E. attire l'attention sur le point qu'il existe quelque 12 kilomètres de côte et de Pas Géométriques similaires entre Le-Bouchon et Bel-Air et que le gouvernement aurait pu identifier des sites appropriés dans cette région pour être alloués à la CMT pour les besoins de son intérêt nouveau dans le secteur de l'hôtellerie. "The whole of Benarès neighbouring Bel-Air is available. This would result in four hotel projects the two of Bel-Air S. E. and two of the CMT instead of only two of CMT".

Patrick Rountree-Wilson prend à témoin le précédent du bail de l'Ile aux Bénitiers, qui a été restitué à son précédent détenteur, pour étayer ses dires en vue d'un véritable cas d'injustice. "The lease of l'île aux Bénitiers had been terminated by the former Minister of Lands, under the former government, and allocated to a hotel project. Feeling that this decision constituted a blatant injustice to the previous occupiers of the site, the incoming government cancelled the decision of the outgoing government and restored the original lease of l'île aux Bénitiers to its beneficiairies, Bel-Air S. E. avers that what could be labeled as an injustice for l'île aux Bénitiers can equally be an injustice to Bel-Air S.E."

Tout en trouvant que "the minister (Dulull) and/or the Permanent Secretary cannot request Bel-Air S.E. to go through the ordeal it has been requested to over years and yet treat differently CMT", Bel-Air S.E. sollicite l'intervention de la Cour suprême entre autres pour la confirmer comme "la legitimate occupier of the grazing lands" ; pour décréter que la Letter of Reservation a été émise en faveur de la CMT "in unverified and wrong assumptions that there was an agreement between the CMT and Bel-Air S. E." ; d'interdire au ministère d'allouer des permis de développement hôtelier sur ces terres de pâturage et de "prohibit the State, the Minister of Lands and the Permanent Secretary from proceeding with the compulsory acquisition of private lands belonging to Bel-Air S. E."


Les principales étapes de l'affaire des Pas Géométriques

Les liens de la famille Rountree-Wilson avec la région de Bel-Air dans le Sud remontent à plus de 150 ans avec l'arrivée à Maurice des frères Wilson, James et Henry d'Irlande le 24 mai 1831. Les premières acquisitions foncières, soit 300 arpents à Saint-Félix, interviennent le 23 mai 1856. Le patrimoine foncier de cette famille s'agrandira au fil des années avec pour conséquence que Bel-Air S.E. est aujourd'hui propriétaire de 1 850 arpents de "Private Freehold Lands". Une superficie de 251 arpents et 50 perches avait été identifiée pour les besoins d'un projet d'hôtel et d'Integrated Resort Scheme.

10 septembre 1999 : le chef de Cabinet au ministère des Terres écrit à Bel-Air S. E. pour l'informer que le bail de location des Pas Géométriques était arrivé à terme et que"government purported had resumed possession of the said lands".

22 septembre 1999 : Bel-Air S. E. écrit au ministère des Terres pour réclamer une révision de cette décision compte tenu des investissements encourus avec un élevage de cerfs aussi bien que des activités relatives à l'élevage bovin et caprin.

2000 : en l'absence de décision de la part du gouvernement, Anil Nemchand de Bel-Air S.E. devait rencontrer le ministre des Terres d'alors, Moorthy Sunassee. Ce dernier devait soutenir que le gouvernement compte renouveler le bail pour tout autre activité sauf pour l'élevage.

7 février 2001 : dans une communication officielle, Bel-Air S.E. évoque une visite effectuée par des membres du gouvernement, dont Pravind Jugnauth, avec une présentation du projet de développement à caractère touristique.

4 juin 2003 : nouvelle communication au ministère des Terres portant sur le projet avec des copies aux ministères des Finances, du Tourisme et au Board of Investment.

6 mai 2004 : le projet est soumis au Board of Investment.

29 octobre 2004 : le ministère des Terres informe Bel-Air S. E, que le projet soumis est actuellement à l'étude avec une dizaine de copies du projet remises au ministère à la demande de ce dernier.

14 décembre 2004 : demande de Land Conversion au ministère des Terres.

16 décembre 2004 : séance de travail au ministère des Terres en présence de représentants de diverses instances ministérielles.

27 décembre 2004 : la Central Water Authority veut être informée des besoins en eau de Bel-Air S. E, pour le projet.

19 janvier 2005 : une "Multisectorial Site Meeting" est organisée par le chef de Cabinet au ministère des Terres.

10 février 2005 : lettre de Bel-Air S.E. au vice-Premier ministre, Pravind Jugnauth au sujet du bail des 104 arpents de Pas Géométriques.

4 mars 2005 : correspondance adressée au Premier ministre d'alors, Paul Bérenger, et une nouvelle "Multisectorial Site Meeting" est organisée quinze jours après.

26 mars 2005 : la visite du site par le Premier ministre, Paul Bérenger est annulée en raison du mauvais temps.

17 août 2005 : Bel-Air S. E. adresse une correspondance officielle au nouveau PM, Navin Ramgoolam.

1er septembre 2005 : un "Brief" sur le projet de Bel-Air S. E. est préparé à l'intention du chef de Cabinet au ministère des Terres.

12 septembre : Bel-Air S. E. écrit au ministre des Terres pour l'informer entre autres que "we have been working on this project for over three years now, and although we have had many meetings with government ministries, including the Ministry of lands, as well as the BOI we still have not received a single permit".

30 septembre 2005 : séance de travail des représentants de Bel-Air S. E. avec Shakeel Mohamed, député de la circonscription, qui devait par la suite recevoir toute la documentation sur le projet.

24 octobre 2005 : "Multisectorial Meeting" dans le bureau de Mme Vijaya Saha, Chief Technical Officer au ministère des Terres. Patrick Rountree rappelle que "the whole Pas Géométriques had been planted by my family since 1968 and the cachet would be kept and enhanced".

5 novembre 2005 : Power Point Presentation du projet devant le Fast Track Committee présidé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam.

28 décembre 2005 : réunion d'une durée de dix minutes dans le bureau du ministre Dulull en présence de Rafiq Peermamode et de Patrick Rountree.

4 février 2006 : nouvelle correspondance de Bel-Air au ministre des Terres en l'absence de toute décision et des pressions exercées par d'éventuels partenaires intéressés par ce projet.

6 février 2006 : Bel-Air S. E. écrit au vice-Premier ministre et ministre de l'Infrastructure publique, Rashid Beebeejaun.

23 février 2006 : une délégation de Bel-Air S. E. et un représentant de Raffles International Hotels devaient participer à une série de réunions "at ministry and department level, i.e. Deputy Prime Minister, Minister of Tourism, Minister of Housing and Lands, Adviser to the Prime Minister, Kailash Ruhee and Board of Investment". Le sujet à l'ordre du jour était le projet de développement hôtelier et d'IRS de Bel-Air S. E.

Entre-temps, le scandale de demande de pots-de-vin allégués de Rs 50 millions éclate avec le nom du ministre Dulull cité. Les contacts entre le ministère des Terres et Bel-Air S. E. sont coupés.

9 avril 2008 : Bel-Air S. E. écrit de nouveau au ministère des Terres pour réitérer son intérêt quant au projet soumis.

29 avril 2008 : la CMT soumet une demande pour la location à bail de 109 arpents de Pas Géométriques.

30 mai 2008 : feu vert du gouvernement à la demande de CMT pour le bail de 104 arpents.

20 juin 2008 : octroi de la Reservation Letter à la CMT.

23 juin 2008 : lettre de la CMT à Bel-Air S. E. rappelant l'importance stratégique des 104 arpents de Pas Géométriques pour le Bel Air Project. Dans sa description du site, la CMT inclut le Fish Farm et le Bungalow Ancestral des Rountree.

23 juin 2008 : correspondance signée du conseil légal de Bel-Air S. E. au ministère des Terres. Aucune réponse même.

28 juin 2008 : Bel-Air S. E. réplique à François Woo en soutenant fermement que "there had never been any agreement between Bel Air S. E. and CMT".

3 juillet 2008 : nouvelle lettre au ministère des Terres.

30 juillet 2008 : le ministère des Terres informe officiellement Bel-Air S. E. que "the said portion of land has already been allocated to Compagnie Mauricienne de Textile in line with the decision taken by government on 30 May 2008".

Le Week End 10 aout 2008