M. Cyril Monty, conseiller au ministère de l'Agro-industrie :

"La sécurité alimentaire absolue est un rêve"

"La sécurité alimentaire absolue est un rêve. Aucun pays au monde n'est entièrement autosuffisant au plan alimentaire. Même les Etats-Unis importent pour 30% de leurs besoins alimentaires" : propos de M. Cyril Monty, conseiller au ministère de l'Agro-industrie. Il intervenait vendredi de la semaine dernière à une réunion interactive avec de jeunes représentants mauriciens du Model United Nations (MUN) à l'ambassade américaine.

M. Monty indique que, déjà, l'on s'achemine vers une nouvelle hausse de 30% du prix du riz indien alors que les grains secs d'Australie sont aussi appelés à connaître une hausse de prix. Pour lui, en matière de sécurité alimentaire, il convient, davantage, de se fixer des objectifs à atteindre. Le conseiller du ministère de l'Agro-industrie souligne le rôle que joue la Chine dans le contexte de la sécurité alimentaire mondiale. Il rappelle que ce pays ne dispose que de 7% de terres arables pour nourrir sa population de 1.3 milliard d'habitants. Il souligne la pression qui sera exercée sur le marché alimentaire mondial alors que la Chine accroîtra ses importations alimentaires par 10 points d'ici à 2020.

Pour ce qui concerne le thème même de la rencontre, à savoir, "World Food Crisis : Through Africa With Hope", si M. Monty trouve louable que l'on cible l'Afrique sud-saharienne en matière de production, la question primordiale à être discutée, selon lui, demeure celle des infrastructures de base. "Des investissements énormes sont nécessaires", dit-il. Il trouve aussi important de ne pas sous-estimer l'effet de la pandémie du VIH//sida sur la main-d'œuvre agricole en Afrique. Autre question importante à considérer, selon l'intervenant : le regroupement des petits agriculteurs. Ce qui, dit-il, n'est pas aisé en Afrique.

Précédemment, Mme Roshmini Brizmohun, Programme Officer du United Nations (UN) Coordination Unit avait souligné que si la population mondiale allait s'accroître par 2.3 milliards d'habitants d'ici à 2050, celle de la région de l'Afrique sub-saharienne, à elle seule, allait augmenter par 114% durant la même période. Soulignant le fait que les terres arables sont concentrées en Amérique latine et en Afrique, elle souligne la nécessité d'un transfert des technologies. Elle insiste sur le besoin de promouvoir l'investissement agricole qui est sur le déclin.

Les délégués mauriciens au MUN, à savoir, Mlles Tejaswinee Barumdoyal, Laetitia Wong Sik Tsang et M. Sean Mangar ont, notamment, rappelé que pour son alimentation, l'Humanité ne dépend que de 12 variétés de cultures et de 14 variétés d'animaux. Ils évoquent la proposition du MUN 2008 de créer une Global Food Bank et soulignent la nécessité d'un recours aux Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) dans la lutte contre la faim dans le monde. Mais ils concèdent que les OGM, "plus résistants aux variations climatiques et solution au manque de terres arables" rencontrent de la résistance auprès du public.

De quoi manger pour tous et pourtant un milliard d'affamés !

Pour ces jeunes, le temps de la nourriture à bon marché est révolu bien qu'il existe, dans l'absolu, plus de nourriture qu'il n'en faut pour subvenir aux besoins de la population mondiale dans son ensemble. Le problème, rappelle-t-il, se situe au niveau de la distribution alimentaire qui se fait "de manière inégale". L'incidence de l'élevage sur la production céréalière a aussi été souligné. Il est, ainsi, rappelé que la production d'un kilo de bœuf nécessite entre six et dix kilos de céréales.

Evocation aussi de l'impact du changement climatique sur la production agricole. Ainsi, les jeunes délégués du MUN rappellent que d'ici à 2030, il est prévu que la récolte mondiale du maïs chutera par entre 30 et 47%. Ces jeunes rappellent aussi l'incidence de la production en masse des biocarburants sur la production céréalière à usage de l'alimentation humaine.

Seewon Seeruttun du ministère de l'Agro-industrie met, lui, en garde contre l'utilisation généralisée des OGM, "un risque pour les variétés indigènes, une menace pour la biodiversité florale". Pour lui, ce n'est pas tant le fait que les produits OGM soient un risque pour l'alimentation humaine mais, davantage, l'implication financière que cela suppose. Il rappelle, à cet effet, les risques de dépendance sur des multinationales qui ne recherchent que des profits". Pour M. Seeruttun, les variétés existantes et les techniques conventionnelles de culture sont à même de régler le problème de la faim dans le monde. L'intervenant aborde aussi la question des habitudes alimentaires en soulignant le fait que, selon lui, il y aurait six fois plus de nourriture à manger si toute l'Humanité se décidait de se convertir au végétarisme.

De tous les pays africains de la région limitrophe, l'exemple du Malawi a été celui cité en exemple. Alors qu'en 2005 seulement, un tiers de la population de ce pays dépendait de l'aide alimentaire, le Malawi a produit en 2008 un surplus agricole qui a été exporté vers la Zambie. Pour les uns, il s'agit, là, d'un "bon exemple d'engagement politique". Pour les autres, le Malawi a surtout eu la chance de disposer de ressources en eau, notamment. Mme Brizmohun explique, quoi qu'il en soit, qu'alors que tous les autres Etats décidaient enlever les subventions à l'Agriculture, le Malawi décidait de faire exactement le contraire. Aussi, explique-t-elle, quand les prix alimentaires ont grimpé, ce pays en a profité.

Dans sa note d'introduction à cette réunion organisée à l'initiative de ses services, le nouveau Chargé d'affaires des Etats-Unis à Maurice, M. Barrie Walkley a souligné l'intérêt commun pour la question de la faim dans le monde, "l'un des plus gros défis à relever". Pour le diplomate américain, il n'y a aucune raison qu'il y ait un milliard d'affamés dans le monde. "Des gens meurent de faim même aux Etats-Unis", a-t-il aussi rappelé avant de souligner le fait que le président Bharak Obama a fait de la lutte contre la faim dans le monde "une priorité majeure".

Il rappelle, à cet effet, que cette question était le principal sujet abordé par la secrétaire d'Etat américaine, Mme Hilary Clinton, lors de sa visite en Afrique en août dernier. Le Chargé d'affaires rappelle aussi que les Etats-Unis sont le plus gros donateur d'aide alimentaire aux pays en développement. la lutte contre la faim et la pauvreté dans le monde, dit-il, est "une tâche colossale" en soulignant le fait qu'il s'agissait, là, de l'un des huit objectifs du Millénaire supposé être atteint d'ici à 2015.

Le Week End 13 décembre 2009

 

 

Questions au Pr Toolseeram Ramjeawon:

"Les chances de parvenir à un accord mondial existent"

Invité à commenter les négociations en marge du Sommet de Copenhague, Toolseeram Ramjeawon, Professeur en Génie de L'Environnement à la Faculté de Génie de l'Université de Maurice, partage son analyse ce qui se jouera lors des débats dans la capitale danoise. "Les chances de parvenir à un accord mondial existent", estime-t-il lorsqu'il passe en revue les efforts consentis par certains pays, tels que la Chine, l'Inde ou les Etats-Unis à participer à une réduction des émissions de Gaz à effet de serre (GES). Ce dernier, qui avait tout récemment piloté un projet visant à mettre en oeuvre un programme basé sur le concept de production et de consommation durables pour lutter contre le rechauffement de la planète, pense toutefois que le pays devrait, dans le sillage des débats, développer une stratégie d'adaptation au changement climatique.

Professeur Ramjeawon, vous qui suivez de très près les négociations en marge du sommet de Copenhague, quel sera, selon vous, le dénouement à la fin de ce rendez-vous des plus importants dirigeants de la planète?

- En général, les observateurs se montrent assez pessimistes pour la réussite du sommet, estimant que ce dernier se dirige vers une opposition entre les pays du Nord et les pays du Sud. Les pays développés sont confrontés à une crise économique et ne peuvent pas financer à eux seuls la lutte contre le changement climatique. Les pays émergents ou en développement ne veulent de leur côté pas ralentir leur croissance en finançant la lutte contre un réchauffement climatique dont ils ne se sentent pas historiquement responsables. A mon avis, le succès de la Conférence de Copenhague dépendra en premier lieu de la détermination des pays industrialisés à prendre des mesures efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). L'issue du sommet dépendra beaucoup des Etats-Unis. L'administration Bush, qui avait refusé de ratifier le protocole de Kyoto, a été remplacée par celle d'Obama beaucoup plus ouverte et engagée sur la question. La Chine n'avait pas ratifié le protocole de Kyoto, au titre de ses besoins liés à son émergence et à sa croissance économique. Mais désormais, la Chine est le plus gros émetteur de GES de la planète. Tout comme l'Inde, elle se montre très hésitante et réticente à se voir imposer des objectifs chiffrés précis. Cependant, la Chine et l'Inde ont démontré ces deux dernières semaines quelques signes forts et encourageants, avec des objectifs quantifiés pour réduire leur "intensité carbone" (ou la quantité de carbone emises par unité de Produit Intérieur Brut). La Chine prévoit de réduire son intensité carbone de 40-45% d'ici 2020, par rapport au niveau de 2005, tandis que l'Inde réduira son intensité par 20-25%. Cela ne signifie pas que les émissions totales baisseront mais elles augmenteront moins que selon le scénario business-as-usual. Les deux pays ayant rejeté l'idée d'une réduction des émissions pour les pays en développement jusqu'à présent, leurs propositions vont sûrement donner une nouvelle dynamique aux négociations à Copenhague.

Les chances de parvenir à un accord mondial existent donc. Le fameux " Rapport Stern " a montré que le coût total du changement climatique équivaudra à une diminution d'au moins 5% du PIB mondial. Si l'on tient compte d'une fourchette plus large de risques et d'impacts, l'estimation des dommages ainsi occasionnés pourrait atteindre 20%, voire plus. En revanche, les coûts de l'action - réduction des émissions de gaz à effet de serre pour éviter les pires impacts du changement climatique - pourraient se limiter à environ 1% du PIB mondial. Le sommet de Copenhague est donc avant tout un test pour la pratique de la gouvernance mondiale face à un sujet de préoccupation majeur pour l'humanité.

Les enjeux sont donc énormes pour certains pays, dont ceux considérés comme des économies émergentes. Pensez-vous qu'on devrait oublier le passé et, dans l'intérêt de la planète, de se dire qu'il est temps de tout recommencer à zéro en se fixant des objectifs clairs et net à travers un nouvel accord?

- Lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a été mise en place pour empêcher toute perturbation "dangereuse" du système climatique. Depuis 1995, où la convention avait été ratifiée par plus de cinquante pays, les signataires se sont rencontrés chaque année dans le cadre de ce qu'il a été convenu d'appeler la " Conférence des Parties ". Lors de la troisième conférence à Kyoto en 1997, le protocole dit de Kyoto a été adopté. Il y est dit que seuls les pays industrialisés doivent réduire leurs émissions de GES, tandis que les pays en développement peuvent continuer à accroître leurs rejets de GES. On ne parviendra à un accord équitable sur le climat que si les pays industrialisés acceptent de procéder à un important transfert de technologies faiblement émettrices en faveur du monde en développement. La tâche la plus délicate de la Conférence de Copenhague consistera précisément à y apporter des solutions à ce problème d'équité.

Les petits Etats insulaires regroupés au sein du G77 veulent aussi faire entendre leurs voix en soutenant la Chine. Maurice en fait partie. Quelles sont les répercussions du changement climatique sur ces pays, dont Maurice?

- D'après les prévisions, la température du globe augmenterait de 2 à 4.5 °C en un siècle. Le scenario le plus probable est de 2.5 °C. Le niveau de la mer augmenterait de 28 à 48 cm. Le changement climatique aura trois conséquences majeures pour Maurice en tant que petit Etat insulaire, c'est à dire une augmentation de la fréquence et de l'intensité des phénomènes extrêmes, des épisodes pluvieux plus brefs et plus intenses, des périodes de sécheresses aigües, des vagues de chaleur plus fréquentes, des cyclones plus intenses et des inondations dont la fréquence va augmenter. Avec une éventuelle hausse du niveau de la mer, les conséquences sur la zone côtière s'accélèreront à travers des problèmes d'érosion. Il y aura un impact sur les récifs, des risques de contamination des nappes phréatiques, sans compter l'impact socio-économique touchant des secteurs tels que le tourisme, la pêche, le transport, les télécommunications... Ces changements peuvent aussi entraîner une augmentation de la variabilité des précipitations et une diminution de la pluviométrie. D'ailleurs, la pluviométrie moyenne de l'année à Maurice, qui était d'environ 2100 mm est maintenant d'environ 1900 mm, d'après la station météorologique.

Le pays est-il préparé à faire face aux changements climatiques ?

- Compte tenu du fait que le changement climatique est dû principalement aux pays developpés, notre rôle en tant que petit Etat insulaire(SIDS) est de mettre la pression sur ces pays dans les forums internationaux pour reduire leur émission de gaz à effet de serre . Mais s'adapter doit être le mot clé pour Maurice. Car, même si demain, par miracle, on arrête tous les émissions de GES, le changement climatique continuera pendant les prochaines 40 ans en raison de l'effet de décalage. L'adaptation d'une societé face à des crises est l'une des conditions sine-qua-non du developpement durable. Le project MID doit inclure cette stratégie d'adaption face aux changements climatiques. Pour chacune des menaces, des actions préventives doivent être prises pour s'adapter. Cela concerne par exemple, l'aménagement du territoire, particulièrement les infrastructures dans les zones cotières, le développement d'un programme de prévention des inondations, la gestion optimale des ressources en eau pour faire face à d'éventuelles sécheresses et la recherche pour developper des cultures résistant à la sécheresse et l'amélioration des techniques d'irrigation.

Le pays s'est-il engagé dans cette stratégie d'adaptation?

Malheureusement, je dirais qu'on a eu beaucoup de rapports et de séminaires sur des prédictions et impacts mais qu'on n'entend pas assez, ou presque rien sur la stratégie d'adaptation de Maurice. Il faut impliquer des économistes, agronomes, écologistes, planificateurs de l'aménagement du territoire, etc. C'est à partir d'un travail rigoureux qu'on pourra définir une stratégie d'adaptation et ensuite convaincre les bailleurs de fonds. Le Budget 2010 fait mention de la création d'un " Climate Change Unit " au niveau du Ministère de L'Environnement. Espérons donc qu'on aura ce plan d'action pour bientôt. Il faut aussi souligner que même si notre apport de gaz à effet de serre est négligeable (environ 3 tonnes de GES par habitant par an), en réduisant progressivement nos émissions de GES on construira une économie verte et plus efficiente. Le débat sur le changement climatique et la conscientisation de la population sur ce problème est une opportunité pour les politiques de prendre des mesures pour atteindre le concept de développement durable et de revoir les modes de production et de consommation dans la société.

Le Week End 6 décembre 2009

 

192 pays représentés dans la capitale danoise

Les 192 nations, signataires de la Convention-Cadre des Nations Unies qui organise depuis deux ans ces réunions de négociations sur le climat, seront représentées dans la capitale danoise. Pays industrialisés (Etats-Unis, Union Européenne, Japon, Australie, etc.), pays en développement (Chine, Inde, etc.) et pays pauvres (Afrique, Amérique latine, îles du Pacifique, etc.) devront s'entendre sur le traité. Une soixantaine de chefs d'Etats a annoncé faire le déplacement dans la capitale du Danemark. Ce ne sont pas eux qui négocient directement le texte, mais leur présence marque un signe fort de la volonté des Etats à s'engager. La majorité des leaders européens et Barack Obama seront présents.

 

Réchauffement climatique

L'avenir de la planète se joue à Copenhague

Les regards seront braqués sur la capitale danoise à partir de demain avec l'ouverture du Sommet de Copenhague, où les plus importants dirigeants de la planète seront appelés à prendre une décision sous forme d'accord stratégique concernant la réduction d'émissions de gaz à effet de serre. Les enjeux sont aussi simples que compliqués dans ce débat, dont le but avoué est de limiter à 2 degrés Celcius la hausse de la température de la Terre. Pour ce faire, tous les chefs d'Etat doivent arriver à un accord en terme de réduction d'émissions de gaz à effet de serre, notamment chez les plus gros pollueurs de la planète.

Au centre de ce jeu se trouvent, en effet, les trois plus grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES) : la Chine, les États-Unis et l'Union européenne (en 2007, ils représentaient respectivement 21%, 20% et 14% des émissions mondiales de GES. L'Inde et la Russie, les deux suivants, ne comptant que pour 4% et 6%). Si une seule de ces trois puissances se tenait à l'écart d'un éventuel accord à Copenhague, celui-ci serait privé de toute portée réelle.

Mais le pessimisme entourant l'issue des débats à Copenhague a semblé laisser de la place à l'optimisme depuis ces derniers jours avec, d'une part, l'annonce de la Chine et de l'Inde de quantifier la réduction de leurs émissions de GES, et, d'autre part, l'annonce de la Maison Blanche que Barack Obama se rendra au Danemark pour la dernière journée du sommet sur le climat. Cette journée est importante puisque c'est à ce moment que se jouent les toutes dernières discussions avec les autres dirigeants mondiaux. La venue du Président américain a toujours été prévue mais, initialement, il devait s'y rendre le 9 décembre. "Cette décision illustre l'engagement du Président (Obama) à faire tout ce qu'il peut pour aboutir à un résultat positif", a déclaré un porte-parole de la Maison Blanche, selon le site Politico.com.

Quoi qu'il en soit, l'enjeu de ce sommet est de préparer l'après-protocole de Kyoto à partir de 2012 en limitant le réchauffement climatique à 2° par rapport à la situation préindustrielle d'ici 2050. Pour simplifier, il s'agira de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 50% d'ici 2050, alors que, faut-il rappeler, les objectifs fixés à Kyoto en 1997 n'ont pas encore été atteints. Les deux questions sont: les pays développés accepteront-ils de prendre des engagements à la hauteur de l'enjeu ? Et les pays riches accepteront-ils de financer la révolution technologique des pays en développement ou en voie de développement?

La Chine, plus gros pollueur après les Etats-Unis

Ainsi, pour limiter le réchauffement climatique de 2° d'ici à 2050, les émissions mondiales de gaz à effet de serre auraient dû commencer à décroître en 2000, selon les études. Or elles ont augmenté de 38% par rapport à 1990, malgré Kyoto ! Car parmi les 172 Etats signataires, seuls 38 pays industrialisés ont pris des engagements chiffrés pour réduire leurs rejets de CO2. Une baisse d'au moins 5,2% par rapport à leur niveau de 1990 d'ici à 2012.

Ce groupe leader ne couvre que 32% des émissions carboniques dans le monde. Parmi les grands absents : les Etats-Unis et la Chine, les deux plus gros pollueurs de la planète. Quant aux pays signataires du protocole, certains se montrent incapables de tenir leurs engagements. C'est le cas du Japon et du Canada, qui affiche une hausse de ses émissions supérieure à 20% !

En 2007, la Chine a ravi aux Etats-Unis le titre de premier producteur de gaz à effet de serre. Mais un Chinois émet encore quatre fois moins de CO2 qu'un Américain. Et une grande partie de ce gaz sert à fabriquer des biens pour l'Occident, lequel reste historiquement responsable du changement climatique (les Etats-Unis et l'Union européenne sont comptables de 60% des émissions cumulées depuis 1850, contre 7% pour la Chine).

Pourtant, la Chine ne semble pas vouloir se dédouaner de la lutte contre le réchauffement. Elle entend réduire de 40 à 45% l'"intensité carbonique" d'ici à 2020. L'inde s'est, pour sa part, engagée à réduire de 20 à 25%, sur les onze prochaines années, ses émissions de CO2 par rapport à leur niveau de 2005. Les Américains, eux, ont pris 8 ans de retard avec George Bush, qui a refusé de ratifier le protocole de Kyoto. Mais de nombreuses villes, dont Seattle et New York, ont déjà mis en œuvre des programmes de réduction d'émissions de gaz à effet de serre.

Le dernier communiqué de la Maison Blanche a envoyé un signal positif en indiquant, en fin de semaine, selon l'AFP, que "les Etats-Unis s'engageraient également à payer "leur juste part" du plan d'aide annuelle de 10 milliards de dollars aux pays en développement pour les aider à lutter contre le réchauffement climatique, plan qui devrait être adopté à Copenhague." L'Union Européenne pourrait s'engager sur 30% de réduction si un accord est conclu.

Limiter à 2° l'augmentation de la température

Quelles attentes, donc, pour ce Sommet ? Depuis le Sommet de la terre à Rio, en juin 1992, les conférences sur le climat, la biodiversité, la dégradation de la couche d'ozone, la désertification se sont enchaînées comme jamais dans l'histoire de l'humanité. Mais aucun n'a véritablement apporté les solutions attendues. Il sera ainsi et à nouveau une question d'engagements à Copenhague. Les experts scientifiques du climat recommandent pour 2020 une réduction de 25 à 40% des émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990. Cela fait deux années de négociations pour un accord sur le climat. Dans la capitale danoise, un nouveau traité doit être signé. Il fixe la limitation et la réduction des émissions de gaz à effets de serre. L'objectif est de limiter à un maximum de 2° l'augmentation de la température de la terre. Ce traité sera effectif à partir de janvier 2013, date à laquelle le protocole de Kyoto prendra fin.

Selon les scientifiques, avec un tel rythme d'émissions, la température de la terre pourrait augmenter de 6° d'ici à 2100, ce qui provoquerait un dérèglement climatique irréversible pour l'environnement et lourd de conséquences pour les pays les plus vulnérables. Certaines îles de l'océan Pacifique pourraient même disparaître à cause de la montée des eaux liée à la fonte des glaces. Autre point qui sera abordé à Copenhague : le financement de l'aide aux pays pauvres en leur permettant de s'adapter à des modèles économiques et industriels durables.

Autant dire que l'avenir de la planète se jouera entre les 7 et 18 décembre à Copenhague. Espérons…


Qu'est-ce qui pollue le plus : une vache ou une voiture ?

La question n'a rien de saugrenu. Même si le transport automobile est perçu comme le principal responsable de la pollution, les chiffres prouvent le contraire. Car les bovins émettent, en digérant de grandes quantités de méthane, un gaz au pouvoir de réchauffement 25 fois supérieur à celui du gaz carbonique. Selon les experts, ces rejets entériques représentent par équivalence 3,4 tonnes de CO2 par animal et par an, contre 1,8 tonne en moyenne pour une voiture qui parcourt 14 000 kilomètres !

Le Week End 6 décembre 2009