Energie

Incinérateur à La Chaumière: Dernière ligne droite dans les négociations Gamma-CEB-Etat

 

 

Les choses s'accélèrent en ce qui concerne la signature de plusieurs accords entre le gouvernement, le Central Electricity Board (CEB) et le promoteur du projet d'incinérateur à La Chaumière, Gamma-Covanta. Alors que le Conseil des ministres prenait note de l'avancement de ce projet la semaine dernière, il se confirme au niveau du CEB qu'une deuxième round des négociations allait être ouverte cette semaine avec le promoteur. Un deuxième volet de négociation est parallèlement en cours au State Law Office depuis une quinzaine de jours en vue de finaliser une accord au sujet de la vente des déchets pour les besoins de production d'électricité.

Même si le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avait reconnu lors de sa conférence de presse marathon le 29 janvier dernier que le projet d'incinérateur de déchet comporterait quelques problèmes - mais pas autant que la central à charbon de CT Power -, cela n'empêche pas les parties concernées de poursuivre les discussions devant aboutir à plusieurs accord, dont un Power Purchase Agreement entre Gamma-Covanta et le CEB et un Waste Supply Agreement entre le ministère des Administrations régionales et les Finances, ainsi qu'un Project implementation Agreement avec les autorités concernées. Le PM qui devait rencontrer le professeur Joël de Rosney à la fin du mois pour discuter sur plusieurs questions ayant trait l'énergie et l'environnement, dont le projet Gamma, ne le fera finalement pas. Du moins dans l'immédiat, avons -nous appris des sources autorisées. D'ailleurs le Conseil des ministres indiquait dans son communiqué hebdomadiare la semaine dernière qu'il avait Cabinet "taken note of developments in the implementation of the Gamma Waste to Energy project."

Quels sont ces développement dans l'implémentation de ce projet? Peu d'informations officielles sont disponibles dans les différents milieux concernés si ce n'est que les négociations avancent à grand pas. Comme indiqué plus haut, le SLO avait été mis à contribution dans le cadre de la signature des accords avec le promoteur. La portée légale de la chose, impliquant d'autant plus les fons public font que les haut fonctionnaires des ministères concernés, principalement les Finances, veulent éovuler avec prudence sur ce dossier. Car il est d'autant pluis vrai que le promoteur veut des garanties en béton pour assurer la viabilité financière de son entreprise pour ces 25 prochaines années. D'où les frais de 39 US Dollars réclamés pour chaque tonnes de déchets qui seront brûlés pour produire de l'électricité.

Ce qui devrait rapporter au promoteur dans les Rs 375 millions annuellement pour les 300 000 tonnes de déchets alloués. Il ressort également que le gouvernement aurait rejeté sa demande pour l'obtention de 25 000 tonnes de déchets additionnelles dans le cadre de ce projet.

Les négociations portent également sur les ganranties recherchées par le promoteur. Elles porteraient sur la qualité et la valeur calorifique des déchets et aussi de l'engagement des Administrations régionales de fournir un volume déterminé quotidiennement afin de maintenir son engagement vis-à-vis du CEB. Du côté du CEB, il nous a été indiqué qu'un deuxième volet des négociations devrait démarrer cette semaine. Les parties concernées devraient examiner certaines conditions relatives à la vente d'électricité au CEB. Les 5,21 KW/h proposées par le promoteur seraient estimées trop élevées par certains au CEB. D'où l'idée d'utiliser les fonds du Maurice île durable pour compenser une partie de ces frais. Cette idée aurait été abandonnée après le tollé soulevée par des ONG et les protestations de certaines personnes proches du pouvoir.

Il n'est donc pas à écarter que le CEB soit obligé de casquer les Rs 5,21 compte tenu de l'intransigeance du promoteur. Le prix proposé dès le départ par le promoteur n'a en fait jamais changé. C'est pour cette raison que l'idée de puiser dans le MID Fund avait été évoqué, car les frais auraient alors été partagés entre le CEB (Rs 3,80) et le gouvernement (Rs 1,41). A ce prix là, le CEB aura à payer quelque Rs 900 millions par an à Gamma-Covanta pour un projet qui représentera vers 2010 6% de la production globale d'électricité dans le pays.

 

 

 

Façon de voir: Miss! Pourquoi brûle t-on toutes les saletés à La Chaumière?

Dans son dernier communiqué, le Conseil des ministres nous informe qu'il a pris "note" de la mise la mise en œuvre du projet de séparation des déchets dans les écoles. Le communiqué indique que le ministère de l'Environnement et le National Unité de développement distribuera des brochures dans toutes les écoles primaires en vue de sensibiliser les étudiants sur les problèmes associés, (i) l'élimination des déchets, la nécessité de réduire, ré-utiliser et recycler les déchets; (ii) l'importance du tri des déchets pour les besoins de recyclage ou de compostage, et (iii) la manière de faire le tri des déchets en les disposant dans des poubelles adaptées à chaque type de déchets. Une excellente initiative pourrait-on dire dans un contexte où la question de gestion des déchets est une problématique que le monde entier a eu à faire face avant de découvrir que la meilleure solution, au delà des techniques de traitement et d'élimination, était de promouvoir les 3-R, c'est à dire réduire, recycler et ré-utiliser. C'est un concept qui fait recette dans tous les pays développés. Il est donc réconfortant, voire encourageant de constater que l'Environnement a décidé de développer ce concept comme on le dit souvent "at grass root level". Car les enfants d'aujourd'hui, c'est la génération de demain. Et il n'y a pas meilleure formule pour les encourager dès leur plus jeune âge à prendre conscience de l'importance et de la nécessité de protéger notre environnement. Mais il n'en est pas moins vrai que la démarche du ministère de l'Environnement perd toute sa signitifcation quand on pense à la politique de l'Etat en matière de gestion de déchets. Elle est même contradictoire. Car n'est-il pas vrai également que le gouvernement, dans sa politique brouillonne, pense à faire brûler plus de trois quarts des déchets - tous types confondus - produits par le pays? Le pays en produit autour de 400 000 par an (selon les statistiques 2008). 300 000 tonnes seront allouées à l'incinérateur de Gamma-Covanta pour y être brûlées. Et 106 000 tonnes seront octroyées au Solid Waste Recycling pour faire du compostage. Ce qui nous fait penser que, mathématiquement, le premier principe du 3-R (réduire) ne peut s'appliquer. Au contraire. Il faudra en augmenter pour honorer les engagements que le pays s'apprête à signer avec Gamma-Covanta. Sinon les pénalités pour cause d'incapacité de fournir le volume agréé selon leur accord - sur une durée de 25 ans - risquent de coûter très chères à l'Etat. Quant aux deux autres principes du 3-R (réutiliser et recycler), leur sort est tributaire à la disponibilité des déchets. Comment réutiliser et recycler si la totalité, voire plus que ce que nous en produisons, ont été alloués à des promoteurs du privé? Donc, ils sont tout aussi voués à l'échec. Et il reste à savoir ce que nous répondrions à nos enfants, quand ils se tournerons vers nous dans deux ou trois ans, pour nous demander à quoi ont servi toutes ces brochures que le gouvernement a distribuées dans les écoles pour encourager les 3-R. Car, il auront, sans doute, flairé l'anomalie - ou mensonge? A l'école, qui les éclairera quand ils demanderont candidement à leur Miss - ou "Monsieur" -: pourquoi brûle-t-on toutes les saletés à La Chaumière alors qu'on nous apprend qu'il faut réduire, recycler et ré-utiliser?

A méditer...

 

Le Week End : 22 février 2009