Dans le lagon du Nord Scepticisme concernant la mort de plusieurs tonnes de poissons

Plusieurs tonnes de poissons morts ont été retrouvés dans le nord de l'île cette semaine. Ce triste constat a été fait plus précisément dans le lagon de Poudre D'Or, Cap Malheureux et Anse La Raie. Selon les premiers éléments des analyses effectuées par les Fisheries Protection Services (FPS) et le Centre de Recherches d'Albion (CRA), la mort des poissons serait due à la forte chaleur des derniers jours. D'autres résultats d'analyses sont attendus en début de semaine. Concédant que chaque année, à cette période, quelques poissons meurent dans l'eau à cause de la hausse de la température de l'eau de mer, les pêcheurs de la région émettent toutefois des réserves quant au nombre, mais aussi aux types de poissons morts dans ces lagons. Selon eux, ce phénomène ne serait pas naturel. Ils penchent plutôt pour une pollution industrielle, soit causée par une usine de textile proche dans la localité, ou les hôtels aux alentours…

"Ou trouv sa glacé la? Tou sa glacé la, sa ve dir ki ena enn problem dan delo. Guett ziska kot sa li alé", indique d'un signe de la main, Gilles Virieux, un pêcheur de Poudre d'Or. Depuis mardi dernier, dit-il, l'état du lagon est consternant. Dès les premiers pas sur la plage, que se soit à Cap Malheureux, Anse La Raie, ou Poudre d'Or, une odeur fétide vous saute au nez. À Poudre d'Or, le lagon est boueux. "Zordi li couler café au lait. Hier ou dir la mer noir", expliquent les pêcheurs. Dans une embarcation, ils nous emmènent vers le large. À chaque cinquantaine de mètres, ils ralentissent pour nous montrer des poissons morts. Carangue, Rouget, Gueule Pavé, Trembleur, Dame Tombé, Laffe Laboue, Cateaux, Anguille… ils y a en de tous genres. Petits et gros. Et encore disent les pêcheurs, "zordi (ndlr : vendredi dernier) pena sa kantité ki ti ena mardi, mercredi-là. 2-3 tonnes par zour". Malgré le fait de s'éloigner de la terre ferme, l'odeur fétide du lagon continue d'empester. De la main, un des pêcheurs nous montre "tou sa bann ti tass blan blan là, poisson mort sa". L'embarcation s'arrête et un autre pêcheur ramasse dans l'eau un gros poisson. "Fek mort sa. So lagorz encor rouz", dit-il. Les pêcheurs nous emmènent un peu plus loin, dans le "Canal Mozambique", autrement connu comme "Magasin". "Là mem ki problem-là levé", indiquent-ils, ajoutant "magasin inn vinn enn marée noir". Les pêcheurs font ressortir que les coraux sont désormais déserts. "Tou polites finn mort. Kan napli ena polite, napli ena poisson", expliquent-ils.

Hôtels ou usine soupçonnés de polluer l'eau

Pour ces pêcheurs, ce spectacle affligeant dans le lagon de Poudre d'Or, aussi bien qu'à Anse la Raie et Cap Malheureux ne relève pas d'un phénomène naturel. "Pas la saler sa. Nou conné poisson mort are saler, mé sa kalité-la zamé pa finn trouvé. Sirtou guett delo couma noir. Ena enn problem mem dan delo". Selon eux, la mort des poissons serait due à une eau polluée. Ils laissent entendre que cette pollution pourrait provenir d'une usine de textile du coin ou encore des hôtels de la localité. À Cap Malheureux, les pêcheurs sont du même avis. "Pas normal sa. Noun trouvé poisson mort are saler. Mé dépi 1945 pa finn ena sa kalité-là", soutient Roger Christophe, un pêcheur avec plus de 60 années d'expérience. "Bebet Divin, ourit, crabe pe mort?? Tou lé lané ena ti Corné ki mort, mé sa lané-la, li pa normal", dit-il. Les pêcheurs de Cap Malheureux sont sceptiques quant aux raisons climatiques avancées pour expliquer la mort des poissons. Ils penchent plutôt pour une pollution de l'eau provoquée par les hôtels environnants. Certaines sources au niveau de la région avancent même qu'il y aurait un tuyau d'épuration au niveau de l'île d'Ambre, qui serait à la base de la pollution de l'eau de mer. Selon les informations recueillies, suite à un dysfonctionnement, le tuyau d'épuration a été réparée, mais la réparation a été mal faite, d'où la contamination de l'eau de mer ces derniers jours.

L'eau de mer dans cette région dans la limite de la qualité

Suivant la découverte de ces poissons morts dans le lagon, les officiers du département de la pêche, prévenus par les habitants du Nord, se sont rendus sur place pour des prélèvements. Dans un communiqué, émis mercredi dernier, le ministère de l'Agro-industrie indique que les cadres du CRA ont sillonné la région Nord sur deux kilomètres à Poudre D'Or et y ont trouvé une vingtaine de poissons et deux anguilles morts et en état de décomposition avancée. Les poissons ramassés sont des Cateaux, des Rougets, "Couscous" et "Chirurgiens". Les autorités soutiennent qu'il s'agit d'un phénomène dû à la haute température de l'eau de mer, soit entre 30 et 31° C, qui prévaut actuellement dans cette région. Des échantillons de l'eau de mer ont aussi été collectés à des fins d'analyse. À ce stade, les premières indications révèlent que l'eau de mer dans cette région se situait dans la limite de la qualité. Les premiers résultats d'analyses, indiquent également que de l'oxygène dissolu en faible quantité a été décelé dans l'eau à Poudre d'Or (Bassin Mozambique). Cette hausse dans la température aurait affecté les poissons et provoqué la mort de plusieurs poissons, estime le CRA. Les autorités expliquent également qu'une hausse de la température de l'eau appauvrit la teneur de cette eau en oxygène et affecte les activités métaboliques des poissons. Ces derniers stressés, finissent par mourir. D'autres échantillons de l'eau de mer ont été récoltés vendredi dernier aux fins d'analyses. Les résultats seront connus en début de semaine.

Mise en garde : ne pas consommer ces poissons

Parallèlement, le ministère de la Santé a pris un certain nombres des poissons morts retrouvés dans ces lagons du Nord et procède actuellement aux analyses. Les résultats sont attendus incessamment. Il est toutefois conseillé au public de ne pas ramasser des poissons morts sur les plages à des fins de consommation. Cette mise en garde laissent les pêcheurs de la région encore plus sceptiques. "Kifer pa kapav manzé. Poisson la inn touffé are saler. Pena nanien toxik ladan", plaident-ils. Selon eux, la mise en garde des autorités relèverait plutôt d'un problème d'intoxication de ces poissons. "Fodé poisson-là intoxiké pou dir pa manzé. Nu peser nu koné kan poisson pa bon", disent-ils. Et de joindre le geste à la parole, en nous désignant la gorge d'un poisson : "Ou trouv sa noir-là, pa normal sa. Poisson la pe vire couler". Mais au CRA, on fait ressortir que la mise en garde des autorités relève du fait que personne ne peut déterminer le temps exacte de la mort du poisson récolté. "Il y a des risques pour la santé. Il faut être prudent", explique un haut cadre. Ce dernier assure toutefois que jusqu'ici, selon les dernières analyses effectuées, à part une hausse de température de l'eau, il n'y a rien de suspect dans les lagons du Nord. "Chaque année, le même phénomène survient, dans différents endroits de l'île. Cette année, l'ampleur est plus grande, mais le phénomène est naturel", affirme-t-il.

Un amoureux de la mer fait lui ressortir que ce phénomène survient généralement dans les grands lagons, tels celui de Mahébourg ou de Roches Noires, ou encore Poudre d'Or. "C'est du à un manque d'oxygène dans l'eau. Les poissons éprouvent des difficultés à respirer et montent à la surface pour gober l'air. Ce sont principalement des gros poissons à muscles rapides, tels les Capitaine, Carangue… qui meureunt les premiers", explique-t-il. Ensuite tomberont les laffes, les coraux…Aussitôt les grosses pluies, les choses redeviendront normales, soutient notre interlocuteur. Entretemps les pêcheurs de lagon de la région se plaignent eux d'arrêt forcé de travail. "Kot pou lapess. Poisson pe mort dan lagon. 50 % nou lagon finn fini. Corail finn fini. Pou bizin attan lontan avan tou revinn couma avan", expliquent ces pêcheurs. Ils espèrent que l'aide des autorités ne tarderont pas pour compenser les manques à gagner dû à l'arrêt de travail.


Environnement et énergie

Incinérateur à la Chaumière: Gamma-Covanta revient en force!

Avec la signature imminente d'un accord entre le promoteur du méga- projet waste-to-energy à La Chaumière, Gamma-Covanta, le Central Electricity Board (CEB) et le gouvernement s'apprêtent à s'engager pour 25 ans dans une des entreprises des plus controversées depuis que les nouvelles filières de production énergétique sont à l'ordre du jour. Contesté par la société civile dès ses premiers balbutiements, ce projet d'incinérateur, visant à brûler 300 000 tonnes de déchets pour produire de l'électricité, semble malgré tout bénéficier de l'appui des décideurs politiques pour se faire une place au soleil. La preuve est que le CEB et le GM signeront dans les jours à venir un Power Puchase Agreement (PPA) avec le promoteur pour l'achat d'électricité à un tarif qui, sans doute, ne manquera de faire sourciller les opérateurs du privé et les contestataires du projet. 5,21 kw/h, c'est le prix qui sera payé à Gamma Covanta. Le CEB déboursera Rs 3,80, alors que le gouvernement compensera la différence (Rs 1,41) en ponctionnant Rs 250 millions du Maurice île durable Fund. Le gouvernement s'engagera en ce faisant à payer près de trois fois plus cher pour ces 300 000 tonnes de déchets, actuellement traités et enfouis dans le centre d'enfouissement de Mare Chicose.

Alors que l'octroi d'un permis d'Environnement Impact Assessment (EIA) au promoteur du projet d'incinérateur à La Chaumière (EIA) est actuellement contesté devant le Tribunal d'arbitrage de l'Environnement, le gouvernement et le Central Electricity Board (CEB) ne semblent nullement inquiétés. Dans les jours à venir, les deux parties signeront un accord avec Gamma Covanta. La croissance de la demande en énergie en est sans doute à la cause. "Le temps presse", faisait-on comprendre du côté du CEB vers la fin de l'année dernière, car au-delà de 2010, la demande pourrait, en effet, être supérieure à l'offre si la capacité réseau n'est pas renforcée.

Même si les prévisions relatives à la demande énergétiques semblent jouer en faveur du projet de Gamma-Covanta, qui vise la production 20MW à travers l'incinération des déchets, le projet est encore loin d'être convaincre. Sans à cause de la manière dont il a été présenté et approuvé par le gouvernement, d'une part, et d'autre part, en raison de la nature dangereuse des activités d'incinération de déchets. De l'Europe aux Etats-Unis en passant par l'Asie ou l'Australie, l'incinération des déchets continue à faire face à une opposition grandissante de la part de la société civile. Le rejet de la dioxine et autres polluants toxiques par les waste-to-energy plant, quel que que soit la technologie adoptée, sont toujours considérés comme des menaces à la santé et à l'environnement. D'ailleurs, les représentants des forces vives des régions avoisinantes ont basé leur défense sur ces dangers pour contester le permis EIA déjà octroyé au promoteur en novembre 2007.

L'incinérateur de la Chaumière a d'autant plus fait l'objet de quelques questions parlementaires portant, notamment, sur le sa viabilité et le respect des principes de bonne gouvernance. C'est pour cette raison que, malgré l'assurance donnée par le promoteur, les zones d'ombres entourant le projet n'ont jusqu'ici pas été éclairci. D'abord, le projet de Gamma-Covanta n'a jamais fait l'objet d'un "request for proposal" qui aurait sans doute permis de d'établir la faisabilité du projet, vu que l'argent public y est impliqué. Ce manquement ne fait que maintenir le doute sur sa viabilité, surtout lorsqu'on sait que le Board of Investment (BOI) a jusqu'ici choisi de tenir secret un rapport d'évaluation financière conduite par la firme consultante danoise, Ramboll. Ce même consultant a d'ailleurs émis des réserves sur les procédés qui seront adoptés pour le traitement des résidus, cela en raison de risques de contamination de la nappe souterraine (voir plus loin).

L'intervention d'une organisation internationale, GAIA, regroupant des agences telles que Friends of the Earth ou Greenpeace, auprès du Président de la république, est venu alimenter les préoccupations sociales. "Le projet d'incinérateur représente une menace toxique pour la santé publique, l'environnement, l'économie locale et le développement des énergies renouvelables que le gouvernement de Maurice ne peut ignorer", fait ressortir GAIA dans une pétition adressée au sir Anerood Jugnauth.

Le traitement des déchets coûte trois fois plus cher

Et même si le terme "opacité" - dans lequel le projet a été initié - semble déranger le promoteur, les fonctionnaires au ministère de l'Environnement, aux Administrations régionales et à l'Environnement ne peuvent dire le contraire. Parce que l'Etat s'apprête à engager des fonds publics dans un projet privé, de surcroît "unsollicited" et qui risque de coûter très cher sur le long terme. Rien que pour les frais de transformation de déchets, le gouvernement devra payer Rs 39 US Dollars par tonnes d'ordures, soit Rs 375 millions annuellement. Or, le traitement et l'élimination des déchets coûtent actuellement au pays mois de Rs 200 millions annuellement. Et en acheminant 300 000 tonnes de déchets à la Chaumière, le gouvernement devrait malgré tout dépenser autour de Rs 100 millions pour assurer les frais de gestion du centre d'enfouissement de Mare Chicose. Globalement, le gouvernement devrait encourir des dépenses additionnelles de Rs 300 millions par an en acceptant de signer cet accord avec Gamma Covanta.

Le dernier scandale qui est venu se greffer sur cette future alliance est la décision du gouvernement de compenser le manque à gagner de Gamma-Covanta sur la vente de l'électricité au CEB. Le prix proposé dès le départ par le promoteur n'a en fait jamais changé. Les Rs 5,21 seront finalement partagées entre le CEB (Rs 3,80) et le gouvernement (Rs 1,41). Ces Rs 1,41 représentent en fait près de Rs 250 millions, seront finalement puisées du MID Fund; un fond destiné à promouvoir et financer des projets utilisant de l'énergie "propre" - solaire, vent, photovoltaïque, etc - et non polluante!

Cette décision frise même l'arrogance d'un gouvernement qui, sans être inquiété, s'amuse à jongler avec les fonds publics; l'argent que des milliers de tax payers ont accepté de verser - douloureusement - dans les caisses de la Mauritius Revenue Authority (MRA) et du MID Fund. Le gaspillage des fonds publics semble être devenu l'apanage de ce gouvernement. Le dernier rapport de l'Audit révélant des gaspillages de plus de Rs 5 milliards en atteste. Le financement prochain d'un projet d'infrastructure routière, Terre Rouge-Verdun Link Road, dont les travaux ont été surévalués à plus de Rs 1 milliard, est un exemple de plus pour démontrer que Navin Ramgoolam et son équipe, Rama Sithanen et ses amis, continuent à jouer aux illusionnistes sans se rendre compte que leur tour de passe-passe est non seulement perceptible, mais qu'ils auront tôt ou tard des comptes à rendre. Non pas à une opposition moribonde, mais à la population...


MID Fund: "Green tax to serve polluters!"

Le Maurice île durable Fund (MID Fund) a été créé dans le sillage du projet Maurice, île durable, un concept écologique innovant et promu par le professeur Joël de Rosnay, conseiller auprès du Premier ministre, Navin Ramgoolam. Beaucoup a été dit et écrit sur ce concept, dont l'essence même consiste à privilégier des idées et des actions "propres et vertes" susceptibles de déboucher sur un nouveau modèle de développement ; et aussi d'abandonner ou réduire les pratiques qui, au fil du temps, ont fini par dégrader nos acquis naturels.

Pour jeter les premiers jalons d'une "île durable", le ministre des Finances, Rama Sithanen, s'était montré fort généreux en débloquant Rs 1,3 milliard lors de son dernier budget pour alimenter ce que l'on connaît aujourd'hui comme le MID Fund. Un signal fort, disaient certains. Un geste louable, pensaient d'autres. Ce fonds tombait à point nommé pour donner un coup d'accélérateur aux premiers projets MID, tels que rendre l'accès aux chauffe-eau solaire plus facile aux foyers à travers un "grant" de Rs 10 000, d'encourager les petits producteurs d'électricité à partir des énergies propres ou encore d'introduire une nouvelle génération d'autobus, plus performante et moins polluante. Les intentions semblaient honnêtes. Parce que l'objectif n'était-il pas de s'orienter davantage vers des sources d'énergies propres? Et d'y parvenir en faisant payer les pollueurs pour alimenter de façon continue le MID Fund?

C'est d'ailleurs sur le principe "the polluters pay and the ability to pay" que Rama Sithanen s'est basé en décidant d'augmenter la "Road Tax" - vignette - et d'imposer une levy sur chaque litre de carburant consommé. Une taxe verte qui rapportera des centaines de millions de roupies à ce fonds. Le principe est somme toute acceptable et qui fait recette ailleurs. Cela même si les industriels, gros pollueurs, en sont exemptés jusqu'ici.

Or, que voyons-nous aujourd'hui? Les "tax payers" vont devoir casquer pour le pollueur potentiel que représenterait l'incinérateur de la Chaumière. Ils vont devoir payer Rs 250 millions, puisées annuellement du MID Fund, et qui seront administrées dans un projet truffé d'incohérences que certains ont vendu sans coup férir à ce gouvernement - sans "request for proposal", ni "pre-feasibility study" -, et qui s'apprêtent maintenant à l'imposer à tout un pays. Si c'est pour cela que le MID Fund a été institué, le slogan "Maurice île durable" n'est que du bluff!


Le projet en chiffres

Promoteur: Gamma Energy Ltd

Partenaire: Covanta Energy Co.

Investissement: Rs 5 milliards

Site: 52 hectares

Bâtiment: 4050 m3

Hauteur: 40m

Cheminée: 90m

Capacité incinérateur: 300 000 Tonnes/an

Station électrique: 20 MW


Rappel des faits

2007

Janvier

Le promoteur du projet de "waste-to-energy" à la Chaumière, Gamma-Covanta, dépose son rapport d'Environment Impact Assessment (EIA) au ministère de l'Environnement en vue d'obtenir son permis EIA. Le projet, qui consiste à brûler 300 000 tonnes de déchets par an pour produire de l'électricité, est diversement commenté dans la presse et par les Forces vives des régions avoisinantes, dont Bambous, Albion, Gros Cailloux, Roches Brunes, Mont Roches et Camp Levieux.

Février

Week-End soulève les risques environnementaux et sanitaires liés aux activités d'incinération et questionne la capacité du promoteur et du gouvernement sur le point du "monitoring" des émissions et polluants toxiques qui seront produits par l'incinérateur, dont la dioxine. En même temps, les premiers mouvements de protestation prennent forme au niveau social et des opérateurs dans la région. La compagnie sucrière de Médine est un des premiers à protester en soutenant que "le projet incompatible avec les élevages à La Chaumière" dans une lettre adressée au ministère de l'Environnement.

Mars

Le promoteur fait une présentation officielle de son projet au Labourdonnais Hotel. Les représentants de Covanta, partenaire de Gamma, maintiennent qu'il n'y a aucun risque et que les meilleures technologies au monde seront adoptées dans ce projet. Le Managing Director de Gamma Civic, Tommy Ah Teck, lui, entame des discussions avec des habitants de la région en vue de les rassurer. Lors d'une rencontre à Albion, il concède toutefois qu'"il serait malhonnête de ma part de dire qu'il n'y a pas de risques. "

Avril

Lors d'un regroupement des habitants de la région à Albion, Me Guy Ollivry, parmi l'assistance, invite les habitants à saisir la justice de leur préoccupation en déclarant : "Si le promoteur a admis qu'il y a des risques, je pense qu'il y a matière pour que la justice intervienne."

Mai

Les habitants de Camp Levieux, Roches Brunes, Bambous, Mont Roches et Canal Dayot, régions considérées des "Sensitive Areas" par rapport à leur situation géographique, protestent officiellement auprès du gouvernement. Une pétition comprenant plus de 2 000 signatures est adressée au Premier ministre pour exprimer leurs préoccupations relativement aux risques sanitaires et environnementaux du projet.

Juin

La Plate-forme anti-pollution (PAP) voit officiellement le jour. Ce mouvement regroupe les représentants des régions concernées. Elle organise une conférence de presse et des rencontres dans les différents quartiers. Elle dépose également un rapport technique complet au ministère de l'Environnement en vue de justifier ses préoccupations avant de conclure que "on the basis of the precautionary principle, the application for the EIA must be rejected. "

Juillet

Anil Baichoo, ministre de l'Environnement, rencontre les dirigeants de la PAP. Il les rassure en soutenant que tout sera fait dans le respect des normes avant que le permis EIA ne soit délivré au promoteur. Entretemps, le Board of Investment (BOI) sollicite l'expertise d'une firme danoise, Ramboll, pour une contre-expertise du rapport EIA et une évaluation financière du projet.

Août

Les consultants de Ramboll soumettent leur rapport au BOI. Le rapport analyse les deux volets du projet (environnement et financier), mais il n'est pas rendu public malgré plusieurs demandes de la PAP dans ce sens.

Septembre

Le mouvement des agences internationales, Global Anti-Incinerator Alliance (GAIA), considère le projet de Gamma-Covanta comme une "menace toxique". Une pétition contenant la signature de plusieurs dirigeants faisant partie des agences environnementales à travers le monde est adressée au Président de la République.

Novembre

Le ministère de l'Environnement accorde un permis EIA à Gamma-Covanta qui, en contrepartie, doit respecter 29 conditions visant à limiter tout risque d'impact environnemental et social.

Décembre

Les habitants des quartiers concernés par le projet d'incinérateur de déchets à La Chaumière s'élèvent contre la décision du ministère de l'Environnement au tribunal d'appel de l'Environnement. Ils formulent six raisons pour contester la décision d'octroyer au promoteur le permis EIA.

2008

Mars

Week-End publie en exclusivité les observations et conclusions du rapport Ramboll, qui émet des réserves sur les milliers de tonnes de résidus toxiques qui seront enfouis à La Chaumière. "The landfilled products will possess a capacity for ground water contamination - especially with chlorides - for hundreds of years after operation of the RSF (Residue Storage Facility) has been terminated", souligne Ramboll.

Novembre

Après plusieurs mois de négociations entre le promoteur et le Central Electricity Board (CEB), les deux parties parviennent à un premier accord. L'électricité sera vendue au CEB à Rs 3,80 le Kw/h. La signature de l'accord est attendue au début de cette année. Entretemps, les audiences au tribunal d'appel de l'environnement se poursuivent.

 

Construction du pont Macondé

Les pêcheurs de Baie du Cap : "Nu katora manzé rempli are later"

L'eau boueuse dans la Baie de Macondé empêchent les pêcheurs de travailler. Une situation qui perdure depuis plusieurs mois, et que le syndicats des pêcheurs souhaitent dénoncer une énième fois aux autorités concernées. "Nu katora manzé rempli are later. Pena poisson. Pa kapav mem travay dan sa delo là", disent les pêcheurs, indiquant que ce problème fait suite à la construction d'un pont, par la firme General Construction, à mi-chemin entre la mer et le radier Macondé. Plusieurs fois, les autorités ont été prévenues de ces problèmes, mais jusqu'ici, aucune solution n'a été apportée aux pêcheurs. Outre un courrier envoyée au Premier ministre, Navin Ramgoolam, et au ministre de l'Agro-industrie, Satish Faugoo, le syndicat des pêcheurs prévoit, cette semaine, une conférence de presse pour alerter l'opinion publique sur leur situation. D'autres thèmes relatifs à la communauté des pêcheurs seront également abordés.

Le projet d'ériger un pont à Macondé a été lancé par la Road Development Autority (RDA) en 2007 en vue de pallier les problèmes d'inondations, qui, en période de grosses pluies ou de houles, rendent le radier existant inaccessible. Depuis quelques mois, les travaux ont été entrepris. Toutefois, selon les pêcheurs de la région, les travaux enclenchés, notamment le remplissage du lagon pour ériger le pont de Macondé, provoque une érosion quotidienne. Dans ces conditions, le travail des pêcheurs, qui n'arrivent pas à voir le fond de la mer, devient encore plus dur. D'autant, disent-ils, qu'il n'y a presque plus de poissons dans ces régions. Cyrano Entresol, président de l'association des pêcheurs de Baie du Cap et des alentours, explique que depuis le début des travaux en juillet dernier, les autorités ont été mises au courant des problèmes que rencontrent quotidiennement les pêcheurs. "Nu pa kapav trvay dan sa kalité delo la. Pa trouv nanien enba. Casier pa trouvé. Poisson mem napli ena", explique-t-il. Il affirme avoir informé le ministre de l'Agro-industrie de ces problèmes, et que ce dernier a assuré de revoir la situation. Mais jusqu'ici, aucune solution n'a été apportée à la centaine de pêcheurs de la région concernés. "Napli kapav attan solution lébra croisé. Katora nmanzé vid. Sinon ou gagn laterr dan katora manzé. Bizin guetté couma kapav aide nou", plaide le président de l'association des pêcheurs de Baie du Cap, St- Félix et Bel Ombre.

Dans cette optique, le syndicat des pêcheurs tiendra une conférence de presse en début de semaine pour alerter l'opinion publique sur leur sort et forcer les autorités à réagir. Ils ont également envoyé, en ce sens, un courrier au Premier ministre et au ministre de l'Agro-industrie, afin que ces derniers se penchent sur la situation des pêcheurs. Lors de leur conférence de presse, les pêcheurs aborderont également d'autres problèmes qu'ils encourent, dont celui des poissons morts dans le lagon du Nord. Selon le syndicat, ce problème, qui provoque un arrêt de travail forcé - et risque de perdurer - pour de nombreux pêcheurs est un dossier important. "En période d'inondations, les planteurs perçoivent une aide. Dans le cas de la hausse de température qui est un handicap pour les pêcheurs, nous aussi nous devons recevoir de l'aide", explique le président du syndicat des pêcheurs, Judex Ramphul. Les pêcheurs profiteront également de leur conférence de presse pour déplorer, entre autres, le manque de considération, disent-ils, du ministre de l'Agro-industrie, face aux problèmes de la communauté des pêcheurs.

Le Week End 11 Janvier 2009

 

Dans les lagons du Nord

Flou persistant autour de la mort des poissons

Les pêcheurs du Nord restent convaincus que la pollution industrielle est le principal facteur ayant causé la mort de plusieurs kilos de poissons dans le lagon ces derniers temps. Ce, en dépit des observations des autorités qui expliquent que ce problème serait du à la chaleur torride des premiers jours de Janvier. Certes, avancent les pêcheurs, cet élément a contribué à la mort des poissons, mais ils pointent toujours du doigt l'usine de textile de la localité, Denim de l'Île, qui déverserait des effluents dans le lagon. Vendredi dernier, lors d'une visite des lieux dans le lagon de Poudre d'Or, en présence du ministre de l'Agro-industrie, Satish Faugoo, Mathieu Laclé, conseillé au ministère, et des éléments du Fisheries Protection Services (FPS) et du Centre de Recherches d'Albion (CRA), les pêcheurs ont soutenu leurs propos, en montrant les dégâts dans le lagon. À ce stade, face au constat, l'hypothèse d'une pollution n'est pas écartée. Le ministère de l'Agro-industrie assure qu'une enquête sera initiée pour déterminer la cause de ces décès. En attendant, les pêcheurs espèrent percevoir une aide, comme c'est le cas, disent-ils, pour les planteurs, lorsque leurs plantations sont affectées par les intempéries.

Eau boueuse, sable noir, coraux morts… le spectacle n'est guère réjouissant dans ce lagon de Poudre d'Or. Malgré la baisse de la température ces derniers jours, avec même des pluies intermittentes dans le Nord, les pêcheurs indiquent que cela fait une vingtaine de jours qu'ils ne peuvent pêcher. "Pena poisson. Casiers vides. Delo-là napli bon", disent-ils. C'est pourquoi ils ont tenu à ce que le ministre de l'agro-industrie effectue un constat de visu. "Guette nu lamer couma inn fini. Ou senti sa loder la. Kot pou gagn poisson? Delo la noir. Lamer sa??"… Direction, en premier lieu, l'Île d'Ambre, là où l'usine de textile Denim de l'Île, dispose d'une décharge pour déverser les effluents "traités" dans l'eau. "Missié le minis, ou senti sa loder là? Ou trouv couler nu delo. Couma kapav travay are sa", demande Jean Claude Lafrance, un des pêcheurs de la région. Le ministre semble sceptique. Certes la couleur de l'eau est noire, et l'odeur est suspecte. Mais les officiers du FPS et du CRA expliquent qu'il s'agit d'une première station, soit à 25 mètres de la décharge, et qu'il est normal que l'eau soit telle quelle à cet endroit. Qui plus est, soulignent ces officiers, depuis trois ans, l'usine de textile traite ses effluents avant de les déverser dans le lagon. Un des officiers relève même, dans une bouteille d'eau plastique, un peu d'eau pour démontrer que l'eau n'est pas polluée. Mais Jean Claude Lafrance est tenace. Il plonge dans l'eau noirâtre pour relever des échantillons de sable. Il ressort avec une poignée de sable - mélangé aux effluents - de couleur noir. "Ou trouv sa missié le minis. Nu disab sa. Sa mem pe touy nu poisson", affirme-t-il. Les pêcheurs crient la même chose. "Pli loin, li parey. Dilo la noir mem", disent-ils. Les pêcheurs font ressortir que c'est par là que le courant passe. "Kan couran passé, delo alé, li amene tou sa noir la, depi ici, li alé mem ziska Grand Gaube, Cap Malheureux", expliquent-ils.

Blanchiment des coraux : phénomène naturel

Une centaine de mètres plus loin, soit à la deuxième station auprès de laquelle la FPS et la CRA récoltent généralement des échantillons d'eau en vue d'en étudier la qualité, le fond du lagon est un peu plus visible. Après une nouvelle plongée, Jean Claude Lafrance ramène un peu de sable, moins noir, mais toujours boueuse. "C'est normal", expliquent les officiers du FPS et de la CRA, "le sable de Poudre d'Or est connu pour être naturally silky". Les pêcheurs insistent néanmoins sur la détérioration de l'état du lagon. "Sitan noir, pa trouvé mem enba", disent-ils. Plus loin, les pêcheurs montrent les coraux morts. "Corail bizin rose. Ou trouv nu corail ki couler. Li jaune. Se ve dir linn fini mort", explique Jean Claude Lafrance. Malgré les irritations qui le démangent suivant sa plongée à l'Île d'Ambre, il n'hésite pas une nouvelle fois à plonger pour ramener un corail mort. "C'est un phénomène naturel", explique un officier de la CRA. Selon les observations de la CRA et du FPS, le blanchiment des coraux aurait été causée par l'abondance des "filamentous microalgae". De même, dans un communiqué remis à la presse vendredi dernier, la CRA souligne qu'outre la hausse de la température, associée à de l'oxygène dissout, la mort de ces poissons pourraient, indirectement être du à une floraison de phytoplancton. "High temperature can trigger blooms of particular microalgae/diatoms. It is to be noted that during blooms (which do not last for long periods and occur in localized areas either large or small) the growth rate of microalgae involved is so high that the necessary nutrients are depleted from the water. Depletion of dissolved oxygen takes place particularly during night time. This sudden drop in oxygen level in water column may cause fish to suffocate and result in fish mortality. Some species of microalgae such as Oscillatoria may even release toxins in the water which may affect the survival of marine organisms", indique la CRA. Ce phénomène est réversible, ajoute-t-il. Il faudra attendre quelque six mois.

Malgré les explications des autorités, les pêcheurs de Poudre d'Or n'en démordent pas. "C'est l'eau pollué qui a tué plusieurs kilos de poissons récemment dans les lagons du Nord", disent-ils. Une hypothèse soutenue par l'océanographe, Vassen Kauppaymoothoo (voir Hors texte). "S'il s'agit d'un phénomène naturel, imputable à la chaleur, comment se fait-il que d'autres côtes, également touchées par la hausse de la température, n'ont pas été touchés par la mort des poissons", s'interrogent les pêcheurs. À cette question, l'officier de la CRA indique que contrairement à d'autres régions côtières, la région du Nord, plus particulièrement Poudre d'Or, Anse La Raie et Cap Malheureux, n'a pas eu de pluies durant trois semaines. D'où l'eau stagnante dans le lagon, et ainsi une chaleur torride causant la mort des poissons. Il a assuré qu'avec la baisse de la température, et les pluies torrentielles des derniers jours, la situation devraient retourner à la normale. D'ailleurs, quelques poissons sautaient dans l'eau lors de la visite dans le lagon, ce vendredi après-midi. Les pêcheurs restent tout de même sceptiques. "Pa poisson casier sa. Poisson la ligne sa. Ti mulet sa. Nu casier reste vide parski lagon napli bon", disent-ils.

Un comité mis sur pied pour étudier les doléances des pêcheurs

Réunissant les pêcheurs au Fisheries Post de Poudre d'Or, le ministre de l'Agro-industrie a tenté de faire le point sur la situation. D'une part, Satish Faugoo avance la version officielle selon laquelle la mort des poissons dans le lagon du Nord serait due à un phénomène naturel qui est la chaleur torride. D'autre part, il indique que suivant son constat de visu dans le lagon, il est clair qu'à certains endroits, le lagon est affecté. Est-ce la pollution? À ce stade, c'est toujours le flou. "Nous allons effectués des analyses et une enquête sera initiée pour déterminer la cause de ces décès", assure le ministre de l'Agro-industrie. En attendant, expliquent les pêcheurs, qui, affirment ne plus pouvoir gagner leur pain dans ce lagon, il faut trouver une solution palliative. "Nu ena det, nu ena zenfan ki ale lekol. Couma pou fer?", demandent-ils. Ils espèrent percevoir une aide, comme c'est le cas, disent-ils, pour les planteurs, lorsque leurs plantations sont affectées par les intempéries. Satish Faugoo dira prendre note des doléances, et en fonction de la situation et du rapport qui sera soumis par le FPS et la CRA après de nouvelles analyses des eaux du lagon, fera de son mieux pour remédier à la situation. Dès demain, un comité devrait être mis sur pied pour discuter des différentes questions soulevées.


Vassen Kauppaymoothoo, océanographe : "Il s'agirait plutôt d'une polllution mobile"

La mort récente de plusieurs kilos de poissons dans le lagon du Nord est un drôle de phénomène. "Ce type de mortalité est inquiétant", souligne l'océanographe,Vassen Kauppaymoothoo, qui penche plutôt pour "une pollution mobile". "J'exclus le phénomène de hausse de température, car avec une hausse de température, la mortalité des poissons aurait été uniforme. Or, nous constatons des morts sporadiques", explique-t-il. En effet, note l'océanographe, depuis décembre 2008, plusieurs cas de poissons morts ont été enregistrés. Les premiers à Bel Ombre, ensuite à Ile aux Bénitiers, Baie du Cap, et récemment dans les lagons du Nord, dont Anse la Raie, Cap Malheureux, et Poudre d'Or. En avançant l'hypothèse de la chaleur, il faut tenir compte qu'en 98, avec le phénomène El Nino, Maurice n'a pas connu autant de mortalité de poissons dans ses eaux. Cela, en dépit du fait que la temprétaure était supérieure à celle prélevée ces derniers jours, rappelle Vassen Kauppaymoothoo. Il note également que la mortalité des poissons touchent plusieurs espèces de poissons et de différentes tailles. "Selon moi, il s'agit de quelque chose qui se balade. Peut-être même une contamination qui vient de la terre, car avec les pluies torrentielles, on observe des rivières en crues… ", indique l'océanographe. Par rapport au cas lagon de Poudre d'Or, il souligne que depuis plus de vingt ans, l'usine de textile Denim de l'Île déverse des effluents dans le lagon. "Même si depuis trois aux ces effluents sont traités, la couche d'effluents déversés et accumulés dans le lagon n'a jamais été enlevée. Les contaminants sont dans l'eau et à la moindre occasion, une pluie toorentielle, une fouille…les poissons peuvent être contaminés", indique notre interlocuteur. Le flou persistant autour de ces mortalités de poissons, l'océanographe fait ressortir que les autorités devraient prendre les mesures nécessaires pour empêcher jusqu'à nouvel ordre, la vente et la consommation des poissons. "La contamination de l'eau peut être d'ordre virale ou bactérienne. Pour la sécurité alimentaire, il est indispensable d'effectuer des analyses et prévenir la population", fait ressortir Vassen Kauppaymoothoo.


Environnement et énergie

Incinérateur à la Chaumière : colère et exaspération s'amplifient contre le GM

L'exaspération a atteint son paroxysme compte tenu des différentes réactions et commentaires qui ont suivi l'article publié dans notre édition de dimanche dernier faisant état de l'imminence d'un accord entre le gouvernement-CEB et le promoteur du projet d'incinérateur à La Chaumière, Gamma-Covanta.

Le gouvernement s'apprêterait en effet à s'engager pour 25 ans dans ce projet controversé et contesté, consistant à opérer un incinérateur d'une capacité de 300 000 tonnes de déchets, dont l'énergie produite sera transformée en électricité pour le compte du Central Electricity Board (CEB). En sus des menaces environnementales et sanitaires liées aux activités d'incinération des déchets, Week-End avait révélé dans cet article comment cet accord annoncé allait permettre au promoteur de vendre de l'électricité au prix élevé de Rs 5,21 kw/h, somme qui sera partagée à hauteur de Rs 3,80 par le CEB et compensé par le gouvernement à hauteur de Rs 1,81. Une compensation généreuse puisée du Maurice île durable Fund (MID Fund) - un fonds destiné aux énergies propres et non polluantes et renfloué par l'argent public - et qui coûterait à l'État Rs 250 millions annuellement.

"Now the figures are coming out ! And this is not even the end of it, there are more to come... ", fait pertinemment remarquer le Dr Alan Samsoon dans un des nombreux commentaires qui ont circulé, via e-mail, sur le Net tout au long de la semaine. Ces commentaires traduisent, dans bien des cas, l'inquiétude et l'incompréhension de nos lecteurs et membres du public, dirigeants des ONG et hommes d'affaires, techniciens et autres professionnels par rapport l'engagement du gouvernement dans ce projet, dont l'Environment Impact Assessment (EIA) Permit, pour rappel, est contesté devant le Tribunal d'arbitrage de l'environnement.

De plus, ce projet continue à susciter des interrogations à cause de sa nature controversable. Du fait qu'il est un projet non sollicité par le gouvernement, qu'il fait l'objet de commentaires défavorables venant du consultant Ramboll, que la valeur calorifique des déchets n'est pas appropriée pour servir de combustible ou encore que les dépenses de l'État tripleront pour le traitement des déchets.

Cette observation de Mosadeq Sahebdin, dirigeant de l'Institut pour la protection des consommateurs (ICP), démontre d'autant plus le rôle imposé aux consommateurs et tax payers dans le financement des coûts d'opération de l'incinérateur via les fonds publics. "Consumers are being fleeced to contribute to a fund which will be used to support projects that will be killing consumers."

Une observation qui fait allusion sans doute aux rejets de la dioxine et polluants toxiques comme la furane provenant de l'incinération des déchets et qui sont des menaces pour la santé humaine. Tout cela ne peut que susciter un sentiment de révolte au sein de la société civile, surtout lorsqu'on pense à la volonté annoncée du gouvernement, avec les recommandations éclairées du professeur Joël de Rosnay, de faire de Maurice une île durable.

Comment ce gouvernement peut-il ponctionner du MID Fund pour soutenir un procédé controversé, donc un pollueur potentiel ? "Maurice Ile Durable..... this sounds obscene now", remarque avec raison ce lecteur, car cela nous rappelle les belles phrases dont le Premier ministre nous a gratifiées dans son traditionnel message du 1er janvier, celles de faire de Maurice une "exemple mondial" en matière de développement durable.

Nous produisons ci-dessous une partie des réactions et commentaires recueillis en relation avec le projet d'incinérateur. Il convient aussi de préciser que plusieurs commentaires ont suivi suite au courriel que Jean-Michel Casse, dirigeant de la Plate-forme anti pollution (PAP) et de l'Action civique d'Albion plage (ACAP), a adressé aux membres de l'équipe Maurice, île durable. Compte tenu de la tournure que ce dossier prend, les membres de MID auraient déjà pris contact avec le Pr Joël de Rosnay, et certains ont participé à une réunion tenue mercredi entre les dirigeants des ONG qui, selon les premières indications, se préparent à une offensive qui devrait culminer vers une manifestation de rue.

Réactions et commentaires

- Consumers are being fleeced to contribute to a fund which will be used to support projects that will be killing consumers ;

- Without wanting to put some pressure, do you think it is acceptable that Rs 250 M are taken annually from the MID Fund to compensate ? Can we accept that the Tax Payers contribution goes to one promoter and his controversial project ? (ndlr : message adressé par un membre de la PAP aux membres de Maurice, île durable)

- Bet what is the next scandal that we will accept "comme des moutons de Panurge" !- Je suis révoltée de lire tout ceci et savoir que votre groupe de pression agit seul devant ces m... sans vergogne et que le troupeau admirable de Panurge se laisse tondre sans broncher et cela me donne envie de pleurer. Mais pas pleurer pour pleurer, pleurer de rage.

- N'y a-t-il pas un moyen de réveiller cette population qui se laisse mener à l'abattoir sans réagir ? C'est maintenant le moment de soulever cette 3e force politique dont notre pays a besoin, ces hommes et ces femmes propres qu'on attend depuis longtemps, afin de leur dire NON, mais entendons-nous bien un NON qui veut dire NON. Je suis sûre que beaucoup parmi vous doivent penser comme moi, parlez-en et, qui sait, le vrai premier parti écologique est peut-être né. En tous les cas, je le souhaite vivement.

- Obviously we cannot accept such nonsense ! But what can be done ? They (the Government) do not even listen to us and the politics (The Opposition) are too busy fighting amongst themselves to care about us…

- I thought that Joël de Rosnay had his say ! Obviously not ! We are not hearing of him anymore…

- Il serait temps de descendre dans la rue pour faire entendre la voix des sages !

- Now the figures are coming out ! And this is not even the end of it, there are more to come...

- This is the definition of sustainability according to our politicians/decision makers. Maurice Ile Durable..... this sounds obscene now.

- In fact I read the article yesterday and was wondering would it be possible that they go ahead with the project as the case in court is still on going ? What will be the next step ?

- Ils commencent à se foutre de la geule des gens.

- Ce qui est plus grave c'est que les contrats sont en voie de signature alors qu'il y a une injonction en cour. N'est-ce pas là un contempt ? Le seul langage qui pourrait marcher est une démonstration de rue.

- MID can be obscene only if we give us and allow others to define it for us ! I believe that a meeting is important !

- Pas pou kapav accepté bann conditions ki zot pé imposé. Faudré gouvernma finn tombe lor so latet pour accepté sa !


Au sujet de l'incinérateur de le Chaumière "Nous sommes inquiets!"

Prenant conscience des enjeux environnementaux et sanitaires du projet d'incinérateur de déchets à La Chamière, les dirigeants de Mission Verte, qui font de la promotion du tri sélectif des déchets une de leurs actions prioritaires, se disent préoccupés par rapport à la position du gouvernement. "Nous sommes inquiets", affirment les deux membres du mouvement, Georgina Clarenc et Bernadette Sauzier. Ce projet, proposé au gouvernement par le partenariat Gamma-Covanta, consiste à brûler 300 000 tonnes de déchets pour produire de l'électricité, qui sera vendu au Central Electricity Board (CEB).

Les dirigeants de MissionVerte ont eu l'occasion de discuter de la question cette semaine avec d'autres personnes activités au sein des oeuvrant pour la protection de l'environnement et la Plate-Forme Anti Pollution, mouvement militant contre ce projet, au cours d'une réunion tenue dans le courant de la semaine. Cela fait suite aux informations publiées dans ces même colonnes la semaine dernière lorsque nous avions évoqué la décision du gouvernement d'aller de l'avant avec ce projet et de signer un accord pour le MID Fund compense une partie du prix à payer pour les frais d'électricité.

Ainsi, pour les deux animatrices que Week-End a rencontré vendredi, ce projet suscite non seulement des inquiétudes sur le point de vue écologique et sanitaire, mais il y va de l'avenir du pays. "Cela n'a pas de sens, car tous les systèmes de gestion de déchets passent par le tri sélectif afin de pouvoir réduire, recycler et réutiliser. Si le gouvernement garantit 300 000 tonnes de déchets au promoteur de cet incinérateur, cela poserait pas mal de problèmes. Au niveau de Mission verte, nous allons commencer par dire notre inquiétude et à conscientiser les gens par rapport à la gravité de ce problème. Nous allons lancer une campagne d'information pour toucher la masse et éventuellement descendre dans la rue s'il le faut"


Environnement et bénévolat

Mission Verte, un mouvement d'écolos aux idées "propres"

"90% des déchets peuvent être recyclés. Notre rêve est que le tri sélectif devienne une obligation nationale", confient les deux membres de cette ONG, Bernadette Sauzier et Georgina Clarenc

Sensibiliser, mobiliser et agir pour faire de Maurice une " île verte " est le rôle que Mission Verte, mouvement écologiste qui a vu le jour il y a deux ans , veut jouer sur le plan environnemental, et dans un contexte où le pays aspire à devenir un modèle en matière de développement durable. La première mission de cette organisation non-gouvernementale (ONG), lancée l'année dernière, est la mise en oeuvre d'un programme de valorisation des déchets, tout en développant la culture du tri des déchets au sein de la population. Ce projet qui avait débuté sur une base pilote l'année dernière à Curepipe s'est petit à petit fait son nid dans d'autres villes et villages, au point où Mission Verte rêve, aujourd'hui, de faire du tri sélectif des déchets une obligation nationale."Notre association a débuté en Mars 2007...", confient Bernadette Sauzier et Georgina Clarenc, deux membres actives de ce mouvement qui, à force, de voir l'environnement de l'île se dégrader et de vouloir contribuer pour remédier à cela, ont fini par devenir des écologistes pures et dures. "Avec l'appui des amis, nous avons décidé de nous regrouper pour voir ce que nous pouvions faire pour changer cela", ajoutent les missionnaires de cette nouvelle association d'écolos. Une première prise de conscience qui a débouché sans trop tarder sur l'éclosion de cette ONG ayant aujourd'hui pour première mission de d'assainir notre environnement et de la rendre plus propre à travers le recyclage.

"Pourquoi les déchets? Notre premier constat était qu'il y avait des trop de déchets répandus dans la nature, dans les lieux publics ou à la plage. Donc, nous avons voulu axer notre première action sur un système de collecte de déchets, nous permettant de récupérer ce qui est recyclable et de les revendre à des entreprises spécialisées dans le recyclage", indique les deux membres de Mission Verte. Mais, le développement d'une telle stratégie n'a pas été facile, car il fallait comprendre les enjeux, définir les types de déchets à récupérer et comment y procéder, d'autant plus que la composition des ordures ménagères à Maurice est assez complexe et est largement dominée par les déchets organiques, dites "vertes" également.

Le mouvement écologique a ainsi décidé de se concentrer sur les déchets plastiques et le papier, qui sont plus facilement récupérables, d'autant qu'il existait déjà des entreprises engagées dans le recyclage de ce type de déchets, alors que dautres les exportent à Madagascar et en Afrique. Les membres du mouvement obtiennent un écho favorable auprès de tous ceux contactés. Et c'est sans surprise que le projet est accepté au GEF Small Grant Program des Nations Unies, département octroyant des "grants" aux projet novateurs et favorables à la protection et la préservation de l'environnement.

"Notre stratégie est centrée sur l'éducation, la sensibilisation et la sensibilisation. Elle vise à encourager les gens à changer leurs habitudes tout en leur donnant la possibilité de le faire. Donc, nous essayons d'expliquer les gens pourquoi il faut trier les déchets. Nous agissons aussi comme trait d'union entre le public et les entreprises mauriciennes pratiquant la récupération et le recyclage de divers items", déclare les deux membres du groupe, "notre projet est aussi d'installer une vingtaine de poubelles dans les villes et les villages. Nous avons essayé de donner une formation dans les quartiers et villages du sud. Et il y a d'autres ONG qui le font également, notamment dans les écoles et avec la participation du ministère de l'Environnement."

Les premiers dividendes ont toutefois été engrangés à Curepipe, lorsque Mission Verte a installé son premier conteneur de déchets de couleur verte et disposant de trois compartiments de déchets. "Le "response" a été formidable", font ressortir Bernadette Sauzier et Georgina Clarenc. Aujourd'hui, le même type de conteneur, qui est comme un dépot permanent, est placé dans trois autres régions de l'île, à part Curepipe. Il s'agit de Mahébourg, Tamarin et Grand-Baie. Et grâce au coup de pouce des opérateurs du privé, les déchets sont collectés et livrés aux entreprises de recyclage.

Création d'emplois

Avec recul, les membres de Mission Verte constatent aujourd'hui, de par leur action, qu'il existe une volonté nationale d'aller vers le tri sélectif vu que l'ultime raison est de protéger notre environnement et de rendre notre île propre. "Nous heureux et satisfaits des résultats obtenus. Les entreprises avec lesquelles nous travaillons nous ont assuré que le volume de déchets qu'il recyclent a doublé", disent-ils. Un des motifs de satisfaction est aussi d'avoir créer des emplois directs et indirects pour de nombreux personnes s'engageant de plus en plus dans la collecte des déchets recyclables. "Plusieurs personnes, démunies financièrement, ont entrepris avec l'aide de Mission Verte de faire la collecte des bouteilles PET et de les revendre à l'entreprise qui les récupère pour le recyclage. Il y a aujourd'hui au moins 800 personnes qui font ce travail", confirment-ils.

Ce qui pousse les animatrices de "Mission Verte" voir plus large, voire de rêver. "Si le tri sélectif est bien installé à Maurice, il n'y a aucune raison pour que cela ne marche pas. A part le papier et le plastique, il y a aussi la possibilité de faire du compostage. Cela va générer de l'emploi, le gouvernement économisera de l'argent et cela assurera une île propre", disent-elles. Les avantages du principe de recycler et de réutiliser peut permettre de réduire la production de déchets si la population est informée de la menace que les déchets peuvent représenter sur notre environnement et l'avenir même de notre île, notre planète.

"90% des déchets peuvent être recyclés. De par les résultats obtenus et le response de la population, notre rêve aujourd'hui est que le tri sélectif devienne une obligation nationale...Mais pour cela, nous avons besoin de l'aide de tout un chacun pour qu'ensemble nous puissions rêver d'une île Maurice verte et propre où nous ne verrions plus de déchets éparpillés dans la nature, souillant nos rues, nos plages, les abords de nos maisons. Une île Maurice où chaque citoyen serait conscient de l'importance de ses gestes !", concluent les deux "missionnaires écolos."


Mission Verte, crée en 2007, est une organisation non-gouvernementale à but non lucratif qui compte sur une cinquantaine de membres pour mener à bien ses actions. Elle mise sur un réseau de quelque 600 personnes pour communiquer et diffuser des information via Internet principalement. Ceux souhaitant adhérer l'association ou soutenir les actions de Mission Verte peuvent prendre contact à l'adresse suivante: missionverte@hotmail.com

Construction du Pont Macondé

Les pêcheurs de Baie du Cap se mobilisent contre les travaux qui affectent la baie

Les pêcheurs de Baie du Cap comptent aller de l'avant avec leurs doléances concernant la construction du Pont Macondé. Construction à mi-chemin entre la mer et le radier Macondé - qui affecte quotidiennement leur gagne-pain, disent-ils, car ils ne peuvent plus pêcher dans la baie, en raison de la pollution de l'eau. Selon les pêcheurs, le constructeur du Pont, General Construction, qui bénéficie, rappelons-le d'une exemption d'Environment Impact Assessment (EIA), ne fait aucun effort pour respecter l'environnement marin. L'eau de la baie est boueuse, et les poissons, invisibles dans la région, ne mordent plus, soutiennent les pêcheurs. Cette situation perdure depuis plusieurs mois, indiquent-ils. Cela, en dépit des nombreuses complaintes des pêcheurs auprès des autorités concernées. Ils tenteront prochainement de rencontrer le ministre de l'Agro-industrie, pour lui présenter les problèmes qu'ils encourent.

Les travaux pour la construction du Pont Macondé - projet gouvernemental lancé par la Road Development Authority en 2007, en vue de pallier les problèmes d'inondations, qui en période de grosses pluies ou de houles, rendent le radier existant inaccessible - polluent la mer. C'est ce qu'affirment les pêcheurs de la région, indiquant que depuis juillet 2008, date du début des travaux dans la baie, ils peinent à gagner leur vie. Les travaux enclenchés, notamment le remplissage de la baie, et la fouille, provoquent une érosion qui s'étend sur plusieurs mètres, expliquent-ils. Agressés, les poissons, invisibles depuis, ne mordent plus, soutiennent les pêcheurs de la Baie du Cap, St-Martin/Bel Ombre. "Nu népli kapav rod lavi dans la baie. Bizin ale en dehor pou trouv poissons. System la pa bon ditou. Zot ti bizin mett filet pou empess sa pollution la", expliquent les pêcheurs. Ces derniers assurent qu'ils ne sont pas contre la construction de ce pont. "Au contrer, li enn bon zafer pou nu. Pou sekirité dimoun. Mé pêcheurs pe pénalisé", explique Cyrano entresol, Président de l'association des pêcheurs de Baie du Cap, St Martin/Bel Ombre. Toutefois, affirme-t-il, la mise sur pied de ce projet n'a jamais été discuté avec les pêcheurs, directement affectés par la construction du pont. "Tou zafer lamer, bizin konsilté peser. La, a coz enn proze letat, personn pa finn gagn okenn communication", indique-t-il.

Projet exempté d'EIA Report, mais soumis à des conditions

En effet, si un rapport EIA avait été soumis, le pont de Macondé, actuellement en construction par la firme General Construction, dispose d'une exemption du ministère de l'Environnement. Selon l'océanographe, Vassen Kauppaymoothoo, "malgré l'exemption, il y a certaines conditions, dont la pose de membranes de textiles pour empêcher l'érosion de la terre que le constructeur est sommé de respecter". Qui plus est, les rochers qui sont en train d'être utilisé pour le remplissage de la baie proviendrait des champs de cannes, selon certaines sources. Par ailleurs, rappelle l'océanographe, "à Baie du Cap, il existe depuis de nombreuses années, le problème avec la fabrique de chaux, Macondé Mining Co. Ltd qui déposait des effluents dans l'embouchure de la rivière. Aujourd'hui cette embouchure est recouverte de boue, et de poussière. Lorsqu'on effectue des fouilles, dans le cadre des travaux, il y a automatiquement de l'érosion et les risques de contamination de la baie sont énormes".

La centaine de pêcheurs travaillant dans cette région se désole de l'eau boueuse dans la baie. "Kouma pou travay. Ki pou vendé aster", s'interrogent-ils. Si auparavant un pêcheur revenait avec 25 kg de poissons quotidiennement, actuellement, il ne revient qu'avec une dizaine, et encore, s'il est chanceux, expliquent les pêcheurs. "Ou bizin ale en dehor pou lapess. Ici (nd lr : à Baie du Cap), delo-là trop rouz. Napli ena poisson. Labouet napli ena. Lavi inn vinn difficil depi sa pont la pe monté", soutiennent les pêcheurs. Ils font également ressortir que depuis le début des travaux en juillet dernier, les autorités concernées ont été mises au courant des problèmes que rencontrent quotidiennement les pêcheurs. "Nu finn coz are ancien minis lapess, Arvin Boolell, lor sa problem la. Linn dir li pou gueté. Boolell finn alé, noun coz are lot minis-là, kan li ti vinn remet VRS dan lendrwa. Li ouci linn dir li pou gueté. Ziska zordi personn pa appel nu. Personn pa pran enn compte", explique Cyrano Entresol. "Zot dir pont là c'est enn bijou. Enn zoli bijou pou nou lendrwa. Mé à kel prix? Ce communauté peser ki bizin paye sa prix la?", demandent les pêcheurs de Baie du Cap. Pour les pêcheurs de la région, la situation s'empire et ils peuvent pas rester les bras croisés. Cette semaine, ils tenteront de rencontrer le ministre de l'Agro-industrie, Satish Faugoo, pour lui présenter leur problème. D'ailleurs, interrogé à ce sujet par Week-End, le ministre indique qu'effectivement, il a été mis au courant de ce problème lors de sa visite dans la région de novembre dernier. Toutefois, jusqu'ici, il n'y a pas de plainte officielle, dit-il. Mais Satish Faugoo assure qu'il tiendra compte des doléances des pêcheurs et étudiera la situation.

 

Le Week End 18 Janvier 2009

 

Port-Louis

Les autorités impuissantes face à la dégradation de la circulation

Se rendre à Port-louis chaque matin n'est pas une sinécure. La capitale est au bord de l'asphyxie avec les kilomètres de véhicules qui font la queue particulièrement aux entrées sud, tandis qu'une simple panne ou un petit accident peut paralyser totalement la circulation. Quelle est l'origine de cette nette dégradation de la circulation depuis le début de l'année? Face à cette question, les explications sont certes nombreuses, mais elles restent hypothétiques. Les autorités semblent être en panne d'idées quant aux mesures - immédiates - à entreprendre pour éviter à sauver les milliers d'automobilistes de ce cauchemar quotidien. Les projets annoncés, eux, sont toujours au stade d'étude.

Comment ne pas penser à cette déclaration du Premier ministre au lendemain de son retour à la tête du gouvernement en 2005? Pour le PM n'était en effet plus question de perdre du temps dans les études et que les premiers coups de pioches dans les nouveaux n'étaient qu'une question de mois. Or trois ans après, on est toujours à la case départ. Sinon que la situation s'est empirée. Les automobilistes, qu'ils soient dans le bus ou dans leur véhicule, se savent plus à quel saint se vouer. Le trajet entre Curepipe et Port-Louis coûte plus de 2 heures. Entre Rose-Hill et Port-Louis, il faut compter une heure et quarante minutes, voire deux heures si la circulation a été perturbée par un accident ou par le mauvais temps.

Ce qui est également certain, c'est que les heures de pointe le matin se sont allongées depuis le début de l'année. "Nous pensons que l'heure de pointe le matin se situe entre 7h15 et 10h, alors qu'auparavant c'était entre 7h30 et 9h30. C'est d'ailleurs pour cette raison que la troisième voie sur l'autoroute reste ouverte pendant un peu plus longtemps", fait-on comprendre à la TMRSU.

Quoi qu'il en soit, ils sont nombreux les travailleurs à accuser plus d'une demi-heure de retard au travail chaque matin. "Sortir plus tôt ou avant ne change rien. J'en ai fait l'expérience. Je continue à rentrer en retard même si je prend le bus 20 minutes plus tôt", confie cette habitante de Rose-Hill. Les réactions sont les mêmes pour ceux font des trajets plus longs. "Actuellement cela nous coûte deux bonnes heures pour arriver à Port-Louis. Parfois, la durée peut être plus longue si par exemple il pleut. La circulation ralenti davantage ou alors elle est complètement bloquée à trois ou quatre kilomètres de Port-Louis", ajoute ce Curepipien, alors que ceux venant de l'ouest de l'île qualifient la situation de "bouz fix" une fois qu'ils se retrouvent à la sortie de Petite-Rivière ou à hauteur de Grande-Rivière/Nord Ouest.

Au niveau de la TMRSU, on arrive difficilement à expliquer cette nette dégradation de la circulation depuis le début de l'année. Certains avancent que c'est la rentrée des classes qui pourrait être à l'origine du problème. "La situation devrait se stabiliser dans quelques jours", disent-ils. D'autres soutiennent que les activités dans le centre-ville ont augmenté. "Il y a un plus grand nombre d'activités. Il y de plus en plus de bâtiments. Il y a encore plus de véhicules qui se dirigent vers Port-Louis", font-ils ressortir.

Le plus inquiétant c'est que le nombre de véhicules ne cesse d'augmenter. Le parc automobile connaît une croissance telle que le pays fait partie des pays ayant une densité routière surélevée. Chaque année, une moyenne de voitures sont mises route au point où la barre des 360 000 véhicules a déjà été traversée. Cette croissance interrompue de la flotte automobile, indiquent les experts, devrait se répercuter sur la qualité de la circulation routière qui continue à se dégrader à cause d'une utilisation à outrance de la voiture particulière et le retard accumulé dans les projets de créer et d'étendre le réseau routier.

Pour les techniciens du ministère des Infrastructures publiques, les petites mesures préconisées dans les "traffic schemes" ne servent à rien face à l'augmentation de véhicules. Les projets susceptibles de combattre le problème d'embouteillage sont toujours au stade d'étude. Le contrat de la Verdun Terre-Rouge Link Road devrait être alloué dans les jours qui suivent, même si le projet, selon les avis sollicités, aurait été surévalué par les compagnies chinoises. Evalué initialement à Rs 1,2 milliard, cette nouvelle route coûtera autour de Rs 2,8 milliards. Le but sera de proposer une route alternative aux automobilistes se rendant ou quittant le nord de l'île au lieu de passer par Port-Louis.

D'autres projets tels que le Port-Louis Ring Road, le Harbour Bridge, le Bus Lane et le Bus Way font actuellement l'objet d'études. Et tout porte à croire qu'il faudra attendre encore des années avant qu'ils ne se matérialisent. Entretemps, la situation continue à se dégrader aux entrées de la capitale. Cela sans aucune solution immédiate.


Autoroutes M1 et M2: Limitation de vitesse à 110 km/h en vigueur cette semaine

Rouler jusqu'à 110km/h sur l'autoroute M1 et M2 sera rendu possible dès cette semaine avec l'installation des panneaux indiquant la nouvelle limitation de vitesse, qui a été revue à la hausse par le gouvernement au début de l'année. Les nouveaux règlements ont été "gazetted" en fin de semaine et les techniciens de la Road Development Authority (RDA) et ceux du Traffic Management and Road safety Unit (TMRSU) ont commencé à remplacer les panneaux de limitation de vitesse pendant le week-end. "En principe les automobilistes peuvent commencer à rouler à 110 mh/h là où il y a les panneaux. Mais nous les conseillerons de le faire à partir de lundi lorsque les panneaux seront installés tout le long de l'autoroute", explique un ingénieur de la RDA. La limite maximale sur certaine partie de l'autoroute avait été revue en 2003 lorsque le gouvernement avait décidé la faire passer de 80 km/h à Rs 90 km/h. Malgré cette nouvelle révision (110km/h), la limite de vitesse restera inférieure sur certaines zones de l'autoroute M1 et M2. Notamment entre le rond-point de Pamplemousses et Grand Baie Road; l'échangeur de Grewals et le rond-point de Riche Terre et vice-versa; le rond-point Port Fer et le rond-point Dowlut, et au niveau du Centre commercial de Shoprite. Une bonne partie des "speed zones" seront également maintenues.

 

Pollution alléguée sur le site de construction Pont Macondé

Un comité constitué pour étudier le problème

L'eau de la Baie du Cap sera prochainement soumise aux analyses. Ceci, dans le but de déceler une éventuelle pollution de cette baie. Les pêcheurs de la région allèguent en effet, que depuis le début des travaux de construction du Pont Macondé, la baie est polluée. Cette pollution, disent-ils affectent quotidiennement leur gagne-pain, car ils ne peuvent plus pêcher dans la baie, les poissons ne mordant plus. Après de nombreuses doléances des pêcheurs aux autorités concernées, le conseillé du ministère de l'Agro-industrie, Mathieu Laclé, accompagné des officiers de la Santé, de l'Environnement et du Centre de Recherches d'Albion (CRA), s'est finalement rendu sur le site vendredi dernier. Toutefois, en raison du mauvais temps qui prévalait ce jour-là, aucun constat n'a pu être effectué. Les officiers de ces ministères ont toutefois pris une nouvelle fois, connaissance des doléances des pêcheurs, leur assurant qu'un comité sera institué pour étudier le problème. Mathieu Laclé indique qu'une nouvelle visite du site sera effectuée, aussitôt le retour du ministère de l'Agro-industrie, Satish Faugoo, au pays. Entre-temps, des prévelèments d'eaux seront analysés par le CRA, en vue de déterminer la qualité de l'eau. Rapelons que si un rapport Environment Impact Access avait été soumis en marge des travaux pour la construction du Pont Macondé - projet gouvernemental lancé par la Road Development Authority (RDA) en 2007, en vue de pallier les problèmes d'inondations, qui en période de grosse pluies ou de houles, rendent le radier existant inaccessible - ce projet dispose d'une exemption du ministère de l'Environnement. Toutefois, les promoteurs, en l'occurrence la firme General Construction, sont contraints de respecter une quinzaine de conditions. Parmi les conditions imposées par le ministère de l'Environnement qui a donné son aval à ce projet, celle de s'assurer que toutes les précautions soient prises pour protéger l'environnement marin et son écosystème. De même "the geotextile screens to be placed at the site of work shall be of appropriate mesh size and shall be regularly maintained to avoid sediment enhancementy into the adjoining lagoon". Or, les pêcheurs allèguent qu'aucun filet de protection n'a été mis en place pour protéger l'écosystème. Pour des éclaircissements, nous avons plusieurs fois essayer d'entrer en communication avec les promoteurs, mais nos appels sont restés vains.

Education et Environnement

Séparation des déchets: Le bon geste dès le plus jeune âge!

Encourager les enfants dès leur plus jeune âge à développer la culture du tri des déchets pour protéger notre environnement . C'est le projet que le ministère de l'Environnement, en collaboration avec la United Nations Development Program (UNDP) et l'Environment Care Association compte lancer dans les écoles prochainement. Le but est de les sensibiliser par rapport aux dangers que les déchets représentent pour l'environnement et de faire d'eux des "citoyens responsables."

Le Conseil des ministres a donné son feu vert vendredi pour que ce projet aille de l'avant. "Ce projet vise à sensibiliser les enfants dès leur plus jeune âge à prendre l'habitude de séparer les déchets afin de faire d'eux des citoyens responsables sensibles à l'environnement. Ce projet permettra du même coup d'influencer les parents, à travers leurs enfants, de séparer les déchets chez eux et de promouvoir le compostage, peut-on lire dans le communiqué hebdomadaire."

Le tri des déchets peut permettre de réduire le volume de déchets produits par le pays tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. La première phase du projet touchera d'abord les écoles primaires. Il est prévu que chacun de ces établissements sera doté de poubelles et de sacs permettant de séparer les déchets recyclables, notamment le papier et le plastique et d'autres types de déchets. Ces sacs et ces poubelles seront régulièrement collectés par des entreprises de recyclage.

Un projet similaire avait été initié il y a près de quatre ans par le ministère de l'Environnement qui, en sensibilant les enfants, pense pouvoir atteindre les adultes dans leurs habitudes quotidiennes. Le School Compost Project, qui avait alors été lancé sur une base pilote, sera bientôt étendu dans toutes les écoles primaires du pays.

Parallèlement, l'organisation non-gouvernementale (ONG) Mission Verte a lancé un programme de valorisation des déchets l'année dernière en encourageant la population à se lancer dans le tri des déchets. Les dirigeants de cette association, qui bénéficie également de l'aide financière de la UNDP, a déjà commencé à installer des poubelles et des conteneurs dans les villes et les villages. Le but est d'encourager de trier leurs déchets et de les placer dans les conteneurs disposant de plusieurs compartiments. Mission Verte travaille également en collaboration avec les entreprises qui, pour leur part, récupèrent les déchets en vue de les recycler.

Mort des poissons dans le Nord

Les autorités insistent sur les conditions climatiques néfastes

Les résultats des analyses effectuées dans les lagons du Nord, attribuent la mort de plusieurs kilos de poissons, en début de janvier, aux conditions climatiques néfastes qui ont prévalu dans la région durant cette période. En dépit de ces observations officielles, les pêcheurs du Nord, concédant que la chaleur torride des premiers jours de janvier aurait contribuait à cette situation, restent tout de même convaincus que la pollution industrielle - perdurant depuis de nombreuses années - est le principal facteur ayant causé la mort de plusieurs kilos dans le lagon ces derniers temps. Lors d'une réunion, vendredi dernier, avec les officiers des ministères de l'Agro-industrie, de la Santé et de l'Environnement, et ceux du FPS et du CRA, les pêcheurs ont souligné leur scepticisme. Il leur a d'ailleurs été suggéré d'effectuer une contre-expertise. Les pêcheurs espèrent néanmoins que la prochaine rencontre prévue avec le ministre de l'Agro-industrie, Satish Faugoo, apportera plus d'éclaircissements quant à la situation des pêcheurs, qui estiment qu'ils devraient percevoir une aide de l'État, en raison des intempéries affectant leur emploi.

"From observations made, fish mortality could have been due to high sea water temperatures coupled with algal blooms in certain parts of lagoon", indique le rapport des officiers du FPS et du CRA. Les autorités indiquent également qu'il existe un blanchiment des coraux à plusieurs points localisés dans le lagon. Une information communiquée une nouvelle fois aux pêcheurs de Poudre D'or, Anse La Raie, et Grand Gaube, vendredi dernier, lors de la rencontre avec les officiers des différents ministères concernés. Ce rapport fait ressortir que l'eau de mer dans cette région se situe, selon les analyses effectuées, dans la limite de la qualité et ne contient aucun pesticide. De même, contrairement à la haute température de 30-31° enregistré durant la première semaine de janvier, en parallèle avec la mort des poissons, le FPS et le CRA notent une baisse de température, le thermomètre affichant 28-29°. Les autorités assurent également que depuis 2007, l'usine de textile Denim de l'Île, suspectée par les pêcheurs de polluer le lagon, traite ses effluents avant de les déverser dans la mer. Elles soutiennent que "the treated effluent being discharged into lagoon is clear". Explications que rejettent les pêcheurs qui restent eux, sceptiques, devant les "dégâts" de leur lagon.

Pour les pêcheurs, qui ont, eux, l'opportunité d'exprimer leurs doléances auprès du comité interministériel institué pour suivre cette affaire, la mort de ces poissons serait due à, non seulement la hausse de la température, mais principalement à la pollution du lagon provoquée par la décharge des effluents dans l'eau, détériorant de l'état du lagon depuis de nombreuses années. Les pêcheurs n'en démordent pas, insistant sur le fait que si ce problème de poissons morts été uniquement attribuable aux conditions climatiques néfastes, pourquoi d'autres régions côtières de l'île, où la température a également connue une hausse sans précédent, n'ont pas été affectées. Devant le scepticisme des pêcheurs, les autorités ont suggéré une contre-expertise sur la qualité de l'eau. Démarche que la communauté des pêcheurs estiment difficile, faute de moyens. Toutefois, ils ne se découragent pas, comptant éventuellement sur un apport du Fishermen Welfare Fund. "Nous devrons avoir recours à une contre-expertise étrangère. Nous y réfléchissons, car pour nous, ce problème dans les lagons du Nord n'est pas du aux conditions climatiques", indique Judex Ramphul, président du syndicat des pêcheurs. Il fait ressortir que les pêcheurs ne souhaitent pas faire preuve de mauvaise foi, mais de par leur expérience de la mer, ils restent persuadés que ce problème est dû à la pollution industrielle. En attendant une décision de la communauté des pêcheurs, ces derniers espèrent néanmoins que la rencontre prévue avec le ministre de l'Agro-industrie à son retour au pays, apportera plus d'éclaircissements quant à la situation des pêcheurs. Rappelons-le, en effet, que les pêcheurs estiment que comme c'est le cas, pour les planteurs, lorsque leurs plantations sont affectées par les intempéries, eux aussi devraient percevoir une aide de l'État. Une requête qu'ils estiment devraient concernés tous ceux dont l'emploi est trop souvent menacé par les conditions climatiques néfastes.

Le Week End 25 janvier 2009