DÉCHETS Paul Connett :

" L'incinération équivaut à la faillite dans la gestion des ressources " Le Professeur Paul Connett : " L'incinérateur représente des profits à court terme mais des pertes à long terme "

Le recours à l'incinération pour disposer des déchets équivaut à la faillite dans la gestion des ressources d'un pays. C'est le message fort qu'a voulu faire passer le Professeur Paul Connett, héraut international du concept de Zero Waste. " Maurice peut avoir l'ambition de devenir le premier pays à appliquer le concept intégral de Zero Waste, ce qui cadre avec la volonté de votre Premier ministre de promouvoir le concept de Maurice, île Durable ", estime ce professeur parti de la chimie puis spécialisé en biochimie.

Pour faire comprendre le concept de Zero Waste, le Professeur Connett observe que la question de la gestion des déchets est maintenant chose du passé et a été remplacée par une approche reposant sur la gestion des ressources. Au siècle dernier, la question était de savoir " how do we get rid of our waste efficiently with minimum damage to our health and the environment ", dit-il. Aujourd'hui, il s'agit de savoir " how do we handle our discarded resources in ways which do not deprive future generations of some, if not all, of their value ? "

Dans cette perspective, le Professeur Connett estime que le recyclage ne représente pas non plus une solution idéale pour un pays car il applique toute la pression sur le dos de la communauté et pas sur les producteurs industriels. Le Zero Waste préconise, en fait, une réduction des déchets, une remise en cause de la consommation et encourage les industriels à manufacturer des produits qui dégagent moins de déchets et à avoir recours à des systèmes d'emballage moins polluants, pouvant être réutilisés. Il cite notamment Xerox, qui récupère les machines usitées et utilise 95 % des matériaux récupérables. Ce qui lui permet de réaliser des économies de l'ordre de US $ 76 M. IBM s'est lui aussi engagé dans la même démarche. Certaines compagnies de boissons réutilisent leurs bouteilles pendant des années.

En gros, fait comprendre le Professeur Paul Connett, le Zero Waste force la communauté et les industriels à partager leurs responsabilités civiques.

Sur la base de la composition des déchets produits à Maurice, Paul Connett estime que la production de 20 MGW d'électricité par l'incinérateur de Gamma/Covanta est un rêve qui peut difficilement être traduit dans la réalité. À Maurice, 70 % des déchets ménagers sont de nature organique et constituent une source idéale pour la fabrication du compost. De plus, dit-il, l'incinération de 300 000 tonnes de déchets par an, comme le préconisent les promoteurs de Gamma/Covanta, entraînera la production de quelque 80 000 tonnes de cendres toxiques annuellement, soit quelque deux millions de tonnes sur une période de 25 ans. " Il est impensable que le gouvernement puisse envisager d'accorder des subsides à une entreprise qui à terme contribuera à polluer les nappes phréatiques et contribuera à l'émission de CO2, alors que cet argent peut être investi dans des projets soutenables, susceptibles de réduire l'émission de gaz carbonique ", estime-t-il. " L'incinérateur représente des profits à court terme mais des pertes à long terme ", insiste-t-il.

De plus, Maurice se positionne comme un paradis touristique en Europe et aux États-Unis, deux régions du monde où les oppositions à la construction d'incinérateurs sont les plus farouches. " Comment les promoteurs touristiques de cette île connue pour la beauté de ses plages et de ses paysages pourront-ils expliquer la présence d'un incinérateur au milieu du pays ? ", se demande l'expert américain.

Énergies renouvelables

Quid d'un incinérateur plus petit et moins ambitieux ? À cela le Pr Connett repond que, petit ou grand, un incinérateur pollue de la même manière et nécessite un investissement considérable dans des équipements sophistiqués pour contrôler la pollution. Faire de Maurice un pionnier en tant que pays qui applique totalement le concept de Zero Waste ne risque-t-il pas de mettre un poids trop lourd sur les épaules des autorités mauriciennes ? En réponse à cette question, le Pr Connett souligne que Maurice n'est pas seule dans cette aventure. " Maurice peut travailler conjointement avec d'autres îles qui se sont engagées dans la même expérience et menant vers la "sustainability" ".

Interrogé sur l'urgence pour le pays de trouver des sources énergétiques pour satisfaire ses besoins en énergie électrique, Paul Connett tire la sonnette d'alarme contre cette technique de vente consistant à forcer la main des autorités mauriciennes. Les meilleures sources d'énergies renouvelables à Maurice restent le soleil et le vent, dont l'exploitation constitue une des priorités du projet Maurice île Durable (MID), dit-il.

Notre interlocuteur estime que le projet MID ne se limite pas au concept de zéro déchets et à l'exploitation des énergies nouvelles et renouvelables. Il concerne également d'autres domaines comme l'agriculture, la construction et l'architecture.

Pour notre interlocuteur, l'Université devrait jouer un rôle croissant dans le domaine de la recherche.

" La plupart des universités du monde accordent à leurs chercheurs, chaque sept ans, une année sabbatique avec un demi-mois de salaire, ou six mois de congés avec salaires, pour qu'ils se consacrent à des activités de recherches dans de nouveaux projets. Je connais beaucoup de chercheurs qui seraient intéressés par la sustainability et qui seraient disposés à venir à Maurice pour des recherches dans les domaines agricole, énergétique, architectural, etc. ".

" Dans l'éventualité où Maurice accepte d'investir dans la création d'un Institute for Zero Waste And Sustainability, je serai heureux d'être un guest lecturer pour partager mon expérience sur le concept Zero Waste et aider à faire de Maurice une référence mondiale dans ce domaine ", a-t-il conclu.

Le Mauricien 4 juillet 2009

 

INTERVIEW OF PAUL
CONNETT – WASTE
MANAGEMENT EXPERT
“ Incineration doesn’t make much
energy, nor does it get rid
of landfills”

N. R.

For decades, this toxicology expert has travelled the globe raising awareness about “ zero waste” and helping local communities in their struggle against incineration. He gave a presentation at the University of Mauritius yesterday.

You’ve given over 2 000 presentations on the concept of “ zero waste”. I’m slightly tempted to call you the Al Gore of waste management. How was this vocation born?

When I heard that they were going to build an incinerator in the county where I lived, twentyfour years ago, I first thought it was a good way of getting rid of local landfills. I was a chemistry professor at a local university and my specialty was biochemistry.Then I found out that incineration doesn’t make much energy, nor does it get rid of landfills as you still have ash landfills. Worse still, by burning household rubbish you create the most toxic substances imaginable.

This really grabbed my attention so I continued my research on two fronts. Firstly, I learnt all I could on dioxins and incineration. My particular interest was the build- up of dioxins in the food chain as a result of incineration. One of my first papers showed that one litre of cow’s milk would give you as much dioxins as eight months of breathing the air next to an incinerator. On another front, I began working on developing alternatives.

It isn’t just a question of “ getting rid of waste”. Getting rid of it safely with a minimum impact on health and the environment is only the starting point. My true preoccupation now is about sustainability. Or, how do we handle our discarded resources in a way that does not deprive future generations of some, if not all, of this material? I truly believe that zero waste is the stepping stone to sustainability. Zero waste is compatible with the Prime minister’s vision of sustainability. If he’s really serious about it, he will have to cancel this incineration project, because that’s going in the opposite direction.

In the course of your travels, what sort of trends have you noticed?

The first thing is the importance of the grassroots movement. The public is the most single important factor in a genuine solution to waste. And, to get the public on board you need a grassroots movement. Since I first began getting involved in zero waste, the most dramatic change has been the advent of internet and email.

The other thing that has changed is that our understanding of recycling and composting has greatly improved. I remember the promoter of the incinerator project in my country screaming down the phone to me, “ Paul, if you talk about more than 15% recycling [ of municipal solid waste], you’re going to lose all credibility!” Twenty- four years later, we have cities like San Francisco which recycle 70% of their waste.

Given the composition of Mauritius’s waste stream, composting must strike you as a particularly attractive solution.

More than 70% of your waste is organic! Organic waste is the key for Mauritius; recycling is icing on the cake. As the sugar industry is slowly phased out, sustainable agriculture will be the next big thing. You’ll grow your fruit and vegetables.

Over and above the health and environmental implications of incineration, you posit that incinerators just aren’t economically viable. Could you elaborate on this point?

The incineration industry has two bogus but effective ways of promoting itself. It constantly says that it’s better than landfills. It tries to isolate the problem as a contest between incineration and landfilling.

The second argument is that incinerators present themselves as power stations that produce alternative energy.

These arguments do indeed sound familiar…

Incineration is one of the most expensive ways of producing energy other than nuclear power. The dirtier the fuel, the more expensive the power station. Burning rubbish is expensive because of the cost of air pollution control. In a modern incinerator, the air pollution control equipment costs more than the rest of the facility put together. The crazy thing is that incineration creates pollution that is not inherent to the rubbish.

Dioxins and toxic metals are released by burning the trash. All these problems that require pollution control are generated by the incineration process itself.

If you don’t build the incinerator, you don’t have these problems. This tells you right away that the capital costs of recycling and composting are overwhelmingly cheaper than those of incineration. I’m not saying that overall the strategy is going to be that much cheaper than incineration, but the economic difference between incineration and the alternative is that with the former you’re putting money into complicated machinery. Most of that money is going to leave the country. With the alternatives, on the other hand, you’re putting most of the money into jobs and most of your technology can be built and run by local communities. By improving your infrastructure and your economy, you’re making your money work twice

The promoters of the incinerator project plan to employ around 80 people.Are alternative solutions will be more labour intensive?

I’ll give you an example. In Nova Scotia, Canada, authorities were faced with Covanta’s Energy’s predecessor company, Ogden Martin, which wanted to build an incinerator. The government turned the project down and told the citizens to design a waste management programme. The citizens came forward with proposals in which they insisted that no unprocessed organic go into the landfill. This triggered a separation facility for residual waste. Within five years, that programme had reduced the total province’s waste by 50%, created 1000 jobs for the collection, handling and treatment of waste and another 2000 secondary jobs in the industries handling the materials. That’s 3000 jobs instead of 80 jobs!

The US, where you work, should be the Eldorado of incinerators. Americans produce a lot of waste and have high energy needs. Yet recent history tells a different story. Care to elaborate?

Between 1985 and 1995, over 300 incinerator projects were stopped in the US. Although about 70 projects got through, most of the companies that built them are now out of the business because they can’t get the funding to build new ones.

If that’s the case, how do you explain Gamma- Covanta’s dogged enthusiasm for building an incinerator in Mauritius?

They obviously think that they’re going to make a lot of money up front. I don’t want to sound too cynical, but they probably don’t care if it works or not. They’ll make a huge percentage up front. They’re going to burn 300 000 tonnes of waste per year and produce 80 000 tonnes of ash, which will be stored on a 10- hectare site. I don’t know what they’ll be storing it for: over 25 years, that’ll add up to two million tonnes of toxic waste. These people are not going to be around to worry about what happens to this toxic ash in years to come. The site is made of porous volcanic rock and sits atop an aquifer, which is very precious. You really shouldn’t be dumping two million tonnes of toxic material on top such a resource.

There’s recently been a lot of debate about the possibility that money from the Maurice Ile Durable Fund could be diverted to pay for the electricity produced by the incinerator. What’s your opinion on this?

It’s outrageous! You can’t go into unsustainable waste management and electricity production methods under the cover of sustainability. You’ve got a lot of sunshine here; you should be putting that money into solar water heaters and photovoltaic panels all over the island.

This money could also be going to a residual separation and research centre built in front of the landfill to study the residuals [ waste that can’t be separated or composted] and to basically tell industry, “ if we can’t recycle or compost it then you shouldn’t be making it this way ”. You can’t reach a situation of zero waste with recycling alone; you need a combination of community – and industry- based responsibility. You need good political leadership to bring these two together.

The country could also do with an institute for zero waste and sustainability, which would not only have an open channel of communication with researchers at the landfill, but would also look at other industrial designs to limit waste and link these to other aspects of sustainability, such as sustainable agriculture, education and sustainability architecture.

You don’t seem to do scaremongering. Rather you’ve emphasized the benefits of eschewing incineration in favour of zero waste policies. Does this approach work?

Incineration just doesn’t make sense. Look at the trajectory of how incinerators were defeated in the US: an incinerator is proposed and environmental activists have a fit. Meanwhile, the politicians have been sold a very one- sided, slick account by the promoters. As the environmentalists fight, it slows down the decision- making process and eventually gives politicians enough time to find out that it’s an economic disaster.

Incineration is nice for people who make throwaway products.

How long would it take for Mauritius to emulate Nova Scotia’s success in waste management?

There are laws that you can pass that can dramatically change the picture. A law was passed in California that required communities to get to 50% diversion by 2000. It was so successful that they asked themselves, “ why stop at 50%?” and, later, “ why stop at 60%?”, etc.

Society has been barking up the wrong tree for a long time, mainly because of a lack of information. Now that we have a clearer idea of what’s wrong and what’s right, do you think we will see more common sense in the way we do things?

Sustainability is all about common sense .

L’Express 2 juillet 2009

 

 

 

Article paru dans la rubrique Osmose de l'Express du 07/07/09

GESTION DE DÉCHETS
On n’est jamais mieux servi
que par soi- même

 

Alors que le débat autour de l’incinération fait rage aussi bien à Maurice qu’à l’étranger, Osmose fait le point sur les alternatives à cette technologie controversée.

Dans une interview accordée à l’express la semaine derniére, Paul Connett, sommité mondiale en matiére de gestion des déchets a donné un exemple édifiant de ce que les communautés peuvent accomplir quand elles oeuvrent dans la même direction. Il a en effet parlé de la ville de Halifax dans le Nova Scotia au Canada où les habitants s’étaient opposés à un projet d’incinérateur. Au lieu de faire fi de leurs inquiétudes, les autorités se sont engagées à mettre leur veto au projet à condition que les citoyens viennent de l’avant avec des actions concrétes pour gérer leurs déchets. En cinq ans, ils ont réussi à réduire la quantité de rebuts qui devaient être acheminés vers les décharges municipales de 65% ! Et comment sont- ils arrivés à un taux de « diversion » aussi élevé ? Pour commencer, ils ont séparé les déchets recyclables, organiques, et résiduels « à la source » , c’est- à- dire dans les foyers.

Les recyclables étaient collectés hebdomadairement, alors que les organiques et les résiduels l’étaient une fois tous les quinze jours. Seuls les déchets résiduels « stables » étaient envoyés au centre d’enfouissement. Ils ont également mis sur pied un centre pour traiter 119 000 tonnes de déchets mixtes par an.

A Maurice, on a encore beaucoup de mal à atteindre la masse critique nécessaire pour catalyser un mouvement national de tri sélectif.

En cause, la tendance à attendre du gouvernement qu’il prenne non seulement les devants mais qu’il fasse tout le travail à notre place. Cette problématique est d’autant plus prononcée que les déchets sont amenés à Mare- Chicose pour être oubliés. Loin des yeux, loin du coeur. Cette fâcheuse habitude peut toutefois être endiguée par l’éducation et des incitations pour encourager les gens à trier leurs déchets.

Il reste environ deux ans avant que le projet de Gamma- Covanta ne se concrétise.

Si les opposants à l’incinérateur veulent vraiment faire quelque chose d’utile, ils pourraient mettre ce sursis à bon usage en déployant leurs efforts communs non pour s’empêtrer dans une guerre des mots avec les promoteurs, mais plutôt pour donner un véritable essor au recyclage et au compostage.

C’est exactement ce que Mission Verte cherche à accomplir depuis quelques mois.

L’ONG a, en effet, installé des dépôts de triage dans plusieurs endroits de l’île.

Sa démarche est tellement efficace que les habitants des régions urbaines n’ont plus vraiment d’excuses pour ne pas trier leurs déchets : il suffit de collecter les objets en plastiques dans un sac, ceux en papier et en carton dans un autre, etc. et de rendre visite au dépôt le plus proche une fois par semaine. Vous serez étonné à quel point vous pourrez réduire la taille de votre poubelle.

Même si les autorités locales ont été lentes à embrasser une stratégie durable de gestion des déchets, certaines d’entre elles ont finalement flairé la bonne affaire et se sont engagées sur la voie du recyclage. Les autres n’auront d’autre choix que de suivre leur exemple. Le gouvernement central pourrait également contribuer à la réalisation de cette vision en encourageant les différentes parties prenantes – consommateurs et industriels – à réduire le quantum de rebuts qu’ils générent. Le ministére de l’Environnement à d’ailleurs élaboré une stratégie visant à promouvoir la consommation et la production durables – les deux vont de pair - mais on attend des mesures concrétes… Petit à petit, ils pourraient faire en sorte que le secteur du recyclage, trés porteur d’emplois, deviennent économiquement viable avec, pour commencer, des subventions pour les entreprises engagées dans cette activité.

Les autorités pourraient également tirer leur épingle du jeu en ce qu’il s’agit de déchets résiduels, c’est- à- dire ceux qui ne peuvent ni être recyclés ni compostés.

Paul Connett a également recommandé la mise sur pied d’un centre de recherche, sous l’égide de l’Université de Maurice, qui analyserait ces détritus et recommanderait, aux industriels, des moyens pour fabriquer des produits plus écologiquement responsables.

Financé par le Maurice Ile Durable Fund , un tel centre irait vraiment dans le sens du développement durable.

Si le recyclage est indubitablement une des clés de voute d’une gestion durable des déchets, le compostage constitue son Saint Graal. Vous le savez sans doute déjà mais la poubelle mauricienne est composée en grande partie de déchets organiques, déchets qui peuvent être transformés en compost. Pour mettre la main à la pâte, il vous suffit de clôturer un petit coin de votre jardin où vous y entreposerez tous vos déchets verts ( pelures, coquilles d’oeuf, etc.). Couvrez chaque couche de détritus avec de l’herbe fraîchement tondue. Laissez fermenter et répandez le mélange sur vos plantes. C’est pas plus compliqué que ça.

Mais, au final, pourquoi se donner la peine ? Dans un avenir pas trop lointain on pourra tout brûler. Comment respecter les directives d’enfouissement sans incinération, un document de Greenpeace , offre un élément de réponse. « Contrairement à l’incinération, l’enfouissement ne perpétue pas une demande pour les déchets. Grâce aux améliorations continues dans le recyclage, la conception de produits et les habitudes de consommation, l’enfouissement peut être réduit de façon incrémentielle et éventuellement éliminé. Les incinérateurs, par contre, doivent fonctionner quasiment à plein régime pendant 25 à 30 ans.Une fois construits, ils constituent un obstacle structurel à une diminution significative du niveau de déchets générés. Ils produisent des cendres contaminés qui doivent être enfouis. »

C’est aussi à ça que sert le débat autour de l’incinérateur : à donner le temps aux décideurs de réaliser que des alternatives écologiquement, socialement et économiquement viables existent bel et bien.

Consultez Comment respecter les directives d’enfouissement sans incinération : http://www.scientificjournals.com/sj/ehs/Pdf/ aId/4737

 ENVIRONNEMENT Le Pr Paul Connett :

 

" L'incinération des déchets, une mauvaise idée… "

Sommité mondiale dans le domaine de la gestion des déchets, critique infatigable de l'incinération et promoteur du concept de "Zéro Déchet", le Pr Paul Connett a dit tout le mal qu'il pense de l'incinération comme méthode pour éliminer les déchets lors d'une conférence de presse qu'il a animée hier après-midi au Centre social Marie-Reine-de-la-Paix, Port-Louis. Selon Adi Teelock, membre de la Plate-forme Anti-Incinérateur, le Pr Paul Connett est à Maurice sur invitation du groupe Médine.

" Je suis heureux d'être à Maurice. Un pays où le Premier ministre a annoncé un programme pour le développement durable : le projet Maurice Île Durable. Mais je suis également très triste, parce qu'il y a un projet qui va dans la direction opposée ", a, d'emblée, déclaré le Pr Paul Connett, sans nommer le projet d'incinérateur du groupe Gamma-Energy.

Exemples à l'appui, l'intervenant a avancé dix raisons pour expliquer pourquoi l'incinération est une " très mauvaise " option en général. Cette méthode d'élimination des déchets constitue un investissement économique inefficace ; elle crée très peu d'emplois ; elle gaspille des ressources matérielles encore utiles et elle n'est pas une solution durable (sustainable). Outre qu'elle occasionne aussi une perte d'énergie, l'incinération est en plus une occasion ratée de lutter contre le changement climatique. Aussi, l'incinération crée des cendres toxiques et ne nous débarrasse pas des centres d'enfouissement. Le Pr Connett a également soutenu qu'il y a trop de questions entourant les émissions toxiques qui restent sans réponse et qu'il y a des stratégies alternatives d'élimination de déchets.

" Il faut trois choses pour que le public soit protégé de ces émissions toxiques : les lois/règlements sévères, un suivi rigoureux et une application soutenue des lois. Il suffirait qu'un seul de ces trois maillons soit faible et le public ne sera pas protégé ", a-t-il prévenu.

Parlant spécifiquement de Maurice, l'orateur a donné dix raisons pourquoi l'incinération est mauvaise pour notre île. " Elle est impopulaire et va donc briser l'harmonie sociale du pays ; elle va faire fuir les touristes ; elle va faire dégringoler les prix des terrains ; les déchets à Maurice sont verts donc difficiles à brûler ; il n'existe pas à Maurice des appareils pour un suivi scientifique de l'incinérateur ; 70% de déchets ici sont organiques, donc plus appropriés pour le compostage ; le gouvernement promeut le développement durable, un incinérateur va donc vous faire reculer de 25 ans ; l'incinération n'est ni une méthode de gestion de déchets durable (sustainable) ni un projet énergétique durable ; l'argent des contribuables devrait servir à promouvoir l'énergie solaire ; et enfin l'élimination des centres toxiques va poser d'énormes problèmes environnementaux ", a-t-il élaboré.

" Perfectionner une mauvaise idée "

" Même si nous devions rendre l'incinération sûre, ce serait insensé. C'est insensé de dépenser tant d'énergie à détruire des ressources que nous devrions au contraire partager avec les générations futures ", a encore soutenu le Pr Connett. " Le problème des déchets n'est pas un problème technologique, mais un problème d'organisation, d'éducation et de conception industrielle ", s'est-il enthousiasmé.

Selon l'intervenant, les incinérateurs modernes " essaient de perfectionner une mauvaise idée ". " Nous devons au 21e siècle, non pas rechercher le meilleur moyen pour détruire des ressources (déchets) que nous jetons, mais cesser de fabriquer des emballages et autres produits que nous détruisons par la suite ", a-t-il expliqué.

La stratégie de l'incinération est d'autant plus mauvaise, selon le Pr Connett, qu'il y a une alternative durable : la stratégie "Zéro Déchet" d'ici à 2020. " Nous devons copier la nature. La nature ne produit pas de déchets. Les déchets sont une invention humaine ", a-t-il souligné. " Pour atteindre le "Zéro Déchet", il faut, d'une part, la responsabilité des industries et, d'autre part, la responsabilité citoyenne des communautés et un bon leadership politique qui fait le lien entre les deux ", a-t-il préconisé, en citant le cas de San Francisco comme modèle de réussite. Dans le contexte de la Stratégie Zéro Déchet, il a présenté le projet intégré, le Resource Recovery Park, complexe où les déchets sont traités de manière durable.

Le Pr Connett anime mercredi prochain une conférence à l'Université de Maurice.


 

Promouvoir le "Zéro Déchet"

Le Pr Paul Connett est diplômé de l'Université de Cambridge et détient un PhD en chimie du Dartmouth College (situé dans le nord-est des États-Unis, ville d'Hanover, dans l'État du New Hampshire). En mai 2006, il prend sa retraite de sa chaire de chimie au Lawrence University, Canton, New York, où il a enseigné pendant 23 ans. Il s'était spécialisé en chimie et de toxicologie.

Pendant ces 24 dernières années, ses recherches dans le domaine de la gestion des déchets l'ont mené dans 49 États des États-Unis et 50 autres pays, où il a donné gratuitement pas moins de 2 000 conférences publiques, à faire la démonstration qu'une politique de "Zéro Déchet" permet d'obtenir des résultats absolument étonnants dans la lutte contre le changement climatique. Il est mondialement connu comme le critique le plus acerbe contre l'incinération comme méthode pour éliminer les déchets. Son dernier article sur la dioxine et la gestion des déchets, intitulé Zero Waste and Sustainability a tout récemment été publié en Italie.

Quand le Pr Connett n'est pas pris par ses engagements en faveur de l'environnement, il se passionne pour la musique classique.

27 juin 2009

WASTE TO ENERGY PROJECT

 

Paroles à méditer« Le projet Gamma Covanta n’est pas un projet d’énergie »

1) Ce n’est pas moi qui le dis, mais Patrick Assirvaden, Président du CEB, dans une interview de presse, le 12 juin 2009. Le président de ce Board précise : « Toutefois, nous sommes prêts à signer un contrat d'achat d'énergie, car un tel projet ne peut être financièrement viable sans une composante de production d'électricité. Il faut souligner que ce n’est, avant tout, qu’un projet relativement modeste sur le plan de la puissance installée, soit 20MW seulement. » Ainsi, le CEB signerait un contrat pour un projet « relativement modeste » car « un tel projet ne peut être financièrement viable sans une composante de production d'électricité ». Le CEB va donc contribuer à assurer la viabilité financière d’un projet privé non énergétique à propos duquel il n’a pas « de compétences pour apprécier l'aspect « environnement » », mais dont son président sait que « … le débat … a dépassé le cadre de l’environnement et l’intérêt du pays. J’ai l’impression que d’autres intérêts tirent les ficelles… ». Paroles éminemment éloquentes !
2) Autres paroles : « Le projet Gamma – Covanta viendra empêcher le monopole de la production énergétique. » Gamma a déclaré lui-même et le président du CEB l’a confirmé : le projet d’incinération des déchets n’est pas un projet de production énergétique. Alors de quel monopole parle-t-on ? De plus, comment empêcher la formation d’un monopole avec une production « jusqu’à 20MW », selon les promoteurs, et entre 10-15 MW selon des spécialistes, sur une capacité totale de 5000MW ? Soit entre 3% et 5% de la capacité nationale ? Quelqu’un peut le dire ? Le ministre des Energies Renouvelables et des Utilités Publiques lui-même n’a jamais dans le débat post-budgétaire le 2 juin dernier, mentionné au chapitre de la production énergétique, les déchets comme source d’énergie renouvelable, ni parlé du projet Gamma Covanta. Pas une fois il ne l’a fait. Il avait été amené à parler de Gamma Covanta (et de CT Power) suite à une PNQ précise du Leader de l’Opposition le 30 mai. Dans sa réponse à la PNQ, le ministre a brièvement évoqué le projet d’incinération de déchets, mais a en revanche longuement parlé de CT Power et de l’utilisation du charbon.
3) « Le projet Gamma-Covanta est un projet de démocratisation de l’économie. » Covanta Energy est la plus grande firme WTE au monde, et une des plus puissantes compagnies multinationales dans le domaine de l’énergie, avec Veolia Environnement. Elle a un chiffre d’affaires de Rs 58,2 milliards (2008), possède, opère ou a des intérêts dans 60 unités de production énergétique dans le monde (dont 50 aux Etats-Unis). Gamma Civic a un chiffre d’affaire de Rs 1,56 milliard (2007) et se classe parmi les 40 plus grandes compagnies mauriciennes. Qui veut-on berner en présentant le projet Gamma Covanta comme étant un projet de démocratisation de l’économie ? À moins que le mot “démocratisation” n’ait pas le même sens pour tout le monde.
4) « Pourquoi ceux qui s’opposent à Gamma Covanta n’ont pas protesté contre un projet similaire dans le passé ? » Quel projet ? Soumis quand ? Par qui ? Le seul “projet” de production énergétique qui avait une composante “déchets” jamais discuté a été une étude conduite sous l’égide de la Mauritius Sugar Authority (corps para étatique sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture et des Ressources Naturelles) en 1998. Cette étude avait conclu que brûler les déchets ménagers uniquement pour produire de l’électricité n’étant pas viable, qu’il fallait une combinaison de déchets sélectifs/bagasse et déchets sélectifs/charbon pour générer 20MW de l’électricité. Le concept de tri sélectif était déjà lancé !
5) « On fait des incinérateurs dans des grandes villes comme New York, Vienne, Djedda etc. C’est moderne, pourquoi pas à Maurice ? » Dans ces grandes villes, il y a des buildings de 40 étages, pourquoi il n’y en a pas à Maurice ? Parce que, comme pour l’incinération de déchets, c’est totalement inadapté aux conditions locales. La composition de leurs déchets est exactement l’inverse du nôtre – elles ont 30% de déchets verts, 70% de déchets à haute valeur calorifique.
6) « Nous nous posons des questions sur les moyens des opposants au projet Gamma Covanta. » Gamma a déclaré ouvertement qu’elle a dépensé, avant même sa récente campagne d’affichage et de publicité, Rs 100 millions sur son projet. Est-ce qu’on lui a demandé comment, où et pourquoi ? Qu’est-ce que les opposants devaient faire ? Se croiser les bras, baisser la tête et se lamenter que, face au grand capital que représentent Gamma Civic et Covanta Energy, ils ne peuvent rien ?
Ils ont choisi de faire ce que la récente campagne de Barack Obama aux Etats-Unis leur a montré : utiliser intelligemment les ressources financières mises à leur disposition — de la plus faible contribution (Rs 20) au sponsoring de panneaux d’affichage -, la force de leur conviction, ainsi que le savoir faire et le temps mis volontairement et bénévolement au service d’une cause qu’ils croient, en tant que citoyens mauriciens, devoir défendre jusqu’au dernier souffle.
Adi Teelock


OPINION

 

About dioxins and furans…

Dioxins and furans are the short name for a family of compounds produced during combustion processes some of which are highly toxic and some of which are not toxic at all. They are formed and released during thermal processes involving organic matter and chlorine as a result of incomplete combustion. Dioxins and furans exist naturally in the environment (e.g. forest fires and volcanic activity). Man-made dioxins and furans are not produced intentionally, but arise from a variety of industries and combustion processes including power plants, bagasse burning, cement kilns, diesel vehicles, jet engines, wood burning, buses, open fires, home backyard burning, barbeques and fireworks.

Mauritius, as a signatory to the Stockholm Convention, is obliged to prepare an inventory of emission sources and releases. The table below is data extracted from an inventory report prepared for the Mauritius Government in 2003 Enabling Activities for Stockholm Convention on POPs in Mauritius, 2003. It shows that around 90% of annual emissions to air in Mauritius arise from power/bagasse, medical/waste oil incinerators and uncontrolled burning sources.

By comparison the typical annual emission from the WTE facility will be negligible, representing just 0.05%. This is typical for modern facilities being built in EU and achieved by the use of latest Air Pollution Control measures and equipment.

Dioxin emissions from modern WTE facilities at these very low levels are not a health concern. The most recent independent review of evidence published by the UK Department for Environment, Food and Rural Affairs (DEFRA) is the Review of the Environmental and Health Effects of Waste Management: Municipal Solid Waste and Similar Wastes 2004. This review considered numerous high quality studies and papers looking at the health effects of WTE facilities and patterns of disease. It concluded that there is no consistent evidence of elevated levels of ill-health in populations potentially affected by emissions by MSW incineration and that risks to human health are small in comparison with other known risks. The report considered cancer, respiratory disease and birth defects and found no evidence for a link between the incidence of the disease and the current generation of WTE incinerators. These conclusions are supported by other studies and analysis by independent organizations.

The recent information being released by opponents that allude that the La Chaumière WTE facility will be both the first and a large source of dioxins emissions and a public health risk, are completely false and totally without foundation and only serves to unnecessarily confuse and scare the public.

Gamma Energy is committed to bring a safe, environmentally sustainable waste management solution for current and future generations of Mauritius.

Shaun Knight

Director of Development

Covanta Energy

19 juin 2009