Réfléchir sur un nouveau modèle économique

Crises financière, économique, alimentaire, pétrolière. Environnement chamboulé…. Le monde a eu son lot de difficultés depuis quelques années. Comment faire face à un tel scénario et prévenir une dégradation de la situation ? Les mouvements alter mondialistes à travers le monde réclament depuis longtemps, un autre modèle économique. À Maurice, l'Institute for Environmental and Legal Studies (IELS) étudie la question depuis une dizaine d'années. L'organisme estime qu'il est maintenant temps de passer à l'action et organise un Green Festival vers août/septembre prochain.

"Vert comme l'environnement, mais aussi vert pour rappeler que la nature est le fondement même de notre existence", précise Clifton Wade, au sujet du thème de ce festival. Pour le secrétaire de l'IELS l'idée d'une telle manifestation est de réunir toutes les personnes qui croient qu'un autre monde est possible. "Souvent, les gens s'engagent sur différents plans qui, au fond se rejoignent. Prenons l'exemple de l'ATD Quart-Monde qui œuvre pour faire reculer la misère et Amnesty International qui travaille pour le respect des droits humains. Au final, c'est de la dignité humaine, qu'il s'agit. Réunir toutes ces personnes, nous permettra de dégager une synergie."

Recherches. Les membres de l'IELS ne se sont pas réveillés un beau matin en se disant qu'il faut monter un festival, comme le dit son président, Karim Jaufeerally. "Depuis quelques années, nous étudions les interactions entre l'environnement, l'énergie et le système économique. Nous avons réalisé que dans cette interaction, deux composantes devenaient critiques : l'environnement continue à se dégrader malgré les efforts entrepris et notre système économique était totalement dépendant des ressources énergétiques non-renouvelables."

Karim Jaufeerally précise également, que ces observations s'appuient sur des recherches au niveau mondial. Il est devenu clair qu'à un certain moment, la demande en énergie n'allait plus être satisfaite par l'offre. "La plupart des géologues disent qu'entre 2000-2020, la production annuelle de pétrole va atteindre un pic suivi d'un déclin. Or, toute notre chaîne économique dépend aujourd'hui du pétrole. Allant des moyens de transport à l'agriculture. Le maillon faible de cette chaîne c'est le pétrole et il y a peu de substituts au pétrole."

Viabilité. La question que l'on se pose c'est : est-ce que notre modèle économique sera toujours valable dans une telle situation ? "Quand le système pétrolier s'affaibli, il y a des répercussions sur l'économie et la chaîne alimentaire. Il nous faut donc penser à tout prix à un système moins dépendant du pétrole."

Le premier réflexe est de se tourner vers l'énergie locale renouvelable. Des efforts dans ce sens ont déjà été entrepris. Mais aussi : viser l'autosuffisance alimentaire en s'appuyant sur l'agriculture organique. "Cette transition va prendre du temps, mais il nous faut déjà nous y mettre. D'où la nécessité aujourd'hui, de passer à un autre étape qui est la sensibilisation, mais aussi, le partage des idées et le regroupement des organisations et d'individus soucieux de la sustainability de la société mauricienne."

Karim Jaufferally ouvre une parenthèse pour dire que le mot'sustainability' va pour lui, beaucoup plus loin que la durabilité.

Les différentes crises ont démontré que nous sommes arrivés à un moment où le concept de la modernité est devenu dysfonctionnel. "La crise financière, par exemple, démontre qu'on ne peut avoir un système qui soit en croissance constante. La société moderne génère un certain nombre de crises qu'on ne peut résoudre en utilisant les mêmes recettes du passé."

Alter Mondialistes ? L'organisation s'aligne-t-elle dans la mouvance des alter mondialistes ? Karim Jaufeerally refuse cette catégorisation, mais fait remarquer, toutefois, que jusqu'ici, les alter mondialistes sont les seuls ayant remis en question le système économique actuel. "La mondialisation a créé beaucoup de richesses, mais a aussi causé beaucoup de dysfonctionnements. Et les alter mondialistes reconnaissent cela."

Clifton Wade ajoute de son côté, que l'organisation souhaite aussi toucher le volet politique, à cette manifestation. Car les politiciens font aussi partie de la société civile. Il encourage également les jeunes à y participer et précise que le festival se tiendra pendant les vacances scolaires. Karim Jaufeerally met lui, l'accent sur la créativité artistique, essentielle à toute civilisation. "À Maurice, on prend souvent les artistes pour des marginaux. Or, ils jouent un rôle fondamental dans notre société."

Quant à savoir quelle forme va prendre ce festival, les organisateurs laissent la porte ouverte aux propositions. "Nous ne sommes pas les propriétaires du festival. Tous ceux qui se sentent concernés peuvent apporter leur contribution", conclut Clifton Wade.

 

The Green Festival of Mauritius

Explik to rev. C'est l'invitation que lance l'IELS aux Mauriciens pour cet événement. Sept thèmes ont été identifiés à ce jour et seront sujets à discussions. Ils sont : Sustainable and environmentally friendly green living ; Social work ; Religious Good Works ; Alternative Politics and Social Reform ; Education for the citizen of the 21st Century ; Artistic Creativity in Mauritius et Fair Trade and the New Economy.

L'objectif de ce festival épouse le slogan du World Social Forum : Un autre monde est possible. Comment ? Selon quelles formules ? C'est ce que les participants seront appelés à partager, en mettant l'accent sur la société mauricienne.

Les organisations, individus, étudiants… qui veulent participer au festival sont donc invités à prendre contact avec l'IELS au 465 4304 (Karim Jaufeerally) ; 738 6632 (Clifton Wade) ou en envoyant un mail à cosmos@intnet.mu

 

Institute for Environmental and Legal Studies

L'Institute for Environmental and Legal Studies (IELS) existe depuis avril 1997. L'une des premières actions a été le lancement d'un site très bien documenté sur Maurice, allant de l'histoire, à la faune et la flore, en passant par l'économie. En plus de dix ans d'existence, l'organisation a participé à plusieurs événements ayant trait à l'environnement. Elle a aussi créé un jardin de plantes endémiques à Moka. Depuis 2007, IELS travaille en collaboration avec d'autres mouvements se retrouvant autour du slogan Un autre monde est possible. Ce qui a donné lieu à une version locale du World Social Forum en janvier 2008, puis un People's Forum on the Food and Energy Security of Mauritius en août de la même année.

De son côté, Karim Jaufeerally a collaboré et écrit plusieurs livres touchant aux thèmes de l'énergie, l'environnement et l'économie. Le dernier en date, L'Économie mauricienne face à l'enjeu pétrolier, publié chez L'Harmattan, en 2008.

Ceux qui veulent mieux connaître l'IELS, peuvent se connecter sur son site http: //iels.intnet.mu

Week End Scope 28 janvier 2009