Hier après-midi

Des centaines de manifestants défilent de Beau-Bassin à Port-Louis

Forts des manifestations de rue organisées précédemment et face aux mesures impopulaires de l'État, syndicats, organisations non-gouvernementales (ONG) et mouvements socio-écologiques étaient résolument décidés hier à démontrer leur sentiment de ras-le-bol en entamant une marche revendicative de Beau-Bassin à Port-Louis. Pendant près de cinq heures, des centaines de personnes ont convergé vers Port-Louis, scandant des slogans dénonçant les politiques de l'actuel gouvernement. Les intervenants n'ont pas épargné le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et le ministre des Finances, Rama Sithanen, sur les sujets portant sur les lois du travail, le respect des droits des travailleurs, les dangers liés au projet d'incinérateur à la Chaumière, le gel de la compensation salariale et les victimes de sale by levy. Le message était ainsi on ne peut plus clair : "Lépep en koler, lépep pou marché, lépep pou fer tann so lavoix !"

"Pari tenu, pari réussi", déclarait Reaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP), alors que la foule se dispersait dans le Jardin de la Compagnie. La satisfaction se lisait sur les visages des dirigeants de la CTSP, initiateurs de cette "marche du peuple", une manifestation qui avait pour objectif de conscientiser la population contre ce qu'ils appellent le "sistem dominer" mis en place par le pouvoir. Ils étaient ainsi nombreux, soit plus d'un millier de personnes, à avoir participé à cette marche revendicative, dont le départ a été donné à la Place Taxi de Beau-Bassin.

Les participants s'étaient donné rendez-vous à 11h, le temps que la machine se mette en branle et que la mayonnaise monte. C'est Jane Ragoo, secrétaire de la CTSP, qui devait donner le ton en lançant à la foule qui s'était massée entre la poste et le poste de police : "Bizin desann dans lari kan lépep senti li crazé. Bizin desann dans lari pou faire konpran ki nou pas dakor."

La présence des représentants des centrales syndicales du pays témoignait aussi de l'appel à la solidarité lancé depuis quelques semaines pour un effort d'union susceptible de déboucher sur des actions communes entre les principaux syndicats.

Action unitaire

Jack Bizlall du Mouvement 1er-Mai, Tulsiraj Benydin de la FSSC, Ashok Soubron de la CSG-Solidarité, Giandeo Peeharry de la Federation of Progressive Union (FPU), Ambiga Carpenen de la Telecommunication Workers' Union (TWU), ils étaient tous là pour réitérer l'appel à la mobilisation des salariés contre la politique de l'État. Sauf que, cette fois, cette manifestation avait attiré d'autres ONG et mouvements, dont la Plate-force antipollution, éco-Sud et Mission verte, Kalypso, mouvements écologiques militant contre le projet d'incinérateur à La Chaumière, et l'Association des consommateurs de l'île Maurice (ACIM) et celles des victimes de la vente à la barre.

Il faut souligner le réveil des organisations environnementales, ainsi que les habitants des quartiers et villages se trouvant à proximité du site de La Chaumière. "C'est un projet qui va faire du tort à l'île Maurice entière", déclare le couple Sénèque. Les habitants de Bambous, Albion, Mont Roches, Gros Cailloux et Camp Levieux se sont aussi fait remarquer dans la foule, alors que d'autres venant d'autres parties de l'île se sont joints à la manifestation en signe de solidarité.

"Nous soutenons les actions syndicales et celles de ceux qui sont affectés par l'incinérateur de La Chaumière. C'est une marche symbolique contre les dérapages de l'État", déclare un groupe de participants.

Les participants aussi bien que les intervenants à Beau-Bassin n'ont en effet pas été tendres envers le gouvernement, principalement le Premier ministre et son ministre des Finances. Des mises en garde de Tulsiraj Benydin concernant le paiement de la compensation salariale et la sortie de Jack Bizlall contre Rama Sithanen, Navin Ramgoolam et les promoteurs du projet d'incinérateur ont galvanisé la foule qui, par ailleurs, a chaudement applaudi l'intervention d'un jeune licencié de l'usine de textile de Shibani et de l'épouse de Harish Boodhoo - actuellement en cellule policière -, Sarita.

Annonçant que la grève de la faim des victimes de sale by levy avait été suspendue, cette dernière a fustigé le gouvernement, les institutions financières et les corps paraétatiques pour leurs abus. "Bann grand missié labank la asizé mem alor ki victimes sale by levy ogmenté. Dans Air Mauritius donn larzan piblik. Zot met pei en ruine ek pran cash pou faire majakaro, alors ki ti maléré soufer. Harish ansam avek zot tout !" devait-elle déclarer.

Jayen Chellum de l'ACIM a pour sa part critiqué la politique du gouvernement en ce qui concerne le prix des carburants, les décisions de la State Trading Corporation et les investissements dans les infrastructures publiques.

Rendez-vous le 1er mai

La police aurait à un moment tenté d'interdire les partisans du mouvement anti-incinérateur de participer à la manifestation. Les dirigeants syndicaux ont finalement pu faire entendre raison aux haut gradés de la police. "Nou fine bizin réponn enn étrange question à la police. Zot demande nou kifer bann dimoune kont incinérateur ici et ki zot pa kapav participé. Nou fine fer zot konpran ki sa enn lamars lépep. Nou tou fer parti lépep ici", devait lancer Reaz Chuttoo. Un message clair au gouvernement, et suffisant pour insuffler l'énergie nécessaire à la foule de se mettre en route pour Port-Louis.

Pendant près de cinq heures, les centaines de manifestants, arborant pancartes, bannières et banderoles, ont défilé vers Port-Louis, scandant à l'unisson des slogans synonymes de coalition de tous ceux et celles qui ne sont pas d'accord avec les politiques du gouvernement.

À Port-Louis, au Jardin de la Compagnie, c'est sur le coup de 17h que la foule s'est dispersée. Le dernier mot d'ordre était : "Rendez-vous le 1er mai à Beau-Bassin."

 

Incinérateur à La Chaumière

L'implication des fonds MID dans le projet de Gamma-Covanta bel et bien envisagée

Le dossier d'incinérateur de déchets à La Chaumière continue à susciter passion et intérêt. Alors que le vice-Premier ministre, Rashid Beebeejaun, confirmait au Parlement que le gouvernement envisagerait d'utiliser une partie des fonds du Maurice île durable Fund (MID Fund) dans ce projet, le promoteur, Gamma-Covanta, lui, a porté plainte contre un Email jugé à caractère menaçant dans le cadre de la manifestation, la Marche du peuple, dans laquelle les opposants à ce même projet ont participé. Même s'ils rejettent tout responsabilité dans la circulation du courriel "à caractère menaçant", le mouvement garde espoir que le gouvernement, malgré les déclarations nuancées de Navin Ramgoolam sur ce projet, peut encore éviter de "faire du tort à l'île Maurice entière". "Nous souhaitons que le Premier ministre nous écoute comme il l'a fait lorsqu'il a sauvé la Vallée de Ferney", déclarent à Week-End les dirigeants d'Ecosud.

Pendant les deux années que nous nous sommes affichés ouvertement contre le projet d'incinérateur, nous avons toujours agi de manière civilisée et notre participation dans le marche pacifique d'aujourd'hui le démontre encore une fois", soutiennent les dirigeants de la Plate-forme anti-pollution (PAP), après avoir appris que le promoteur du projet, Gamma-Covanta, avait porté plainte à la police. La direction de Gamma-Covanta explique sa démarche en ces termes: "La direction de Gamma-Covanta a déposé plainte contre la large diffusion et la circulation d'un Email à caractère menaçant "STOP GAMMA CIVIC - 1er warning ou nou descend cote ou case tout", dans le contexte d'une marche de protestation organisée pour ce samedi par les opposants du projet Waste-to-Energy à La Chaumière."

La direction de Gamma-Covanta n'avait d'ailleurs pas caché son irritation par rapport aux courriels qui circulaient sur le Net invitant la population à participer à la marche pacifique d'aujourd'hui. Jeudi, un communiqué - portant la signature de Tommy Ah-Teck - faisait état de ces communications "critiques envers notre projet". Le communiqué portant le titre, "Les réalités d'un projet d'avenir", souligne les avantages de "waste-to-energy" et maintient qu'il contribuera à la réduction de l'émission de dioxine dans le pays et qu'il n'y a "aucune crainte à entretenir" concernant les risques de cancer. Pour soutenir ses arguments, le Managing Director de Gamma affirme s'appuyer sur des faits "indiscutables et vérifiables et non son sur des insinuations non-fondées dont les motivations apparaissent obscures, voire inavouables".

Les opposants, eux, continuent à faire bloc contre le projet. Hier, ils se sont manifestés publiquement pour la première fois. Dans quatre semaine, soit le dimanche 24 mai, une deuxième marche pacifique est prévue à La Chaumière. "Les soutien des autres organisations est important. Ce n'est plus les habitants de Bambous, d'Ambion ou de Mont Roches qui sont contre ce projet aujourd'hui. Les gens viennent de partout", déclare un responsable de la PAP.

L'espoir est aujourd'hui de mise pour les opposants. Doris Sénèque et son époux, qui font partie d'Ecosud, confirment leur craintes et espoirs. "C'est un projet qui va faire du tort à l'île Maurice entière. Cette marche est un moyen de conscientiser les gens et de créer une force citoyenne. Nous souhaitons que les autorités nous écoutent. Nous souhaitons que le Premier ministre nous écoute comme il l'a fait lorsqu'il a sauvé la Vallée de Ferney", espèrent-ils.

Du côté du gouvernement, le Premier ministre, qui répondait aux questions des journalistes vendredi, laisse planer le doute, même s'il se montre assez sévère contre ceux qui feraient des "lobbys" contre ce projet. En attendant, une réponse claire de la part du gouvernement, les négociations se poursuivent avec le promoteur. Les autorités discutent sur les modalités pour le paiement d'un "tipping fee" de 39 USD par tonne de déchets à Gamma-Covanta et le CEB s'apprête à signer un Power Purchase Agreement pour l'achat de l'électricité à Rs 5,21 KW/H. Cela devrait coûter plus d'un milliard de roupies à l'Etat. D'où la question de puiser une partie de ces frais à partir du MID Fund. Week-End avait évoqué cette possibilité au début de l'année, cela afin de compenser le manque à gagner du promoteur qui, dans ses discussions avec les autorités, a fait comprendre que le "tipping fee" de 39 USD ou les tarifs d'électricité ne peuvent être revus à la baisse.

Le VPM confirme ainsi que les fonds Maurice île durable seront impliqués en partie. Ii ne dit ni comment, ni combien. Il répondait mardi dernier à une interpellation du député Eric Guimbeau.

Ci-dessous des extraits des échanges entre le VPM et le député lors des travaux parlementaires portant sur le projet d'incinérateur de la Chaumière.

Eric Guimbeau: Le Vice-Premier ministre peut-il indiquer si un exercice d'appel d'offres a été effectué et, si non, indiquer si les négociations directes ont eu lieu pour l'allocation du contrat?

Dr Beebeejaun: Il n'y a pas eu d'exercice d'appel d'offres

exercice pour le projet waste-to-energy de Gamma Covanta.

Je renvoie l'honorable député à la réponse à une PNQ du 22 Mai 2007

lorsque j'avais informé la Chambre qu'en 2006, basée sur l'offre et la demande prévue pour la période 2006-2013, le CEB devait prendre des dispositions pour assurer une fourniture adéquate et en temps voulu par rapport à la demande d'électricité.

En conséquence, le CEB a commencé à travailler sur différents scénarios pour répondre à la demande exigences. À ce moment-là et dans le contexte de la réforme économique, qui préconise des mesures visant à attirer l'investissement direct étranger dans le pays, le BOI était en présence d'un certain nombre de propositions pour la mise en place de centrales électriques, en vertu de la Section 13 de la loi sur la promotion du Investment Promotion Act 2000.

Sur la base de ses besoins à la lumière des commentaires du CEB, le BOI a délivré une lettre d'intention à Gamma-Covanta le 5 mai

2006. Des lettres d'intention ont aussi été émises à Suzlon Energy Ltd,

CT Power et CT Sav3 en Décembre 2005, avril 2006 et Novembre 2006, respectivement, toutes des unsolicited proposals.

Une des nombreuses conditions de la Lettre d'intention de Gamma Covanta était qu'un Power Purchase Agreement entre la CEB et la société devait être signé. Par la suite, elle a entamé des négociations avec le CEB et le ministère des Administration régionales. Les négociations sont toujours en cours.

EG: Nous parlons d'égalité des chances, de bonne gouvernance,

de Maurice Ile Durable et de transparence. Je voudrais demander au VPM s'il va lancer un nouvel exercice d'appel d'offres afin de donner la chance à tous de faire une offre nationale et internationale sur cette question?

Dr Beebeejaun: Je pensais que ma réponse incluait des "opportunities for everybody". Tous ceux qui ont "applied" ont obtenu une lettre d'intention,

y compris les CT SAV3, Suzlon, "all of them". "So, where is the misopportunity?"

EG: Cela signifie-t-il qu'il ya eu un appel d'offres?

Dr Beebeejaun: Comme je l'ai dit, ce n'est pas pour la première fois. Il n'y a pas de IPP (Independent Power producers) a ce jour qui a été fait sur un appel d'offres. "All the IPPs have been done by negotiations. So, let's not start again on this devil."

EG: Le VPM peut-il indiquer s' il n'y a aucun contrat avec le ministère des Administrations locales pour l'élimination des déchets? Il y aurait-il un arrangement dans ce sens?

Dr Beebeejaun: Bien sûr. Des discussions auront lieu avec le ministère des Administration régionales et le CEB séparément, puis conjointement.

EG: Une dernière question. Puis-je savoir si les Maurice Ile Durable fonds vont être utilisés dans ce projet?

Dr Beebeejaun: Nous reviendrons sur ce point. Aucune décision finale n'a été prise. Le réponse est partiellement oui.

 

 

Campagne de sensibilisation

Stop à l'incinération des déchets

Les ONG font pression sur l'opinion publique

Pour stimuler l'intérêt du public sur les questions liées à l'environnement, sur l'impact de certains projets sur la santé et les enjeux économiques, 2 ONG, Eco Sud et Mission Verte, organisent une grande campagne de sensibilisation à travers le pays: "Stop à l'incinération des déchets." La démarche vise à mieux informer le public sur le projet Gamma Covanta. La campagne met l'accent sur les problèmes écologiques, économiques et de santé publique que poseraient un tel projet. Ces problèmes sont résumés dans le dépliant de la campagne de sensibilisation : "Le projet Gamma Covanta empêche le développement d'une véritable Ile Durable car Maurice ne produit pas assez de déchets pour fournir une usine de taille, il encourage donc les Mauriciens à produire plus de déchets, au lieu de les encourager à changer de comportement pour polluer moins, pour trier et et pour recycler les déchets. Il est possible aujourd'hui de transformer les déchets naturels en fertilisants et donc en richesse pour les planteurs... Un incinérateur crée de nouveaux types de polluants qui se mélangent dans la terre et contaminent les aliments pendant plusieurs siècles..."

Eco Sud annonce une marche de protestation le 24 mai 2009.

 

 

 

Le Week End 26 avril 2009