Incinérateur à La Chaumière

L'Offensive de Gamma-Covanta

Gamma, avec le soutien de son partenaire Covanta, a déployé les grands moyens cette semaine pour convaincre l'opinion générale d'adhérer à son projet d'incinérateur de déchets à la Chaumière au travers de présentation, conférence et débat, le tout coïncidant avec les activités de la semaine Maurice île durable. Quoique les opinions continuent à diverger à ce sujet, le Managing Director de Gamma, Tommy Ah Teck, affiche la satisfaction. "Notre message a été très bien reçu", résume-t-il, alors que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, est venu ajouter de l'eau à son moulin jeudi en indiquant qu'il faut être réaliste, citant même un incinérateur similaire au centre de Manhattan.

"Je suis satisfait dans la mesure où nous avons choisi la semaine de Maurice île durable pour présenter notre projet, que je dois dire a été bien accueilli à l'Université de Maurice", déclare Tommy Ah Tech qui, fort de cette offensive lancée, cette semaine, pense que "notre message a été très bien reçu", d'autant que le projet a, durant ces deux ans, été au centre de critiques et de préoccupations en raison des risques de pollution qui y sont liés.

Il faut dire que le projet d'incinérateur, qui brûlera 300 000 tonnes de déchets pour produire de l'électricité, est entré par la grande porte à l'Université de Maurice et aussi bien accueilli chez ceux qui se sont chargés de la mise en place du programme d'activités de la semaine Maurice île durable. Le promoteur, qui a comme partenaire la compagnie américaine, Covanta, avait d'abord choisi de rencontrer la presse pour présenter le projet. "Nous avons également eu l'occasion de rencontrer les membres de la presse, de partager des informations et de répondre aux questions dans un esprit de transparence totale. Depuis, la presse a une meilleure compréhension de notre projet", soutient le MD de Gamma qui, faut-il souligner, était épaulé par le président Asia-Pacific de Covanta Energy, Allard Nooy, le vice-présidet de la compagnie américaine, Brian Bahor, le professeur Nickolas Themelis, directeur d'Earth Engineering de l'Université de Columbia.

L'objectif non-dissimulé du promoteur était de faire dissiper les doutes entourant ce projet surtout depuis la diffusion des propos de Joël de Rosnay sur Internet et dans la presse au sujet des incinérateurs sans filtres et les récents articles de presse. Sur cette question, le promoteur maintient que son incinérateur sera doté de filtres et misera sur une technologie de pointe. "Les normes européennes seront respectées rigoureusement", souligne Tommy Ah Teck tout en donnant la garantie qu'un système de "continuous monitoring" sera mis en place pour contrôler les émissions. Dans ce contexte, l'Université de Columbia et celle de Maurice travailleront en partenariat pour assurer le suivi. Il ressort que le professeur Themelis, auteur de plusieurs thèses sur la question de waste-to-energy, apportera son soutien au promoteur et aux autorités mauriciennes.

Ce dernier, sollicité lors de la conférence de presse, ainsi que pour un exposé à l'Université de Maurice lundi à l'occasion du lancement d'un centre d'étude sur le développement durable, présente le waste-to-energy system comme une solution environnementale et énergétique. Son discours vante les mérites de l'incinération des déchets et particulièrement les technologies aujourd'hui appliquées pour réduire les émissions à un niveau nettement inférieur par rapport au seuil autorisé aux Etats-Unis ou en Europe. Se disant également en faveur du recyclage ou du compostage, le Pr Themelis pense néanmoins que l'incinération doit être partie prenante d'une politique de gestion des déchets. "Everything we use ends up in waste. We need to move towards a sustainable waste management system", dit-il, tout en précisant que l'incinération demeure une alternative "moderne" comparativement à l'enfouissement des déchets.

Le promoteur, lui, utilise les problèmes rencontrés à Mare Chicose comme exemple pour convaincre. Pollution du sol, de l'air, de la nappe phréatique sont les principaux désavantages mis en avant par Gamma-Covanta, qui ne manque également pas de souligner que l'enfouissement requiert des hectares de terres sur le long terme. Les économies d'énergies fossiles sont aussi évoquées. "For every ton of waste processed in a WTE facility, one would avoid the need to import one barrel of oil...", soutient le promoteur.

Le plaidoyer du Pr Temeris en faveur de l'incinération des déchets ne s'est pas arrêté à l'Université de Maurice ou devant la presse. Sa stratégie de communication s'est étendue jusqu'à l'Hôtel du gouvernement, où le promoteur a fait un "forcing" pour rencontrer un maximum de membres du cabinet ministériel. Ceux qui l'ont rencontré ont visiblement été convaincus des "vertus" de l'incinération. A l'image du vice-Premier ministre, Rashid Beebeejaun, qui, à la fin de son discours à Réduit, lundi, devait inviter l'assistance à accorder de l'attention à ce qu'il a à dire sur ce qu'il qualifie de "controversial issue." Même le Premier ministre a demandé à la presse de le rencontrer jeudi soir lorsqu'il a fait allusion à un incinérateur qui a été construit au centre de Manhattan..

Il faut aussi souligner que l'offensive de Gamma-Covanta visait à atténuer les craintes relatives à la dioxine, polluant toxique et considéré cancérigène émanant de l'incinération des déchets. C'est une des questions "brûlantes" qui sont associées aux incinérateurs. L'argumentaire du promoteur repose sur les chiffres. "Nous réduirons le taux de dioxine produit par le pays en général", souligne Tommy Ah Teck. Selon lui, l'incinérateur produira 1,08% de dioxine sur le taux global de ce polluant qui est libéré à travers le pays. Il va plus loin en soutenant que son incinérateur va réduire les émissions de dioxine dans le pays du moment que son incinérateur se chargera des déchets médicaux qui sont incinérés dans les hôpitaux. L'incinération des déchets médicaux produirait 33% du volume total de dioxine annuellement.

Ces points ont été repris lors des débats organisés sur les ondes des radios privées jeudi après-midi et vendredi matin. L'occasion a été donnée au promoteur de reprendre les mêmes arguments et les mêmes engagements pour maintenir que son projet est "safe à 100%". Malgré des réactions divergeantes des auditeurs, Tommy Ah Teck reste confiant. Il l'a confirmé à Week-End, hier matin: "Certains ont compris. J'ai le sentiment d'avoir pu faire comprendre aux gens que c'est un projet bénéfique pour le pays. D'autres ne voudront pas changer. C'est difficile de convaincre tout le monde. Mais j'ai 100% confiance en ce projet", dit-il.

Une confiance sans doute renforcée par la déclaration du Premier ministre, jeudi soir (voir déclaration plus loin), qui pense qu'il ne faut pas compromettre notre patrimoine et l'avenir "nu bann zenfants" et qu'en même temps "nu bizin réaliste aussi..."

 

 

 

Pour ou contre ? Ils ont dit...

Joël de Rosnay, conseiller spécial du PM: "Cette fois je dirai quelque chose de nouveau. J'ai vu qu'à Maurice il y avait un projet sur le biogaz... très intéressant sur la méthanisation des déchets et sur le compostage, très important et qui sont d'ailleurs des alternatives à l'incinération. Compostage, biogaz, tri des déchets... On en reparlera avec les avantages et les inconvénients toujours sous un angle objectif bien entendu".

Navin Ramgoolam, Premier ministre: "Dimoune kozé dans Moris quand mo pa faire nanien. Mo rappel prozet airport. Si mo ti atane dimoune kozé, mo pa ti pou faire prozet aéroport. Prozet-là (incinérateur) d'ailleurs li dans la cour sa. Li fini gagne so EIA. Nou bizin faire sûr, assuré ki nou pas kompromet nou patrimoine, nou pas kompromet l'avenir nou bann zenfants de Maurice. Mais en même temps nou bizin réaliste aussi. Nou pas là pou dire nou bizin électricité, mais nou pas pou servi nanien (...) Faudré pas nou écarte bann zafaire... Mo ti a kontan zot koz avek sa professeur ki sorti Columbia University là. Parce ki li aussi fine passe la dans, li ene expert li aussi. Li konn de Rosnay bien. Li raconte moi même en Amérique tout dimoune croire soz... Là zot ine faire ene prozet pareil comment Covanta en plein Manhattan. Ti énan protestation, mais létan zot fine communiqué, l'esprit dimoune pas exagéré. Bizin pran bann précaution ki bizin pran. Parce ki pas bizin met environnement en péril. C'est ça ki nou bizin faire..."

PPA en voie de finalisation: Dernier round des négociations autour des Rs 5,21 pour le prix d'électricité

Le Power Purchase Agreement (PPA) liant Gamma-Covanta et le CEB est en voie de finalisation. Les deux parties entameront, selon toutes probabilités, le dernier round de négociations à partir de cette semaine afin de finaliser le prix d'électricité que le promoteur vendra au CEB et les conditions qui y sont attachées. Il ressort en effet que le prix fixe que le CEB a accepté de payer sera de Rs 5,21 par KW/h. Ce qui représente une facture de quelque Rs 900 pour le CEB si le promoteur arrive à opérer une cantrale d'une capacité de 20MW. Il existerait également la possibilité qu'un "prix variable" soit appliqué comme cela est le cas avec les autres producteurs indépendant d'électricité. Dans l'immédiat, très peu de détails sont disponibles quant aux "terms and conditions" de cet accord.

Gamma-Covanta sera également appelé à signer un accord avec le gouvernement concernant les déchets que l'incinérateur traitera au lieu d'être enfouis au centre de Mare Chicose. Un montant de $ 39 pour le "tipping fee" est évoqué par les sources autorisées qui n'écartent pas la possibilité que ce prix soit revu à la hausse. Le promoteur qui visait les 300 000 tonnes de déchets aurait formulé une demande pour l'obtention de 25 000 tonnes additionnelles.

 

 

A letter from Covanta

From the use of a doctored photo to doctored facts Le Week-End went out of its way to distort the truth and malign Covanta Energy's reputation in its 15th March article "Covanta Energy, un partenaire au passé controversé !"

This kind of journalism does a disservice to the people of Mauritius. It injected fear into an important discussion about Mauritius' future and the country's need to develop an integrated waste management program at a time when its current landfill is approaching capacity. While Le Week-End would have you believe that these are new plans being thrust upon local residents, this project has been under development for the past three years. During that time, our partner, Gamma, has provided numerous presentations and information about the project to the public and Government. Dialogue and sharing of information is on-going as can be seen by the activities Gamma has been involved in during the Maurice Ile Durable week.

The article's characterization of Covanta's operational performance and the industry in general was inaccurate.

Covanta is dedicated to providing environmentally superior and sustainable waste disposal and energy generation operations. Emissions from our 35 US Energy from Waste facilities routinely fall 60-80% below permitted levels and we continue working towards our corporate objective: to operate with "zero" emissions exceedances. We employ "best practices" with respect to environmental monitoring and management. We invest in employee training and advanced technological systems to improve our performance. And, we have recently developed industry leading technological innovations to further reduce our emissions.

We are proud of our ongoing environmental management efforts and our environmental performance. These efforts have also been recognized by the U.S. EPA which has stated that Energy from Waste facilities generate "electricity with less environmental impact than almost any other source of electricity." Our facilities have also won recognition at the state level earning such honors as the EPA New England Environmental Merit Award, Hawaii's KOA Community Environmental Achievement Award, Michigan's Clean Corporate Citizen Award, Sustainable Florida Leadership Award, and Virginia's Environmental Excellence Award. We are proud of these accolades, our ongoing environmental management efforts, and our environmental performance.

Studies of this industry by independent scientists have consistently shown that there are no adverse health effects resulting from the operations of Energy from Waste facilities. For example, the UK Prime Minister's office commissioned a thorough review of the available evidence on the health and environmental effects of Energy from Waste in 2004 and concluded that there were no negative health consequences; specifically, no impact was demonstrated on the incidence of cancer, respiratory health symptoms or reproductive outcomes. Similar findings have been reported from studies conducted in Canada, Portugal, Spain, and the U.S. among others.

The Energy from Waste industry has a long track record of operating successfully, providing a sustainable means of disposing of municipal solid waste and utilizing that waste to generate clean, renewable energy - which is consistent with the Maurice Ile Durable philosophy being adopted in Mauritius. Our industry has gained widespread acceptance around the world at the same time that progressive and environmentally concerned countries are taking steps to eliminate the proliferation of landfills, in recognition of the variety of potential problems associated with landfill disposal. The Energy from Waste process is being implemented throughout Europe and Asia (specifically China, Japan, Taiwan, Singapore and other Island nations), due to its safe and reliable disposal of MSW, generation of renewable energy and reduction of greenhouse gases that contribute to climate change. When all of these facts are considered together, along with an excellent compliance record, the people of Mauritius should feel comfortable that a proven solution will be used for its solid waste problem.

While we don't expect the author of this article to accept such statements blindly, we do expect journalists to actually seek comments from the company they are attacking. Relying on misinformation, hearsay, and postings on the Internet, the author has done a disservice to the people of Mauritius.

Paul Gilman

Chief Sustainability Officer

Covanta Energy Corporation

Notre réponse

Nous remercions M. Paul Gilman pour toutes les précisions apportées dans sa lettre qui, à bien des égards, ressemble non moins aux communiqués payants que Gamma peut s'offrir le luxe de publier et de diffuser dans les médias dès qu'on questionne son projet d'incinérateur. C'est-à-dire de la promotion pure et simple de son projet.

L'auteur de cette lettre nous reproche d'avoir publié dans notre article portant le titre "Covanta Energy, un partenaire au passé controversé!" une photo inappropriée et des faits "inaccurate" et nous accuse, de déformer la vérité, de porter atteinte à sa réputation et de rendre un mauvais service à la population. En voici les faits.

Nous tenons d'abord à rassurer M. Gilman que loin était de notre intention d'attaquer son entreprise en publiant une photo que nous avons certes récupérée de l'Internet. Cela à partir du moteur de recherche de Google, qui en tapant "incinerator" + images, nous a dirigé vers des sites de photos d'incinérateurs, dont celle qui accompagne l'article provenant du site de Greenpeace....

L'illustration ne correspond pas à un des incinérateurs de Covanta, Concèdons cela. Nous publions donc avec cet article un modèle correspondant à celui qui sera installé à Maurice, photo fournie par Gamma, afin de dissiper tout malentendu sur cette question d'illustration.

Ceci dit, nous trouvons étonnant que le promoteur du projet d'incinérateur à La Chaumière choisisse de centrer le débat sur cette photo, alors que le vrai débat se situe, en fait, sur les cas de violation des normes relatives aux émissions des incinérateurs de Covanta et les pratiques peu recommandables en matière de relations industrielles et de gestion des ressources humaines. Non, Monsieur Gilman, ce c'est ni de la désinformation et encore moins du "hearsay" lorsque vos employés déposent officiellement une plainte au National Labor Relations Board pour non respect des lois fédérales et qu'ils estiment que leurs droits ne sont pas respectés. Cette affaire est étonnamment - ou volontairement - occultée dans votre lettre, aussi bien que dans les récriminations de votre partenaire contre Week-End.

Pour mieux éclairer nos lecteurs, l'article sous le titre "Labor officials: Covanta's employee rules were illegal" sur le site Eagle-Tribune Online est accessible à partir du lien suivant: http://www.eagletribune.com/punewshh/local_story_049003710.html.

Ce n'est également pas de la désinformation quand Week-End se fonde sur un communiqué officiel du Massachusetts Department of Environmental Protection (DEP), datant du 10 novembre 2008, pour indiquer que Covanta Pittsfield a payé une amende de $7,653 pour " noncompliance with some of the operational requirements of its Air Quality permit during January, February and March of 2008". Ceci est vérifiable à travers le lien http://www.mass.gov/dep/public/press/1108cova.htm.

Pour rendre service et pour mieux informer "the people of Mauritius", nous invitons ceux intéressés à se connecter sur le lien http://www.depweb.state.pa.us/news/cwp/view.asp?a=3&q=542111&pp=12&n=1 pour prendre connaissance de l'amende de $45,600 que Covanta Delaware a eu pour n'avoir pas respecté son "quality permit."

Indépendamment des conditions dans lesquelles l'entreprise américaine a été prise en contravention, il aurait sans doute été plus juste et honnête de la part de Covanta et Gamma de jouer la carte de la vérité en donnant un éclairage sur les circonstances de ces cas de non respect de la qualité de l'air.

Pour notre part, nous laisserons le soin à nos lecteurs de juger qui a "done a disservice to the people of Mauritius" et d'évaluer l'authenticité des informations publiées dans ces mêmes colonnes. Week-End reste fidèle à ses principes d'informer avec objectivité et en toute bonne foi ses lecteurs. Et nous nous garderons bien de tomber dans des accusations gratuites et des insinuations dédaigneuses telles que relevées dans la première copie de la lettre de Covanta, envoyée par le responsable de communication de Gamma qui, par la suite, nous a bienveillamment demandé d'ignorer.

Week-End a aussi été un des premiers journaux de ce pays à questionner ce projet d'incinérateur de déchets qui, trois ans après, reste malheureusement drapée dans une sombre et épaisse fumée, incitant davantage le doute que la confiance.

L'île Maurice (durable) se porterait sans doute mieux sans.

P.S: Dans une interview accordée à l'Express Dimanche de la semaine dernière, Allard Nooy, président de Covanta Asie-Pacifique, affirme ne pas être au courant des critiques formulées contre la performance des incinérateurs de Covanta aux Etats-Unis. Ci-dessous un extrait de cette interview:

"Nous sommes implantés en Californie depuis 20 ans. Peut-être que ces critiques datent de cette période (...).

A une question du journaliste lui affirmant qu'elles datent de 2008, sa réponse se lit comme suit: "Je ne suis pas au courant de ce qui s'y passe. Mais les Etats de la Californie, l'Oregon et le New Jersey sont les plus avant-gardistes en terme de normes d'émissions. Nous sommes en parfaite conformité avec ces normes et nous avons tellement de preuves positives à démontrer. Les gens nous disent que nous ne communiquons pas assez sur nos performances et prix de mérite. Si nous le faisons, on nous accuserait de faire de l'autopromotion. Et ce n'est pas une coïncidence si le gouvernement irlandais a choisi Covanta pour le premier incinérateur qui sera installé à Dublin. Cette installation sera d'ailleurs au même niveau que celui de la Chaumière."

A nos lecteurs d'en juger.

 

 

 

Le Week End 22 mars 2009