Le Mauricien du 25/05/09

MARCHE DE CONTESTATION A LA CHAUMIERE HIER 24 MAI

Pr Dany Dietmann : " L'incinérateur appartient au siècle dernier ! "

 

La marche organisée hier à La Chaumière par le collectif des opposants au projet d'incinérateur du groupe Gamma-Covanta a attiré environ 2 000 personnes. D'autres opposants au projet se sont déplacés uniquement pour le concert organisé dans l'après-midi, lors duquel l'intervention du Pr Dany Dietmann (environnementaliste anti-incinérateur français) a marqué les esprits.

" L'incinérateur appartient au siècle passé, et l'on se doit, sur cette magnifique Île Maurice, de s'inscrire résolument dans le nouveau siècle et de se mobiliser pour imposer sur cette île la valorisation des produits verts et des produits fermentescibles. C'est ça votre avenir… Si vous arrivez à faire ça sur cette île, eh bien, l'incinérateur, il n'a pas sa raison d'être ", a entre autre argué ce professeur de Sciences de la Vie et de la Terre. Âgé de 58 ans, le Pr Dany Dietmann est également maire de la commune alsacienne de Manspach, et la cheville ouvrière de la mise en œuvre du tri des produits résiduels ménagers et de la "pesée embarquée" dans la communauté de communes de la Porte d'Alsace, en France.

" Lorsque j'ai survolé votre île, je me suis dit : ce n'est pas possible, une merveille comme ça, on ne peut pas lui coller une verrue sur le nez. Qui plus est, une verrue dangereuse, qui va vous causer de nombreux problèmes ", s'est alarmé l'environnementaliste devant un peu moins de 2 000 personnes (à ce moment-là) sur la plaine de football de Camp-Levieux, au pied de la montagne du Corps-de-Garde. " En Europe, on ne peut plus construire un tel outil "dinosauresque", du siècle passé ; comment peut-on le faire à Maurice… ", s'est indigné l'orateur.

Le Pr Dany Dietmann a situé son opposition à la construction des incinérateurs dans le monde dans le cadre de la sécurité alimentaire, outre les atteintes à la santé et à l'environnement. " Le vrai problème de cet incinérateur est le suivant : est-ce qu'on est capable à Maurice de se donner les moyens de nourrir par la terre la population que vous aurez en 2050, ou bien mettrez-vous tout dans l'incinérateur, quitte à ce qu'il ne reste plus rien après ? ".

En effet, selon l'environnementaliste, il faut, pour survivre, pouvoir retourner à la terre ce qu'on a pris d'elle. " Lorsque vous avez des produits verts, on oublie que ce qui nous vient de la terre ne peut pas être un déchet. Et pour retourner à la terre ce qui lui appartient, il n'y a pas 36 solutions, mais il y en a quelques-unes : il y a le compostage, la méthanisation, etc. ", a-t-il expliqué.

Dany Dietmann a, dans ce contexte, fait un vibrant plaidoyer pour des modes alternatifs d'élimination de déchets dans le combat contre l'incinération. " En prenant en compte le fait que 70 % de vos 300 000 tonnes de déchets sont des produits verts qu'on peut effectivement retourner à la terre, c'est déjà 70 % de l'incinérateur qui ne servira à rien. D'autre part, quand vous faites du compostage, ce qui reste est facile à recycler parce qu'il reste propre. Pourquoi allez-vous faire disparaître une tonne de cannettes en aluminium dans un incinérateur en payant pour cela US $ 39, alors que vous pouvez, au contraire, obtenir 290 euros de revenus en recyclant cette tonne de cannettes ? ", a-t-il fait comprendre.

L'orateur a par conséquent invité les Mauriciens à se mobiliser pour imposer aux autorités la valorisation des déchets à la place de l'incinération. " Si vous faites ça sur cette île, alors l'incinérateur meurt de sa belle mort ", a-t-il insisté.

Les autres orateurs ont tous dénoncé les risques que présente ce projet d'incinérateur à l'environnement et à la santé publique. Vassen Kauppaymuthoo a prévenu contre une répétition de Mare-Chicose, alors que le Dr Dinesh Goordyal a élaboré sur les problèmes de santé causés, selon lui, par l'usine Alcodis à Rose-Belle a causés. Le concert prévu à cette occasion a été entrecoupé par ces diverses interventions.

 

 

 

L’Express 24 mai 2009

 

Le mouvement anti-incinérateur se défend de mener campagne contre Ramgoolam

 

Des tracts anonymes, portant des messages violents à l’encontre du Premier ministre, sont en circulation depuis quelque temps, passant sous la campagne contre le projet d’incinérateur de la Chaumière. Le mouvement anti-incinérateur a tenu à préciser qu’il n’en est pas l’auteur.

«Ces tracts, sur lesquels il y a d’ailleurs l’effigie de Navin Ramgoolam, ne proviennent pas du collectif anti-incinérateur. Nous tenons à nous dissocier de ces campagnes de propagande et de désinformation», affirme Rajen Valayden, un des porte-paroles du groupement officiel des opposants au projet d’incinérateur de Gamma-Covanta.
 
«Soulignons que depuis le départ, nous avons toujours agit en conformité avec la loi et respect envers l’Etat. Nous nous sommes tenus uniquement à nos arguments contre l’incinérateur», ajoute-t-il.

Selon les opposants à l’incinérateur, il semblerait que les véritables auteurs de ces tracts «cherchent à créer un froid» entre eux et le gouvernement. Surtout parce qu’ils sont au courant que le mouvement a demandé une rencontre avec le Premier ministre pour discuter de l’incinérateur.

De plus, Rajen Valayden spécifie que les campagnes du mouvement anti-incinérateur sont financées par «des citoyens mauriciens libres». Néanmoins, précise-t-il, ce financement n’est pas conséquent.
«C’est un crime envers ces citoyens que de nourrir la perception qu’il existe un ou des lobbys qui soutiennent le mouvement contre l’incinérateur», s’insurge-t-il.

«Le soutien que nous avons reçu, par exemple, lors de la marche du peuple et la Fête du travail, de la part de la classe syndicale, est une preuve plus que suffisante de la non-existence de financements obscurs en direction de notre mouvement», soutient le collectif anti-incinérateur.